Décoration de M. Kader Abdolah [nl]

Résidence de France, La Haye, 15 janvier 2008.

Monsieur Abdolah

C’est pour moi un immense plaisir que de vous recevoir ce soir à la résidence de France, entouré des membres de votre famille et d’éminentes personnalités du monde néerlandais de la littérature, pour célébrer votre parcours personnel et votre succès d’écrivain, et plus particulièrement à l’occasion de la publication à Paris ce jour-même, aux éditions Gallimard, de la traduction française de votre magnifique roman la Maison de la Mosquée.
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M’exprimant en néerlandais, je ne veux pas faire souffrir vos oreilles et serai donc bref, mais permettez-moi cependant d’essayer de souligner en quelque mots la singularité de votre démarche d’écrivain néerlandais, qui rejoint si étroitement votre parcours personnel.

Ce parcours, je dirais qu’il est fondé, de par l’histoire de votre pays d’origine, sur le voyage et l’errance : à travers l’Iran d’abord, du Nord au Sud , de Farahani au golfe persique - avec un temps dans la marine, puis un séjour à Genave, cette ville où, venu au nom d’un engagement politique, vous allez enseigner au lycée, d’est en ouest et de Téhéran au Kurdistan. L’errance devient ensuite exil, plus loin vers la Turquie et l’Europe, pour se terminer à Zwolle, dans ce « paysage étonnamment beau, vert, tranquille, et humide, avec des vaches, des lambeaux de brume et une rivière », ainsi que vous l’avez décrit. Comme l’inverse de votre point de départ.
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A cette errance correspond un voyage intérieur à la recherche de soi-même. Non seulement de votre passé, d’un monde qui a été et qui ne sera plus, mais aussi un soi à l’écoute de l’autre. C’est en parcourant le Kurdistan, en écrivant sans cesse ce que vous voyez et ressentez que vous devenez véritablement écrivain. Ce que vous aviez toujours voulu être depuis l’âge de douze ans, depuis que vous avez commencé à vous plonger ans la littérature du monde.

Cette errance de l’exil sera aussi une pérégrination de la langue : vous passez du persan, langue dans laquelle vous écrivez encore Wat willen de Koerden zeggen, au néerlandais, que vous apprenez au moyen de votre ordinateur d’occasion, dès votre arrivée comme réfugié politique. Et vous allez aussitôt écrire en néerlandais cette œuvre si riche et singulière : un recueil de nouvelles en 1993 De Adelaars, De meisjes en de partizanen (1995), De reis van de lege flessen (1997), Spijkerschrift (2000), et en 2005 Het huis van de moskee, le plus connu, élu en 2007 second roman néerlandais de tous les temps. Votre prochain ouvrage, De boodschapper en De Koran, sortira sous peu. Quatre de vos livres ont été traduits en français et publiés chez Gallimard : Les jeunes filles et les partisans, Le voyage des bouteilles vides, Cunéiforme et La Maison de la mosquée.
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La Maison de la Mosquée sort aujourd’hui dans la traduction française, chez Gallimard. C’est aussi pour fêter cette parution que nous sommes réunis ce soir ici. Le public français a bien de la chance d’avoir désormais accès à ce roman magnifique, où l’histoire contemporaine se mêle au merveilleux, où la magie côtoie la réalité, où la poésie est constamment présente. A travers le flot d’événements contemporains qui emporte les personnages de ce roman et de cette société singulière, c’est l’universalité de l’humain que vous nous donnez à savourer dans l’écrin d’un conte oriental.

Afin de couronner votre oeuvre magistrale, et en reconnaissance du plaisir infini que vous procurez à vos lecteurs, en particulier français, la France a décidé de vous honorer par une décoration, celle que la République française réserve aux artistes et écrivains. Et que je vais maintenant vous remettre Monsieur Kader Abdolah, au nom de la Ministre de la Culture, j’ai l’honneur de vous remettre les insignes de Chevalier des Arts et les Lettres.

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Dernière modification : 08/01/2010

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