Conseil de Coopération franco-néerlandais

Conférence de presse des ministres des affaires étrangères français et néerlandais, messieurs de Dominique de Villepin et Jaap de Hoop Scheffer. Paris, 13 mai 2003.

- Propos de M. de Villepin -

Vous me permettrez tout d’abord d’exprimer ici la très profonde émotion qui est la mienne après les attentats terroristes qui viennent d’avoir lieu à Riyad et dont le bilan s’annonce particulièrement lourd. Mes pensées vont aux victimes, à leurs familles, auxquelles j’adresse les condoléances de la France. Je souhaite également faire part de notre solidarité et de notre sympathie aux autorités saoudiennes et américaines. Je pense aussi à nos compatriotes présents sur place et dont certains ont été blessés.

La France condamne avec la plus extrême fermeté ces actes de barbarie qui n’ont d’autre objet que de semer la haine, la terreur et la mort.
Ces terribles attentats doivent renforcer notre détermination commune à combattre partout le terrorisme sous toutes ses formes. Ce combat, depuis le 11 septembre, est notre priorité commune. Il exige à la fois notre unité et notre mobilisation pour nous attaquer aux réseaux terroristes et à ceux qui les soutiennent et à tout ce qui nourrit ce terrorisme. Dans cette nouvelle épreuve qui nous touche tous, notre résolution et notre solidarité sont nos meilleures armes.
Je suis très heureux de recevoir aujourd’hui à Paris mon homologue et ami néerlandais, Jaap de Hoop Scheffer. Il s’agit de notre deuxième rencontre à Paris en moins d’un an.

Ce déplacement s’inscrit dans le cadre de l’inauguration du Conseil de coopération franco-néerlandais, qui est la nouvelle enceinte au service de nos relations bilatérales que nous sommes heureux d’introniser aujourd’hui.

Ce déplacement se situe dans un contexte de renforcement de notre concertation politique, notamment sur le plan européen. A titre d’exemple, je citerai la contribution commune sur le rôle de la Commission que nous avons présentée à la Convention au début du mois d’avril.
Les relations entre nos deux pays ont connu une très forte impulsion depuis la visite d’Etat du président de la République aux Pays-Bas en 2000.
Au titre des relations bilatérales qui, vous le savez, sont excellentes entre nos deux pays, nous avons le souci de l’action en commun et nous avons développé plusieurs initiatives communes :
* initiatives sur le plan politique,
* outre notre contribution commune à la Convention, je citerai notamment :
- notre initiative à l’OSCE sur les risques liés aux stocks de munitions

- notre projet commun de colloque sur l’islam et l’Afrique, qui aura lieu à Bordeaux début 2004.

* Nous avons encore de nombreux autres projets :
- une initiative sur la PESD et le renforcement de nos capacités militaires,

- une réflexion menée en commun sur l’Afrique.
Le Conseil de coopération franco-néerlandais que nous avons donc inauguré aujourd’hui, vise à donner une nouvelle impulsion à notre relation bilatérale, y compris à travers les échanges entre nos sociétés civiles. Vous savez que c’est une des garanties de la qualité des relations entre nos pays.
Appelé à se réunir une fois par an, alternativement en France et aux Pays-Bas, ce Conseil comprend une trentaine de membres français et néerlandais particulièrement impliqués dans les relations entre les deux pays. Ces personnalités appartiennent au monde politique, économique, culturel et des médias.
Nous avons enfin abordé les questions internationales et européennes.

S’agissant de l’Irak, nous avons constaté la très grande convergence des objectifs qui sont les nôtres : assurer l’unité, assurer l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Irak, en même temps que la stabilité de la région.

Nous avons marqué notre volonté commune de travailler ensemble à la reconstruction politique et économique de ce pays.

Quant au Proche-Orient, la transmission de la Feuille de route - nous l’avons constaté - offre une réelle opportunité de sortir de la crise. Les Européens doivent ensemble se mobiliser pour en assurer la pleine mise en œuvre et vous savez que, sur ce point, l’Europe fait preuve d’une très forte unité et d’un très fort engagement que l’on a constatés tout au long de l’élaboration de cette feuille de route.

S’agissant des travaux de la Convention sur l’avenir de l’Europe, nous avons eu un échange de vues ouvert, amical, sur l’ensemble des sujets relatifs à l’avenir institutionnel de l’Union. J’ai confiance que nous trouverons un accord qui ouvrira la voie à un succès de la Convention et de la Conférence intergouvernementale.
Voilà, je suis heureux de laisser la parole à mon ami Jaap.

Q - M. de Villepin a parlé d’une convergence des objectifs. Il y a évidemment une divergence dans les moyens puisque les Pays-Bas ont soutenu politiquement les Américains et ils s’apprêtent à envoyer 600 hommes semble-t-il dans la zone américaine. Quand vous parlez d’une Europe qui parlerait d’une seule voix, une voix pour dire quoi ? La question s’adresse évidemment aux deux ministres. Et une question pour vous, Monsieur de Villepin. Est-ce que vous êtes au courant d’un bilan beaucoup plus lourd qu’il est connu aujourd’hui concernant l’attentat de Riyad ? Certaines sources diplomatiques évoquent 90 morts, voire un peu plus, est-ce que vous êtes informé ? Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?

R - Au-delà des objectifs, je crois que nous sommes très largement d’accord sur les moyens et sur la démarche. Nous avons passé par plusieurs phases dans le dossier irakien. Dans la phase des négociations diplomatiques, la France a dit la position qui était la sienne, les convictions, les valeurs, qu’elle entendait défendre. La phase de la guerre où nous avons fait preuve de l’esprit de responsabilité qui était requis et puis nous sommes dans une phase nouvelle où le défi c’est la reconstruction politique, économique. Il s’agit de bâtir la paix. Et ce chemin-là n’est pas écrit.
Notre conviction c’est que nous avons besoin de l’énergie, des efforts de toute la communauté internationale réunie pour aborder cette nouvelle phase. Et donc, le projet de résolution qui est actuellement en discussion au Conseil de sécurité est particulièrement important. Le texte qui a été soumis est un texte d’inspiration américaine, vous connaissez le souci de la France et vous savez que c’est un souci qui est très largement partagé par la communauté internationale, de voir les Nations unies obtenir une place centrale, d’autres disent vitale. Ma conviction, comme l’a très bien exprimé mon collègue et ami néerlandais, c’est que l’Europe a une responsabilité particulière. Il y a quatre pays européens qui sont membres du Conseil de sécurité, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Espagne et la France.

Nous attachons donc une importance centrale à la concertation entre nous. Nous pensons que la discussion, le travail, peuvent nous permettre d’avancer et d’aboutir et nous sommes donc soucieux de voir, à travers les propositions que nous serons capables de faire, ce projet de résolution amendé, amélioré, pour prendre davantage en compte cette exigence, d’un rôle des Nations unies qui nous permette - parce que c’est bien l’objectif au-delà des principes - d’être plus efficaces, pour répondre aux questions, aux interrogations, aux besoins du peuple irakien. Ne l’oublions pas, il y a un pays à reconstruire.
Sur la question humanitaire, c’est l’urgence, les questions de sécurité, c’est encore l’urgence et nous comprenons très bien que dans la phase de sécurisation, il peut y avoir une responsabilité particulière pour les forces de la coalition. Mais la reconstruction, c’est bien sûr la mobilisation de tous, sur les questions des sanctions, sur les questions du désarmement, surtout sur la question politique, comment fabriquer un chemin ? Comment créer une autorité légitime irakienne, qui soit capable véritablement de travailler sur place, dans le respect et l’accord de tous. Pour tout cela, nous pensons que les Nations unies apportent quelque chose de substantiel, d’irremplaçable. C’est la légitimité et c’est l’appui de toute la communauté internationale. Nous le voyons bien.

Le Moyen-Orient est aujourd’hui confronté à de très graves défis. Et si nous voulons nous donner toutes les chances d’être efficaces, il faut que nous nous donnions toutes les garanties de l’efficacité. La légitimité est un élément essentiel pour éviter les divisions, pour éviter les contestations, pour éviter les suspicions, dans un pays qui connaît une multitude d’ethnies, de tribus, de groupes, de régions différentes. Il faut que la communauté internationale soit unie. La concertation est donc essentielle et j’attends du travail que nous pourrons faire avec nos amis britanniques, espagnols, allemands, que chacun défende et définisse le rôle que peut être celui des Nations unies, l’apport que peut être celui de la communauté internationale et je crois que de ce point de vue, nous sommes tous désireux de trouver des solutions concrètes. Nous sommes prêts à en débattre, nous sommes prêts à avancer. Tout le monde fait preuve du même esprit d’ouverture, du même esprit constructif, c’est un gage de réussite. Alors, il y a un texte qui est sur la table, travaillons, concertons-nous, c’est ce que nous souhaitons entre les quatre membres européens du Conseil de sécurité. C’est ce que nous souhaitons avec les quinze membres, voire les vingt-cinq Européens. C’est important que chacun puisse dire la façon dont il envisage cet avenir. Je suis convaincu qu’à partir de là, nous pouvons trouver les solutions adaptées compte tenu de l’ampleur des défis.
A propos de Riyad, bien sûr, nous suivons heure par heure la situation sur le terrain. J’ai été en contact et j’ai pu présenter mes condoléances au Prince Saoud, ministre des Affaires étrangères saoudien et pour le moment, vous connaissez le bilan tel qu’il a été présenté, donc, nous attendons d’en savoir davantage sur l’ampleur exacte et le nombre des victimes. Nous en restons évidemment aux informations qui sont actuellement données sur place.

Q - Là, vous faites un effort pour vous concerter pour l’après guerre en Irak. Il n’en a pas eu autant de concertation que je sache, avant guerre. Pourquoi ? Entre les deux pays ?

R - Nous partageons le même sentiment, nous sommes tous convaincus de la nécessité pour l’Europe d’essayer de parler d’une seule voix. Il y a eu, je vous rappelle, concertation, si vous avez la mémoire des événements, la semaine où nous avons fait face à la fois à la lettre des Huit et la déclaration des Dix ; le lundi à l’initiative de la France, une réunion s’est tenue à Bruxelles. Nous nous sommes rencontrés, les quatre Européens, membres du Conseil de sécurité, et dans une réunion élargie après aux Quinze. Nous sommes tombés d’accord sur une position de principe, sur l’Europe, une position commune. Et le mercredi, la position est apparue fragile, puisque d’autres pays prenaient une initiative différente, allant dans un autre sens. Je crois et c’est une conviction que nous partageons, que pour surmonter les défis qui s’opposent à nous notamment en Irak, il faut travailler, tendre la main, se rencontrer. Ceux qui aujourd’hui ont une position très proche de la position américaine - et je pense à nos amis britanniques et nos amis espagnols -, ont une responsabilité particulière pour essayer, avec nous, d’avancer en prenant en compte les exigences de l’efficacité sur le terrain. Je sais que nous avons un atout, avec nos amis britanniques et nos amis espagnols, c’est que nous partageons tous le souci de donner sa pleine responsabilité aux Nations unies. Ils parlent d’un rôle vital. Voyons comment dans ce projet, nos amis britanniques et nos amis espagnols peuvent faire avancer justement ce que sont nos idées communes./.

Dernière modification : 07/06/2006

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