MeliMelo n°12 : "Pour des prunes" [nl]

Pour des prunes / Voor spek en bonen - JPEG

EXPRESSION

« Pour des prunes »

SIGNIFICATION

Pour rien.

ORIGINE

Si, de nos jours, la prune peut être très difficile à digérer lorsqu’il s’agit d’une amende dressée par la maréchaussée, il y a également bien longtemps qu’elle ne désigne pas que le fruit.

En moyen français, depuis le XIIIe siècle, une ’prune’ pouvait aussi être :

- Un coup ("il s’est pris une prune, un pruneau") ;
- De la chance (une bonne aubaine) ou de la malchance (un coup du sort), selon le cas ;
- Quelque chose sans aucune valeur ("ne pas valoir prune" voulait dire "ne rien valoir" et "ne preisier une prune", c’était "n’avoir aucune estime pour quelqu’un"). C’est bien évidemment de cette dernière signification que notre expression est née au début du XVIe siècle, "ne preisier une prune" datant de la fin du XIIe.
Mais pourquoi une prune ne valait-elle déjà rien ?

Eh bien nous allons devoir remonter jusqu’aux premières croisades, au XIIe siècle.
En effet, une histoire raconte que, de la seconde qui fut un échec, les Croisés, vers 1150, ramenèrent des pieds de pruniers de Damas dont ils avaient pu se régaler des fruits sur place.
On peut alors parfaitement imaginer que, alors qu’ils faisaient au roi le compte-rendu de leur expédition, celui-ci très en colère se serait écrié quelque chose comme : "Ne me dites pas que vous êtes allés là-bas uniquement pour des prunes !", sous-entendant "pour rien".
L’entourage du roi puis le peuple aurait alors diffusé dans le pays ce sens très particulier de la ’prune’.

Cela dit, pour être franc, la prune était connue en France depuis l’Antiquité et il est assez probable que cette origine n’est qu’une légende, d’autant qu’en même si certains historiens considèrent que c’est effectivement dès la deuxième croisade que les Croisés ont connu des échecs, d’autres affirment que ce n’était qu’à partir de la septième ou la huitième, soit bien plus tard, alors que la valeur minime de la prune était déjà largement connue. Et si on attachait une faible valeur à la prune, c’est peut-être tout simplement parce que c’était un fruit extrêmement commun.

Mais, en l’absence de certitudes sur l’origine réelle de l’expression et pour défendre un peu cette histoire sympathique, on pourra ajouter que la prune de Damas avait une saveur particulière, peut-être largement supérieurs aux prunes connues localement, justifiant que les Croisés, en la rapportant, cherchent à en vanter les qualités auprès de leur souverain.

Toujours est-il possible que c’est cette variété de prune qui, greffée avec un prunier local, a donné la prune d’Ente, à l’origine de ce qui s’appelle le pruneau d’Agen, mais qui vient en réalité de Sainte-Livrade-sur-Lot et de Villeneuve-sur-Lot dans ce qui est maintenant le département du Lot-et-Garonne.

EXEMPLE

"A part ça, la petite vie du camp continuait sa routine : l’alarme anti-feu se déclenchait toujours quatre ou cinq fois par semaine pour des prunes."
Richard Pointet - Australie, l’envers du décor - 1999

AUX PAYS-BAS

Voor spek en bonen - Pour du lard et des haricots

Source : Georges Planelles - Les 1001 expressions préférées des Français - expressio.fr

Dernière modification : 19/05/2014

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