Presse néerlandaise du jeudi 4 septembre 2003

Tous les quotidiens publient en première page une photo du premier
ministre Balkenende et du chef de la diplomatie néerlandaise De Hoop Scheffer chez le
président américain Bush. La visite à Washington ne fait cependant qu’un seul grand
titre et n’inspire guère de commentaires pour l’instant.

NRC Handelsblad d’hier soir : "Les écoles primaires peuvent
introduire la semaine de quatre jours", "Bush veut l’aide de l’ONU en
Irak", "La fourniture de courant est ’garantie’"

de Volkskrant  : "Bush discerne une tâche pour l’ONU en Irak",
"Les gens sont de plus en plus mécontents des autorités"

Algemeen Dagblad  : "On est mieux sans enfants – Léger recul du nombre
de parents heureux", "La préretraite va coûter cher", "Bush :
Avec vous nous allons rendre le monde encore plus libre
"

De Telegraaf  : "La préretraite hors de prix – Les travailleurs
devront payer des années d’impôts d’avance
– La FNV : C’est enquiquiner les
personnes âgées", "Solide petit déjeuner pour Bush et Balkenende"

* * * 

Actualité internationale

Balkenende et De Hoop Scheffer à Washington

" Washington veut que les Nations Unies jouent un plus grand
rôle en Irak
", écrit le Volkskrant dans son grand article à la une.
" Le président Bush a donné l’ordre à son ministre des Affaires étrangères,
Powell, de négocier avec les pays du Conseil de Sécurité sur une nouvelle force de
stabilisation élargie
. Ce revirement de la position américaine a été confirmé
mercredi par le premier ministre Balkenende, qui avait pris le petit déjeuner avec le
président Bush."

"La décision du président Bush est considérée comme la
reconnaissance du fait qu’une plus grande implication de l’ONU est inévitable si
l’Amérique veut obtenir le soutien actif d’un certain nombre de pays asiatiques et des
poids lourds européens, la France et l’Allemagne." " Le soutien de la France
et de l’Allemagne dépendra beaucoup de la disposition du gouvernement américain à
transférer des compétences à l’ONU
. Il est en tout cas établi que les Américains
ne veulent en aucun cas partager le commandement de leurs troupes en Irak."

" Le premier ministre Balkenende et le ministre des Affaires
étrangères De Hoop Scheffer ont confirmé hier la nouvelle stratégie du gouvernement
américain
. ’Le président Bush s’est prononcé positivement sur un rôle accru de
l’ONU. Le gouvernement américain est très conscient de l’importance de ce point’, a
déclaré le premier ministre."

" Les responsables néerlandais ont été reçus à la Maison
Blanche par une délégation étonnamment lourde
", souligne le journal de
centre-gauche. "Initialement, seuls le président Bush et sa conseillère en matière
de sécurité, Rice, devaient participer à l’entretien. Mais le vice-président Cheney et
le ministre des Affaires étrangères Powell étaient également présents."

" Bien que De Hoop Scheffer ait souligné que beaucoup
dépendait du texte exact de la résolution de l’ONU, il est apparu que les Pays-Bas et
les Etats-Unis partagent dans les grandes lignes les positions sur l’Irak
. De Hoop
Scheffer rendra compte de l’entretien avec les Américains ce week-end, lors d’un conseil
des ministres européens des Affaires étrangères. Il s’est montré optimiste sur les
chances d’un accord européen : ’Les marges évoluent dans la bonne direction’."

" Le premier ministre Balkenende et le ministre De Hoop Scheffer
avaient bien eu un peu de chance en se rendant à leur petit déjeuner de présentation
avec le président Bush
", remarque le Trouw à la une. " Le moment
coïncidait avec la décision du gouvernement américain d’accepter que les Nations Unies
jouent un plus grand rôle dans le guêpier irakien
. C’était justement le message que
tous les groupes parlementaires de La Haye avaient chargé Balkenende de transmettre à
Washington : insistez auprès des Américains pour qu’ils accordent à l’ONU plus
qu’un rôle secondaire dans la reconstruction de l’Irak. Certes, Balkenende, de retour
à La Haye, ne suggèrera pas que les Pays-Bas ont contribué au changement de position de
Bush, mais le gouvernement, hier, était si près du cœur de l’action qu’il pourra
peut-être jouer un petit rôle dans le rassemblement de l’Europe divisée, le week-end
prochain
." "Le ministre De Hoop Scheffer rencontrera ses homologues de l’UE
au lac de Garde, vendredi et samedi."

L’ Algemeen Dagblad (pp.1 et 5) relève que l’ancien premier
ministre Wim Kok (PvdA) s’est plaint à la radio de la docilité des Pays-Bas vis-à-vis
des Etats-Unis
, les derniers temps. Kok a déclaré espérer que Balkenende ne s’est
pas comporté en "bichon" durant le petit déjeuner avec le président Bush. quot ;Nous
nous sommes ralliés aux Etats-Unis sans trop réfléchir, nous aurions pu le faire moins
inconditionnellement."
Kok juge "extrêmement mauvais" que les
Etats-Unis ne réussissent pas à ramener la paix et la stabilité en Irak. Un rôle accru
de l’ONU lui paraît inévitable. "Ce ne sont pas les Etats-Unis qui en ont eu
l’idée. Comme ils n’y arrivent pas tout seuls, ils sont contraints de se rendre à
l’ONU."

L’éditorialiste de l’ Algemeen Dagblad , dans un commentaire
intitulé "Fidèle allié", s’étonne du "poids que Balkenende a
attaché personnellement à cet entretien"
, lors d’une rencontre qui n’était
guère plus qu’une quot ;visite de politesse" , selon le journal de Rotterdam.
"La loyauté prématurée et déplacée à la politique unilatérale du gouvernement
américain, qui est allé jusqu’à qualifier les Nations Unies de ’non pertinentes’,
condamne le gouvernement Balkenende à jouer un rôle insignifiant en politique
internationale. Copenhague comme capitale des Pays-Bas, en quelque sorte."

Notons pour finir que le programme d’information Netwerk , un
complément du journal télévisé du soir sur Nederland 1, a consacré son émission
du 2 septembre (à la veille de la visite à Washington) à la politique du gouvernement
néerlandais dans la crise irakienne
. Des personnalités universitaires, politiques et
diplomatiques – les ambassadeurs de France, de Grande-Bretagne et de Turquie aux
Pays-Bas – ont construit une image globale de la période allant de janvier 2003 à
la visite de Balkenende et de De Hoop Scheffer aux Etats-Unis. Le présentateur a
immédiatement évoqué " le ralliement presque sans discussion des Pays-Bas à la
ligne américaine
". Le député PvdA Bert Koenders a suggéré que "les
Pays-Bas pensaient pouvoir acheter de l’influence en se montrant dociles". Rob de
Wijk, de l’Institut Clingendael, a constaté que "les Pays-Bas suivent
traditionnellement la ligne américaine" et déploré qu’ils se soient ainsi
"isolés en Europe". Plusieurs participants ont d’autre part estimé qu’il y
"avait certainement eu des éléments de manipulation de l’opinion publique".
L’ambassadeur de France a rappelé la position française et souligné que le Président
de la République avait apprécié que les Pays-Bas n’aient pas signé la Lettre des Huit.

Dans un deuxième volet, un sondage a fait apparaître que 42 % des
Néerlandais jugent l’offensive en Irak justifiée, alors que 49 % sont de l’avis
contraire
. Interrogés sur l’attitude du gouvernement Balkenende vis-à-vis des
Etats-Unis, 73 % ont estimé qu’il se montre trop docile
(contre 17 % trouvant
qu’il fait preuve d’assez d’indépendance).

Pacte de stabilité

" C’est comme les dix commandements , a dit un jour un
ministre des Finances d’un pays de l’UE moins prospère", rappelle l’éditorialiste
du NRC Handelsblad à propos du non-respect, par la France et l’Allemagne, du
Pacte de stabilité de la zone euro. " Tout le monde sait qu’il faut les suivre,
mais nous sommes tous des pécheurs’
."

"Voilà le dilemme. Dans l’adversité, les politiques pèchent
volontiers et beaucoup
. Les Français le font avec le moins de gêne . Le
président Jacques Chirac comme le ministre des Finances Francis Mer a ouvertement
déclaré à plusieurs reprises, les derniers temps, que ce sont eux les premiers
responsables de l’économie française et pas Bruxelles, et qu’ils n’ont cure des
avertissements et des sanctions qui suivent le dépassement de la norme de trois pour
cent. Ces propos laissent paraître clairement un autre déficit : le déficit de
volonté politique pour faire de l’Europe plus qu’une union économique et
monétaire."

"L’appel à une application plus souple des règles du Pacte de
stabilité se fera entendre de plus en plus fort", prévoit le journal du soir.
"Simultanément, il apparaîtra de plus en plus clairement que la ’flexibilité’
– un euphémisme politique pour l’indolence et l’incapacité de proposer de vraies
solutions – ne sont pas une panacée pour la Grande Question Budgétaire Européenne.
Les règles sont les règles et il vaut mieux les respecter pour le moment . Le
fait qu’on les viole est un problème politique de premier ordre
."

 

Actualité intérieure

Etat social des Pays-Bas

Les Néerlandais sont de plus en plus mécontents des autorités .
Alors qu’en l’an 2000, 65 % des Néerlandais estimaient que le secteur public
fonctionnait bien, ce pourcentage n’était plus que de 35 % fin 2002. C’est ce qu’on
peut lire dans le rapport De sociale staat van Nederland 2003 du Sociaal en
Cultureel Planbureau
(SCP) qui paraît aujourd’hui.

90 % des Néerlandais se disent heureux, mais leur situation
personnelle est pratiquement indépendante de leur jugement de la société en tant que
tout. La note qu’ils attribuent à la société néerlandaise est descendue de 6,6 à 6,4
sur 10. Les Néerlandais constatent que la situation ne s’est pratiquement pas
améliorée en ce qui concerne la délinquance et la criminalité, la circulation et les
listes d’attente dans le secteur des soins
, des points concrets qui avaient assuré le
succès de Pim Fortuyn. Le SCP lui-même est très critique concernant le rôle directeur
des autorités : "Leur action n’a guère de succès s’agissant des problèmes sociaux
tenaces et des problèmes politiquement sensibles."

En dépit de l’insatisfaction des Néerlandais concernant le secteur
public, le cynisme politique semble baisser un an et demi après la période Fortuyn
.
Le malaise, après une brève éruption, est de retour au niveau de 1998, voire de dix ans
plus tôt. Alors qu’il y a un an, 55 % des personnes interrogées approuvaient la thèse
selon laquelle "on devient député grâce à ses amis politiques plutôt que grâce
à ses compétences", ce n’est plus l’avis que de 46 % cette année (4 % de plus
qu’en 1998). Le SCP en conclut que l’image de l’année 2002 en tant qu’explosion
inévitable d’un mécontentement accumulé durant des années n’est "pas
adéquate".

Le SCP a publié un premier Etat social des Pays-Bas il y a deux ans. A
l’époque le ton était globalement positif. Quatre jours après la présentation du
rapport, l’attentat contre les Tours Jumelles de New York avait lieu et peu après les
Pays-Bas se laissaient fasciner par Pim Fortuyn ( de Volkskrant pp.1 et 2, Algemeen
Dagblad
pp.1 et 3, Trouw p.3, De Telegraaf p.7).

 

Economie, Finances

Albert Heijn

L’ensemble de la presse annonce la suppression de 440 emplois au siège
social des supermarchés Albert Heijn (1 300 emplois) et dans sa division logistique
(2 730 emplois). Cet assainissement doit permettre à Albert Heijn de mettre fin à
son recul sur le marché. Les consommateurs délaissent le leader du marché, qui en a
perdu 1,2 % durant le premier semestre, pour des "casseurs de prix" comme
Aldi et Lidl. Albert Heijn détient encore 26,7 % du marché. Chaque pour cent
représente un chiffre d’affaires annuel d’environ 250 millions d’euros.

Le dégraissage annoncé doit permettre d’économiser 100 millions
d’euros cette année et l’année prochaine, et structurellement 100 millions par an à
partir de 2005 ( Het Financieele Dagblad pp.1 et 13, De Telegraaf pp.1 et 33,
Algemeen Dagblad pp.1 et 13, Trouw pp.1, 5 et 13, de Volkskrant pp.1
et 19).

 

Affaires françaises

Le Financieele Dagblad (p.4) évoque
factuellement la privatisation de Dassault.

Dans le Volkskrant (p.5), Fokke Obbema note que le premier
Jean-Pierre Raffarin, à la suite de la forte mortalité due à la canicule, propose de
supprimer un jour férié pour dégager des ressources en faveur des personnes âgées ou
dépendantes.

Le Trouw (p.6) évoque en termes élogieux le ramassage des
détritus à Paris, les amendes prévues et les campagnes en faveur de la propreté.

Sur le plan culturel, plusieurs quotidiens s’intéressent à la
rétrospective Jacques Tati aux Pays-Bas ( NRC Handelsblad p.13, Trouw
p.18, Algemeen Dagblad p.23).

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