Point de presse commun des Ministres des affaires étrangères français et néerlandais.

Je voudrais commencer bien sur par vous remercier de la chaleur et du caractère amical de votre accueil . Je voudrais aussi m’associer à ce que vous venez de dire concernant le drame d’un peuple ami qu’est l’Espagne. Un crime odieux qui frappe dans des conditions sans précédents par la violence, le nombre de morts, par la multiplication des attentats, par le professionnalisme aussi et qui comme l’a très bien dit Bernard Bot ne doit pas nous laisser vulnérables. Le terrorisme ne peut pas passer et la démocratie ne peut pas céder devant de tels actes terroristes. C’est là où les convictions qui sont les nôtres, les valeurs qui sont les nôtres, l’amitié et la solidarité que nous voulons exprimer au peuple espagnol, sont plus forts que tous les actes de haine ou de vengeance qui peuvent frapper aujourd’hui sur nos sols, nos territoires.

Cher Bernard vous étiez à Paris fin janvier. Aujourd’hui, c’est à mon tour de vous rendre visite avant que nous nous retrouvions d’ici quelques jours à Bruxelles. Je souhaite vous dire combien je suis heureux de ce déplacement qui a été entamé hier à Amsterdam. Votre pays est un pays important pour la France, un grand partenaire et depuis plusieurs mois je me réjouis de voir qu’ensemble nous continuons l’œuvre qui a été engagée et nos pays se rapprochent chaque jour davantage. Notre rencontre vous l’avez dit a confirmé de nombreuses convergences et surtout a marqué notre volonté de continuer d’approfondir notre dialogue. Cette mission qui a été confiée à notre Conseil de Coopération franco-néerlandais, qui a été inauguré il y a dix mois à Paris, c’est bien cela, approfondir les relations entre nos deux peuples, nos deux sociétés dans tous les domaines, politique, économique, culturel et média. La concertation politique, Bernard Bot l’a rappelé, est sur tous les domaines : sur les crises bien sûr, sur l’Europe, puisque nous avons de grands chantiers, l’élargissement, la constitution européenne, où nous voulons doter notre Europe d’une règle commune, les perspectives financières, avec notre appel commun à la discipline budgétaire, enfin la mobilisation européenne pour la croissance et pour l’emploi avec un travail franco-néerlandais sur la réforme du marché du travail et des politiques de l’emploi dans le prolongement du rapport qui a été confié par le Conseil européen à Monsieur Wim Kok. Notre concertation, Bernard Bot l’a rappelé, est très active sur la scène international. C’est vrai dans le domaine de la réforme de notre système multilatéral et de notre attachement au multilatéralisme et en particulier aux principes du droit international et du rôle central des Nations-Unies. Nous travaillons à des initiatives communes qui ont été citées, nous travaillons ensemble sur l’Afrique et sur les Balkans. Nous avons des analyses convergentes de la situation aujourd’hui au Proche-Orient, de l’Iran, de notre engagement à œuvrer pour la reconstruction d’un Irak souverain, stable, démocratique, en paix . Tout au long de la visite, j’ai pu constater la qualité et la densité de nos relations : ce matin, à la Boekenweek (Semaine du livre) qui se tient à Amsterdam jusqu’au 20 mars, et qui constitue un hommage qui nous touche à nos écrivains et à la France. Je souhaite solennellement remercier ici votre pays pour cette initiative. La vitalité de nos liens est illustrée vous le savez par la qualité des relations commerciales, industrielles : vous êtes le premier investisseur en stocks en France. Les réseaux universitaires, le rapprochement des groupes Air France et KLM pour former le premier groupe et le fleuron du transport européen aérien : ce sont des symboles, mais qui signifient bien, ce message très fort de solidarité et d’amitié qui existe entre nos deux pays.

Q. Quelle est la position de la France sur la présence des troupes néerlandaises en Irak et l’éventuelle prolongation
de leur mandat ?

R. C’est évidemment la décision souveraine des Pays-Bas et il n’appartient pas à la France de prendre position sur ce point. Ce qui est important, c’est que nous sommes engagés ensemble dans le même effort pour permettre à l’Irak de retrouver sa souveraineté et pour permettre à l’Irak de se réconcilier et de se reconstruire. C’est dire que quand Bernard Bot et moi-même parlons de l’Irak, nous parlons ensemble d’une même volonté et d’un même objectif, qui est de trouver des solutions à des problèmes dont reconnaissons tous les deux qu’ils sont des problèmes difficiles. La communauté internationale, en liaison avec les Iraquiens, a fixé la date du 30 juin pour le retour à la souveraineté de l’Irak. Nous pensons qu’il y a un certain nombre de conditions essentielles qui doivent être respectées. Si nous voulons pouvoir avancer vers plus de stabilité dans ce pays, la première règle est de tenir le calendrier qui a été fixé. La souveraineté est une condition nécessaire d’un retour à la stabilité en Irak. Il n’est certes pas suffisant et c’est pour cela que nous croyons qu’il faut que le processus politique qui soit défini d’ici au trente juin soit un processus le plus légitime possible, qui puisse inclure l’ensemble des forces politiques iraquiennes qui renoncent à la violence. La deuxième condition c’est qu’il y ait une dynamique régionale qui puisse appuyer les effort aujourd’hui entrepris en irak. Nous ne pouvons pas reconstruire seuls, ni réconcilier seuls ce pays. Tous les pays voisins doivent participer à cet effort . Et enfin il faut qu’il y ait une dynamique internationale. Je le redis, l’unité de la communauté internationale, qui s’est malheureusement divisée sur la question de la guerre, aujourd’hui, est une exigence fondamentale de responsabilité. Nous devons maintenir cette unité, et c’est pour que la France a proposé qu’une conférence internationale puisse se tenir au lendemain du 30 juin pour maintenir ce momentum , maintenir l’élan indispensable qui permettra à l’Irak d’avancer dans des conditions dont nous pouvons dire aujourd’hui et dont nous savons bien qu’elles resteront malheureusement encore pour longtemps difficiles. C’est donc une épreuve pour la communauté internationale, une épreuve qui exige la mobilisation, l’unité, l’action et je crois que nous sommes décidés et désireux de travailler ensemble sur évidemment l’ensemble de ces objectifs.

Q. Est-ce que vous pensez que le droit international est et a été respecté, notamment dans la situation que connaît actuellement Haïti ?

R. Cette préoccupation du droit et de la légitimité internationale a été au cœur bien évidemment de l’exigence française tout au long de cette crise. Nous l’avons dit, il y avait un principe, ce principe c’est le respect de l’exigence démocratique. Dans un pays où ce droit démocratique et la légalité constitutionnelle, il faut le reconnaître, avaient été très largement bafoués, voire interrompus (parlement suspendu) ce pays était engagé dans une spirale meurtrière. Il fallait donc tenir compte de cette réalité. La clef aujourd’hui, c’est bien le respect des principes, le respect du droit, c’est aussi le principe de responsabilité. La France a voulu conjuguer le respect des principes et l’exigence de responsabilité. C’est pour cela que la France a appelé solennellement le président Aristide à tirer toutes les conséquences de la situation. Le Président Aristide l’a fait en démissionnant, ce qui ouvre aujourd’hui la voie à une nouvelle page à écrire pour Haïti. Et nous voyons bien que hier Haïti était dans l’impasse, confronté au chaos, confronté à la violence ; nous voyons aujourd’hui avec le nouveau Président par intérim, la nomination d’un Premier ministre, qu’il y a aujourd’hui un espoir pour le peuple haïtien. N’oublions pas que l’histoire d’Haïti est une histoire tragique, une histoire difficile qui exige aujourd’hui la mobilisation de l’ensemble des haïtiens, mais aussi de la communauté internationale. C’est dans cet esprit que la communauté internationale, dans la légitimité, puisque nous agissons dans le cadre d’une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies, avec une force multinationale qui s’est déployée et qui va laisser place à une force de maintien de la paix sous l’égide des Nations Unies. Dans ce cadre nous voulons accompagner le peuple haïtien en agissant en soutien et à la demande justement de ces instances légitimes et légales d’Haïti. C’est tout le sens de l’action de la France. Il n’y a pas d’arrière-pensées, il n’y a pas de double jeu, il a une disponibilité, il y a un choix, il y a la volonté de servir aujourd’hui ce peuple d’Haïti et c’est tout le sens du déploiement de nos soldats pour contribuer au maintien de la paix et de la stabilité dans ce pays. C’est le sens de notre mobilisation pour une aide humanitaire dont vous savez qu’elle est aussi soutenue par une très large partie de la communauté internationale. Nous ne parviendrons là encore que dans l’unité, une unité nécessaire en Haïti, une unité nécessaire de la communauté internationale. Nous ne parviendrons qu’ensemble à franchir ce cap si douloureux pour Haïti

Q. Pensez-vous vous que l’ETA soit responsable des attentats commis à Madrid.

R. Vous savez, la responsabilité au plan international ne se ramène pas à un jeu de devinettes. Nous ne sommes pas là pour deviner si oui ou nous il s’agit d’un attentat revendiqué par tel ou tel groupe. Nous allons le savoir, nous le verrons. Ce que nous pouvons constater, parce que c’est un fait, c’est qu’il s’agit d’un attentat sans précédent par son ampleur, par le nombre des victimes. C’est qu’il s’agit d’un attentat coordonné de main professionnelle Nous savons tous que nous vivons dans un monde interdépendant, Bernard Bot l’a dit et il a raison. Nous vivons dans un monde où il y a en permanence un lien entre les forces terroristes internationales et les forces terroristes locales . Savoir si cet attentat a bénéficié de complicités, si les instigateurs se situent en Espagne ou en dehors de l’Espagne, seule l’enquête pourra le dire, ce qui est certain, c’est que nous ne devons pas prendre à la légère cette menace. Nous avons un devoir de responsabilité, de solidarité vis-à-vis de nos amis espagnols, nous avons aussi un devoir de responsabilité vis-à-vis de nos peuples, c’est de prendre la mesure de ces enjeux. Nous devons constater que nous faisons face aujourd’hui à une menace sans précédent, et qu’elle implique des actions de mobilisation d’urgence de la part de chacun d’entre nous et c’est dans cet esprit que nous travaillons.

Q. Qu’est ce que la France fait en ce moment pour aider les autorités espagnoles ?

R. J’ai eu comme Bernard Bot, mon amie Ana Palacio pour lui dire notre solidarité, pour lui dire que la France était à la disposition de l’Espagne pour lui apporter son soutien. Vous savez quelle est la part que la France prend dans la lutte contre le terrorisme qui a frappé l’Espagne depuis les dernières années . C’est un engagement sans réserve, c’est une solidarité absolue avec nos amis espagnols, et hier comme aujourd’hui, comme demain, nous serons à leurs côtés pour lutter contre un fléau inacceptable.

Dernière modification : 07/06/2006

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