Presse néerlandaise du jeudi 20 octobre 2005

L’ouverture à Bagdad du premier procès contre l’ex-dictateur Saddam Hussein fait la une de la plupart des quotidiens d’hier soir et de ce matin. Après quelques heures d’audience, le procès a été ajourné au 28 novembre. L’avocat du président déchu avait demandé un report de trois mois.

-NRC Handelsblad d’hier soir : "Saddam Hussein comparaît devant le tribunal - ’Je ne reconnais pas cette cour", "Les juges [irakiens] ont suivi une formation européenne", "Obligation partielle d’enfermer les poules familières", "Le CDA en veut à Pechtold en dépit de ses excuses"
-de Volkskrant : "Le procès de Saddam a immédiatement été ajourné - L’ex-dictateur, en costume occidental, refuse de reconnaître l’autorité du tribunal et de dire son nom", "Nicolaï : le procès de Pamuk hypothèque la relation avec la Turquie"
-Trouw : "Saddam : Je suis innocent - L’ex-dictateur irakien se considère toujours comme président et ne reconnaît pas ses juges", "La police a besoin d’un complément budgétaire pour un projet sur les crimes d’honneur", "L’Allemagne enferme aussi ses poules à cause de la grippe aviaire"
-AD Haagsche Courant : "Chaos dans les tarifs de stationnement urbain", "Idols : moins d’auditions, davantage de shows en direct", "Les pédophiles américains interdits de Viagra"
-De Telegraaf : "Les transports de masse sont dangereux - Me Pieter met en garde" (Pieter van Vollenhoven, mari de la princesse Margriet, président du Conseil de recherche sur la sécurité), "Les témoins ont peur de Saddam"

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NOTRE DOSSIER :Turquie - Union européenne

"Le gouvernement estime que les négociations avec la Turquie sur son adhésion à l’UE ne pourront pas se poursuivre tranquillement si l’écrivain turc Orhan Pamuk est condamné", relève le Volkskrant à la une. "Le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Nicolaï juge inadmissible qu’on ’réduise quelqu’un au silence’ dans un Etat candidat."
"Une majorité parlementaire CDA-PvdA estime aussi qu’il serait juste que l’UE suspende les négociations d’adhésion avec le gouvernement turc si Pamuk est condamné. Les politiques néerlandais espèrent qu’un procès pourra être évité. Nicolaï veut qu’on adapte l’article de loi sur la base duquel l’écrivain a été mis en accusation en Turquie."

"Pamuk est passible d’une peine d’emprisonnement pour offense à l’identité nationale turque. Si tel est le cas, ’cela devra certainement avoir un effet sur les négociations’, écrit aujourd’hui le responsable VVD Nicolaï dans le Volkskrant . Nicolaï ne précise pas si les Pays-Bas plaideront alors auprès de leurs partenaires de l’UE en faveur de la suspension des négociations avec la Turquie, qui ont commencé officiellement ce mois-ci. Nicolaï a fait savoir mercredi par le biais de son porte-parole qu’il ne voulait ’pas en dire plus’ sur son avertissement. ’Ce n’est évidemment pas une remarque anodine, c’est une prise de position politique’, a dit le porte-parole."
"Le gouvernement a fait connaître son mécontentement sur l’affaire Pamuk à l’ambassadeur de Turquie à La Haye. Nicolaï : ’La liberté d’expression est l’âme même de la coopération européenne’."
"L’écrivain turc a déclaré dans un quotidien suisse que trente mille Kurdes et un million d’Arméniens ont été assassinés dans son pays. ’Presque personne n’ose en parler, à part moi’, a-t-il ajouté. La justice turque a déposé une plainte qui peut déboucher sur une condamnation en décembre."

La tribune du secrétaire d’Etat figure en page d’opinion du journal de centre gauche. "Ces dernières années, la société turque s’est énormément modernisée, mais la question Pamuk et des cas similaires montrent que le processus de réforme est loin d’être achevé." "Ankara n’aura pas manqué de remarquer que l’UE prend l’affaire au sérieux. L’UE a exprimé sa préoccupation à plusieurs occasions et l’eurocommissaire Rehn, qui s’est exprimé en termes durs plus tôt ce mois, a récemment encore rendu une visite démonstrative à l’écrivain, à Istanbul. Moi aussi, je m’entretiendrai personnellement avec Pamuk lors de sa visite aux Pays-Bas." "S’agissant de la question arménienne, il importe que la Turquie se réconcilie avec son passé. Il est évident qu’un tel processus est laborieux et prend du temps - les Pays-Bas peuvent en parler aussi. Mais cette acceptation ne doit pas durer éternellement et un échange d’idées libre et ouvert peut justement accélérer ce processus. Pour cette raison également, la liberté d’expression est indispensable."

ACTUALITE INTERNATIONALE

Pays-Bas - Surinam

"Le premier ministre Balkenende sera le premier premier ministre néerlandais à se rendre au Surinam depuis l’accession à l’indépendance de ce pays", note le Telegraaf (p.3). "Le mois prochain, le premier ministre assistera à la commémoration de trente ans d’indépendance au Surinam. Au vingt-cinquième anniversaire de l’indépendance du Surinam, en 2000, c’est la vice-première ministre Borst qui a assisté aux festivités au nom du gouvernement néerlandais."

ACTUALITÉ INTÉRIEURE

Pechtold

L’ensemble de la presse développe les différends du ministre D66 de la Rénovation administrative, Pechtold, avec le reste du gouvernement.

"Les partis gouvernementaux CDA et VVD s’irritent de plus en plus du comportement du ministre D66 Pechtold", écrit le Volkskrant (p.4). "Selon le député VVD Van Baalen, Pechtold frôle ’les bornes de l’admissible’’. Van de Camp (CDA) parle d’une ’vanité particulièrement bête et gênante’."
"Le nouvel écueil moral, ce sont les critiques de Pechtold à l’adresse du premier ministre Balkenende. Celui-ci contribuerait au ’catastrophisme’ ambiant en mettant en garde contre de possibles attentats terroristes [cf. presse du 19 octobre]."
"Van de Camp a éreinté le ministre D66 mercredi. ’Présenter ses excuses vingt minutes après la publication de ses propos, c’est vraiment faible.’ D’après Van de Camp Pechtold se tire dans le pied. ’La sagesse des nations dit : la confiance part au galop mais revient à pied. Et bien, Pechtold en est certainement au premier membre de ce proverbe’. Van Baalen estime lui aussi que la situation du ministre est en jeu. ’Je n’emploierai pas encore le mot crédibilité, mais Pechtold n’en est pas loin.’ Le ministre de l’Intérieur Remkes, responsable de la sécurité publique, trouve que son collègue est à côté de la plaque. ’La menace terroriste est réelle, les politiques ne peuvent pas passer cela sous silence. Pechtold ferait bien de s’occuper d’abord de son propre portefeuille’."
"Le député PvdA Dijksma trouve qu’il est dommage que Pechtold agisse de façon ’aussi irréfléchie’. ’Il lance des discussions sensées, comme celle sur la déductibilité fiscale des intérêts sur prêt immobilier, mais on les étouffe dans l’œuf à cause de son comportement. J’ai dans l’idée qu’il espère que le citoyen moyen trouve son comportement rafraîchissant’. Le leader de la ChristenUnie, Rouvoet, partage cet avis. Pechtold pense visiblement : voyez comme je suis frais et fruité. Le D66 est désespérément à la recherche d’une image, les sondages sont désastreux pour le parti. Le président du groupe parlementaire D66 ne veut pas commenter les propos de son collègue de parti."

Les avis des personnalités politiques interrogées sur la même page sont partagés. Un spécialiste de la communication parle de "suicide politique" et de "communication désastreuse" ; l’ancien leader D66 Jan Terlouw estime que Pechtold doit "cesser" son "comportement immature", alors que le président des Jeunes Démocrates se demande pourquoi il "ne secouerait pas un peu" le La Haye politique : "En tout cas, il expose le manque d’inspiration et l’autisme de ce premier ministre". Hedy d’Ancona, ancienne ministre PvdA, trouve que "le plus indigent, ce sont les excuses". "Il est justement réjouissant que quelqu’un exprime ses opinions. Seulement il ne faut pas qu’il les reprenne à chaque fois."

ECONOMIE, FINANCES

Indemnité d’assistance sociale

"A partir de l’année prochaine les jeunes de moins de 27 ans ne toucheront plus d’indemnité d’assistance sociale à Amsterdam", annonce le Volkskrant à la une. "Ils seront obligés d’aller à l’école, de travailler ou de faire un stage. La commune veut éviter que les jeunes déshérités ne deviennent dépendants d’une indemnité."
"La mesure s’applique déjà aux jeunes de moins de 23 ans depuis un an et demi. S’ils veulent une indemnité, ils doivent s’adresser au guichet des jeunes du CWI [office de l’emploi], qui les aide à trouver du travail ou une formation. Les jeunes qui ne sont pas coopérants ne touchent qu’une indemnité réduite ou pas d’indemnité du tout."
"Les entreprises qui annoncent un emploi à pourvoir au guichet des jeunes ont la garantie qu’on leur fournira un certain nombre de candidats compétents dans un délai de 72 heures. ’C’est une formule à succès que nous étendons maintenant’, dit l’échevin responsable, Achmed Aboutaleb. Selon lui, soixante pour cent des jeunes qui s’adressent au guichet des jeunes sont placés. ’Le manque de formation ne doit jamais être une excuse pour entrer en assistance sociale quand on est jeune, fort et en bonne santé’."
"Amsterdam entame aussi un projet d’’emplois-participation’, dans le cadre duquel des jeunes travaillent vingt heures pas semaine et suivent parallèlement une formation et des cours de néerlandais (centrés sur leur emploi). Cette opération se déroule en étroite coopération avec le secteur privé."
"Il y a actuellement environ neuf cents jeunes assistés sociaux dans la capitale."

Création d’emplois

Le Volkskrant (p.9) et le Telegraaf (p.31) relèvent que les Pays-Bas connaissent la croissance de l’emploi la plus faible de l’UE. L’emploi néerlandais a diminué de 1,3 pour cent en 2004. Mais les Pays-Bas sont toujours en tête s’agissant du pourcentage de la population âgée de 15 à 64 ans qui participe à la vie active : avec un taux de 73 pour cent, les Pays-Bas sont en avance sur l’objectif européen pour 2010 (70 pour cent). La bonne position des Pays-Bas est en partie due au nombre élevé d’emplois à temps partiel. En 2004, 46 pour cent de la population néerlandaise et les trois quarts des femmes travaillaient à temps partiel, soit plus du double du pourcentage moyen dans l’UE.
Selon la Commission européenne, le marché néerlandais de l’emploi est devenu plus efficace. Bien que l’emploi ait diminué, les chômeurs se remettent au travail plus vite et les postes vacants sont pourvus plus rapidement.

AFFAIRES FRANÇAISES

Fokke Obbema, dans le Volkskrant (p.6) signale que le foie gras fait désormais partie du "patrimoine national". Le correspondant à Paris fait valoir que le Parlement, en prenant cette décision cette semaine, a "sciemment commis une provocation". "Les parlementaires qui se sont portés à la défense de cette coûteuse délicatesse parlent d’un ’fort signal en direction de Bruxelles’. Simultanément, ils veulent donner la réplique aux censeurs intérieurs." "Les producteurs français ont résisté à toutes les offensives jusqu’à présent. Mieux encore, la consommation de foie gras croît à l’échelle mondiale, en dépit du prix élevé."

Le Telegraaf (p.13) note que le président Chirac et le premier ministre Villepin ont fait de la grippe aviaire une priorité politique.

Sur le plan culturel, le Volkskrant consacre un grand article illustré à l’exposition "Dada", au Centre Pompidou, dans son cahier Kunst.

Dernière modification : 20/10/2005

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