Presse néerlandaise du jeudi 17 octobre 2002

La chute du gouvernement CDA-LPF-VVD du premier ministre Balkenende, la
perspective de nouvelles élections législatives et les conséquences de l’état démissionnaire de la coalition pour les grands dossiers politiques – budget, échéances européennes – constituent aujourd’hui le thème quasi exclusif de l’actualité intérieure. Le journal de centre-gauche de Volkskrant développe sur cinq pages entières ces "87 jours de gouvernement Balkenende, 87 jours de chahut".

Le dernier sondage d’opinion réalisé pour la chaîne commerciale SBS
accorde 79 sièges, une majorité parlementaire, à la combinaison CDA-VVD, mais aussi à la combinaison CDA-PvdA. La LPF est descendue à 4 sièges dans ce sondage.

 

  • NRC Handelsblad
    d’hier soir : "Le gouvernement Balkenende tombe à cause du chaos de la LPF – VVD et CDA lui retirent leur confiance, les élections auront peut-être lieu en décembre", "’Le CDA et le VVD ont orchestré le drame de la
    LPF’"
  • de Volkskrant
     : "CDA et VVD veulent poursuivre ensemble – La vieille politique se défait de la LPF en conflit – Le gouvernement tombe – La date des élections n’est
    pas encore connue", "Balkenende trébuche sur son propre manque de
    dynamisme"
  • Trouw  : " CDA et VVD veulent poursuivre
    ensemble", "Balkenende et la LPF dans le collimateur" (à la
    Deuxième Chambre), "Les structures d’accueil des demandeurs d’asile
    licencient 2 000 personnes"
  • De Telegraaf
     : "Fin du gouvernement - CDA et VVD
    veulent poursuivre sans la LPF
    ", "Balkenende I n’a pas eu le temps
    de gouverner"
  • Algemeen Dagblad
     : "Aux urnes rapidement – Elections en décembre ou janvier",
    "’Un ramassis de gens désordonnés’" (ambiance à Katendrecht,
    Rotterdam)

* * *
Le dossier du jour
 : Chute du gouvernement Balkenende

" Le CDA et le VVD veulent
poursuivre leur coalition à deux après les élections
", annonce le Volkskrant
dans son grand article à la une. " C’est
ce que les leaders de groupe parlementaire Gerrit Zalm (VVD) et Maxime Verhagen
(CDA) ont fait savoir mercredi
. Ils
feront des grandes lignes de l’accord de gouvernement les thèmes de leur
campagne électorale
."

"Jan Peter Balkenende a annoncé la démission de son gouvernement
hier après-midi. Il a mis la Reine au courant par lettre. Le CDA et le VVD
avaient retiré leur soutien au gouvernement de coalition. Ils estiment que la
LPF, avec ses querelles intestines incessantes, s’est montrée indigne de
participer à un gouvernement
. La LPF s’indigne du retrait de la confiance
du CDA et du VVD à une coopération qui n’a duré que 87 jours."

" Le leader VVD Zalm a été
le premier à faire comprendre au premier ministre Balkenende qu’il retirait sa
confiance
. Le gouvernement perdait
ainsi sa majorité parlementaire
. Peu
après, le leader du groupe CDA, Verhagen, s’est rallié à cette conclusion
."

"La LPF pensait qu’on pouvait encore sauver le gouvernement en
’sacrifiant’ les ministres en conflit, Bomhoff et Heinsbroek, et en avançant
Mat Herben comme président du groupe. Herben
a suggéré que la chute du gouvernement avait été mise en scène
."

" Zalm a déclaré qu’il
avait longtemps fait preuve de patience vis-à-vis de la LPF, mais que le moment
inévitable était arrivé
 : ’Je regrette qu’on ait dû en arriver là. Mais
la nécessaire confiance dans la LPF a disparu. Nous n’osons pas poursuivre.’ Verhagen
a également indiqué qu’il n’avait ’pas confiance dans le rétablissement de la
stabilité’
. Il a dit au groupe LPF : ’Vous n’avez pas répondu à notre
confiance.’ Il a raconté que des députés LPF lui avaient parlé de certains
de leurs collègues comme étant de la ’racaille’."

" Outre la LPF, les partis
d’opposition SP, GroenLinks et PvdA ont également beaucoup 
critiqué Balkenende
. Ils lui
ont surtout reproché d’être intervenu trop tard dans les querelles entre
Bomhoff et Heinsbroek
. ’Le premier ministre a sous-estimé le problème.’ Jeltje van Nieuwenhoven (PvdA) : ’Jan Peter Balkenende avait promis la
reconstruction.
Il
a laissé un champ de ruines’
."

" Les partis d’opposition ont
aussi été unanimes à critiquer la LPF
. Ce parti a bafoué la confiance de 1,6 million d’électeurs, a déclaré
Rosenmöller
. ’On a remplacé les normes et les valeurs par le pouvoir et
les machos’. Le leader du groupe D66 De Graaf a qualifié le parti de stand de
tir. ’Il est triste que la rénovation politique ait raté à ce point. ’Tout
devait être différent et meilleur’, a rappelé Van Nieuwenhoven. ’Vous avez dégradé
la confiance dans la politique. Des excuses aux électeurs 
s’imposent’. Le leader SGP Van der Vlies a constaté que ’la dissolution
de ce gouvernement était aussi inévitable que sa formation’."

"La date des élections n’est pas encore
connue. La Reine consultera les partis à ce propos."

" Le joyau remis à Jan Peter
Balkenende le 15 mai, son premier gouvernement, est par terre
",
remarque le même Volkskrant dans une
analyse à la une. " La question est
de savoir s’il lui a échappé ou si d’autres l’ont fait tomber
."
" Balkenende était le premier
ministre le plus inexpérimenté que les Pays-Bas aient eu durant une longue période
.
Il dispose de grandes capacités intellectuelles. Mais il n’a jamais dirigé une
grande entreprise. Il n’avait jamais été ministre et cela faisait moins d’un
an qu’il était le président du groupe parlementaire d’un parti moyen qui était
dans l’opposition depuis sept ans. Une circonstance aggravante est qu’il devait
diriger le pays après l’une des périodes les plus agitées de l’après-guerre.
Le résultat des élections l’a contraint de s’allier à un mouvement sans expérience
parlementaire, dont le leader avait été assassiné. Lorsqu’il a voulu tenir la
promesse, dans son accord de gouvernement, que ’tout serait différent et
meilleur’, il a subi de lourds revers économiques. Pourtant, il a réussi à formuler une politique qui, bien qu’exécrée
par l’opposition, semblait former un tout cohérent et une réponse à un
certain nombre de problèmes sociaux qui avaient dominé les élections
."

"Balkenende s’est rendu compte les dernières semaines du caractère
relatif de ce qui est écrit. L’universitaire semble avoir eu le dessus chez
lui. Le leader GroenLinks, Rosenmöller,
a dit hier qu’il semblait que le premier ministre, les derniers temps, ’ait vécu
dans un autre monde que le reste de la Chambre’
. La Chambre voyait surtout
un parti gouvernemental déchiré par les querelles et deux ministres qui ne se
parlaient plus."

"On ne peut absolument pas tenir Balkenende responsable des péripéties
de la LPF." "Mais comme tout manager expérimenté doit savoir, la
force d’une équipe ne réside pas seulement dans les qualités individuelles
des joueurs, mais aussi dans leur capacité de coopération. Balkenende semble
avoir sous-estimé ce point."

"On peut s’interroger davantage sur sa gestion de la crise même. Il
avait peur de se brûler les doigts
ce qu’il préférait voir comme une querelle au sein d’un autre parti . Il
a vu trop tard que le feu avait déjà gagné son gouvernement
. Il n’a
jamais mis les deux ministres en conflit face à face, il n’a jamais frappé du
poing sur la table."

 

Commentaires

" Le premier ministre
Balkenende a-t-il commis une erreur d’appréciation en réunissant son
gouvernement le soir de l’enterrement du Prince Claus ?
" s’interroge l’éditorialiste
du Volkskrant . " Balkenende
était-il un leader ferme ou subissait-il les événements turbulents autour de
la LPF ?
" "Balkenende n’est pas au-dessus de tout soupçon en
ce qui concerne le spectacle éhonté de mardi soir. Il n’empêche que c’est la
LPF qui, comme Mat Herben l’a dit avec éloquence, a apporté ’le bois pour le bûcher’.
Il voulait parler de son propre parti, mais c’était valable pour le
gouvernement tout entier."

" La
LPF a abusé de la confiance des électeurs et de ses partenaires de coalition.
La survie de ce parti n’a aucun sens
." "Il faut organiser les élections
législatives rapidement, mais soigneusement." "Le VVD et le CDA ont décrété
que l’accord de gouvernement serait l’enjeu des élections. Il y aura donc de
nouveau une confrontation traditionnelle de la gauche et de la droite Le souvenir de huit ans de Paars est loin . La
révolution de Pim Fortuyn a rendu le paysage politique méconnaissable
."

" La dissolution du
gouvernement CDA-VVD-LPF de Balkenende était aussi inévitable que sa formation
",
cite le Trouw de la bouche du leader
SGP Van der Vlies. " Il est à
l’honneur du leader CDA Balkenende d’avoir pris la responsabilité de cette
aventure dont les risques étaient connus d’avance
. C’était simple :
quelqu’un devait le faire. Il n’y avait d’ailleurs pas d’alternative. PvdA,
GroenLinks, SP et D66 avaient opté pour l’opposition. Il est également apparu
durant ces 86 jours que Balkenende a fait de son mieux en tant que premier
ministre."

"L’amère coïncidence" des funérailles
du Prince Claus et de la rupture au sein de la coalition "souligne que les
’turbulences’ de la LPF se sont soldées par un blâme sans précédent pour la
politique
. Ce groupement n’a
absolument pas été capable de donner une forme politique au mandat d’un
million et demi d’électeurs
. C’était une vraie honte. Par inversion, on
peut en tirer la leçon positive qu’une démocratie parlementaire ne peut pas
fonctionner convenablement sans partis politiques, de préférence des partis
ayant une coloration idéologique."

" L’inévitable chute de l’équipe
CDA-LPF-VVD du premier ministre Balkenende apporte l’ultime confirmation de la
crainte exprimée plus tôt cette année, que ce pays présente actuellement
tous les symptômes de l’instabilité politique
", fait valoir le
commentateur de l’ Algemeen Dagblad .
" Cette issue inexorable, il faut
l’imputer en premier lieu à la Liste Pim Fortuyn
, dont les représentants
ont tout fait pour porter préjudice à eux-mêmes et à la coalition qu’ils
avaient tant souhaitée." "La LPF s’est avérée être un ensemble
d’individus qui pensaient pouvoir faire ce qu’ils voulaient sans idées précises,
mais avec leurs propres calendriers. Selon les règles du cynisme, le CDA et le
VVD s’en sont accommodés tant qu’ils votaient pour l’application de leur
programme. On appelait cela la ’nouvelle politique’."

" La
LPF a dilapidé presque tout son crédit, cependant que le CDA et le VVD peuvent
maintenant faire de leurs projets communs l’enjeu des élections. La lutte qui
se dessine ainsi sera en tout cas plus passionnante que le lugubre pugilat des
derniers mois, qui s’est même poursuivi le jour des obsèques du Prince Claus
.
Nul n’a besoin de regretter la démission d’un tel gouvernement."

" La
chute du gouvernement Balkenende, hier, était inévitable
" estime
aussi le Telegraaf . Le journal
populaire trouverait cependant " extrêmement
regrettable qu’avec la chute du gouvernement disparaisse aussi la politique tracée
par la coalition
". "Il faut poursuivre les efforts engagés pour
s’attaquer aux grands problèmes de la WAO, des soins, de la criminalité et des
étrangers, dans les étroits cadres financiers disponibles. C’est à juste
titre que le CDA et le VVD, dans les circonstances actuelles, ont choisi de
demander aux électeurs de leur permettre de poursuivre cette politique dans les
années à venir. Il ne faut pas attendre
d’alternative sérieuse de la part des partis de gauche
."

"Je n’aurais jamais cru que la démocratie
néerlandaise puisse un jour être mise sur le même plan que l’Autriche,
l’Italie et la Grèce", remarque le chroniqueur Marcel
van Dam
, un ancien député PvdA, en page d’opinion du Volkskrant .
"Mais ces pays n’ont du moins jamais eu les prétentions qu’affichaient
constamment nos ministres lorsqu’ils s’adressaient à leurs collègues européens.
C’est justement pour cela que les Pays-Bas, avec l’humiliante tragi-comédie qui
se déroule à La Haye, sont devenus la risée de l’Europe. Les dix prochaines
années, nous ferions mieux de nous taire et d’écouter, hors de nos frontières."

 

Actualité internationale

Elargissement
de l’Union européenne

Le gouvernement démissionnaire du premier ministre Balkenende veut
s’accorder vendredi sur le projet d’élargissement de l’Union européenne à dix
nouveaux membres, a fait savoir le ministère néerlandais des Affaires étrangères.
" Avec la chute du gouvernement,
l’incertitude concernant la position néerlandaise n’a fait que croître à
Bruxelles
", relève le Financieele
Dagblad
(p.3) à ce propos. " Si
la Deuxième Chambre qualifie le dossier de ’controversé’, les Pays-Bas seront
pratiquement dans l’impossibilité de présenter un point de vue au sommet européen
de Copenhague
, en décembre. Des diplomates à Bruxelles doutent que
Balkenende puisse tout bonnement approuver l’élargissement, à Copenhague, à
la mi-décembre, maintenant que le VVD et la LPF ont soulevé des objections au
sein du gouvernement. En outre, la campagne électorale, dans laquelle l’élargissement
et l’opposition à l’adhésion de la Pologne joueront un rôle, pourrait battre
son plein à ce moment-là."

"’Officiellement, un sommet européen est
une réunion informelle’, déclare une source diplomatique néerlandaise. ’On
n’a pas besoin d’y prendre des décisions formelles. Balkenende peut éventuellement
donner son approbation, en formulant la réserve que le Parlement devra encore
donner la sienne avant ou après les élections."

" Le
dynamisme politique des Pays-Bas en Europe est en jeu après la chute du
gouvernement
", constate le Trouw
(p.6). "La semaine prochaine, la Deuxième Chambre débattra sur l’Europe.
On ne sait pas encore comment les groupes parlementaires VVD, LPF et CDA réagiront.
Aujourd’hui, le commissaire européen Günther Verheugen, qui est chargé de l’élargissement,
est à La Haye pour donner des explications. Le coordinateur de la politique étrangère
de l’UE, Javier Solana, ne s’attend pas à ce que la crise politique néerlandaise
soit un obstacle."

Pour l’éditorialiste du Telegraaf , "il importe que le gouvernement néerlandais puisse
opérer sur le plan international". " Notre pays ne peut pas rester partout sur la touche parce que des élections
sont prévues ici
. LesPays-Bas,
surtout, doivent adopter une
position dure sur l’élargissement de l’UE, en tout cas jusqu’au moment où il
faudra prendre des décisions définitives à ce sujet
."

 

Economie,
Finances

Partenaires
sociaux

"Le patronat et les syndicats qualifient la chute du gouvernement
d’’inévitable’, mais ils craignent que le rétablissement économique ne s’arrête
maintenant", rapporte le Financieele
Dagblad
(p.3). "L’organisation patronale VNO-NCW estime que le
gouvernement ne doit ’pas garder les bras croisés’ jusqu’aux prochaines élections.
Selon la VNO-NCW, ces élections doivent avoir lieu le plus rapidement possible.
Dans l’intervalle, il faut ’tenter sérieusement’ de tenir comme prévu la
Concertation d’automne du 28 novembre, la concertation entre le gouvernement et les partenaires
sociaux sur la politique socio-économique. ’Les Pays-Bas ne peuvent pas se
permettre le luxe de ne pas réfléchir sur la crise économique. Il faut miser
maintenant sur le rétablissement économique. On ne peut pas attendre le
prochain gouvernement’, a fait savoir la VNO-NCW dans une première réaction."

"La MKB-Nederland [association des PME] veut aussi tenir la
Concertation d’automne. ’Même si on ne peut plus conclure de grands accords, on
peut définir quelques points concernant la transition, comme la suppression de
la sanction Pemba pour l’entrée en WAO qu’on impose à beaucoup 
de PME’, déclare son président Hans de Boer. ’Je propose de conclure
une sorte de ’pacte de pacification’ durant la Concertation d’automne et de
conclure quelques accords sur nos rapports durant l’année à venir. Etant donné
la nécessité économique, on ne peut pas dire : attendons le prochain
gouvernement’." "’Nous étions en train de mettre au point l’accord
social. Avec Bomhoff, nous avions conclu des accords sur la gestion dans le
secteur des soins, avec Remkes sur une approche originale de la sécurité.
J’avais le sentiment qu’il allait enfin se passer quelque chose. Et voilà qu’il
arrive ça ! Je considère ce qui est arrivé comme une tragédie démocratique.
Une grande partie des électeurs a voté pour une autre politique et la LPF les
a abandonnés d’une manière abominable’."

"Dans les milieux syndicaux, on doute de
l’utilité de tenir la Concertation d’automne. La FNV veut définir sa position
vendredi, durant une réunion déjà programmée avec le patronat, au sein de la
Fondation du Travail."

 

Affaires françaises 

L’ Algemeen
Dagblad
(p.6) rend contre de deux ouvrages sur l’anti-américanisme français,
de Jean-François Revel et Philippe Roger : "Des écrivains dissèquent
l’aversion française contre les Etats-Unis". Il relève d’autre part
(p.7)que Michel Houellebecq, dans Plate-forme,
décrit un attentat terroriste qui ressemble beaucoup à celui de Bali.

Le Telegraaf
(p.13) mentionne le projet de décentralisation du gouvernement Raffarin.

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