Presse néerlandaise du jeudi 2 juin 2005

Les
Néerlandais, hier, lors du premier référendum national jamais tenu aux Pays-Bas,
ont massivement rejeté le Traité établissant une Constitution pour l’Europe.
Presque 62 pour cent ont voté "non". Des quarante plus grandes villes, seul
Utrecht a voté en majorité pour (51,1 pour cent). Dans l’immense camp du "non",
c’est le village de pêcheurs d’Urk, une ancienne île du Zuiderzee, qui s’est
distingué avec un taux de participation de 74 pour cent et une majorité de 91,4
pour cent contre la Constitution. 

  • NRC Handelsblad
    d’hier soir : "A Ulrum, l’Europe, c’est l’agriculture" (reportage de la
    province de Groningue), "Au balcon de l’Europe on est aussi mécontent"
    (Maastricht), "Nouvelle initiative en faveur de l’introduction du référendum"
  • Algemeen Dagblad
     : "Un NON dévastateur - 38 % pour - 62 % contre - La classe politique est
    choquée par le rejet de la Constitution", "Le coureur cycliste Marc Lotz
    reconnaît s’être dopé"
  • De
    Telegraaf

     : "Un non très dur - Presque 62 pour cent des électeurs rejettent la
    Constitution
    - Grande défaite pour les partis gouvernementaux et le PvdA",
    "Bruxelles en deuil après le rejet néerlandais", Lotz reconnaît avoir pris de
    l’EPO"
  • de
    Volkskrant

     : "Non écrasant à la Constitution", "Un feu de tourbière sévit dans l’Union
    européenne - L’Europe ne pourra désormais plus faire de grande avancée sans
    impliquer les citoyens", "L’homme de la rue règle ses comptes - Les
    Rotterdamois de toutes tendances votent non"
  • Trouw
     : "Non massif à la Constitution - Principal motif des adversaires : l’Union
    européenne est trop chère", "Le ministre met fin à la subvention de l’Armée du
    Salut"

* * *

 

Le
dossier du jour : Référendum néerlandais

" Une
très grande majorité (presque 62 pour cent) des électeurs néerlandais a rejeté
la Constitution européenne
", écrit le Volkskrant dans son grand
article à la une. " Le premier ministre Balkenende a dit mercredi soir qu’il
était ’très déçu’
. Mais le gouvernement ’respectera le résultat’ .
Balkenende : Non, c’est non. Nous comprenons les préoccupations. Sur la
perte de souveraineté, sur le rythme des changements en Europe sans que les
citoyens se sentent impliqués, sur notre contribution financière à Bruxelles. Et
il faut qu’on en tienne compte en Europe.’
Le premier ministre a promis
d’aborder ces points lors de la conférence au sommet européenne à Bruxelles, ce
mois-ci."

"La
Deuxième Chambre demandera aujourd’hui au gouvernement de retirer le projet de
loi portant approbation de la Constitution. Balkenende et le vice-premier
ministre Gerrit Zalm (VVD) ont indiqué qu’ils le feraient."

"Les
Pays-Bas, après la France, sont le deuxième pays qui rejette la Constitution. En
France, 55 pour cent de la population ont voté contre. Aux Pays-Bas, 61,6 pour
cent des électeurs s’avèrent contre ; 38,4 pour cent ont voté pour. Le taux de
participation de 62,8 pour cent était remarquablement élevé. Aux dernières
élections européennes aux Pays-Bas, seuls 39,1 pour cent des électeurs s’étaient
rendus aux urnes."

" Tous
les perdants du camp du oui ont souligné qu’ils voulaient prendre aux sérieux
ceux qui ont voté non
. Le chef de file VVD Van Aartsen : ’Je ne regrette pas
un instant ce référendum. Nous n’aurions jamais eu ce signal des citoyens,
autrement.’ Femke Halsema (GroenLinks) : ’Non, c’est non, nous ne pouvons pas
continuer avec cette Constitution.’ Halsema voit dans le référendum un moyen
d’impliquer plus souvent les citoyens dans le processus décisionnel politique.
Le leader PvdA Wouter Bos a parlé d’une ’victoire pour la démocratie’. Selon le
leader du groupe parlementaire CDA, Maxime Verhagen, il est nécessaire que
l’Europe ’marque un arrêt’ maintenant. Il n’est pas question pour le moment de
parler de l’élargissement et de poursuite de l’intégration de l’Union
européenne."

" Jan
Marijnissen, un important meneur du camp du non, a déclaré que la crédibilité
politique de Balkenende est en cause. ’L’establishment est détrôné.’ Geert
Wilders, autre éminent adversaire de la Constitution, a demandé la démission du
gouvernement
. Un nouveau gouvernement devrait étudier un nouveau cap
européen pour les Pays-Bas."

"Le
secrétaire d’Etat VVD aux Affaires européennes, Atzo Nicolaï, un important
défenseur de la Constitution, a fait savoir qu’il ne démissionnerait pas à cause
du résultat. A part Wilders, personne n’a prôné cette décision. Wilders a
reproché à ses collègues politiques de ne pas avoir d’yeux pour les véritables
conceptions de la population."

"Le
député CDA Rendert Algra a fait savoir hier soir qu’il était d’avis de dissoudre
la Deuxième Chambre et d’organiser des élections. André Rouvoet, de la
ChristenUnie, adversaire de la Constitution, a décrit le vote ’non’ en ces
termes : ’Les gens ont tiré le frein de secours. Mais ils optent tout de même
pour la coopération européenne.’ Le ministre CDA des Affaires étrangères, Ben
Bot, a dit que le malaise des citoyens sur deux décennies de politique
européenne ’s’est exprimé’. Bot : ’Nous avons été trop ambitieux et nous avons
essayé de trop faire avaler aux citoyens’."

" Le
gouvernement Balkenende a fait piètre figure durant la campagne
", concluent
Marc Peeperkorn et Philippe Remarque dans une analyse en page 3 du même
Volkskrant
. " L’amateurisme et l’attitude arrogante, par moments, de
certains acteurs principaux leur seront reprochés encore longtemps
. La
campagne a commencé trop tard et s’est perdue dans les détails, a dit le député
VVD Van Baalen hier soir. Le gouvernement n’avait pas de message clair et il
n’avait absolument pas d’yeux pour les sentiments d’incertitude de nombreux
citoyens concernant l’Europe."

"Au
lieu de cela, les responsables ont choisi de menacer les électeurs, pour le cas
où il leur prendrait l’idée de voter non. La lumière allait ’s’éteindre’ alors (Brinkhorst),
nous allions gâcher notre prestige en Europe (Balkenende), les contributions à
l’UE allaient augmenter (Zalm) ou ce serait peut-être de nouveau la guerre
(Donner). Ils ont ainsi poussé beaucoup d’indécis dans les bras du camp du non."

" L’exception
au sein du gouvernement a été le secrétaire d’Etat Nicolaï, qui a mené jusqu’à
la fin une campagne positive, polie et compréhensive pour la Constitution.
C’était aussi le cas du PvdA
."

"Le
gouvernement et la Chambre pensaient que la Constitution rendrait l’Union plus
dynamique et plus démocratique, les électeurs optent pour un arrêt ou même pour
un pas en arrière. Les chiffres sont d’une éloquence fracassante : 85 pour
cent des élus sont pour la Constitution, presque 62 pour cent de la population
votent contre. Cela montre une fois de plus l’ampleur du fossé entre les
citoyens et le Binnenhof. Il s’avère aussi que la distance entre les électeurs
néerlandais et Bruxelles est beaucoup plus grande qu’on ne le pensait à La Haye
."

"Cela doit faire réfléchir tous les partisans de la Constitution, car ce
référendum portait sur une question essentielle : les Pays-Bas resteront-ils un
compagnon enthousiaste d’une coalition européenne de plus en plus large, ou bien
préfèrent-ils leur propre identité derrière les travaux du plan Delta [digues et
barrage anti-raz-de-marée en Zélande] ? Les citoyens préfèrent la deuxième
option et le camp du oui n’avait pas perçu cela. L’Europe, comme Balkenende l’a
dit hier soir, était trop l’affaire de la classe politique et pas assez celle
des citoyens."

" Les
partis politiques devront en tout cas reprendre le ’non’ et rejeter la
Constitution à la Chambre. Ensuite il faudra voir si elles réduisent leurs
ambitions européennes et si le premier ministre Balkenende appuie sur frein à
Bruxelles, comme il l’a promis hier. S’ils ne le font pas clairement, un
préjudice politique concret pourra se manifester en mars 2006, aux élections
municipales, et un an plus tard, aux législatives
."

 

Commentaires

" Les
électeurs ont tiré le frein de secours avec force
", écrit l’éditorialiste du
Trouw . " C’est une intervention dramatique qu’il ne faut pas écarter
laconiquement : la classe politique doit réfléchir sérieusement
."

" L’un
des points qui ont incité à voter non est le fait que l’Europe va nous coûter
bien cher
. Les Pays-Bas sont devenus un contributeur net - cela irrite
d’autant plus qu’apparemment, ils ne bénéficient guère de compensations. C’est
aussi exactement le point que le ministre Zalm - et il n’était pas le seul - a
exploité à plusieurs reprises, comme si l’Europe était une affaire de
comptables. Quand on traite l’Europe de cette façon, il ne faut pas s’étonner
qu’on vous demande des comptes. La Haye a aussi géré le dossier européen de la
même manière mesquine dans nombre d’autres domaine
s. Il y avait toujours un
déficit par-ci et un excédent par-là, de sorte que le commun des mortels était
bien forcé de considérer l’Europe comme une affaire bureaucratique et
technocratique qui, en fin de compte, nous vaudrait plus d’inconvénients que
d’avantages. Nous n’avons presque jamais vu une personnalité politique présenter
une perspective européenne exaltante."

" Avec
ce non, l’élite politique, une fois de plus depuis la révolte de Pim Fortuyn,
est confrontée sans ménagement à une crise de confiance : les citoyens ne font
plus confiance à la classe politique
."

" Quand
le taux de participation s’élève à 62 pour cent et que deux électeurs sur trois
votent contre la Constitution, il est clair que les votes négatifs viennent de
tous les partis
", fait valoir le Volkskrant . "Les électeurs ont tous
leur propre conception de l’Union européenne, le dénominateur commun étant que
l’UE, à leurs yeux, fait des promesses qu’elle ne peut pas tenir. L’Europe va
trop vite en besogne, c’est ainsi qu’on peut résumer le message des électeurs
.
Dans sa première réaction, le premier ministre Balkenende a souligné à juste
titre que le message qu’il transmettra à Bruxelles est que l’Union européenne
doit marquer un arrêt
. Aussi amers que les raisins soient pour lui, il ne
lui reste qu’à se faire l’interprète de l’insatisfaction néerlandaise."

" Il
y a six semaines, au début de la campagne sur le référendum, l’atmosphère était
tout à fait différente. La plupart des électeurs ne savaient pas encore comment
ils allaient voter et ceux qui le savaient étaient surtout pour. Le gouvernement
et la coalition contre nature des groupes VVD, CDA, D66, PvdA et GroenLinks en
ont conclu qu’ils pouvaient se croiser les bras
."

"Dans l’intervalle, le SP a pris l’initiative dans la campagne contre la
Constitution. Les socialistes ne recherchaient pas la nuance, mais ils ont su
donner le ton." "Aux yeux de beaucoup d’électeurs, Jan Marijnissen s’est révélé
le vrai leader de l’opposition." "Le camp du oui s’est retrouvé sur la défensive
et n’a pas réussi à reprendre l’initiative. Il n’y avait aucune coordination
entre les partisans de la Constitution. On peut certainement le reprocher au
gouvernement, en tant que signataire du traité. Le premier ministre
Balkenende n’a pas fait preuve de leadership
. Il a abandonné la campagne à
un secrétaire d’Etat, donnant le signal - peut-être inconsciemment - qu’il ne
trouvait pas le référendum bien important. Les électeurs ont été d’un tout autre
avis. Ils ont administré une solide gifle aux leaders politiques."

" C’est
une véritable crise pour l’UE, qui ne pourra être conjurée qu’en manœuvrant avec
précaution
", ajoute le journal de centre gauche dans un deuxième volet. "Il
ne faut évidemment pas absolutiser le ’non’ franco-néerlandais, le jugement des
autres Etats membres compte tout autant, mais il ne sert à rien de faire comme
si le Traité constitutionnel avait encore un avenir sous sa forme actuelle. Même
ceux qui le trouvaient acceptable - comme le Volkskrant - doivent le
reconnaître." "Une majorité des électeurs trouve que l’UE veut en faire trop,
qu’elle est trop distante des citoyens et qu’elle sous-valorise les identités
nationales. L’Europe doit maintenant marquer un arrêt ."

" Ce
résultat ne doit pas rester sans conséquences
", selon l’ Algemeen Dagblad .
"C’est un camouflet au premier ministre Balkenende et à son ministre des
Affaires étrangères Bot, qui ont mené une campagne molle. Mais personne n’a
intérêt à ce que le gouvernement démissionne après ce résultat dévastateur. Les
Pays-Bas, du point de vue économique, sont en train de remonter la pente et une
crise ministérielle serait mauvaise pour l’indispensable reprise."

" Le
ministre Bot, qui a appelé les électeurs ignorants à rester chez eux, doit
démissionner
. Les électeurs ont sévèrement sanctionné son attitude de
régent. Et il serait bon que le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes
Nicolaï, qui n’a guère impressionné, suive son exemple
."

" Tout
comme le non français, ce résultat n’est pas bon pour l’Europe
", estime
enfin le Telegraaf . "Les électeurs ont appuyé sur le frein alors que des
avancées sont nécessaires si l’Europe veut compter dans le monde."

Le
journal populaire est également d’opinion que " l’élite politique doit en
partie cette correction à elle-même
". "Pour Balkenende et son équipe, ce
résultat est évidemment effroyable. Mais comme le gouvernement n’était pas
l’enjeu du référendum, il n’a pas besoin d’en tirer des conséquences."

 

Affaires françaises  

Plusieurs quotidiens rendent compte factuellement de la première interview
télévisée du nouveau premier ministre français. "Les Français s’engagent dans
une course à l’emploi" ( Algemeen Dagblad p.9), "De Villepin se donne 100
jours" ( Trouw p.11), "De Villepin engage une offensive de charme" ( De
Telegraaf
p.11). "Chirac découvre brusquement le chômage", titre le Volkskrant (p.7) au-dessus d’un papier de Fokke Obbema.

 

Dernière modification : 02/06/2005

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