Entretien avec M. Vassy, Ambassadeur de France aux Pays-Bas, après l’assassinat de Samuel Paty, dans l’AD (23 octobre 2020, Algemeen Dagblad)

Entretien avec M. Luis Vassy, Ambassadeur de France aux Pays-Bas, dans le quotidien néerlandais Algemeen Dagblad (AD) sur l’assassinat du professeur Samuel Paty le 16 octobre 2020.

Par Hans van Zon, le 23 octobre 2020.

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Traduction non officielle du néerlandais vers le français

« Ce ne sont pas seulement les valeurs françaises qui sont en jeu après l’attaque contre un enseignant, les valeurs néerlandaises le sont aussi »

Ambassadeur de France - Le meurtre brutal du professeur Samuel Paty marque également l’Ambassadeur de France à La Haye. « Cet attentat contre notre identité concerne l’ensemble du monde libre », déclare Luis Vassy.

Sous la direction du président Emmanuel Macron, visiblement ému, la France a fait des adieux impressionnants à l’enseignant Samuel Paty, assassiné vendredi. La cérémonie à l’Université de la Sorbonne à Paris n’a pas non plus laissé Luis Vassy indifférent.

« Tout Français, et au-delà, toute personne qui chérit la liberté est frappée par cela. Non seulement parce qu’il a été brutalement assassiné (décapitation, ndlr). Il s’agit ici d’un enseignant qui voulait donner un enseignement indépendant et libre sur un sujet fondamental : la liberté d’expression », déclare l’ambassadeur Luis Vassy (40 ans).

Selon lui, c’est la raison pour laquelle de nombreux Néerlandais prennent la pleine mesure de l’attaque. Le Premier ministre Mark Rutte n’est pas le seul à avoir exprimé son soutien. L’ambassade a reçu de nombreuses réactions par courrier électronique, de la part de partis politiques, d’établissements d’enseignement et de citoyens. « Cela montre une fois de plus l’importance de ce que nous partageons, la liberté en général et la liberté d’expression en particulier », déclare Luis Vassy. « Il faut que nous nous opposions ensemble aux campagnes de haine, à l’intimidation et à la violence extrémiste. La France a été attaquée, mais ce sont les valeurs françaises autant que néerlandaises qui sont en jeu. »

Le meurtre de Paty par un jeune extrémiste islamique a également touché personnellement l’ambassadeur. « Je suis issu d’une famille immigrée, mes parents sont originaires d’Amérique du Sud. Je suis né en France, j’ai obtenu la nationalité française à l’âge de deux ans avec mes parents. J’ai grandi dans une municipalité très similaire à Conflans-Saint-Honorine, où Samuel Paty a enseigné. Dans une banlieue à l’est de Paris. Je dois beaucoup à des professeurs comme lui. Leur enseignement m’a amené là où je suis maintenant. Ces derniers jours, j’ai repensé à mon professeur d’histoire, ma matière préférée avec les mathématiques avec qui je m’entendais bien. Cette attaque n’est pas seulement une attaque contre la liberté d’expression, c’est aussi une attaque contre l’éducation et le savoir, en tant qu’outil d’émancipation, d’égalité. »

Selon Luis Vassy, le meurtre de Paty est un autre « wake-up call ». « Depuis 2012, la société française est constamment sous le feu extrémiste du terrorisme islamique. Avec des attaques meurtrières contre une école juive à Toulouse, contre des militaires, des policiers, un prêtre, des journalistes et les terribles événements de Nice et du Bataclan », résume l’ambassadeur. « Il s’agissait d’attaques contre les représentants de nos institutions ou contre notre mode de vie. »
Le président Macron se lance donc maintenant dans une contre-attaque. La chasse à l’homme a conduit à la mort de l’auteur et à l’arrestation de personnes, y compris des jeunes qui ont été les instigateurs ou les complices du meurtre. On prend des mesures contre les organisations qui les ont représenté.

« Nous ne pourrons jamais tolérer ces attaques contre notre société, contre son organisation », déclare Luis Vassy. « Dans ce cas-ci, nous devons également veiller à ce que les enseignants puissent continuer à enseigner librement. Ce qui est arrivé à Paty ne doit pas se reproduire. Il faut mettre fin immédiatement à toute tentative de harcèlement. » L’ambassadeur préfère ne pas entrer dans le détail des mesures de sécurité supplémentaires. « Mais nous ne pouvons pas négocier nos valeurs essentielles. »

Menaces

Mais il veut bien parler du rôle des médias sociaux. Avant l’attaque de Paty, ils ont offert une plate-forme pour des messages pleins de haine et de menaces à son égard. Ils auraient incité l’auteur à commettre le meurtre.
« C’est un problème très important. Après l’attentat sanglant de Christchurch en Nouvelle-Zélande il y a deux ans, la France et d’autres pays européens ont proposé une nouvelle réglementation dans l’Union européenne pour les plateformes sociales. Cela inclut l’instruction pour les plateformes de supprimer les messages à contenu terroriste menaçant dans un délai d’une heure. En outre, ce n’est plus l’État où la plate-forme est basée qui devra traiter avec ces entreprises, mais l’État où les messages sont diffusés. » La proposition est maintenant devant le Parlement européen. Luis Vassy espère que la discussion sur ce sujet va maintenant avancer.
En attendant, les pays européens devront coopérer encore plus étroitement dans la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme. Dans le domaine de la « prévention » également. Luis Vassy : « Comme l’a dit le président Macron dans un discours prononcé aux Mureaux le 2 octobre : avec plus de lutte contre l’incitation au séparatisme, à l’appel à la violence, contre les écoles clandestines de salafisme politique qui répandent un poison extrémiste et mettent en cause nos valeurs. Un outil crucial à cet égard sera une bonne éducation libre - car il ne s’agit pas seulement d’un problème de sécurité. »

Source : https://www.ad.nl/

Dernière modification : 21/11/2022

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