Cérémonie de commémoration de l’armistice de la Première Guerre Mondiale (11 novembre 2019, La Haye) [nl]

Le Lycée français Vincent van Gogh de La Haye a accueilli, le lundi 11 novembre 2019, la cérémonie de commémoration de l’armistice de la Première Guerre Mondiale, qui a permis à chacun de rendre hommage à ces hommes et ces femmes mobilisés par millions pendant plus de quatre années.

Cérémonie du 11 novembre - Luis Vassy - JPEG

L’Ambassadeur de France aux Pays-Bas, M. Luis Vassy, a rappelé la nécessité de ne pas oublier, 101 ans après, ni cette guerre, ni la dette que nous avons envers tous ceux qui ont perdu la vie lors du conflit.

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Discours de Luis Vassy, Ambassadeur de France aux Pays-Bas
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Elèves du Lycée Vincent van Gogh - JPEG

Des élèves du Lycée français ont également assisté à la cérémonie, pour perpétrer ce souvenir et ce devoir de mémoire. Ils ont également lu la lettre d’adieu d’un poilu à sa famille, écrite depuis le front, et racontant sa vie dans les tranchées.

Hommage aux soldats en opex - JPEG

Suite à ce rappel du devoir de mémoire, et en plus de ce dernier, le 11 novembre est l’occasion de saluer la mémoire de tous les soldats français morts en opération au cours de l’année passée, à l’image de l’inauguration par le Président de la République du monument en mémoire des soldats morts en opérations extérieures, à Paris. Un hommage leur a également été rendu à La Haye lors de la cérémonie.

- article sur le site internet de l’Elysée

Enfin, en clôture de cette cérémonie, le Colonel Munsch a remis les insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur au Colonel Bruyère.

Chevalier de la Légion d'Honneur au Colonel Bruyère - JPEG

Discours de Luis Vassy, Ambassadeur de France aux Pays-Bas

- seul le prononcé fait foi -

Mesdames et Messieurs les élus des Français de l’étranger,
Mesdames et Messieurs les officiers,
Madame la Consule Générale,
Monsieur le Proviseur,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Chers enfants,

Nous sommes réunis ce soir pour commémorer l’armistice de la Première Guerre mondiale. Cette année marque le 101ième anniversaire de la fin de la Grande guerre. Passé le centenaire, que nous avons célébré l’an dernier devant le monde entier, en réunissant à Paris l’ensemble des grands chefs d’Etat et de gouvernement des pays ayant participé à ce conflit meurtrier, c’est le temps de l’histoire qui vient désormais se confondre avec le rythme des commémorations et de l’hommage indispensable à ceux qui, au cours du dernier siècle, se sont battus pour notre liberté et pour les valeurs de notre pays.

Il est presque impossible de trouver les mots justes pour décrire l’horreur de cette guerre. La France y a laissé une génération entière. Une génération meurtrie par les morts dont les noms sont inscrits au cœur de chaque village français. Souvent des dizaines parmi quelques centaines d’habitants à peine qui ne disent pas la souffrance de ceux qui ont perdu des proches, de ceux qui sont revenus malades ou blessés, de ceux qui ont vu la destruction prendre la place de la prospérité.

Je voudrais à ce propos vous lire quelques lignes tirées d’une lettre d’un jeune soldat, mort sur le front, le 20 avril 1917 :

« Quand nous sommes arrivés ici, la plaine était magnifique. Aujourd’hui, les rives de l’Aisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversée, brûlée. Nous sommes dans les tranchées de première ligne. Nous pataugeons dans la boue. Les tranchées s’écroulent sous les obus et mettent à jour des corps, des ossements et des crânes. (…) Le champ de bataille me donne la nausée. »

Ainsi, le 11 novembre marque la date de la victoire en France, une victoire qui fut d’abord un soulagement. Celui de la fin de cet immense sacrifice qu’a été la guerre, la fin de l’horreur des combats, de la souffrance des séparations. Parmi cette génération d’hommes qui s’est battue, certains ont eu à affronter deux fois le déchaînement de la guerre. Certains d’entre eux sont illustres, comme Charles de Gaulle qui avait tôt prévenu que la paix implique également de se tenir prêt à faire face à ceux qui la menace. Je pense également à Marc Bloch, dont le regard lucide dans l’Etrange Défaite essaye de comprendre les causes de l’effondrement de 1940.

L’année qui s’ouvre marquera, par le hasard du calendrier, l’occasion d’un retour sur cette histoire tumultueuse du dernier siècle. Nous commémorerons les 150 ans de la proclamation de la République en 1870, le 130ième anniversaire de la naissance et le 50ième anniversaire de la mort de Charles de Gaulle, le 80ième anniversaire des combats de 1940 dont je veux rappeler qu’ils ont amené les armées françaises au Sud des Pays-Bas, pour tenter en vain de sauver ce pays et le nôtre de l’agression nazie, et le 80ième anniversaire de l’Appel du 18 juin, l’Appel de la Résistance de l’Espoir quand tout semblait perdu.

Ainsi, aujourd’hui comme demain, nous nous rappelons des raisons de tant de sacrifices : une certaine idée de la France, celle d’une Nation fondée sur des valeurs républicaines, de liberté, d’égalité et de fraternité, toujours debout quand on essaye de les abattre.

A nos combattants, à nos vétérans, quelle que soit leur nationalité, nous leur devons la France telle qu’elle est aujourd’hui, libre et souveraine, porteuse de valeurs. Je pense aujourd’hui à ceux qui sont déployés loin de chez eux en opérations extérieures, qui continuent hélas de sacrifier leur vie à notre sécurité. L’inauguration par le Président de la République d’un monument leur rendant un juste hommage constitue un témoignage de la Nation à ceux qui se battent pour nous encore aujourd’hui.

La dette que nous avons ne se résume pas seulement à nos souvenirs. L’exemple qui nous a été donné doit également nous inspirer pour l’avenir. Le plus bel hommage que nous puissions rendre, à celles et ceux qui nous ont précédés, c’est certainement de nous montrer dignes de ce qu’ils ont accompli pour nous et de comprendre que la guerre n’est ni plaisante ni souhaitable. Comme diplomate, j’ai pour profession de tenter de toujours l’éviter, dans notre bien commun, mais je sais aussi que les circonstances peuvent nous l’imposer et c’est alors que la France se tourne, comme elle l’a toujours fait, vers ces hommes et ces femmes d’exception qui la défendent.

En Europe, nous avons aujourd’hui la chance de vivre en paix, c’est une chance dont il faut mesurer le prix, qui découle de cet espace de paix et de prospérité que nos prédécesseurs ont créé et n’ont eu de cesse de renforcer depuis plus de 60 ans. Rien n’est acquis pour l’avenir. La division vient plus vite que la compréhension entre les peuples. L’amitié est aussi un effort qu’il nous convient de faire.

Un jour, bientôt, vous reviendra la responsabilité d’entretenir cette amitié née entre des peuples qui s’étaient affrontés. Un jour, bientôt, face à l’obscurantisme, au fanatisme et à la haine de l’autre, vous reviendra la responsabilité de défendre les valeurs de liberté, d’égale dignité et de solidarité qui fondent nos démocraties.

Je sais pouvoir compter sur vous et je vous en remercie.

Dernière modification : 12/11/2019

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