Presse néerlandaise du jeudi 8 décembre 2005

Tandis que le débat sur l’euthanasie, la sédation palliative et l’usage de la morphine en phase terminale se poursuit dans les milieux médicaux, deux quotidiens titrent sur une nouvelle bévue du Service général de renseignement et de sécurité (AIVD) : un agent du service a oublié deux disquettes contenant des informations confidentielles dans une voiture en location-bail qu’il a échangée. Les disquettes ont été transmises il y a quelques semaines au journaliste Peter R. de Vries, qui consacrera son programme télévisé sur SBS 6 à l’affaire, dimanche.

-NRC Handelsblad d’hier soir : "Recommandation sur le nouveau système de sécurité sociale : Instaurer un fonds pour les gens sans assurance", "Le CDA se heurte au gouvernement à propos de 35 euros", "Le médecin ne doit pas administrer de morphine pour laisser mourir un patient"
-Trouw : "Pas d’euthanasie à la morphine - La sédation ne doit pas accélérer la mort du patient", "Donner bloque la fermeture du centre de détention" (Schiphol)
-de Volkskrant : "Des disquettes de l’AIVD avec des secrets d’Etat dans la rue", "Donner maintient les cellules à Schiphol", "Le sommet sur le climat dans l’impasse"
-De Telegraaf : "Des secrets d’Etat dans la rue - Un agent laisse des disquettes dans une voiture en leasing", "L’AIVD : Fortuyn avait des rapports sexuels avec des mineurs", "L’Ajax se maintient" (football)
-AD Haagsche Courant : "Le réseau routier est très mal entretenu - Provinces et communes démunies ignorent les exigences minimales concernant la chaussée", "Amalia, qui fête son anniversaire, attend son papa" (Maison Royale)

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ACTUALITE INTERNATIONALE

Union européenne : perspectives financières

"La France mène l’opposition contre la proposition britannique de budget pluriannuel européen", écrit le journal d’affaires Het Financieele Dagblad (p.5). "De grands pays comme la Pologne, l’Espagne et l’Italie se trouvent aussi dans ce camp, de même que la Belgique, le Luxembourg, la Lettonie et la Lituanie."
"La France a du mal à accepter le rabais sur la contribution britannique à ce budget. Le Royaume-Uni est disposé à renoncer à 8 milliards d’euros de ce droit acquis et la France veut qu’il aille jusqu’à 14 milliards. Le ministre britannique Jack Straw a réagi en disant : ’Négocier avec notre argent n’a jamais été un problème pour la France’."
"Les critiques de la France sont au demeurant largement partagées. Selon le ministre Bot, le Royaume-Uni devra bouger sur ce point pour aboutir à un accord au sommet européen, à la fin de la semaine prochaine. Un autre point de critique que beaucoup d’Etats membres partagent est que ce budget est trop dépouillé. C’est surtout sur ce point que la France bénéficie du soutien de la Pologne et de quelques autres pays d’Europe de l’Est. Bot : ’Je n’exclus pas que nous nous en sortions dans neuf jours, si le Royaume-Uni tient compte de ces critiques’."
"Le secrétaire d’Etat Atzo Nicolaï a répété que l’enjeu des Pays-Bas reste une réduction de 1 milliard d’euros sur leur contribution nette." "Le ministre des Finances Zalm, dans ce contexte, a envoyé mercredi une lettre à l’eurocommissaire Dalia Grybauskaité, qui accuse les Pays-Bas d’employer pour le calcul de leur contribution nette des définitions qui sont contraires aux accords de 1984 et 1999. Selon la Commission, la contribution nette des Pays-Bas est inférieure de 36 pour cent à celle que Zalm a calculée."
"Selon Zalm, on n’a pas établi de définitions générales en 1984, mais seulement conclu des accords sur le calcul du rabais britannique. En 1999 on a ensuite décidé de faire passer les retenues pour frais de gestion des ressources propres traditionnelles de 10 à 25 pour cent. Selon Zalm, cela indique que ce poste est employé pour corriger la contribution nette et qu’il convient donc de l’ajouter à cette contribution."
"Grybauskaité aurait elle-même employé cette façon de calculer pour la présentation des dépenses européennes en 2004. Par ailleurs, la Pologne, la France, la Suède, l’Italie et le Royaume-Uni emploient aussi cette définition dans leurs parlements nationaux et le Conseil européen, la Commission et le Parlement européen l’ont employée aussi."

En page d’opinion du journal financier figure une traduction d’un article du ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, qui souligne que "la présidence britannique veut un budget plus équitable et plus moderne, pour une Europe plus forte et plus prospère".

ACTUALITE INTERIEURE

Prix de l’énergie

"Une question de quiz : dans quel pays une crise politique peut-elle éclater à propos d’une compensation de 2,92 euros par ménage par mois ?" écrit le Volkskrant (p.3) dans une analyse. "Ce n’est pas une colle, mais aussi hollandaise que soit la crise de la Saint-Nicolas sur le pouvoir d’achat, l’émoi n’en est pas moins grand au Binnenhof."
"Le conflit revient à ceci : tous les partis de la Deuxième Chambre, à l’exception du VVD, estiment que les citoyens néerlandais doivent être compensés l’année prochaine pour le prix élevé de l’énergie. Il profite en effet à l’Etat néerlandais, à cause des revenus gaziers. Le CDA, peu avant les élections municipales, peut enfin montrer son visage social. Mais Zalm a aussi des arguments : la règle établie veut que les extras gaziers soient employés pour réduire le déficit budgétaire et pour améliorer les infrastructures économiques."
"Si Zalm persiste et si le gouvernement qualifie l’amendement [de Verhagen] d’inadmissible, il y aura une crise aiguë. Verhagen et son collègue D66 Dittrich devront décider si les 35 euros valent une crise ministérielle."
"Mais la plupart des politiques de La Haye partent du principe qu’on n’en arrivera pas là. Ils ont de bonnes raisons pour cela : le CDA ne veut en aucun cas des élections anticipées, maintenant qu’il peut profiter du rétablissement économique. Le VVD est du même avis. Zalm lui-même est peut-être plus détaché, vu qu’il a annoncé son départ à la fin de la législature actuelle. Mais le rétablissement économique lui offre la possibilité de terminer sa période record de ministre des Finances avec de beaux chiffres et peut-être même le budget équilibré qu’il convoite tant."
"Un compromis arrangerait tout le monde. Le CDA fait d’ores et déjà savoir qu’il n’exclut rien, à condition que les citoyens bénéficient d’une compensation substantielle. Le gouvernement est moins loquace, mais recherche également fébrilement une construction qui évite aux deux parties de perdre la face."

"Balkenende est coincé", remarque l’éditorialiste du Volkskrant. "Balkenende se trouve dans une situation périlleuse : il doit limiter la perte de prestige de Verhagen, sans pour autant laisser tomber Zalm et De Geus. Les groupes CDA et D66 ne sont guère enclins à mettre de l’eau dans leur vin. Maxime Verhagen, en homme politique pratique, n’entre en action que s’il sait d’avance qu’il atteindra en grande partie son objectif."
"En outre, c’est à juste titre que Verhagen s’inquiète du manque de chaleur dans la relation entre le gouvernement Balkenende et les électeurs. Dans trois mois il y aura des élections municipales. Le CDA, qui ne se porte pas trop bien dans les sondages d’opinion, veut limiter les dégâts."
"C’est aussi le cas du D66, avec encore plus d’acuité. Les Démocrates ne peuvent survivre dans les élections que s’ils se démarquent le plus possible du gouvernement. L’opposition semble donc être la seule à profiter de la mauvaise communication au sein de la coalition."

AIVD

"La nouvelle négligence des services secrets n’est pas un cas isolé", rappelle le Volkskrant (p.3). "Pour commencer il y avait les fuites dues à l’interprète Ouman A., qui aurait communiqué des secrets d’Etat à des membres du groupe Hofstad. Après son arrestation en septembre 2004, le patron de l’AIVD, Van Hulst, a parlé d’un drame." "Deux mois plus tard, on apprenait qu’un collaborateur des services avait perdu son ordinateur portable, avec des informations confidentielles, dans le train. Il n’a jamais été retrouvé. Et la semaine dernière il est apparu qu’un autre collaborateur de l’AIVD a révélé son identité par erreur."
"Peter R. de Vries a donné la semaine dernière une conférence de presse dans le cadre de ses ambitions politiques. Il a dévoilé ses idées sur la lutte contre le terrorisme sans ménager l’AIVD, sous la devise ’Mieux vaut un agent de quartier qu’un agent secret’. De Vries dit maintenant qu’il n’y a aucun rapport entre le moment de ses révélations sur les services et sa tentative de commencer une carrière politique à La Haye. ’Ce sont deux affaires distinctes’."

Procès Van Anraat

L’ensemble de la presse rapporte que le Ministère public a requis quinze ans de prison contre l’homme d’affaires néerlandais Frans van Anraat, 63ans, pour complicité de génocide en Irak et crimes de guerre en Iran. Selon le procureur F. Teeven, Van Anraat, de 1984 à 1988, a livré au régime de Saddam Hussein plus de mille tonnes de matières premières pour la fabrication d’armes chimiques, que les Irakiens ont employées pendant la guerre avec l’Iran et contre la population kurde en Irak du Nord.
Quinze ans d’emprisonnement est la peine maximale qu’un tribunal néerlandais peut prononcer pour complicité de génocide et crimes de guerre (de Volkskrant p.2, Trouw p.4, De Telegraaf p.7, AD Haagsche Courant p.12).

Assistance au suicide

Le tribunal d’Alkmaar a condamné Jan Hilarius, 73 ans, fondateur de la Stiching De Einder (l’horizon), à douze mois de prison pour avoir aidé une femme de 25 ans à se suicider. Le tribunal a estimé qu’il était établi que Hilarius lui avait fourni les médicaments qu’elle a utilisés pour se suicider. Il a jugé que Hilarius, sur la base de son expérience de travailleur social, aurait dû comprendre que son estimation de la situation personnelle de la jeune femme ne reposait pas sur un examen médical sérieux.
La fondation De Einder, qui existe depuis dix ans, a pour objectif la "promotion spécifique de l’aide professionnelle aux personnes qui souhaitent mourir". Elle emploie quinze consultants. L’an dernier 31 clients sont décédés avec l’assistance de la fondation.
Il y a deux ans un consultant a été condamné à douze mois de prison dont huit avec sursis. Un autre devra comparaître prochainement (de Volkskrant p.3).

ECONOMIE, FINANCES

Innovation

L’Innovatieplatform instaurée par le premier ministre Jan Peter Balkenende a présenté hier à Maarssen, sous sa direction, sa vision des Pays-Bas en 2027. A côté de la croissance économique, le "bonheur" est un important indicateur de l’évolution de la société, selon la plate-forme.
"Gagner beaucoup d’argent est possible et il y en a qui le font, mais il est apparu que le Rêve européen est différent du Rêve américain", affirme la plate-forme dans sa vision d’avenir. "L’argent est au service des hommes et n’est plus un objectif en soi, il se traduit en investissements qui offrent du plaisir et des distractions et donnent un sens à la vie."
Balkenende a expliqué que les activités de sa plate-forme ont jusqu’à présent surtout été placées sous le signe d’éléments "technologiques et économiques". "Mais nous sommes convaincus que nous devons avoir une vision plus large de l’innovation."
La plate-forme fait valoir que la nécessité de la durabilité entraînera des changements profonds dans tous les domaines de l’économie néerlandaise. La forte densité de population des Pays-Bas incite d’ailleurs à la durabilité. Les Pays-Bas doivent devenir un "exportateur de solutions durables".
C’est l’une des raisons pour lesquelles la plate-forme a désigné comme "domaines clés" des secteurs favorisés dans lesquelles des applications durables sont possibles : l’alimentation et les fleurs, l’eau, les systèmes et matériaux high tech, l’industrie créative, la chimie et la prestation de services personnels.
La plate-forme se donne pour objectif la réalisation d’un idéal largement partagé. "Les Pays-Bas sont actuellement un pays sans projet", a déclaré Herman Wijffels, président du Conseil social et économique (SER) et membre de la plate-forme. Il a ajouté que, pour cette raison, il est nécessaire d’invoquer des images inspiratrices. "Que les gens aient l’idée qu’il y a de nouveau un but."
Wijffels a proposé que le gouvernement accroisse les investissements dans la connaissance de 10 milliards d’euros par an, aux dépens de la "distribution de moyens financiers dans la sécurité sociale, les subventions au logement et les possibilités d’épargne retraite". Balkenende n’a pas voulu anticiper sur un remaniement aussi profond des deniers publics. Il a cependant annoncé que le gouvernement, les prochaines années, consacrerait davantage de revenus gaziers aux projets innovateurs. D’autre part, la plate-forme, durant les deux années qui lui restent, devra travailler à la suppression des obstacles à la rénovation, comme les innombrables licences nécessaires pour lancer une petite entreprise (Het Financieele Dagblad pp.1 et 3, de Volkskrant p.7, Trouw p.13).

AFFAIRES FRANÇAISES

Dans le NRC Handelsblad (p.20) d’hier soir Juurd Eijsvoogel évoque le nouveau site Internet ideesdefrance.fr, "qui présente des idées actuelles, des opinions et des débats". "Et pas seulement en français, mais aussi en anglais." "’En ce qui me concerne nous l’aurions fait exclusivement en anglais’, dit le fondateur et directeur Alain Le Deberder dans son bureau parisien, ’mais les ayatollahs de la francophonie ne voulaient pas en entendre parler’."

Ce matin, le Volkskrant (p.6) rend compte des conclusions des services de renseignement concernant les émeutes urbaines, citées mercredi par le quotidien Le Parisien : "Les émeutes dans les banlieues n’étaient pas planifiées".

En rubrique économique, il présente le livre Ras le Bol, de Denis Castel, "le pseudonyme de quelqu’un qui est actif dans le monde financier". "Il exprime l’insatisfaction des couches sociales qui, aux Pays-Bas, ont formé la base de Fortuyn. La différence est que l’insatisfaction française ne vise pas la politique d’immigration, mais un Etat inéquitable et gaspilleur. Car il favorise les fonctionnaires par rapport aux autres Français et jette de l’argent par la fenêtre, affirme CasteL."

En page d’opinion du journal de centre gauche figure une tribune de Michèle Vianès, qui débattra ce soir à La Haye avec l’islamologue Mohammed Arkoun et le sociologue Eric Larmière : "Les banlieues en révolte ? Le coupable est l’ethnicisme."

Sur le plan culturel, le Financieele Dagblad (p.2) annonce que le directeur du Rijksmuseum d’Amsterdam, Ronald de Leeuw, a été décoré des Arts et des Lettres.

Dernière modification : 08/12/2005

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