Presse néerlandaise du lundi 10 novembre 2003

La presse de samedi n’a pas manqué de relever une sortie inattendue du
premier ministre Balkenende, vendredi, contre un programme télévisé satirique de BNN et
une pièce de théâtre sur la Reine Beatrix qu’on joue depuis une semaine. L’affaire
semble prendre de l’ampleur, car elle concerne à la fois la liberté d’expression des
médias et le système monarchique néerlandais.

De Telegraaf  : "Donner veut aussi freiner la satire télévisée – ’Les
persiflages de Beatrix sont franchement scandaleux’
", "Bouchon à cause des
hooligans" (contrôles sur l’autoroute avant un match de football)

Algemeen Dagblad  : "Les chasseurs ont le champ libre – L’AID ne
contrôle pratiquement plus", "Les railleries sur les Orange gênent aussi la
Reine Beatrix", "La Chambre s’insurge contre le turc obligatoire" (projet
d’une école secondaire d’Utrecht)

Trouw  : "’L’ignorance alimente un nouvel antisémitisme’ –
Bolkestein : De jeunes Nord-Africains mal informés se rendent coupables de
discrimination" (reportage sur la commémoration de la Nuit de Cristal à Amsterdam),
"Les critiques sur la satire suscitent de l’irritation au sein du gouvernement",
"L’UMC a vendu deux fois les résultats de son expérience" (querelle à propos
d’un traitement expérimental à l’hôpital universitaire d’Utrecht)

Trouw  : "Au moins 17 morts dans un attentat à Riad – L’Arabie
saoudite désigne Al Qaeda – Des musulmans étrangers pris comme cible",
"Le premier ministre Sharon procède à un échange controversé de prisonniers avec
le Hezbollah"

* * *

Le dossier du jour : Maison Royale quot ; Les vice-premiers ministres Zalm (VVD) et De Graaf (D66) se
distancient du premier ministre Balkenende (CDA), qui, vendredi dernier, a pris la
défense de la Maison Royale contre les programmes télévisés et les pièces de
théâtre satiriques
", annonce le Volkskrant de ce matin à la une. " De
Graaf : ’Le gouvernement n’a pas à avoir d’opinion sur la satire’
."

"Les responsables du camp libéral (VVD et D66) ont été
désagréablement surpris vendredi soir, lorsque le premier ministre Balkenende,
en dépit des divergences d’opinion apparues en conseil des ministres, s’est prononcé
durant sa conférence de presse hebdomadaire sur des programmes et des pièces de
théâtre ridiculisant parfois la famille royale
."

"Vendredi, le premier ministre Balkenende avait abordé en conseil
des ministres le nombre croissant de programmes qui se plaisent à railler la Maison
Royale. Il voulait parler du programme Egoland, de BNN, dans lequel des
marionnettes représentent des membres de la famille royale, et de la pièce de théâtre Landgenoten,
Beatrix spreekt
[compatriotes, Beatrix parle]."

"Après la philippique de Balkenende, les vice-premiers ministres
Zalm et De Graaf se sont distanciés de leur premier ministre. Une source VVD au sein du
gouvernement a dit : ’Nous avons eu l’impression que la Reine Beatrix voulait que le
premier ministre en parle.’ Une autre source proche du gouvernement déclare savoir que la
Reine Beatrix a entretenu le premier ministre de ces railleries hebdomadaires."

" Le ministre de la Justice Donner s’était rallié à
Balkenende durant la réunion du gouvernement
. Donner avait parlé de ’licence qui
engendre la dégradation’. Le ministre de la Justice a réitéré ses critiques
dimanche, durant le programme télévisé Buitenhof.
"

"Alors que les groupes parlementaires CDA, VVD et D66 ne sont pas
partisans d’une attitude ’paternaliste’ vis-à-vis des médias, une partie du gouvernement
a expressément demandé, pour la deuxième fois en quelques jours, de ne plus railler la
Reine Beatrix par des satires et des persiflages", note le Telegraaf dans son
grand article à la une. "A l’instar du premier ministre Balkenende, son collègue de
parti le ministre CDA de la Justice, Donner, a appelé expressément les médias à cesser
leurs plaisanteries à propos de la Reine. Donner estime même que le fonctionnement de
notre système constitutionnel est en cause, du fait que le chef de l’Etat est
systématiquement imité à la télévision par de fausses reines, comme dans le programme
Kopspijkers, de la VARA, et dans le programme de marionnettes Egoland, de
BNN. Tout comme Balkenende, Donner s’est montré extrêmement mécontent de cette forme
d’’humour’."

" L’appel de Balkenende à traiter le chef de l’Etat avec
circonspection a pour le moment eu un effet contre-productif
", ajoute le journal
populaire en page 6. "Vendredi soir, déjà, le programme télévisé NOVA
présentait une compilation de toute une série de persiflages de Beatrix." Et samedi
soir, Kopspijkers enfonçait le clou en faisant dire à l’imitatrice de la Reine Beatrix
qu’après tout, on pouvait aussi s’en prendre à ses sœurs, pour changer.

" Les deux ministres se font l’interprète des sentiments à la
Cour
", fait valoir l’ Algemeen Dagblad à la une. "La publicité
négative au sujet de sa famille déplaît fortement à la Reine Beatrix. Il n’y a jamais
d’information sur les entretiens de la Reine avec le premier ministre Balkenende et
d’autres ministres. Mais des sources proches de la Cour disent que Beatrix et sa famille
se sont plaints de l’image donnée par les médias."

" Il est difficile de maintenir que la série Egoland de BNN, la
pièce Landgenoten et l’émission de Kopspijkers de samedi dernier font du tort à la
Maison Royale
", commente l’éditorialiste du Volkskrant . " L’action
de Balkenende et Donner paraît par conséquent grotesque
. Le gouvernement s’abstient
avec sagesse de toute mesure juridique à l’encontre des réalisateurs de ces programmes.
Cela en dit assez, car les dernières années le gouvernement a engagé à plusieurs
reprises – et avec succès – une procédure contre des publications vexantes
dans la presse à ragots."

" On peut se demander pourquoi le premier ministre ne hausse pas
les épaules devant cette satire des Orange
. Le seul résultat de son action est un
complément de publicité pour les programmes en question." " Le meilleur
service que Balkenende et Donner puissent rendre aux Orange est de se taire
."

Actualité internationale

Union européenne

1) Défense . " Un groupe d’Etats membres de l’Union
européenne, dont les Pays-Bas, est sur le point de fonder une agence européenne de
défense
", annonce le Financieele Dagblad de ce matin dans son grand
article à la une. Selon le ministre néerlandais de la Défense, Henk Kamp, cette
initiative a pour but d’accroître la compétitivité de l’industrie européenne des
armements
. Si l’industrie européenne des armements veut survivre, elle devra
s’organiser à l’échelle européenne, comme l’aéronautique civile a réussi à le faire
dans le modèle Airbus’.
"

"Dans un entretien avec notre journal, Kamp souligne que l’agence
se concentrera sur la recherche et le développement et pas sur les achats en commun par
les Etats membres. ’Il ne faut pas faire comme en Amérique, où un Buy American Act
vise à l’achat exclusif de matériel national. Les Pays-Bas veulent garder la liberté de
fonder leurs achats sur le rapport qualité – prix. Cela signifie qu’à telle
occasion il peut s’agir d’un produit européen et à telle autre d’un produit
américain’."

" Kamp, qui est un chaud partisan de cette initiative, s’attend
à ce que l’agence de défense démarre d’ici six mois
. Le ministre se prononce aussi
en faveur de plus de coopération entre les Etats membres pour accroître la combativité
de l’Union dans le domaine militaire. Sur ce point, elle est très en retard sur les
Etats-Unis. ’Les Etats membres de l’Union consacrent à la Défense 60 % de ce que
dépensent les Américains et ils réalisent ainsi 15 % de la force de combat des
Américains’."

"Les Pays-Bas réalisent des économies sur leur budget de la
défense, mais Kamp conteste que cela réduise la combativité de l’armée
néerlandaise."

Sondage d’opinion . En page d’opinion du journal haguenois Haagsche
Courant
de samedi, l’ambassadeur d’Israël aux Pays-Bas, Eitan Margalit ,
rappelle qu’un sondage d’opinion du Marshall Fonds effectué en juillet a montré que
48 % des Néerlandais éprouvaient de la sympathie pour Israël – le meilleur
score d’Europe – et 48 % pour les Palestiniens, alors que selon un récent sondage de
la Commission européenne, 74 % des Néerlandais considèrent Israël comme la plus
grande menace pour la paix mondiale. "Donc, soit l’opinion publique a changé
radicalement en cinq mois, soit les questions posées dans le dernier sondage n’étaient
pas claires
. Nous penchons pour la deuxième hypothèse." "Nous constatons
un intérêt excessif des médias européens pour Israël. Dans la plupart des cas cet
intérêt est négatif."

Le NRC Handelsblad (p.3) de samedi donne le point de vue de
Hajo Meyer, secrétaire du mouvement Een ander Joods geluid (un autre son de cloche
juif), fondé il y a trois ans en réaction à la manière dont on débat sur Israël en
milieu juif. "Il est impossible de discuter, car les critiques à l’encontre
d’Israël sont considérées comme de l’antisémitisme."

Actualité intérieure

Commémoration de la Nuit de Cristal

" Le maire d’Amsterdam, Job Cohen, a annoncé qu’il agira très
durement envers toute manifestation d’antisémitisme, de racisme et de discrimination dans
la capitale
", retient le Telegraaf (p.6) de la commémoration de la Nuit
de Cristal de 1938 à Amsterdam, hier après-midi. " Il est choquant et honteux de
devoir mettre en garde, en l’an 2003, contre l’antisémitisme croissant à Amsterdam, dans
une ville qui a tant souffert de la persécution des juifs durant la Deuxième guerre
mondiale
."

" La communauté juive est extrêmement préoccupée parce que
ses membres sont harcelés dans la rue et leurs temples souillés de croix gammées
",
rapporte le Volkskrant à la une. "Alors que Cohen décrivait les auteurs
comme étant ’des habitants d’Amsterdam’, [le commissaire européen] Bolkestein a parlé
de jeunes ’Nord-Africains’ et ’Marocains’. L’ancien leader VVD estime que cette partie de
la jeunesse est influencée par la propagande arabe, qui assimile l’antisionnisme à
l’antisémitisme."

Il y avait foule cette année à la commémoration de la Nuit de
Cristal au monument du Waterlooplein, à Amsterdam : plus de mille personnes hier soir,
contre une quarantaine l’an dernier.

Identité néerlandaise

" Les Néerlandais et les Flamands n’ont pas suffisamment
conscience de leur identité
", note le Telegraaf (p.10). "C’est dû
au fait que les Bas Pays sont enfermés entre trois communautés conscientes
d’elles-mêmes, l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne. C’est ce que l’éminent
spécialiste de la culture flamande Jozef Deleu a déclaré samedi, lors de la vingtième
conférence de la Pacification dans la Grande Eglise de Breda
."

" Deleu estime qu’il faut éviter que l’anglais ne prenne trop
d’importance au sein de l’Union européenne
. Le plurilinguisme offre davantage de
perspective culturelle aux pays d’Europe. La position de Deleu rejoint celle des
ambassadeurs de France et d’Allemagne, qui, il y a six mois, ont manifesté dans une
tribune leur préoccupation concernant l’intérêt décroissant pour une deuxième langue
étrangère dans l’enseignement secondaire
."

"La conférence annuelle de la Pacification est organisée
alternativement à Gand et Breda. Elle doit son nom à la Pacification de Gand, un accord
conclu à Gand en 1576, entre Guillaume d’Orange et les Etats de Hollande d’une part et le
Sud des Pays-Bas de l’autre."

Enseignement du turc

L’école secondaire catholique St. Gerardus Majella Mavo d’Utrecht a
annoncé son intention d’introduire l’an prochain le turc comme langue vivante obligatoire
en première classe, à côté du français et de l’allemand facultatifs. La deuxième
année, les élèves pourront choisir de garder l’une de ces langues. L’anglais est
obligatoire. Le directeur de l’école, Ton van Vught, n’a pas consulté les parents pour
savoir s’ils manifestaient de l’intérêt pour le turc. "Je ne leur demande pas non
plus s’ils jugent la chimie ou l’allemand important."

Le turc est une langue européenne importante, selon Van Vught.
"En tant que nation commerçante, la Turquie compte. Et elle comptera tout à fait
lorsqu’elle adhérera à l’Union européenne."

L’Inspection fait savoir qu’elle nourrit de "grandes
objections" et qu’elle examinera la question ( de Volkskrant p.1 de samedi).

"Rien ne s’oppose à ce que les écoles introduisent le turc ou
l’arabe comme langue vivante obligatoire, selon la ministre Van der Hoeven
(Education)", précise le Volkskrant (p.3) ce matin. "L’Inspection et le
ministère de l’Education n’ont pas d’objections non plus, mais une majorité de la
Deuxième Chambre est contre" (également Algemeen Dagblad pp.1 et 5, De
Telegraaf
p.3).

Economie, Finances

Accord social

La centrale syndicale chrétienne CNV est la première centrale
syndicale à avoir définitivement approuvé l’accord intervenu entre le gouvernement et
les partenaires sociaux, note l’ensemble de la presse de samedi. Son président, Doekle
Terpstra a annoncé vendredi que tous les syndicats affiliés avaient voté pour l’accord.
La répartition des votes, selon les sondages effectués parmi les cadres des syndicats,
est de l’ordre de 80 % pour et 20 % contre. Terpstra s’est montré
particulièrement satisfait de ce résultat, vendredi. "C’était un thriller de
taille. Mais il est clair que la CNV, outre faire voile par beau temps, sait aussi très
bien louvoyer contre vents et marées."

Le communiqué de presse annonçant l’approbation de l’accord était
néanmoins accompagné d’une annexe précisant que la direction générale de la CNV, dans
laquelle siègent les présidents des syndicats, redoute les conséquences du gel des
salaires.

Affaires françaises

On retiendra dans le Volkskrant (p.5) de samedi un article sur
les âges respectifs des hommes politiques en France et aux Pays-Bas, où les
"générations" se succèdent beaucoup plus vite. "Ce n’est pas l’âge,
mais le charisme qui compte dans la démocratie télévisuelle", conclut le
correspondant Fokke Obbema. On notera aussi, dans ce contexte, un article signé Cees van
Lotringen sur les différences culturelles entre Français et Néerlandais, dans le Financieele
Dagblad
(p.5) de samedi. "La devise ’een afspraak is een afspraak’ [ce qui
est dit est dit] n’est pas valable pour les Français. Ils préfèrent échanger une bonne
idée contre une meilleure idée. Cela fait le désespoir des Néerlandais comme le
ministre Zalm."

L’ Algemeen Dagblad (supplément Reporter) de samedi
évoque le débat sur le voile islamique, dans le premier article d’une série sur
l’immigration en Europe.

Dans le NRC Handelsblad (p.57) de samedi, on notera un
article sur les vins de Bourgogne.

Ce matin, le Financieele Dagblad reprend en page d’opinion une
traduction d’une tribune de Daniel Cohen, de l’ENS : "Les Français s’inquiètent du
’déclin de la France’. Mais l’économie française ne se porte pas si mal. Le vrai
problème, c’est le déphasage de la politique française."

A signaler

Une interview-présentation du président directeur du Louvre, Henri
Loyrette, qui donnera demain la Conférence Rembrandt annuelle au Gemeentemuseum de La
Haye ( Het Financieele Dagblad p.23 de samedi).

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