Presse néerlandaise du jeudi 5 février 2004

La presse à grand tirage publie en première page une photo du couple
princier Willem-Alexander et Máxima se promenant avec la princesse Amalia, en sac
kangourou contre la poitrine du prince héritier, dans le jardin de leur résidence à
Wassenaar. Le couple a remercié hier la population néerlandaise pour les cadeaux et les
vœux de bonheur reçus après la naissance de la princesse.

  • NRC Handelsblad d’hier soir : "La Chambre veut un contrôle plus
    sévère des migrations" (après l’élargissement de l’UE), "’Les travailleurs
    migrants stimulent l’économie’", "Le canard mandarin est menacé aussi"
  • Trouw  : "Asile : le PvdA appelle à la résistance – Le leader Bos
    soutient le président Koole : La politique du gouvernement est inhumaine et
    disproportionnée"’Sharon, cesse de mentir’" (correspondance d’Israël)
  • de Volkskrant  : "Réduction drastique du prix des médicaments – Une
    augmentation des cotisations d’assurance maladie n’est pas nécessaire", "Les
    investisseurs et l’environnement divisent Shell – La compagnie pétrolière a affaire
    à des actionnaires mécontents qui veulent des bénéfices", "De nouveau trois
    condamnations à perpétuité l’an dernier"
  • Algemeen Dagblad  : "Rotterdam met fin à la politique du ’tac au tac’"
    (changement de stratégie vis-à-vis des récidivistes), "Le VVD furieux contre
    Wilders", "Promenade printanière précoce à De Horsten"
  • De Telegraaf  : "Les Pays-Bas s’enlisent dans les règles – La
    bureaucratie fait le désespoir des personnes âgées
    ", "Le président du
    PvdA appelle à la résistance contre la politique d’expulsion", "Amalia
    remercie pour les beaux cadeaux"

* * *

Le dossier du jour : Demandeurs d’asile

" Le PvdA appelle tous ses maires et
échevins à soutenir l’opposition à la politique d’expulsion de la ministre Verdonk
(Immigration
)", écrit le Trouw dans son grand article à la une. " Le
leader PvdA Bos s’est rallié hier à l’action du président du parti, Koole, qui, dans
une lettre aux gestionnaires PvdA, a qualifié la politique du gouvernement de
’disproportionnée, inutile et inhumaine’
."

" Cet appel a suscité des réactions de colère de la part du
CDA et du VVD
. Les deux partis de la coalition estiment que Koole incite à
’l’insubordination civique’
. Le président du groupe CDA, Verhagen, qualifie la lettre
de ’scandaleuse et hypocrite’. Le PvdA est selon lui le dernier parti à pouvoir critiquer
la politique de rapatriement des demandeurs d’asile en fin de procédure. Le PvdA a
fait partie du gouvernement pendant huit ans et il n’a strictement rien fait’, selon
Verhagen
. Le député VVD Visser qualifie l’appel de Koole de ’tout à fait déplacé’
et de ’tentative de semer l’agitation’."

"La politique de rapatriement proposée par le gouvernement et les
résistances qu’elle provoque renforce de jour en jour l’antagonisme politique",
souligne le journal chrétien progressiste. "A la suite des réactions coléreuses à
l’appel de Koole, le député PvdA De Vries a déclaré hier soir que le CDA et le VVD ont
déclenché une ’campagne contre le PvdA’."

"Le PvdA estime que la légalisation proposée par Verdonk est
trop chiche. De plus, Koole qualifie le nombre de cas navrants reconnu d’’incroyablement
bas’. Le parti prône d’accorder un permis de séjour à six à sept mille personnes.
Koole juge inadmissible que des familles soient déchirées et que des personnes très
âgées et des malades graves soient expulsés. Le président du PvdA estime que le
gouvernement se décharge des problèmes sur les autorités locales."

" Du fait, notamment, que des communes de Frise et de Groningue
ont annoncé leur opposition aux projets de Verdonk, la ministre est de nouveau entrée en
réunion avec l’association des communes néerlandaises (VNG) et les quatre grandes villes
",
ajoute le Volkskrant (p.2). " La VNG n’approuve pas cette attitude rebelle
et soutient la politique de rapatriement
, a déclaré Ineke Ketelaar, spécialiste de
l’asile de la VNG, à l’issue de ’l’ample’ concertation."

" Le soutien de la population à la politique d’asile de Verdonk
s’effrite
", constate le journal de centre-gauche dans un autre article.
"C’est ce qui ressort des recherches du sondeur d’opinion Maurice de Hond, qui a
enquêté auprès de la population néerlandaise le 26 janvier et le 3 février. A la
question de savoir si l’on est d’accord avec la politique de Verdonk, 55 % des personnes
interrogées répondent affirmativement, contre 65 % il y a une semaine
. Une
majorité des Néerlandais (58 %) est en faveur d’un plus grand nombre de permis de
séjour pour les demandeurs d’asile en fin de procédure, si l’on applique désormais une
politique dure à l’encontre des nouveaux demandeurs
."

 

Actualité internationale

Pays-Bas - Union européenne

" Balkenende ne trouve pas de soutien à Bruxelles ",
note le Trouw (p.6). " Le premier ministre CDA n’obtient pas de soutien de
ses amis politiques de l’Union européenne à son plaidoyer en faveur de la réduction des
dépenses de Bruxelles
. Beaucoup de chrétiens-démocrates jugent justement le
budget actuel ’trop modeste’
. C’est ce qui s’est avéré hier, lors d’un congrès de
chrétiens-démocrates à Bruxelles, dans la perspective des élections européennes en
juin."

"Le gouvernement Balkenende avait envoyé en décembre une lettre
à la Commission européenne, dans laquelle il exigeait que les dépenses de l’UE, entre
2007 et 2013, ne dépassent pas un pour cent du produit intérieur brut total des pays de
l’UE. Les gouvernements de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne, de la Suède, du Danemark
et de l’Autriche avaient aussi signé la lettre."

" Balkenende casse ses dents sur l’Europe ", titre le Volkskrant
(p.3) au-dessus d’une analyse. " L’Europe, dans laquelle il veut se glorifier à la
fin de l’année, donne pour l’instant plus de migraines que de joies au premier ministre
.
Outre l’accueil de main-d’œuvre polonaise, son gouvernement se débat avec
l’adhésion de la Turquie, comme il l’a déjà fait aussi avec le référendum européen.
Il y a toutefois une petite lueur d’espoir : le premier ministre tient lui-même une bonne
partie de la solution aux principaux problèmes. Et les Pays-Bas auront la réponse à la
question de savoir si Balkenende est un grand Européen."

" Balkenende est aux prises avec l’héritage de son
prédécesseur Wim Kok
", rappelle le journal de centre-gauche. " Comme
tous les sociaux-démocrates, Kok avait la foi s’agissant de l’élargissement de l’UE. Il
donnait sa bénédiction aux pays candidats, embrassait la Turquie et promettait à la
Pologne que les Pays-Bas, après son adhésion, ne gêneraient en rien les travailleurs
polonais
."

"Balkenende, dans les questions polonaise et turque, n’a pas
encore dévoilé ses batteries. En tant que premier ministre, il s’exprime surtout de
façon protocolaire, d’autant plus que la Chambre semble déplacer considérablement ses
balises. Sur la base de ce que nous savons, il faut plutôt le considérer comme un
eurosceptique que comme un fervent élargisseur." " En tant que chef de la
délégation néerlandaise aux sommets européens, Balkenende s’est surtout distingué
jusqu’à présent en tant que partisan de sévères accords financiers
. Les leaders
français et allemand, Chirac et Schröder, ont déjà eu droit à l’obstination de
Balkenende, et les Polonais ne peuvent qu’espérer qu’il la manifestera aussi vendredi, en
conseil des ministres."

"Sous un gouvernement Paars III, la promesse de Kok d’accorder la
libre circulation des travailleurs en 2004 aurait certainement été tenue. Mais
maintenant que l’heure H se rapproche, les nouveaux responsables politiques sont pris
d’angoisse." " Balkenende devra vraiment choisir maintenant entre les
promesses faites par Kok au nom du gouvernement néerlandais, et les angoisses de sa
propre base
. Aura-t-il le courage de faire front à la Chambre, mais aussi aux
ministres VVD sous la houlette de Gerrit Zalm ?
"

Union européenne : candidature turque

En page d’opinion du NRC Handelsblad d’hier soir,
l’historien Thomas von der Dunk fait valoir que les partisans de l’adhésion de la
Turquie à l’Union européenne s’appuient sur des non-arguments et évitent la question
cruciale des limites géographiques de l’Europe
. "On avance toujours trois grands
arguments en faveur de l’adhésion de la Turquie. Tout d’abord l’envergure et la situation
stratégique du pays. Personne n’en contestera l’importance, mais il faut plus pour une
communauté politique : à côté d’intérêts communs il faut aussi des valeurs
communes." "Deuxième point : du point de vue historique, la Turquie aurait
toujours fait partie de l’Europe. Quiconque connaît un tant soit peu l’histoire de
l’Europe comprend que c’est une absurdité." "Le troisième argument est que
sans l’adhésion les nombreux migrants turcs ne deviendront jamais des membres à part
entière de notre société. Mais alors pourquoi ne laissons-nous pas le Maroc et le
Pakistan devenir également membres ?"

Von der Dunk discerne un grand problème d’intégration si la Turquie
devient membre de l’UE. "La commission Blok vient de désigner l’immigration due au
regroupement comme un grand obstacle pour l’intégration. Actuellement, les fiancées
qu’on fait venir de Turquie appartiennent encore à la même catégorie que les Marocaines
et les Américaines et on peut poser des limites à leur venue. Lorsque la Turquie fera
partie de l’UE, les Pays-Bas perdront chaque tentative dans ce sens devant la Cour
européenne de Justice." "Et nous ne parlons pas du prix et de la gestion - deux
obsessions haguenoises classiques – d’une Union européenne aussi énorme et
expansive."

Irak

"Les partis d’opposition PvdA, GroenLinks et SP veulent vérifier
aux Pays-Bas, à l’instar des enquêtes décidées aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne,
si La Haye n’a pas cru trop facilement à la menace des armes de destruction massive
introuvables de Saddam Hussein", rapporte le Trouw (p.7).

Pour l’éditorialiste du NRC Handelsblad d’hier soir, les
enquêtes sur les renseignements dont disposaient Bush et Blair "sont tout à fait
nécessaires et ne viennent pas un jour trop tôt". " Les remarques selon
lesquelles il est tout de même bon que la coalition ait effacé le régime de Saddam, la
guerre a donné un vigoureux exemple aux dictateurs et l’invasion a porté un coup au
terrorisme mondial sont peut-être justes, mais elles contournent à tort la question
existentielle de savoir pourquoi un Etat devrait en envahir un autre
."

"L’annonce que les informations sur les armes de destruction
massive de Saddam seront examinées de plus près aux Etats-Unis comme en Grande-Bretagne
marque un moment important dans l’histoire de cette première guerre controversée du
début du millénaire."

Ce matin, l’ Algemeen Dagblad rappelle qu’aux Pays-Bas,
l’opposition avait déjà réclamé une enquête en août dernier. "Et depuis que la
Deuxième Chambre a rejeté ces propositions, rien n’a changé. Le gouvernement
Balkenende a toujours affirmé que le soutien politique à la guerre en Irak était fondé
sur le refus de Saddam de coopérer aux inspections de l’ONU
. Si cet argument
était décisif il est curieux que Bush et Blair se soient donné tant de mal pour
apporter la preuve des armements irakiens
. Mais maintenant que la Chambre a
accepté cet argument il n’y a pas de raison de rouvrir le débat
."

 

Actualité intérieure

VVD : intégration des musulmans

" Des paroles très dures ont été prononcées à l’encontre du
député Geert Wilders, lors de la réunion du groupe parlementaire VVD, hier soir
",
relève l’ Algemeen Dagblad à la une. " Les membres du groupe n’en ont pas
cru leurs yeux lorsqu’ils ont ouvert la dernière édition de l’hebdomadaire HP/De Tijd
.
Sur un ton digne de Fortuyn, le député limbourgeois y prône le renvoi immédiat
’dans leur grotte en Arabie Saoudite’ des imams qui appellent à la guerre sainte
. Selon
Wilders, il faut enfermer les allochtones criminels ’dans un camp’ et leur ’faire faire
des travaux forcés’
."

"Le groupe parlementaire a consacré deux heures et demie à une
note sur l’intégration de Wilders et Hirsi Ali qui paraîtra prochainement. Il s’avère
dans l’interview que, pour Wilders, l’intégration est une étape dépassée :
’Intégration ? Non, assimilation !’"

" Wilders est considéré comme le champion de l’aile droite du
VVD, qui ne veut à aucun prix suivre un cap social-libéral, comme certains le proposent
.
’Je crains que Van Aartsen ne soit aussi sur la ligne social-libérale et donc ça peut
être pénible pour moi et pour le parti’, a-t-il dit hier. Il a dit hier soir qu’il ne
présenterait pas d’excuses. ’Ce que je déplore, par contre, c’est que le choix de mes
mots a détourné l’attention du fond dabs l’interview."

"L’interview est une accumulation de propos musclés",
poursuit le journal de Rotterdam en page 3. " S’il était ministre, Wilders
interdirait immédiatement le foulard
." "Il qualifie l’islam de culture
arriérée et veut prévenir des ’émeutes raciales’."

Ses remarques sur ses collègues du groupe VVD ne sont pas plus
tendres, d’après le journal.

Amsterdam

Ahmed Aboutaleb, conformément aux attentes de la presse, a été
nommé échevin PvdA à Amsterdam
. Cet "allochtone modèle" de 42 ans né au
Maroc succède à Rob Oudkerk, qui a dû démissionner récemment. Il a fait savoir qu’il
ne s’écarterait pas de la ligne tracée par Oudkerk pour son portefeuille Education,
Intégration et Affaires sociales.

"Pour moi, ce jour a une signification particulière", cite
le Trouw (p.5). "Il y a vingt-huit ans, mon seul cadre de référence était
une vache, un âne, une mère aimante mais illettrée et un père qui est allé aux
Pays-Bas comme travailleur immigré."

 

Economie, Finances

PCM

Le groupe flamand Vlaamse Persgroep est l’un des meilleurs
candidats à la reprise du groupe d’édition PCM, selon le Volkskrant (p.7). Il a
déjà pris une participation de 45 % dans le journal amstellodamois Het Parool,
l’an dernier. Les sociétés d’investissement britanniques Apax et 3i sont aussi dans la
course.

Le conseil des commissaires de PCM se réunit aujourd’hui pour décider
d’une shortlist d’acheteurs potentiels avec lesquels il poursuivra les pourparlers.
La liste comptera probablement quatre ou cinq noms, mais des initiés confirment d’ores et
déjà les parties nommées plus haut.

Le Persgroep n’a pas l’intention d’acheter les actions que PCM met en
vente, qui doivent rapporter environ 300 millions d’euros. Les Belges n’ont pas le capital
nécessaire ; ils proposent de fusionner avec PCM.

 

Affaires françaises

"Alain Juppé vient, non, part, non,
reste", titre le NRC Handelsblad (p.4) d’hier soir au-dessus d’une
correspondance de Pieter Kottman. "Le confident du président Chirac ne quittera pas
la politique jusqu’à nouvel ordre."

Une deuxième correspondance sur la même page rappelle l’historique du
projet de loi contre le foulard, à l’occasion de l’ouverture mardi du débat
parlementaire : "Raffarin au Parlement : La loi mettra fin au débat sur le
’foulard’".

Dans le Volkskrant (p.5), Fokke Obbema affirme à propos de ces
deux thèmes que "les principes français se perdent dans la pratique
marécageuse". "S’agissant du foulard, il y a depuis décembre un excellent
rapport de la commission Stasi, un groupe de vingt ’sages’ qui s’est penché pendant six
mois sur la problématique de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Lisez : la
problématique de l’intégration." "Mais appliqué dans la pratique, le rapport
de la commission Stasi fournit des arguments intellectuels pour interdire aux musulmanes
de porter leur foulard à l’école. Résultat : des filles qui vont encore à l’école
maintenant quitteront l’enseignement en septembre et n’auront plus guère que leur
religion dans la vie. Sous peu elles porteront une burqa. Autre effet : les écoles
islamiques, qui sont encore rares, croîtront en nombre parce que les musulmanes, sous la
contrainte ou non de leur famille, veulent absolument porter leur foulard et parce que
cela restera possible dans les écoles privées."

A propos de l’affaire Juppé, Obbema rappelle le succès international
de L’Esprit des lois de Montesquieu, pour s’étonner qu’en France l’application en
soit très laborieuse. "Lorsqu’un tribunal prononce un jugement aux Pays-Bas, les
politiques s’y résignent. Mais dans le cas de Juppé, divers élus se sont permis un jour
après le jugement de tirer à boulets rouges sur les juges et leur sentence."

Mais le pouvoir judiciaire français ne semble pas avoir bien compris
non plus la théorie de la séparation des pouvoirs, selon le correspondant. "Le
tribunal de Nanterre écrit dans son jugement que Juppé a porté atteinte à la
’confiance du peuple’. Ce n’est pas un jugement juridique, mais politique. "On peut
donc comprendre dans une certaine mesure que des membres du pouvoir législatif voient
rouge à la lecture de la sentence. Il est dommage pour les Français qu’ils n’aient pas
le droit de se limiter à ce qu’ils font vraiment bien : la théorie."

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