Presse néerlandaise du jeudi 11 Avril 2002

NRC Handelsblad
d’hier soir : "La direction de l’armée de terre a dissimulé des faits
concernant Srebrenica – Rapport du NIOD sur le drame de Srebrenica – Sévères
critiques à l’adresse de Van Kemenade – La chute de l’enclave n’avait pas été
prévue", "La Chambre penche pour une enquête parlementaire"

De Telegraaf
 : "Réhabilitation du Dutchbat – Le NIOD : Les politiques ont chargé
les Casques bleus d’une ’mission impossible’", "’Ce drame nous
poursuivra toujours’" (présentation du rapport aux ex-membres du Dutchbat)

Algemeen Dagblad
 : "Les généraux ont laissé tomber le Dutchbat – Une mission irréfléchie
– Réhabilitation du Dutchbat – L’armée de terre a créé un étouffoir –
La politique n’avait pas assez d’emprise sur l’armée", "Disculpés,
mais sombres pour toujours
" (les vétérans de Srebrenica)

Trouw  : "Les politiques critiqués – Le NIOD est clément
vis-à-vis du Dutchbat, mais critique les militaires", "Kok doit
rendre davantage de comptes"

de Volkskrant
 : "Kok reconnaît les carences néerlandaises", "Le
Dutchbat prend connaissance en silence d’un jugement clément
"

Le dossier du jour
 : Rapport du NIOD sur Srebrenica  

" Un jugement clément pour
les soldats du Dutchbat, qui n’ont pas pu défendre l’enclave de Srebrenica en
1995
", annonce le Trouw dans
son grand article à la une, " mais
de sévères critiques pour les politiques haguenois et les hauts militaires qui
les ont envoyés et les ont laissé ’patauger’ en Bosnie
. Le gouvernement
Lubbers, qui, en 1993, a envoyé les soldats de l’armée de terre dans une
enclave musulmane à peine défendable, avec un ’mandat sans clarté’, a pris de
gros risques. Le gouvernement a pris cette décision ’dans un mélange d’émotion
humanitaire et d’ambitions politiques’, juge l’Institut national de
documentation sur la Deuxième guerre mondiale."

" Le premier ministre Kok se
voit reprocher d’être resté trop en retrait lorsque les choses ont commencé
à mal tourner dans l’enclave
, sous son gouvernement. Le ministre Voorhoeve
(Défense) était souvent solitaire devant sa tâche."

"Le rapport scientifique présenté hier par le NIOD dit à propos
du rôle joué par les soldats du Dutchbat, qui ont souvent été vilipendés : La
résistance armée n’était pas une option’
. Les
vétérans de Srebrenica qui ont écouté les conclusions du NIOD, hier à
Assen, étaient soulagés
. Mais leur
commandant, Karremans, a déclaré qu’il ne se sentait pas réhabilité
."

"Les hauts militaires font l’objet de nombreuses critiques de la
part du NIOD. Les généraux de l’armée
de terre ont essayé à partir de 1995, après le massacre de 7 500 hommes
musulmans par les Serbes bosniaques, de dissimuler les tristes événements
.
Le NIOD qualifie cette dissimulation d’’opération étouffoir qui est revenue à
l’armée de terre comme un boomerang’."

"Lorsque le général serbe bosniaque
Mladic a conquis Srebrenica sans trop de peine, il n’avait pas projeté le
massacre à cette échelle, selon le NIOD. Mladic
et ses officiers ont soigneusement organisé le massacre
 : ils ont cherché
les lieux d’exécution, réglé les transports et dégagé des troupes pour procéder
aux exécutions. Le Dutchbat et son
commandant, Karremans, n’étaient pas en état de prévenir cette opération
.
Le NIOD qualifie d’image fausse la thèse
selon laquelle les milliers d’hommes ont été tués ’sous les yeux’ des Casques
bleus
. Dans la panique qui s’était emparé des réfugiés, les Néerlandais
ont été contraints de coopérer à une évacuation pour laquelle les hommes
ont été séparés des femmes et des enfants. C’était un ’dilemme diabolique’,
mais le Dutchbat n’était pas coresponsable de la séparation pour autant."

" Le premier ministre Kok
reconnaît que les Pays-Bas ont failli à leur tâche de protection
de la
population musulmane de Srebrenica", souligne le Volkskrant dans son grand article à la une. " Mais
on ne peut pas imputer le génocide aux Pays-Bas
. C’était
le général Mladic qui commandait et personne d’autre. C’est lui le criminel de
guerre. Il doit être traduit devant le Tribunal pénal international pour
l’ex-Yougoslavie.’
C’est ce que Kok a déclaré mercredi, après la présentation
du rapport du NIOD sur l’enclave de Srebrenica." " Nous
avons commis des erreurs. Le gouvernement néerlandais en assume la pleine
responsabilité’
, a dit Kok. Il a immédiatement ajouté que le gouvernement
et l’armée ont toujours agi ’en leur âme et conscience’."

"Kok a déclaré expressément qu’il pouvait se rendre à la Deuxième
Chambre la tête haute. ’Je ne renie pas ce que j’ai fait. Je peux regarder tout
le monde en face."

" La
Deuxième Chambre débattra du rapport le 25 avril, trois semaines avant les élections
.
On s’attend à ce qu’elle ouvre une enquête
parlementaire
. Les partis politiques, qui qualifient le rapport de sérieux
et critique, veulent surtout des éclaircissements sur le rôle du gouvernement,
des politiques les plus impliqués et de la Deuxième Chambre elle-même."

" La brigade aéroportée
n’aurait pas dû être envoyée à Srebrenica en 1993
", note le même Volkskrant
en page 3. " Telle est l’opinion
dominante des leaders politiques de La Haye, après lecture du rapport du NIOD
.
’C’est clair, nous n’aurions pas dû y aller’, conclut le leader VVD Dijkstal.
’La décision d’envoyer des troupes a été une mauvaise décision.’ Son collègue
PvdA Melkert constate également qu’il y a beaucoup à redire en ce qui concerne
la préparation de la contribution néerlandaise. Le D66 qualifie la décision
d’irréfléchie. Le CDA est également critique. Le chef de file SP Marijnissen
considère qu’’en raison d’ambitions politiques, on a pris à l’époque une décision
irresponsable’."

"Mais Van den Broek, qui était alors ministre des Affaires étrangères,
déclare lui aussi que, rétrospectivement, il ne regrette pas l’envoi de
militaires en Bosnie. ’Nous ne pouvions pas laisser perdurer la situation
inhumaine dans laquelle se trouvait la population bosniaque. Lubbers et moi étions
très motivés pour faire quelque chose à ces meurtres et ces viols. Je ne le
regrette pas. L’issue est choquante, mais aurions-nous dû rester
passifs ?’"

" Le leader CDA Balkenende
ne veut pas se soustraire à la responsabilité des ses collègues de parti
Lubbers et Van den Broek, mais il estime que le NIOD ne prête guère attention
au manque de direction du premier ministre Kok, lorsque l’enclave est tombée

en 1995 . ’L’action de Kok n’est évoquée qu’en page 3141’, déclare
Balkenende. Le leader GroenLinks Rosenmöller et son collègue Marijnissen
s’offusquent aussi du fait que les sévères critiques à l’adresse de Kok, mais
aussi de Van Mierlo et Voorhoeve, soient dissimulées dans les notes en bas de
page du rapport du NIOD."

"Le leader D66 De Graaf plaide en faveur
d’une enquête parlementaire rapide et courte sur la chute de l’enclave
musulmane. ’Pas pour trouver de nouveaux faits, mais pour que les acteurs
principaux politiques et militaires rendent compte de la mauvaise direction
entre 1994 et 1998’."

" Le premier ministre Kok
n’est pas sorti de la zone de danger
", estiment Theo Koelé et Lidy
Nicolasen dans une analyse (de Volkskrant p.3). "Kok,
combatif, estime qu’en ce qui concerne Srebrenica, il est beaucoup moins à blâmer
que l’IKV ne le suggérait. Pourtant, la Chambre peut encore donner du fil à
retordre au premier ministre." "Le rapport du NIOD laisse entendre que
Kok aurait dû s’occuper plus intensivement de Srebrenica. Le jour où l’enclave
est tombée, Kok ne s’est pas montré un leader énergique. Le NIOD décrit son
attitude durant un débat d’urgence du gouvernement comme suit : Kok avait du
mal à choisir entre faire quelque chose et ne rien faire." 

Commentaires

" La
conclusion du rapport
", selon l’éditorialiste du Trouw , " est que le
ministre des Affaires étrangères, Van Mierlo a failli, que Voorhoeve était
constamment en retard sur les événements et que Kok n’a jamais pris la
direction des affaires
, pas même lorsque la catastrophe est arrivée. De
nombreuses erreurs ont même été commises après la catastrophe, de sorte
qu’une image très négative du Dutchbat s’est formée à tort. Contre cette
toile de fond, la première réaction de
Kok est beaucoup trop insuffisante
. Il ne peut pas se contenter de constater
laconiquement que le processus décisionnel laissait à désirer. Les politiques
ont gravement failli et il devra le reconnaître franchement."

" Le mandat de Voorhoeve,
avec ce rapport, entrera dans les annales comme un échec
. Il apparaît
comme un bon analyste (il avait
constaté dès 1994 l’impossibilité de la mission mais sans dynamisme – il n’a choisi ni le retrait du Dutchbat, ni son
renforcement. Pendant et après la chute
de Srebrenica, il était dépassé par les événements
. Il est curieux que le NIOD ne tire pas cette dernière conclusion pour
le gouvernement néerlandais tout entier
. Les chercheurs se tiennent
brusquement sur la réserve. S’agissant de la responsabilité spécifique du
premier ministre Kok, ils se contentent de dire qu’il n’a pas pris la direction
des affaires, un reproche de taille à l’adresse d’un premier ministre."

" Le
Parlement devra se charger d’associer des conclusions politiques au rapport du
NIOD, en essayant notamment de trouver des réponses aux questions restées en
suspens
." " Une enquête
parlementaire est la méthode la plus logique pour trouver une réponse à ces
questions
."

"La parution du rapport du NIOD, que les
familles des milliers de victimes jugent absolument insuffisant, ne peut en
aucun cas être le dernier chapitre de cet épisode noir de la politique néerlandaise",
estime aussi le commentateur de l’ Algemeen Dagblad . " Si le
gouvernement et la Deuxième Chambre, durant le prochain débat, n’arrivent pas
à fermer le livre de manière convaincante, une enquête parlementaire sera nécessaire
."

Seul le populaire De Telegraaf est d’un autre avis : "La parution du rapport
ouvre la voie à un débat politique de clôture, de sorte que le triste livre
de Srebrenica puisse être refermé." " Une enquête parlementaire n’est absolument pas nécessaire pour
cela. Quiconque pense qu’on peut encore découvrir des faits nouveaux est de
mauvaise foi."

 

Actualité internationale 

Cour
pénale internationale

Plusieurs quotidiens annoncent à leur tour,
ce matin, la confirmation par quatre pays, à New York, de la ratification du
Statut de Rome pour la fondation d’une Cour pénale internationale à La Haye.

" Journée
noire pour Bush : la Cour pénale devient réalité
", titre le Trouw
(p.7). "Le compteur de ratifications dépasse soixante, ce qui signifie que
la fondation commence effectivement. On attend la réaction des Etats-Unis, qui
sont farouchement opposés à cette cour."

"La Cour pénale internationale sera un
fait le 1er juillet", relève l’ Algemeen
Dagblad
(p.6). "Les Nations Unies, à New York, recevront aujourd’hui
les dernières signatures nécessaires pour fonder la Cour."

"La Cour pénale internationale verra le
jour aujourd’hui", note le Financieele
Dagblad
(p.9). "Un jalon du droit pénal est ainsi posé. La Cour pénale
internationale sera établie à La Haye. Ce sera la première cour permanente
capable de poursuivre les criminels de guerre du monde entier."

"La Cour pénale internationale de l’ONU
démarrera dès juillet, six ans plus tôt que prévu", titre le Telegraaf
(p.12).

 

Actualité
intérieure 

Pim
Fortuyn

" L’un des principaux
sponsors du programme télévisé Business
Class
de l’agent immobilier
Harry Mens, sur RTL 5, le fonds immobilier Uni-Invest (coté en bourse), s’est
retiré à cause du rôle dominant joué dans ce programme par Pim Fortuyn
",
signale le Telegraaf (p.3). "Le PDG d’Uni-Invest, Richard Homburg, est très
clair concernant sa décision : ’Monsieur Fortuyn ne me plaît pas du tout, c’est
un hâbleur qui fanfaronne, mais qui est incapable de réaliser ce qu’il dit
.
Business Class est devenu un grand Show Pim Fortuyn . Uni-Invest
ne veut pas sponsoriser des partis et des candidats politiques. Monsieur Fortuyn
étant payé pour sa participation au programme de Harry Mens, nous étions en
train de financer Fortuyn, en tant que sponsor. Très peu pour moi’."

"Le PDG d’Uni-Invest s’est irrité de
plus en plus, les derniers mois, du comportement de Fortuyn dans ce programme télévisé.
’Les gens n’ont pas idée du bon pays dans lequel nous vivons. Quiconque réfléchit
un peu voit bien que nous nous portons bien ici. Je vais vous dire : nous avons
un champion du monde comme gouvernement, avec Paars. A
l’étranger, Kok est considéré comme l’un des meilleurs leaders du monde
occidental
’." " Fortuyn ne
fait que démolir’
." 

Melkert

Le président du groupe parlementaire PvdA et
tête de liste du parti, Ad Melkert, a été cité le plus souvent dans les
journaux, à la radio et à la télévision l’an dernier, selon l’hebdomadaire Intermediair,
qui compte chaque année les occurrences des députés néerlandais dans les médias.
Pim Fortuyn, après six mois de "projecteurs", est en deuxième
position ( Algemeen Dagblad p.9).

 

Economie, Finances 

Joint
Strike Fighter

"Le ministère de la Défense est divisé sur le remplacement du
F16 par le Joint Strike Fighter (JSF)", croit savoir le Financieele Dagblad dans son grand article à la une. "Les
cadres civils, la marine et l’armée de terre ne sont pas en faveur du JSF. Ils
s’opposent ainsi diamétralement à l’armée de l’air et à la direction
politique du ministère. C’est ce que disent des sources internes et externes au
ministère qui veulent garder l’anonymat."

"Ce coûteux remplacement grève trop le budget de la Défense et
il n’est pas conforme aux futurs objectifs opérationnels de l’armée de l’air.
En outre, le F16 pourrait voler beaucoup plus longtemps qu’on ne le suppose. Les
cadres civils du ministère, parmi lesquels le secrétaire général et la
direction des Affaires politiques générales, sont si sceptiques concernant
l’achat du JSF qu’ils se sont prononcés contre la proposition de participation,
sur le plan interne, au début de l’année. Les cadres civils se savent soutenus
par les états-majors de la marine et de l’armée de terre. A ce qu’on dit, le
chef de l’état-major de la Défense, Luuk Kroon, qui est lui-même de la
marine, s’est distancié du processus décisionnel concernant le JSF." 

Partenaires
sociaux

De l’avis du président de la centrale
syndicale CNV, DoekleTerpstra, les partenaires sociaux doivent conclure un
nouveau grand accord sur la manière de renforcer l’économie néerlandaise.
Terpstra parle d’un "contrat social" dans le cadre duquel les
organisations patronales et les centrales syndicales formulent leurs ambitions
communes pour les quatre ou cinq ans à venir. Terpstra espère qu’un tel accord
aura le même effet que le fameux "Accord de Wassenaar" de 1982,
lequel prévoyait la modération salariale en échange de la création
d’emplois. Terpstra estime qu’un tel troc n’est plus possible à notre époque ( NRC Handelsblad
pp.15 et 19, de Volkskrant p.1E). 

Affaires françaises 

Quelques quotidiens signalent au passage, dans
le cadre du rapport néerlandais sur Srebrenica, que le gouvernement français
et les grands acteurs militaires, les généraux Janvier, Morillon et De
Lapresle, ne se sont guère montrés coopératifs vis-à-vis des chercheurs du
NIOD ( NRC Handelsblad p.2, Trouw
p.3). Le Trouw (p.4) fait aussi mention de quelques réactions françaises,
dont celle de Médecins sans frontières : "’Ils auraient dû défendre la
population’". Le Volkskrant
(p.3) rappelle dans une correspondance de Paris que "le jugement porté par
les Français était beaucoup plus dur", fin novembre.

L’ Algemeen
Dagblad
(p.6) évoque le malaise qui a suivi le "fait divers
d’Evreux", où un père a été tué par les racketteurs de son fils.

Sur le plan culturel, le Volkskrant (p.15K) présente l’exposition La révolution surréaliste, au Centre Pompidou, et l’ Algemeen
Dagblad
(p.27) s’intéresse au film 8
femmes
, de François Ozon. "Je n’ai jamais participé à un tournage
aussi démocratique", cite le journal de la bouche de Fanny Ardant.

Dernière modification : 21/04/2010

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