Presse néerlandaise du jeudi 9 juin 2005

La plupart des quotidiens de ce matin font leur manchette sur un fait divers. Seul le Trouw titre sur l’actualité politique intérieure, dans la perspective d’un débat d’urgence à la Deuxième Chambre sur la WAO (incapacité de travail).

NRC Handelsblad d’hier soir : "Arrestations pour suspicion de terrorisme - Possible implication dans un attentat en Irak", "Une aria inconnue de Bach découverte dans une boîte de chaussures", "Le Sénat approuve le nouveau système de sécurité sociale", "Les fonctionnaires municipaux font grève contre l’austérité"
de Volkskrant : "Des suspects de terrorisme en Irak arrêtés - Découverte d’une vidéo compromettante à Amersfoort", "M. Propre Bos reste ’superoptimiste’" (procès de la fraude dans le bâtiment), "L’armée éthiopienne tire sur des manifestants"
Trouw : "Le soutien à la nouvelle WAO diminue rapidement - Le PvdA s’en tient à la vieille WAO", "Des dizaines de morts en Ethiopie après une manifestation contre le résultat des élections", "Les Ethiopiens bravent le gouvernement"
De Telegraaf : "Des agents du KLPD grugent un parking - La direction du corps de police était au courant de la fraude aux tickets", "Le onze orange en route pour le Mondial", "Des demandeurs d’asile originaires d’Irak membres d’un réseau terroriste"
Algemeen Dagblad : "Les factures des hôpitaux sont astronomiques - Des centaines d’euros pour quelques minutes chez un spécialiste", "Le onze orange frappe après la mi-temps"

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Le dossier du jour :Incapacité de travail

"Le soutien à une nouvelle législation WAO s’effrite rapidement", relève le Trouw dans son grand article à la une. "La Deuxième Chambre se réunit aujourd’hui en débat d’urgence pour décider si le traitement du projet de loi a encore un sens. Les partis d’opposition PvdA, GroenLinks et SP, de même que le VVD, préfèrent que l’introduction de la loi le 1er janvier 2006 soit reportée. Les partis d’opposition ne voient pas l’utilité d’une nouvelle modification, parce que le nombre d’indemnisés WAO est déjà en forte baisse. Le parti de coalition VVD s’interroge aussi sur la valeur ajoutée de la nouvelle loi."

"Mais le ministre De Geus a déclaré hier qu’il n’était pas partisan d’un report. Les autres partis de la coalition, le CDA et le D66, pensent aussi pouvoir introduire la nouvelle loi en 2006, à condition que son application soit privatisée. Cela signifie que des assurances privées appliqueront la nouvelle WAO des inaptes partiels. De Geus maintient que l’application doit être partagée entre des assurances privées et l’organe public d’application UWV, parce que la privatisation totale coûterait 6 milliards d’euros de plus, selon le gouvernement."

"Le VVD n’est pas en faveur de cet alourdissement supplémentaire des charges. Selon la députée Bibi de Vries, De Geus devra avoir de très bons arguments s’il veut que le VVD approuve la loi. De Geus a rappelé finement que la réforme de la WAO ’fait partie de l’accord de gouvernement’."
"De larges critiques sur les propositions du ministre De Geus ont encore été exprimées durant la dernière audition sur la nouvelle WAO, à la Deuxième Chambre hier. C’est tout juste si les partenaires sociaux et les assurances n’ont pas retiré leur soutien, mais ils exigent en revanche de grandes modifications fondamentales. Leur principale exigence est de ne pas faire appliquer le règlement touchant les inaptes partiels par l’UWV publique, mais uniquement par les assurances privées. Ils se rallient ainsi aux souhaits du CDA et du D66."

"Le PvdA présentera aujourd’hui son propre projet WAO, qui revient au règlement actuel de l’incapacité de travail", annonce le journal chrétien progressiste dans un deuxième article. "Selon les calculs du Centraal Planbureau, cette alternative consistant à apporter quelques améliorations à la WAO actuelle est bien meilleur marché et plus applicable que la proposition du gouvernement, selon Wouter Bos."

"Personne n’est satisfait de la nouvelle WAO", titre le Financieele Dagblad (p.5) et le Telegraaf (p.7) croit savoir que "le gouvernement est disposé à reporter la nouvelle WAO d’au moins six mois", maintenant qu’il apparaît qu’une majorité de la Deuxième Chambre ne la soutient pas. Selon des calculs effectués par le Centraal Planbureau à la demande du PvdA, la WAO que propose le gouvernement est "totalement superflue". "En adaptant et en intensifiant le système actuel, on économisera plus et le nombre d’inaptes au travail baissera plus fortement."
"La nouvelle loi sur la WAO et le sort de De Geus ne tiennent qu’à un fil", remarque le Volkskrant (p.9) en rubrique économique.

Actualité internationale

Union européenne : contribution néerlandaise

"Cela fait une éternité que Zalm, à Bruxelles, clame que les Pays-Bas paient beaucoup trop à l’UE", écrit l’éditorialiste du Trouw. "Nous sommes un contributeur net - comme on dit dans le jargon européen - et ce n’est pas bon. Et en effet, Zalm a raison dans la mesure où il est bizarre que la riche Angleterre et l’Irlande, qui est également devenue riche, reçoivent toujours de l’argent. Il convient de rectifier ce genre d’irrégularité."

"Mais Zalm fait tellement de bruit à propos de cette injustice relativement bénigne que le sentiment que les Pays-Bas ne pourront être satisfaits que s’ils jouent au moins quitte à Bruxelles s’est généralisé. L’Europe ne doit pas nous coûter un centime. Cette opinion est contraire à l’idée de solidarité et de coopération. Pourquoi ne donnerions-nous rien aux pays relativement pauvres d’Europe de l’Est ? Trouvons-nous vraiment scandaleux que des pays comme l’Espagne, le Portugal et la Grèce aient profité de Bruxelles dans le passé, de sorte qu’ils comptent maintenant eux aussi ? Ou bien le boutiquier a-t-il raison par définition ?"

"Qui sème le vent récolte la tempête, a dit l’europarlementaire CDA Albert Jan Maat dans ce journal, hier. Il voulait dire que quand on se montre aussi rapiat il ne faut pas s’étonner que les électeurs se soient détournés en masse de l’Europe. Mais c’est un emplâtre sur une jambe de bois. Zalm n’a tiré qu’une conclusion du ’non’ prononcé au référendum : nous allons devoir adopter une position encore plus dure à Bruxelles. Manifestement, les Pays-Bas, comme Thatcher, veulent ravoir leur argent."

"C’est une manière comme une autre de propager l’idée européenne et à entendre Zalm on en aurait même les larmes aux yeux. En réalité, cet eurosceptique pousse à la morosité. Il ne compte pas les avantages de la coopération, qu’on oublie facilement, il fait fi de la solidarité et voilà qu’avec son arithmétique hollandaise il a même obtenu que les Pays-Bas se retranchent derrière leurs digues. L’Europe est morte, vivent les Pays-Bas."

Opérations de paix

"Les Pays-Bas envisagent d’envoyer l’an prochain des troupes dans le Sud de l’Afghanistan", rapporte le Volkskrant (p.3). "Ces troupes devraient être stationnées dans la région de Kandahar, l’ancien centre du pouvoir des taliban."
"Le gouvernement néerlandais n’a pas pris d’engagement, mais il est en pourparlers sur la préparation d’une nouvelle phase de l’opération de l’OTAN. L’OTAN veut étendre l’année prochaine le terrain d’activité de la force de stabilisation ISAF aux provinces méridionales."
"Si les Pays-Bas décident de participer, il s’agira d’environ 150 hommes, plus du personnel d’appui. Les Pays-Bas dirigeront alors deux équipes provinciales de reconstruction."

Economie, Finances

Vieillissement de la population

"Les Pays-Bas doivent opter pour un système collectif de haut niveau, comme les pays scandinaves", note le Trouw (p.13). "Il n’est pas nécessaire que ce système soit bon marché, estime le leader PvdA Wouter Bos. Bos plaide en faveur du droit à l’accueil des enfants, financé par l’Etat, et de plus grands investissements dans les soins et l’enseignement. A l’heure actuelle, les Néerlandais n’en ont pas pour l’argent qu’ils versent au fisc, aux yeux de Bos. Les modèles sociaux des Pays-Bas et d’Allemagne ne sont ni chair ni poisson et ils sont moins performants que ceux des pays scandinaves, sur tous les fronts."

"Ces pays savent associer la durabilité et la politique sociale à d’imposants chiffres de croissance, a déclaré Bos hier, lors d’une réunion du Netspar, l’institut de recherche sur le vieillissement de la population. Dans sa vision du vieillissement et de l’avenir de l’Etat-providence, Bos a fait valoir que le modèle scandinave est le seul modèle européen qui puisse faire concurrence au modèle américain. Autrement qu’aux Etats-Unis, il ne vise pas seulement les classes inférieures, mais aussi la classe moyenne. Pour conserver le soutien à l’Etat-providence, il faut aussi servir cette classe, estime Bos. ’Ce n’est pas le niveau des charges collectives qui doit être le point en litige, mais le rendement des impôts payés par les citoyens’."

"Le leader PvdA prône aussi une politique migratoire qui ’sélectionne les gens qui peuvent apporter une contribution à l’économie et à la société’. La peur des migrants est si grande que le gouvernement est beaucoup trop réservé vis-à-vis des migrants de la connaissance, qui sont un plus pour la société, selon Bos."

Affaires françaises

Plusieurs quotidiens rendent compte du "plan d’urgence contre le chômage" que le premier ministre Dominique de Villepin a dévoilé hier : "De Villepin suscite déjà la colère des syndicats" (Trouw p.8), "Un ’plan d’urgence’ français pour davantage d’emplois" (de Volkskrant p.5, synthèse de dépêches), "Un plan d’urgence doit tirer les Français de l’ornière" (Algemeen Dagblad p.7, correspondance de Frank Renout), "Paris essaie de ramener le calme avec un plan d’emploi - Report de l’allégement fiscal prévu pour 2006" (Het Financieele Dagblad p.7).

Le Trouw (cahier de Verdieping) ajoute un aperçu des années de présidence de Jacques Chirac intitulé "Le déclin d’un président". "Ce qui le sauvera pour l’histoire (cela compte pour un président français), c’est qu’il a été le premier à reconnaître la collaboration du régime de Vichy, durant la Deuxième guerre mondiale", estime Paul-Kleis Jager. "Certains ajouteront la suppression du service militaire et l’opposition de Chirac à la guerre contre l’Irak."

Le Volkskrant (p.4), dans une série d’interviews "post-référendaires", donne la parole à l’économiste Christian Saint-Etienne, président du groupe de réflexion France-Stratégie. "L’Europe avancera avec un groupe de tête fort". "Le Benelux, la France et l’Allemagne sont les partenaires tout désignés pour former le groupe de tête, selon Saint-Etienne." "A terme, l’Espagne et l’Italie pourraient s’y associer."

Dernière modification : 09/06/2005

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