La place des universités françaises et néerlandaises dans le classement de Shanghaï 2021 par domaine académique

Quels classements pour quels critères

Les classements d’universités sont des éléments privilégiés afin de faire état de l’attractivité du système d’enseignement supérieur d’un pays, même si les critères retenus font peu de place à la qualité de l’enseignement, mais plutôt aux médailles Fields et prix Nobels des anciens élèves ainsi qu’au nombre de publications scientifiques des professeurs en place. Cela représente pour les étudiants un curseur dans le choix de leurs mobilités, même si ce n’est pas le seul, car depuis la crise du corona virus, la tendance est aussi à porter un regard vigilant sur l’accueil des universités et la qualité de vie que l’on peut y trouver.

Aujourd’hui 3 classements d’universités sont particulièrement relayés dans les médias : le classement mondial des universités QS, le classement académique des universités mondiales par l’université Jiao Tong de Shanghai dit « classement de Shanghaï » et les Times Higher Education World University Rankings publiés par le magazine Times Higher Education (THE).

Récemment, la publication par le THE du classement européen des meilleures universités a laissé voir l’attractivité grandissante des universités françaises et néerlandaises à travers leur placement dans celui-ci. Ce dernier classement a l’avantage de présenter les particularités de l’espace européen de l’enseignement supérieur incluant la Grande-Bretagne, même après le Brexit.

Ces classements exclus des pans entiers des domaines artistiques et littéraires de leurs études, puisque les prix Nobels de littérature en sont exclus, par exemple.

Le classement de Shanghaï et la place de la France

Le classement en 54 spécialités et 5 grands domaines d’études publié par l’université de Shanghaï en 2021, laisse apparaître des tendances très intéressantes en termes de spécialisation de la France dans l’excellence liée aux sciences dites naturelles et expérimentales, comme la première place de l’université de Paris-Saclay en mathématiques, avec une 3ème place pour La Sorbonne, et 15 universités françaises dans les 100 premières mondiales. De la même façon, en science physique, les universités françaises sont représentées par 7 d’entre elles dans les 100 premières, avec l’Université de Paris qui fait une percée importante dans ce classement, depuis la fusion en 2019 de Paris Descartes, Paris Diderot et l’Institut de Physique du Globe. Il est à retenir que le lauréat du prix Descartes-Huygens 2019, comme deux autres avant lui, a été retenu par le jury pour faire une mobilité à l’observatoire de Paris, qui est intégré à l’université PSL depuis 2010. Le récent mouvement de fusion des universités françaises permet de renforcer leur visibilité dans les classements internationaux, car le nombre d’étudiants est un critère important ainsi que le nombre d’enseignants-chercheurs, ceci au détriment des écoles et des instituts, ce qui se produit actuellement pour les écoles d’ingénieurs françaises encore cotées mais en décrochage dans les classements, à l’exception de Telecoms Paris.

Le classement de Shanghaï et la place des Pays-Bas

Pour les 13 universités néerlandaises la consécration leur revient de manière très régulière dans les classements, et celui de Shanghaï en 2021 n’y fait pas exception, notamment en sciences sociales et humaines, plus exactement en sciences politiques, avec 11 d’entre elles que l’on retrouve dans le top 100, le domaine de la communication également avec une première place pour l’université d’Amsterdam, et 8 universités néerlandaises qui apparaissent dans le classement des 100 premières mondiales. L’administration publique se taille la part du lion dans ce classement où 8 universités néerlandaises sont présentes dans le groupe des 100 premières avec la 2ème place pour Utrecht et la 3ème pour l’université Erasmus de Rotterdam, cette dernière étant 4ème dans le classement du management public comme privé.

Les sciences du vivant et la géographie physique font également partie de l’excellence néerlandaise, avec une première place de la TU de Wageningen en sciences de l’agriculture et agronomie, la France ne démérite pas, plaçant 7 de ses universités dans les 100 premières et les Pays-Bas, 2 universités très haut placées. Il est intéressant de noter que cela a donné lieu, ces dernières années, à la consolidation d’un lien de coopération entre Wageningen et l’ISARA de Lyon, dans la spécialité d’éco agrologie de cette dernière, notamment à travers les bourses Descartes mises en œuvre par le Poste de La Haye et permettant à un étudiant de master d’étudier un an en France tous frais couverts. En géographie, classée en sciences naturelles, 6 universités néerlandaises se trouvent dans les 100 premières, dont Wageningen et Utrecht respectivement en 2ème et 3ème positions.

Plusieurs études dans le domaine de l’éducation, spécialité de recherche très investie par les néerlandais, montrent que la généralisation volontaire depuis 20 ans des doubles cursus universitaires en sciences sociales et sciences humaines aux Pays-Bas ont contribué très favorablement à la situation d’excellence de ces formations universitaires dans les différents classements. Ces doubles cursus sont très prisés par les jeunes et la France a commencé il y a 5 ans à les développer également, avec succès auprès des étudiants.

La conjonction de l’excellence, un enjeu pour une coopération resserrée et des mobilités renforcées

Il y a également des matières pour lesquelles les 2 pays, comme en agronomie, font partie de l’excellence et ont un intérêt commun à explorer toutes les formes de coopération possibles, afin de renforcer leur complémentarité.

Il s’agit de l’océanographie, pour laquelle 9 universités françaises sont dans les 100 premières et 4 néerlandaises, avec en ingénierie de l’océan et des aires marines, une 8ème place pour la TU de Delft. Les sciences économiques et les statistiques en font partie, avec respectivement pour l’économie, 11 universités françaises et les 13 néerlandaises dans les 300 premières mondiales et pour les statistiques, 12 françaises et 6 néerlandaises dans les 200 premières. Le créathon croisé « Blue links » entre Rotterdam et Marseille en 2020 a fait la part belle aux expertises croisées. La TU de Delft a notamment délégué l’un de ses professeurs comme coach des jeunes créathoniens franco-néerlandais.

Dans les domaines des sciences médicales, les cotutelles de thèses sont à privilégier, car la France au même titre que les Pays-Bas, présente des résultats notables en santé publique, pharmacie et technologies médicales, mais il semble nécessaire vu les conséquences de la crise du coronavirus de poursuivre une intégration européenne plus avancée reposant sur les accords bilatéraux et trilatéraux. L’évènement BtoB en santé globale des postes en Belgique et aux Pays-Bas avec le soutien de Campus-France, a démontré avec en moyenne 120 participants, que l’enjeu est visible pour les 3 pays, et la nécessité d’accélérer les accords de cotutelle de thèse également.

Les sciences et ingénierie des énergies constituent un point très fort d’expertise et de recherche pour la France comme pour les Pays-Bas et les universités et écoles coopèrent de plus en plus dans ce domaine, comme la 17ème Conférence Erasme Descartes consacrée à cette question et qui s’est déroulée en 2019 à Amsterdam a pu le démonter.

En conclusion, et même si les classements ne sont pas infaillibles, loin s’en faut, ils donnent des indications concernant les secteurs d’excellence du système universitaire des pays, et restent un curseur pour les mobilités des étudiants, des chercheurs et également afin de privilégier les coopérations les plus fertiles entre les universités. Les universités européennes commencent à faire un effet de masse critique dans ces classements faisant gagner des places aux universités nationales partenaires. C’est une tendance encore timide mais qui se renforcera sans doute.

Dernière modification : 23/06/2021

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