Interview de Mme Lenoir, Ministre déléguée aux affaires européennes

L’Union Européenne a besoin d’un ministre des affaires étrangères à part entière. Son travail doit reposer sur un mandat des gouvernements européens et il doit disposer de beaucoup plus d’argent que cela n’est le cas pour l’actuel haut représentant de la politique étrangère européenne, Xavier Solana.

C’est ce que déclare Noëlle Lenoir, la ministre déléguée française aux affaires européennes. Elle a exposé cet après-midi la position du gouvernement français lors d’une conférence à La Haye. Beaucoup de pays européens se concertent actuellement sur leurs conceptions de l’avenir de l’Europe. Le Benelux veut présenter au début du mois prochain une position commune qui rejoigne le plus possible les conceptions du gouvernement allemand. La France et l’Allemagne veulent présenter au début de l’année prochaine une vision commune de l’avenir de l’Europe.

Toute cette activité diplomatique vise à préparer les négociations sur un nouveau traité constitutionnel européen. La Convention pour l’avenir de l’Europe présentera à cet effet en juin prochain un projet. La Convention se compose non seulement de parlementaires mais également de représentants des gouvernement européens. La décision finale sur le traité définitif sera prise par les chefs de gouvernements.
Jusqu’à présent, la proposition française de Ministre européen des Affaires Etrangères n’a suscité l’enthousiasme ni des petits pays ni de la Commission. Les petits pays craignent la domination des grands. La Commission souhaite avoir davantage d’influence sur la politique étrangère et n’est guère tentée de transférer une partie du budget à un ministre dont le mandat dépend de la coopération entre les Etats-membres.

« Nous pensons que les Etats nations constituent le fondement de l’Europe », explique Mme Lenoir. « Il faut continuer à développer une citoyenneté européenne ; l’unité des peuples européens doit être plus forte. Mais les Etats nationaux constituent la base politique. Pour cette raison, renforcer les compétences de la Commission Européenne dans le domaine de la politique étrangère ne nous paraît pas une bonne solution. »

Le ministre européen des Affaires Etrangères doit-il faire partie du Conseil des Ministres (les représentants des Etats-membres) ?
« Il y a plusieurs options. Selon une proposition allemande, il pourrait porter une double casquette, celle de Commissaire européen et celle de membre du Conseil des Ministres. Pour nous, ce qui importe, c’est qu’il existe un ministre européen des affaires étrangères et qu’il dispose d’un mandat explicite des gouvernements. La politique étrangère reste l’affaire des gouvernements nationaux. Je ne crois pas qu’il y ait un pays qui veuille autre chose. Ce ministre des Affaires Etrangères a besoin de moyens financiers. Les 37 millions d’Euros avec lesquels le Haut Représentant Solana doit travailler ne sont pas justement proportionnés par rapport aux 6 milliards d’Euros dont dispose la Commission pour l’aide extérieure. »

La France veut-elle régler davantage de questions au niveau de Etats et moins par le biais de la méthode communautaire, où le parlement Européen et la Commission jouent un rôle important ?
« Nous ne sommes absolument pas hostiles à la méthode communautaire. Au contraire, nous trouvons qu’un demi-siècle d’expérience a prouvé qu’elle est irremplaçable. Nous voulons même renforcer cette méthode ; il faut élargir le droit exclusif de la Commission à faire des propositions. Les décisions à la majorité qualifiée doivent être plus nombreuses. Nous allons faire avec l’Allemagne des propositions pour que les décisions sur les questions d’imposition des sociétés et d’imposition de l’épargne soient prises à la majorité qualifiée. En introduisant la majorité qualifiée, nous voulons renforcer la méthode communautaire dans les domaines de la Justice et de l’Intérieur. »

Quel est le fil conducteur des propositions françaises pour l’avenir de l’Europe ?
« Quant on parle d’avenir de l’Europe, on ne parle pas seulement d’élargissement. Il s’agit également de la présence de l’Europe sur la scène internationale. Nous avons un objectif de sécurité très large : sécurité intérieure en Europe, stabilité, lutte contre le terrorisme et contre l’immigration illégale. Et nous voulons renforcer la méthode communautaire. »

Pensez-vous que Washington appellera Bruxelles plutôt que Paris ou Londres s’il y a un ministre européen des Affaires Etrangères ?
« Nous croyons que l’Europe est une fédération d’Etats nations. Il en sera encore ainsi pendant un moment. Cette fédération d’Etats nations a besoin d’une légitimation populaire. Pour cela, il y a un Parlement Européen. Nous sommes également favorables à la création d ’un Congrès composé de parlementaires nationaux et européens.

Le Congrès populaire auquel tient le Président de la Convention, l’ex-Président français Giscard d’Estaing, en dépit de l’opposition de la majorité des membres de la Convention ?
« Je ne crois pas qu’il faille instaurer une instance permanente. Le Congrès pourrait se réunir à des moments importants. Il faut que les parlements nationaux soient plus étroitement impliqués dans les questions européennes. Un Congrès populaire peut accroître la visibilité de l’Europe pour les citoyens. La politique nationale doit avoir une image plus positive et plus démocratique de l’Europe. Il est trop facile de dire que c’est la faute de Bruxelles lorsque les choses vont mal. »

La France veut également remplacer la présidence tournante de six mois par une présidence fixe pour les ministres des Affaires étrangères pour coordonner la politique européenne.
« Nous voulons un Président élu par ses pairs à la majorité qualifiée pour une période de deux ans et demi. Ce mandat serait renouvelable une fois. Il devrait être assisté du Ministre européen des Affaires étrangères. A côté de cela, on trouve une Commission renforcée et il faudrait peut-être que le Parlement Européen devienne co-législateur dans les questions faisant l’objet d’une décision à la majorité qualifiée. La France veut une Europe politiquement forte ».

Dernière modification : 07/06/2006

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