Presse néerlandaise du jeudi 13 octobre 2005

Enfance à problèmes, éclairage des voitures, budget de la Défense, sécurité de la Conurbation de Hollande : les grands titres sont d’un intérêt très inégal ce matin, mais le thème dominant à l’arrière-plan est le débat sur le "leadership" aux Pays-Bas.

-NRC Handelsblad d’hier soir : "Appel des provinces et des grandes villes : Simplifier l’administration de la Randstad", "Les Pakistanais se battent pour l’eau qui reste", "Le tribunal interdit une extradition vers les Etats-Unis"
-Trouw : "Beaucoup plus d’enfants à problèmes - Les écoles spéciales contraintes de trouver des solutions créatives", "L’Eglise Protestante des Pays-Bas a un déficit de sept millions d’euros"
-de Volkskrant : "Kamp maintient qu’il lui faut des missiles de croisière - Le ministre risque un heurt avec la Chambre", "La révolution de Maggie se poursuit - La Dame de fer fête son quatre-vingtième anniversaire sans rancune", "Leers : les Pays-Bas n’ont pas de leaders"
-AD Haagsche Courant : "La Randstad n’a aucune chance en cas de catastrophe", "La police n’a pas vu le moribond" (fait divers à Amsterdam), "’Projet d’attentat contre Hirsi Ali et Wilders’" (nouveau dépôt de plainte par les deux députés)
-De Telegraaf : "L’éclairage d’une voiture sur trois est défectueux - Les lampes sont de plus en plus difficiles à remplacer", "Projet d’attentat contre Ayaan Hirsi Ali et Geert Wilders"

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LE DOSSIER DU JOUR :Leadership néerlandais

"Mercredi, dans un discours enflammé, le maire de Maastricht, Gerd Leers, a critiqué le manque de leadership aux Pays-Bas", relève le Volkskrant à la une. "Il n’a pas épargné son collègue de parti le premier ministre Balkenende. ’La grande crise d’autorité de ce temps est liée à l’attitude de politiques qui ne dirigent plus, mais suivent. Aucun citoyen ne souhaite cela’, a dit Leers durant sa conférence Thorbecke, qui était intitulée ’Le leadership en temps de peur’. Les électeurs veulent choisir ’à qui ils vont confier les clés du pays’."
"Depuis Lubbers et Kok, ’la politique est devenue du pragmatisme, on fait maigre chère et le message du leader ne tient plus qu’en trois mots : du travail, du travail et encore du travail’. Il n’y a plus d’idéologie, il n’y a plus que la machinerie, estime Leers, et l’effet étouffant de la discipline de parti et des accords de gouvernement."
"’La machine à laver haguenoise lave tout à quatre-vingt-dix degrés, avec un décolorant. Ce qui y entre haut en couleurs en ressort gris.’ Balkenende, qui a commencé avec un message passionné, est aussi devenu terne, selon Leers. Il n’arrive toujours pas à faire preuve du leadership qu’il a promis."
"Leers a rejeté un point essentiel de la politique de Balkenende : ’Les électeurs ne veulent pas qu’on leur colle de nouveaux systèmes de sécurité sociale que personne n’a demandés, ni d’épais prospectus de leur entreprise de service public brusquement privatisée’. Le jugement sévère qu’il a porté sur l’Amérique de Bush et sa défense enflammée de l’Etat-providence européen ont aussi été remarqués."
"Leers parle-t-il de lui-même lorsqu’il décrit le leader idéal, quelqu’un qui ’reconnaît les signaux, ne se laisse pas aller à des bavardages et offre une issue’ ? Son co-rapporteur, l’expert en administration Jouke de Vries, considère en tout cas l’approche vigoureuse de Leers à Maastricht comme une expérience de leadership."
"Leers a dit que le leadership personnel ne peut s’exercer qu’en dehors du système. Que ce soit un hasard ou non, à l’issue de la conférence le prix annuel de l’éloquence politique a été décerné à un outsider, le député LPF Joost Eerdmans."

Le Trouw, qui publie une version abrégée du discours de Leers dans son cahier de Verdieping, rend par ailleurs compte d’un débat à la Deuxième Chambre, hier soir, sur le ministère des Affaires générales, débat durant lequel le statut du premier ministre a été évoqué.
"Le CDA veut que le premier ministre ait davantage de pouvoir en matière de menaces terroristes et d’autres crises menaçant la sécurité nationale, dans la perspective éventuelle d’un renforcement général de son statut", retient le journal chrétien progressiste. "Telle est la contribution apportée hier par le député CDA Van de Camp au débat sur le rôle du premier ministre. Le CDA veut que le premier ministre, dans une situation menaçante pour la sécurité nationale, puisse donner des instructions aux instances de sécurité, sans passer par les ministres. Il n’en a pas la capacité actuellement et doit laisser l’initiative au ministre de la Justice."
"Van de Camp, interrogé à ce sujet, a déclaré que le CDA est susceptible de conférer cette compétence au premier ministre dans d’autres domaines politiques. Il pourra alors donner des ordres aux ministres. Un tel statut de leader du gouvernement conférerait au premier ministre un rôle fondamentalement différent dans le système. Dans la tradition néerlandaise de gestion collégiale, il est un primus inter pares, un dirigeant d’équipe qui se mêle le moins possible des domaines de ses collègues."
"Le CDA veut que le gouvernement, dans sa note sur le rôle du premier ministre, envisage ce renforcement de statut. Cette note de la main de Balkenende et du ministre Pechtold (Rénovation administrative) paraîtra cet automne."
"Balkenende a indiqué qu’il ne ressentait pas le besoin d’avoir compétence à donner des ordres aux ministres. Lors du débat sur le budget des Affaires générales, il a déclaré hier soir que la possibilité d’encourager ses collègues et de signaler ou d’inscrire des problèmes à l’agenda lui suffisait."
"Le SGP et la ChristenUnie estiment que Balkenende n’exerce pas suffisamment d’autorité sur les ministres qui dévient publiquement de la politique du gouvernement."

"Sans nommer personne, le leader du groupe parlementaire D66 a traité d’autres politiques de ’marchands de peur’", rapporte le même Trouw dans un deuxième article. "Ils alimentent le malaise dans la société, a dit Boris Dittrich à la Deuxième Chambre, hier, en parlant de vague de criminalité alors que les statistiques sont en baisse, ou en ne désignant que les aspects négatifs de l’immigration, sans parler des bonnes performances scolaires des musulmanes, et en mettant en garde contre la noyade des Pays-Bas dans une Union européenne élargie. ’Les politiques qui se comportent en marchands de peur ne font pas progresser la société."

ACTUALITE INTERNATIONALE

Pays-Bas - Irak

"On dit des généraux qu’ils cherchent souvent à gagner la précédente guerre. Certains commentateurs ont l’art de vouloir surtout triompher dans la discussion précédente", écrit un rédacteur du Volkskrant, Paul Brill, en page d’opinion du journal de centre gauche, en réponse aux tribunes de Bart Tromp, Von der Dunk et Van Wolferen et Sampiemon (cf. presse du 11 octobre).
Si Brill reconnaît que la très probable non-existence d’armes de destruction massive en Irak "entache sérieusement l’opération militaire américano-britannique", et qu’il serait effectivement "bon d’examiner comment et sur la base de quels renseignements le gouvernement néerlandais a abouti à sa position en 2002-2003", il estime néanmoins qu’il est "beaucoup plus urgent de s’interroger sur le rôle que l’Europe, et donc aussi les Pays-Bas, doit ou peut jouer maintenant en Irak". "Les tribunes mentionnées n’en soufflent mot, alors qu’elles ont été rédigées au début d’une semaine durant laquelle les Irakiens doivent prendre une importante décision politique : un référendum sur la nouvelle Constitution est programmé pour samedi. Mais cet événement n’est tout simplement pas dans le champ de visions des moralisateurs néerlandais. Manifestement, il importe plus d’avoir eu les mains propres dans le passé que d’essayer de trouver une route pour l’avenir, une route qui comptera par définition de dangereux obstacles et chausses-trapes."
"En outre, Tromp et ses collègues, hypnotisés par l’absence d’armes de destruction massive, oublient que l’opération aurait aussi pu dérailler si on avait bel et bien trouvé ces armes. Inversement, la guerre aurait très bien pu représenter un renversement positif de la situation en Irak et au Moyen-Orient, même sans armes de destruction massive, si le gouvernement de Washington n’avait pas commis un certain nombre d’erreurs élémentaires. Le succès crée généralement sa propre légitimité."
Et le rédacteur de résumer une analyse de Larry Diamond, de la Stanford University.

ACTUALITE INTERIEURE

Randstad

Le débat sur la "suradministration" de la Randstad, la Conurbation de Hollande, se poursuit dans la presse. Le NRC Handelsblad d’hier soir, dans son grand article à la une, a rapporté à son tour les conclusions du manifeste des huit gestionnaires réunis dans le groupe Holland Acht et en page 2, le maire de La Haye, Wim Deetman, explique que "la Randstad perd son temps en réunions". "Il faut prendre des décisions, comme c’est le cas en Ile-de-France et le Greater London."

Ce matin, le Volkskrant (p.2) rend compte de la conférence de presse donnée par les huit à La Haye, hier. Il cite le Commissaire de la Reine en Utrecht, Boele Staal, en ces termes : "Quand je regarde par la fenêtre de mon bureau, je peux voir Amsterdam. Deux provinces, deux communautés urbaines, sept petites communes et un Etat divisé s’occupent de la petite zone qui m’en sépare. C’est trop."
Le "spaghetti administratif" est si grand, raconte de son côté le maire d’Amsterdam, Cohen, qu’il lui arrive régulièrement d’être en réunion trois fois le même jour sur le désenclavement du Flevoland. "D’abord avec la commune d’Almere, ensuite avec le Regionaal Overleg Amsterdam , puis avec les provinces. Trois réunions sur un seul sujet et quel est le résultat ? Personne ne sait que faire."
Le secteur privé applaudit au message des huit. "Dès qu’on veut enfoncer une pelle dans le sol quelque part dans la Randstad, on est obligé de faire le tour d’innombrables instances aux compétences fragmentées et d’engager de longues procédures", déclare Bert Mooren, directeur de l’organisation patronale VNO-NCW West. Il en veut pour preuve la rapide A4 "qui fêtera bientôt son cinquantième anniversaire en tant que "point de discussion". Mooren prône notamment un guichet unique pour la planification spatiale dans la Randstad. "D’autres pays en ont un depuis longtemps."

De l’avis de l’éditorialiste du Volkskrant, "il vaut mieux que le gouvernement prenne l’initiative" de la simplification. "Une autorité - temporaire - de la Randstad ayant des compétences étendues serait une option. Et dans l’intervalle il s’agit de couper résolument dans la jungle administrative."

ECONOMIE, FINANCES

Nucléaire

"Il n’est pas réaliste de construire de nouvelles centrales nucléaires", relève le Trouw (p.13) en rubrique économique. "Selon le secrétaire d’Etat Van Geel, les investissements à faire sont si élevés que les entreprises ne s’y risqueront pas. Pourtant, la compagnie d’énergie Delta a annoncé hier après-midi qu’elle investirait dans de nouvelles centrales nucléaires."
"Selon le secrétaire d’Etat à l’Environnement, la loi sur l’énergie nucléaire, qui n’a pas encore été publiée, dispose que chaque pays est responsable du stockage de ses propres déchets nucléaires. Actuellement, la centrale nucléaire de Borssele (Zélande) exporte encore ses déchets nucléaires en France, où ils sont retraités. La nouvelle loi sera déposée à la Deuxième Chambre en novembre. Elle dispose aussi que les éventuelles futures centrales nucléaires auront une licence maximale de 40 ans."
"Van Geel a déclaré hier après-midi, lors d’un séminaire, que la nouvelle loi n’a pas pour but d’imposer aux entreprises des restrictions aussi sévères que ’plus personne ne s’y risque’. Mais il est ’extrêmement sceptique concernant la reprise de l’énergie nucléaire’."
"Les autorités néerlandaises ne disent pas non aux nouvelles centrales nucléaires, mais elles ne joueront pas de rôle actif dans leur construction et leur financement", écrit le Telegraaf (p.33) en rubrique financière. "Tel était le message fondamental du secrétaire d’Etat Pieter van Geel (Logement, Aménagement du Territoire et Environnement) au séminaire Deloitte sur l’énergie nucléaire à La Haye, hier. ’L’énergie nucléaire est une option de transition jusqu’à ce que nous ayons un approvisionnement en énergie durable’, selon Van Geel."

Flevoland

"La province de Flevoland a connu en 2004 la plus forte croissance économique régionale", rapporte le Volkskrant (p.9). "L’an dernier, l’économie néerlandaise a enregistré une croissance de 1,7 pour cent, cependant que celle du Flevoland a été de 3,4 pour cent. C’est ce que le Centraal Bureau voor de Statistiek (CBS) a fait savoir mercredi."
"Selon le CBS, le taux de croissance de la province de Groningue (3,8 pour cent) est plus élevé que celui du Flevoland, mais comme il est surtout dû à l’extraction de gaz naturel à Slochteren, ce chiffre ne compte pas vraiment."
"Le CBS a constaté que tous les secteurs d’activité soutiennent la croissance économique du Flevoland. L’agriculture, l’industrie et la prestation de services commerciaux s’y portent bien, selon le chercheur Michiel Vergeer. C’est surtout Almere qui fait fonction de moteur. Le bureau SEO (Stichting Economisch Onderzoek, lié à l’Université d’Amsterdam), prédit une croissance de 5 pour cent pour l’économie de cette ville. Elle créera environ trois mille emplois dans cette ville qui connaît la plus forte des Pays-Bas."

AFFAIRES FRANÇAISES

"La France perd son innocence dans le scandale irakien", titre le Volkskrant (p.4) au-dessus d’une correspondance de Fokke Obbema, qui relate l’affaire de la fraude du programme "pétrole pour nourriture" des Nations Unies. "Maintenant que de hauts diplomates s’avèrent impliqués dans le scandale, la France manifeste un intérêt croissant pour son propre rôle. Jusqu’à présent les accusations des investigateurs américains avaient surtout été considérées comme une réaction à l’opposition française à l’invasion de l’Irak. Ce n’est plus possible maintenant qu’un juge d’instruction français ordonne l’arrestation de hauts diplomates. Le ministère des Affaires étrangères veut désormais que ’les éventuelles malversations soient examinées à fond’. Les médias bougent aussi, enfin."
Suivent des citations des quotidiens Le Monde et Libération.

Le journal d’affaires Het Financieele Dagblad (pp.1 et 5) consacre un article factuel aux résistances suscitées par les privatisations.

Sur le plan culturel, le film "Les poupées russes" de Klapisch est bien accueilli par le Volkskrant, qui lui accorde la note 4 sur 5.

Dernière modification : 13/10/2005

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