Presse néerlandaise du jeudi 2 février 2006

La presse rapporte qu’un officier de l’armée de terre aurait oublié dans une voiture de location une clé USB contenant des informations sensibles sur les opérations de reconnaissance néerlandaises en Afghanistan, la sécurité des troupes et leurs instructions de combat. Les deux jeunes qui ont trouvé la clé ont donné une copie des fichiers, qui n’étaient pas protégés par un mot de passe, à RTL Nieuws.
"C’est la deuxième fois en peu de temps que le ministère de la Défense est confronté à de graves négligences concernant des secrets", souligne le Volkskrant à la une.

-NRC Handelsblad d’hier soir : "Bush : Les Etats-Unis sont dépendants du pétrole", "L’accord sur la TVA réduite est presque bouclé", "Une mesure exceptionnelle de la justice" (réouverture d’un procès pour meurtre)
-de Volkskrant  : "Le président prend congé du marchand de pétrole Bush - Ce n’est pas la première fois que l’Amérique fait allusion à une politique énergétique totalement différente", "Les citoyens prennent la défense des innocents" (erreurs judiciaires présumées), "Un officier de l’armée de terre laisse traîner des secrets"
-Trouw  : "La Deuxième Chambre bloque la concurrence aux pharmacies - Pas d’automédication dans les supermarchés ou les stations-service", "Un fonctionnaire laisse traîner des secrets sur la mission"
-De Telegraaf  : "Des secrets d’Etat militaires divulgués - Un capitaine perd une clé USB", "Le D66 soutient la mission mais votera contre"
-AD Haagsche Courant  : "’Les jihadistes emprisonnés à part", "Afghanistan : Le Parlement approuvera-t-il la mission ?"

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ACTUALITE INTERNATIONALE

Etat de l’Union

Le discours traditionnel du président américain sur l’état de l’Union, prononcé mardi soir par George W. Bush, fait l’objet de correspondances factuelles de Washington et de deux commentaires éditoriaux.

Le NRC Handelsblad d’hier soir, dans son éditorial, s’intéresse exclusivement aux remarques du président concernant la politique énergétique de son pays. "L’Amérique, a-t-il dit, est dépendante du pétrole. Et la meilleure manière de combattre cette dépendance est la technologie. Selon Bush, les trois quarts des importations problématiques de pétrole du Moyen-Orient devront être remplacés par autre chose en 2025. Il a appelé à étudier d’autres sources d’énergie pour les voitures, un appel remarquable pour un Américain, car le conducteur moyen de ce pays a jusqu’à une date récente fait le plein sans souci et pour quelques dollars. Mais la situation a changé à cause de la hausse du prix du pétrole et de l’essence. Le reste du monde l’a compris plus vite que les Etats-Unis et l’industrie automobile américaine est en difficulté."
"L’appel lancé par le président Bush à l’industrie automobile et aux consommateurs pour qu’ils changent de cap a des années de retard. La dépendance à l’égard du pétrole est si grande que la désintoxication sera douloureuse."

"Le discours de Bush montre clairement que c’est la dépendance du Moyen-Orient qui le préoccupe, pas la consommation américaine d’énergie", remarque le Trouw ce matin. "Les Américains se plaignent du prix de l’essence, mais elle ne coûte que cinquante centimes d’euro. Une forte taxe sur le carburant pourrait remédier à leur dépendance, mais Bush n’y songe pas." "La forte consommation d’énergie n’est pas seulement due aux voitures, mais aussi à l’usage abusif de la climatisation. Les Américains consomment davantage d’énergie pour la climatisation en été qu’ils n’en consomment en hiver pour se chauffer." "Il ne doit pas être difficile pour les autorités américaines d’y mettre le holà, si elles le veulent."
Par ailleurs, l’Amérique aurait intérêt à participer au "programme mondial de désintoxication : le protocole de Kyoto et son commerce de droits d’émission" de CO2, selon le journal chrétien progressiste. "Les grandes entreprises américaines semblent commencer à comprendre qu’elles devront participer à ce commerce un jour. Mais Bush ne veut entendre parler ni du protocole, ni de la réduction des émissions. Si Bush avait abordé ces points dans son discours, cela aurait été une agréable surprise. Mais Bush voulait seulement faire savoir au Moyen-Orient qu’il va peut-être acheter son pétrole ailleurs."

Union européenne : Constitution

"Le gouvernement néerlandais a dit que la Constitution européenne est morte", rappelle Ben van der Velden, ancien correspondant du NRC Handelsblad à Bruxelles, en page d’opinion de ce jour. "Le premier ministre Balkenende l’a dit en juin dernier, le ministre des Affaires étrangères Bot l’a répété récemment à son homologue autrichienne Plassnik."
"Mais le dernier traité européen, que les politiques qualifient à tort de Constitution, est-il vraiment mort ? Le traité est plutôt dans le coma. Partout en Europe la classe politique s’affaire pour le ranimer, même s’ils ne savent pas à quel point le traité ressemblera encore à l’avenir au texte refusé l’an dernier par les électeurs français et néerlandais."
"Les Pays-Bas sont les seuls en Europe à carrément qualifier la Constitution de morte. La France se garde bien de le dire. Les hommes politiques français font des propositions pour résoudre les problèmes européens. D’autres pays les sabordent très vite, certes, mais la France ne s’isole pas."
"Avant le référendum de l’année dernière le gouvernement néerlandais avait prévenu qu’un ’non’ à la Constitution porterait atteinte à la position des Pays-Bas en Europe. Maintenant le gouvernement fait durer lui-même cet isolement."
"Si le gouvernement n’ose pas adopter un point de vue lui-même, il restera sur la touche dans la discussion européenne. Cela veut dire que d’autres pays pourront exercer davantage d’influence sur le résultat que les Pays-Bas, que d’autres prendront des décisions qui sont aussi valables pour les Pays-Bas. Car les Pays-Bas ne peuvent pas toujours dire non. Ils font partie de l’Europe, ils ne se trouvent pas sur la lune."

ACTUALITE INTERIEURE

Mission militaire en Uruzgan

"Le groupe parlementaire et les ministres D66 ne provoqueront pas de crise ministérielle si une large majorité de la Deuxième Chambre approuve aujourd’hui l’envoi de militaires néerlandais dans la province afghane d’Uruzgan", écrit le Telegraaf à la une. "’Si les militaires y vont, ils ont droit au soutien unanime de la classe politique’, déclare le président du groupe D66, Boris Dittrich, durant un entretien avec De Telegraaf. Le groupe D66 à la Deuxième Chambre votera contre quoi qu’il en soit, mais continuera de soutenir le gouvernement si une large majorité se rallie à l’envoi des troupes."
"Dittrich ne voit toujours ’pas de chance raisonnable que la mission réussisse’ et il fera tout durant le débat à la Deuxième Chambre, aujourd’hui, pour empêcher la mission. Mais il accepte aussi la réalité politique. ’Je vois que le PvdA bouge pour rendre cette mission possible. Je trouve que nous devons accepter notre défaite dans ce cas’."

"La menace d’une crise ministérielle était une arme qui n’a plus d’utilité maintenant", remarque le Volkskrant (p.4) dans une analyse. "Le D66 s’en est servi pour faire pression sur ses partenaires de coalition, le CDA et le VVD, afin qu’ils renoncent à la mission. Il semblait au départ qu’il y aurait tout au plus une toute petite majorité en faveur de la mission à la Chambre. Maintenant que le PvdA a laissé ses ’grands doutes’ derrière lui, il y a brusquement plus de 120 députés pour. Faire tomber le gouvernement dans ces conditions ne servirait qu’à ouvrir la voie de la Tourelle au leader PvdA Wouter Bos, raisonne la direction du D66."
"Dans les coulisses, les formulations pour expliquer à un public sceptique pourquoi le groupe parlementaire laisse le gouvernement en place sont prêtes depuis des semaines : en tant que Démocrates, nous n’allons pas nous opposer à une décision aussi majoritaire et du moment que la mission aura lieu de toute façon, le D66 ne peut rien y changer en démissionnant."
"Mais sans crise, le D66 se retrouvera dans une situation peu confortable : alors que le groupe parlementaire y reste opposé, les deux ministres D66, dont l’un, Pechtold, est même une tête de liste potentielle, doivent soutenir la mission. Et la base du parti, que ce gouvernement de centre droit n’enthousiasme pas, veut tout à fait autre chose, selon Reinout de Vries, président des Jeunes Démocrates. ’On discute beaucoup de la mission en soi, mais à la question de savoir si elle vaut une crise, la plupart des membres du D66 disent clairement oui. Il est très difficile d’expliquer qu’on est absolument contre une mission mais qu’on finit tout de même par en prendre la responsabilité.’ C’est pourquoi il serait ’très logique’ que le D66 ait de nouveau recours à sa fameuse démocratie de parti, selon De Vries. ’Je prône une consultation des membres sur la question de savoir si nous devons quitter le gouvernement. Ce serait logique car nous l’avons déjà fait deux fois les dernières années, à l’avènement du gouvernement et l’an dernier, lors de la crise sur l’élection du maire. En ce qui me concerne le groupe parlementaire et le bureau politique du parti peuvent convoquer un congrès vendredi’."
"La direction du parti sait qu’elle peut y être contrainte. Dans ce cas, le sort du gouvernement Balkenende II serait de nouveau à ma merci d’un congrès D66 imprévisible."

"Quelle que soit l’issue du débat ce soir, Dittrich et Pechtold ont irréversiblement nui à la réputation de D66 en tant que parti consciencieux et conscient des ses responsabilités dans un gouvernement de coalition", estime Marcel ten Hooven dans le Trouw (cahier de Verdieping). "Cela réduira sa capacité d’acquisition et de maintien d’influence, une fonction essentielle de tout parti politique." "Avec son pari [que la Chambre dira en majorité ’non’] le D66 s’est plutôt comporté en groupe militant qu’en parti politique. Cela ne fera pas de bien non plus à sa perspective de rester au pouvoir après les prochaines élections législatives." "Simultanément, le PvdA, avec son ’oui’ et la façon dont il y est arrivé, frappe à la porte du pouvoir. Le ministre CDA des Affaires étrangères, Bot, en faisant allusion cette semaine à la tradition internationale du PvdA, a déjà parlé de ’nos amis’."

L’éditorialiste du Volkskrant, qui s’est toujours interrogé sur les chances de succès de la mission, fait valoir que "l’opération est indéniablement bien préparée". "La direction de l’armée en est garante. Les ministres Bot et Kamp et d’autres parties impliquées ont demandé avec succès une aide et une protection appropriée - ce qui entraîne évidemment une certaine obligation. Tout cela fait qu’il faudra vraiment des arguments très solides pour renoncer tout de même à l’opération. Nous n’en avons pas entendu. La mission en Uruzgan mérite un large soutien parlementaire."

"Le PvdA mérite des éloges pour la manière dont il a traité ce dossier", écrit le commentateur du Telegraaf. "Il ne s’est pas laissé pousser à des jeux politiques oppositionnels, comme le D66. "Le D66 aurait pu prendre exemple sur lui."

Elargissement de l’UE

"Le plaidoyer du CDA en faveur du report de l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’Union européenne n’a bénéficié d’aucun soutien de la part d’autres groupes parlementaires", relève le Trouw (p.10). "Le partenaire de coalition VVD s’en est pris vivement au premier parti gouvernemental. ’Vous ne faites pas confiance à votre propre gouvernement et vous n’agissez pas dans l’intérêt des Pays-Bas en tant que nation commerçante’, a déclaré le député VVD Van Baalen au député CDA Van Dijk."
"Le ministre Bot (CDA) estime que les deux pays luttent avec beaucoup de succès contre la corruption et essaient de mettre en place un système juridique transparent. Ils satisfont aussi dans d’autres domaines aux exigences du traité d’adhésion. Selon le ministre l’adhésion qu’ils briguent les stimule à s’attaquer à la corruption. Il rappelle aussi que l’adhésion stimulera le commerce avec les deux pays."
"Une majorité parlementaire VVD, PvdA, LPF, SGP et ChristenUnie soutient le gouvernement. Le SP craint l’afflux de travailleurs bon marché de ces pays."

Collection Goudstikker

"Le gouvernement se dispute à propos de la collection Goudstikker", croit savoir le Telegraaf. "Le gouvernement est inopinément divisé sur la fameuse collection Goudstikker, qui comprend entre autres des chefs d’œuvre de Jan Steen et de Jan van Goyen. La secrétaire d’Etat Van der Laan (Culture) avait l’intention la semaine dernière de restituer les 267 tableaux à la belle-fille américaine du propriétaire initial, le collectionneur juif Jacques Goudstikker. Le ministre Donner (Justice) l’en a empêchée jusqu’à nouvel ordre."
"Donner redoute que la restitution des œuvres d’art tombées aux mains des Allemands en 1940 n’entraîne toute une série de nouvelles réclamations contre l’Etat, de la part de familles qui pensent pouvoir faire valoir des droits sur des collections d’art."
"La Cour d’appel de La Haye a rejeté la réclamation des héritiers Goudstikker en 1999. Cette semaine, Donner, Van der Laan, Zalm (Finances) et Van der Hoeven (Education) se sont concertés sur la question. Donner, pour le moment, n’est pas partisan de s’écarter de l’arrêt de la Cour."
"Le conseil des ministres évoquera la question demain."

AFFAIRES FRANÇAISES

Le NRC Handelsblad (p.9) consacre un grand article illustré au graphiste Pierre Bernard, Prix Erasme 2006.

Les réactions de la presse française et allemande à l’affaire des caricatures du quotidien danois Jyllands Posten qui ont soulevé un tollé dans le monde islamique font l’objet de comptes rendus factuels (de Volkskrant p.5, Trouw p.10).

Dernière modification : 11/05/2006

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