PRESSE NEERLANDAISE DU JEUDI 21 FEVRIER 2002

La campagne électorale et les intentions de vote des Néerlandais
inspirent deux grands titres, la fraude dans le secteur du bâtiment et la situation en
Israël et dans les territoires palestiniens fournissent les autres manchettes.

Déception sur le plan sportif : les patineuses néerlandaises ont
connu une "journée noire" hier, dans l’épreuve de vitesse sur 1 500 m.

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NRC Handelsblad  : "Influence externe sur les écoles islamiques",
"Les prévisions du CPB suscitent le désarroi", "Offensive israélienne
contre les bureaux d’Arafat"

De Telegraaf  : "Fortuyn obtiendrait maintenant 16 sièges – Le VVD et
le PvdA coude à coude dans un sondage Nipo", "Les dames de l’équipe orange
battues"

de Volkskrant  : "La stagnation de la croissance divise Paars",
"Un incendie de train fait au moins 373 morts en Egypte"

Algemeen Dagblad  : "Les entrepreneurs étaient au courant des accords
secrets – Un témoin de la commission d’enquête : Tous les patrons étaient de la
partie", "Journée noire pour Orange"

Trouw  : "Israël augmente la ’dose’ après les attentats
palestiniens", "’Depuis huit heures, les règles ont changé’" (reportage
d’un poste de contrôle israélien)

* * * 

Le dossier du jour : Campagne électorale

"Le PvdA supprime tous les allégements des charges programmés
pour la prochaine législature", annonce le Volkskrant dans son grand article
à la une. "Le VVD réclame un allégement fiscal de six milliards d’euros et veut en
échange économiser sur les dépenses publiques. Les partis de la coalition Paars ont
accru mercredi leurs contradictions classiques, maintenant que la croissance économique
s’effondre
. Le PvdA et le VVD s’étaient déjà distanciés l’un de l’autre, sous la
pression des prochaines élections, dans la discussion sur la WAO et les emplois Melkert,
et le ralentissement économique divise encore davantage les partenaires de
coalition."

" Tous les partis doivent modifier leur programme électoral à
la suite des derniers chiffres du Centraal Planbureau (CPB)
. Ces programmes ont
été rédigés alors qu’il y avait encore un excédent budgétaire. Or celui-ci fond
maintenant comme neige au soleil. Il s’agit de boucher un trou financier d’au moins
deux milliards d’euros par rapport aux projets initiaux des partis et pour y arriver, le
PvdA et le VVD font des choix opposés
."

"A Amsterdam, la tête de liste du PvdA, Melkert, a déclaré
qu’il n’y avait plus place pour un allégement des charges. Le PvdA accorde la priorité
au remboursement de la dette d’Etat et aux dépenses supplémentaires pour les soins et
l’enseignement. Il supprime donc l’allégement des charges d’un milliard et demi prévu
dans son programme. A Maastricht, la ministre VVD Jorritsma a déclaré hier soir que le
VVD s’en tenait à un excédent structurel de 1 % pour rembourser la dette d’Etat. Le
porte-parole financier du VVD, Van Beek, a ajouté qu’en ce qui concernait les libéraux,
il fallait maintenir l’allégement des charges de six milliards d’euros."

"Le CPB publiera son jugement définitif sur la qualité
financière des programmes électoraux à la mi-mars."

En page 3, le Volkskrant note la proposition de GroenLinks
d’entrer en coalition avec le PvdA et le CDA
, après les élections législatives de
mai. Le leader du parti, Paul Rosenmöller, invite ses collègues Melkert et Balkenende à
ouvrir un débat d’urgence sur la formation d’une coalition de circonstance, la semaine
prochaine. Rosenmöller est convaincu que les partis de la coalition Paars n’arriveront
plus à s’accorder sur la WAO
(incapacité de travail).

" Si les élections avaient lieu en ce moment, la liste Pim
Fortuyn obtiendrait 16 sièges à la Deuxième Chambre
", relève le Telegraaf
dans son grand article à la une. "Une grande partie de la base de Leefbaar Nederland
suit la tête de liste limogée, ainsi qu’il ressort d’un sondage d’opinion du bureau Nipo
publié hier. Une autre donnée frappante est que le PvdA et le VVD sont coude à coude
dans la course à la première place
. Mais en dépit des querelles et du départ de
Fortuyn, Leefbaar Nederland obtient un score remarquable dans les sondages
. Le parti
de Jan Nagel continue d’attirer des électeurs et peut escompter sièges , même
sans les adeptes de Fortuyn. Les chiffres de Nipo, au demeurant, s’écartent beaucoup du
dernier sondage Interview-NSS."

Le nouveau parti du troisième âge Verenigde Seniorenpartij (VSP)
obtiendrait un siège actuellement. Parmi les partis établis, le PvdA perdrait 11
sièges, le VVD 4, de même que le CDA. Le D66 en perdrait sept et GroenLinks 2

(également Volkskrant p.1, Trouw p.3)

A noter que, selon une enquête effectuée par le Volkskrant et
douze bulletins universitaires, GroenLinks est très populaire auprès des étudiants
néerlandais et obtiendrait 33 sièges s’ils étaient les seuls à voter
. Seul le VVD
dépasse le parti de Rosenmöller en popularité en milieu estudiantin : il
obtiendrait sièges . La progression des deux partis se fait surtout aux dépens
du CDA, qui rendrait 18 sièges de son groupe actuel. Le PvdA chuterait de 45 à 31
sièges. L’adhésion à Leefbaar Nederland et Pim Fortuyn est difficile à estimer, selon
le Volkskrant (p.2), car le sondage a coïncidé avec le tapage autour de Fortuyn,
mais grosso modo les étudiants ne sont guère portés sur LN et la Liste Fortuyn, qui
obtiendraient moins de dix sièges ensemble.

" Le Conseil électoral a enregistré hier neuf nouveaux partis ",
précise l’ Algemeen Dagblad (pp.1 et 5). " Le 2 avril, on sera fixé sur les
partis qui se présenteront aux élections." Les partis enregistrés présenteront
alors leur liste au Conseil. En 1998, seuls 22 partis sur les 49 enregistrés ont
effectivement participé aux élections.

 

Actualité internationale

Grande-Bretagne - Union européenne

L’ Algemeen Dagblad (pp.1 et 6) s’est entretenu à Londres avec le
ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw,
qui rencontrera
aujourd’hui son homologue néerlandais Van Aartsen
au Binnenhof. "Straw veut
lancer un débat sur l’avenir de l’Europe", souligne le correspondant du journal de
Rotterdam. "Aujourd’hui à La Haye, il rompra une lance pour une présidence plus
efficace
." " Je trouve qu’il faut renforcer le rôle du Conseil des
ministres
. C’est à eux qu’il incombe d’appliquer le programme pour lequel ils ont
été élus par leur population, ils sentent le souffle de l’opinion publique, ils doivent
rendre des comptes à leur parlement."

Le chef de la diplomatie britannique suggère de mettre fin à la
rotation de la présidence de l’UE
, dans la perspective de l’élargissement. "La
présidence devient une charge de plus en plus lourde, même pour les grands pays. Et elle
est synonyme de discontinuité : changement de leadership, de direction, de
priorités – tous les six mois." Straw propose de ramener le nombre actuel de
conseils des ministres de 16 à 10
. Ces conseils nommeraient chacun un président
"qui sera élu par ceux qui sont autour de la table". Ces dix présidents
assureraient ensuite la direction de l’UE pendant deux ans et demi, en tant
qu’"équipe présidentielle".

S’agissant de l’euro, Straw déclare : "Tout comme le reste de
notre gouvernement, je suis en principe pour la participation britannique, mais vous le
savez : cela dépend de la question de savoir si l’on respecte nos critères
économiques et ensuite d’un référendum. Je crois que nous pouvons jouer un rôle très
important en Europe, avec nos 14 partenaires actuels. Il y a beaucoup de domaines dans
lesquels la coopération est possible sans qu’il y ait un lien direct avec la
participation à l’euro. En outre, la discussion sur une Europe plus efficace et plus
démocratique est sans rapport avec cette question."

Interrogé sur le quot ;grand écart" du Royaume-Uni entre
l’Europe et les Etats-Unis
, Straw répond : "Ce n’est pas un grand écart. Les
deux relations tirent leur origine de notre histoire. Nous avons une relation avec les
Etats-Unis et nous avons une relation avec l’Europe
. C’est justement parce que nous
optons pour l’implication active en Europe que nous sommes en mesure d’exercer une
influence, plus que si nous n’avions pas ce lien avec les Etats-Unis." La position de
Londres ne deviendra-t-elle pas délicate si Washington agit unilatéralement et si le
président Bush ouvre l’offensive contre "l’axe du mal" ? Straw reconnaît que
"le débat politique prend différentes formes dans les pays européens". Mais
il discerne plus de consensus que de divergence : "Quand je suis à table avec
mes collègues européens, on souligne qu’il y a un problème avec l’Irak et l’Iran".

Pays-Bas : situation du français et de l’allemand

"Dans les années trente, Huizinga pouvait encore remarquer dans
son Nederlands Geestesmerk [l’esprit néerlandais] que notre pays était béni
parce que nous profitions à part plus ou moins égale de trois cultures", remarque
Paul van Velthoven dans le journal haguenois Haagsche Courant (p.A7) d’hier soir.
"Cela faisait notre force, cela déterminait notre identité, estimait-il. En effet,
une langue étrangère ouvre une porte sur un autre monde, qui resterait fermé sans la
maîtrise de sa langue. Les choses ont bien changé. Pour des raisons faciles à
comprendre, l’allemand a perdu sa position de langue étrangère dominante après la
guerre
. L’anglais, la langue des vainqueurs, avait acquis un prestige nouveau et
commençait son grand essor
. Et le français ? Ce n’était ni la langue des
vainqueurs, ni la langue des vaincus. En tant que langue réputée difficile, car non
germanique, il a longtemps gardé une position privilégiée
." " Mais la
loi mammouth, appliquée en 1968, allait rompre le fragile équilibre
" entre
l’anglais, l’allemand et le français dans l’enseignement néerlandais
.

" L’ambassadeur de France, Anne Gazeau-Secret, a fait le bilan
la semaine dernière, lors d’un symposium à Amsterdam
. L’assistance illustrait bien
ce qui lui tenait à cœur : il y avait environ quatre-vingts étudiants, la plupart
de sexe féminin, qui avaient choisi ’la plus belle langue’ [titre d’une méthode de
français très courante dans l’enseignement néerlandais]. Il y a dix ans, il y avait
encore 3 900 étudiants de français
. Il en reste 1 650, une baisse de
soixante pour cent !
Et la situation n’est pas plus brillante dans les écoles
secondaires
. Les quelque vingt pour cent d’élèves qui étudient une deuxième langue
étrangère n’en ont la plupart du temps qu’une maîtrise passive : ils ne la parlent
plus."

"La situation est-elle si grave ?" conclut le journaliste.
" Les autres Européens parlent maintenant presque aussi bien l’anglais "
que les Néerlandais. " Seuls les Français résistent, car ils ne veulent pas
devenir une province américaine
. Ils se battent contre l’appauvrissement culturel .
Nous finirons par leur en être reconnaissants ."

Ce matin, Martin Sommer reprend de larges extraits du discours de
l’ambassadeur en page d’opinion du Volkskrant
, sous le titre "Les Pays-Bas ne
doivent pas négliger le patrimoine de l’Europe".

"Les deux langues les plus parlées dans l’’Union Européenne
(par près de 90 millions de locuteurs pour l’’allemand, et près de 70 millions pour
le français) sont presque menacées de disparaître dans un pays qui, traditionnellement,
servait de modèle à ses voisins en matière d’’apprentissage des langues. Cela
signifie peut-être, après tout, que les Néerlandais se préoccupent moins qu’’on ne
pourrait le croire de leur poids économique ou politique au sein de l’’Europe
continentale. Peut-être ont-ils gardé la nostalgie de l’’espace planétaire qui fut
un moment leur terrain d’’action, il y a quelques siècles. Or cet espace planétaire,
aujourd’’hui, est surtout américain…"

"Il y a naturellement beaucoup d’’avantages pratiques ou
techniques à se servir, dans maintes situations de communication, d’’une langue de
contact unique, et c’’est aujourd’’hui la langue anglaise, sous une forme
d’’ailleurs réduite et appauvrie, qui en tient lieu. Mais ce que nous redoutons
par-dessus tout, nous autres Français, c’’est le triomphe possible du monolinguisme,
c’’est à dire de la monoculture et de la pensée unique
. Ce qui anime les
Français, ce n’’est pas la défense d’’une ’exception’ justifiée par je ne sais
quel nationalisme ou chauvinisme. C’’est le souci de préserver dans le monde la
diversité des idées et des cultures."

 

Actualité intérieure

Ecoles islamiques

" Selon le BVD, les écoles islamiques n’incitent pratiquement
pas à la haine contre le monde occidental
", rapporte le Volkskrant (p.3).
"Il y a bien des contacts avec des organisations radicales, mais on surestime leur
influence."

"Le BVD a étudié les signaux selon lesquels certaines écoles
musulmanes inciteraient à la haine contre la société occidentale. Ce n’est pas le cas
dans la plupart des écoles, selon le rapport De democratische rechtsorde en
islamitisch onderwijs
[Etat de droit démocratique et enseignement islamique]. On
s’efforce de préserver sa propre identité ethnique et/ou religieuse, mais certaines
écoles protestantes en font de même
."

"L’enquête s’est concentrée sur les 32 écoles primaires
islamiques (six mille élèves au total). Il n’y a pratiquement pas encore d’enseignement
islamique secondaire et supérieur" (également Trouw pp.1 et 13, De
Telegraaf
p.7).

" Les politiques doivent éviter de monter les gens les uns
contre les autres
, dans la discussion sur les allochtones", relève l’ Algemeen
Dagblad
à la une. " Ils risquent de tomber dans ’l’hystérie de l’islam et de
l’intégration des musulmans’
. C’est ce qu’a déclaré le ministre Van Boxtel
(Grandes villes et Intégration, D66) hier à Leeuwarden, lors de l’inauguration d’un
immeuble destiné à diverses instances de promotion de l’intégration. ’D’autres partis
jouent maintenant au petit soldat : qui inventera les peines les plus lourdes, quel groupe
est notre plus grand ennemi ? C’est comme ça qu’on monte les gens les uns contre les
autres. Il ne faut pas balayer notre tolérance de la table parce que les élections
approchent, et ne pas profiter de peurs injustifiées en brandissant des épouvantails’, a
estimé le ministre."

 

Economie, Finances

Industrie chimique

"Les entreprises doivent retenir plus longtemps les chimistes
âgés et faire revenir les personnels à la préretraite et à la retraite pour faire
face à la grande pénurie de spécialistes dans ce secteur", relève le Financieele
Dagblad
à la une. "Par ailleurs, le recrutement et le maintien de thésards
étrangers peuvent contribuer à résoudre le problème des postes vacants. Telles sont
les recommandations que les Affaires économiques font dans l’Arbeidsradar voor
Academici in de Chemie
qui paraîtra prochainement. Cette analyse a été réalisée
par le ministère, en collaboration avec des scientifiques et l’industrie chimique."

"Peter Noordervliet, directeur général de l’Association de
l’industrie chimique néerlandaise (VNCI), ne partage cependant pas tout à fait les
idées lancées par les Affaires économiques. ’Je ne peux évidemment pas me distancier
tout à fait du ’radar’. Mais à la réflexion, je préfère une autre solution,
indépendamment de la question de savoir si les préretraités veulent reprendre du
service. Il faut tout simplement faire en sorte que plus de personnes fassent des études
de chimie’."

"Les 500 chimistes qui ont terminé leurs études en 2001 couvrent
à peine la demande annuelle du secteur. On estime à 300 le nombre de chimistes qui
obtiendront leur diplôme en 2006, à peine la moitié de la demande." Stork

Stork (industrie aéronautique, prestation de services techniques et
construction de machines) s’attend à quitter le creux de la vague et à sortir de la zone
rouge cette année. "Nous prévoyons de faire des bénéfices. La perte de 8 millions
d’euros en 2001 ne se répétera pas", a déclaré le président Aad Veenman hier,
lors de la présentation des résultats annuels.

Le Joint Strike Fighter, qui succèdera probablement au F16 de l’armée
de l’air néerlandaise, permettra à Stork de réaliser un chiffre d’affaires de plus de 5
milliards de dollars durant les prochaines décennies. L’entreprise attend avec impatience
le débat de la Deuxième Chambre sur la récente décision du gouvernement en faveur de
la participation à ce projet américain ( Trouw p.5, de Volkskrant p.3E, Algemeen
Dagblad
p.18, De Telegraaf p.35).

 

Affaires françaises

Tous les quotidiens prennent acte ce matin de la candidature du premier
ministre Jospin aux élections présidentielles ( de Volkskrant p.5, Trouw
p.6, Algemeen Dagblad p.7, De Telegraaf p.13).

Le Financieele Dagblad (p.3) évoque encore la question des
journaux gratuits : "Une journée sans journal menace les lecteurs français".

Sur le plan culturel, le NRC Handelsblad (p.11) publie une
brève interview du cinéaste Bertrand Tavernier, à propos de son film Laissez-passer.

 

 

Dernière modification : 18/08/2008

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