Presse néerlandaise du lundi 12 juillet 2004

 

L’actualité internationale,
la sécurité des personnels médicaux et paramédicaux, le nouveau permis de
conduire néerlandais et un désaccord entre trois banques et le ministère des
Finances fournissent les grands titres d’une presse anémique.

Les Pays-Bas son entrés en
phase d’alerte au terrorisme, vendredi, à la suite d’un avertissement du Service
général de renseignement et de sécurité (AIDV), selon lequel des musulmans
radicaux prépareraient un attentat. La sécurité a été renforcée autour des
ministères, de la Deuxième Chambre et de l’aéroport de Schiphol, mais le
ministre de l’Intérieur, Remkes, n’a pas changé son programme pour autant : il
est parti en vacances "vers une destination lointaine", le week-end dernier.

 

  • De Telegraaf
     : "Le permis de conduire est trop difficile pour beaucoup - La moitié des
    candidats échouent au nouvel examen théorique", "Keys ravit tous les cœurs
    au North Sea Jazz
    "
  • Algemeen Dagblad
     : "Une veste protège les médecins contre les armes à pointe", "Un expert du
    terrorisme : les Pays-Bas restent une cible vulnérable", "Une mère maltraitée
    ’parce qu’elle est juive’" (correspondance de Paris)
  • Trouw
     : "Des banques traduisent les Finances en justice - ’En remettant les dettes
    des pays pauvres il faut aussi compenser le risque des banques’", "’Il n’y a
    que des juifs qui habitent là-bas’" (correspondance de Paris)
  • de Volkskrant
     : "Israël poursuit la construction après un attentat - ’La nécessité de la
    barrière de sécurité est de nouveau prouvée’", "Le ’terrier’ Alders devra
    sauver le Nord" (projet de suppression du soutien aux trois provinces du Nord)
     

 

* * *

 

Actualité internationale

 

Israël

" La Cour internationale
de Justice a donné un avis consultatif remarquablement clair sur la barrière
israélienne en territoire palestinien
", constate l’éditorialiste du Trouw
ce matin. " Israël doit ôter ’le mur’, car il est illégal, et les Nations
Unies doivent se concerter sur les manières de s’en assurer. Ce n’est pas plus
qu’une recommandation de la Cour de l’ONU, mais ce jugement a une valeur morale
qui dépasse largement la valeur formelle
."

"La Cour reconnaît
qu’Israël a le droit, voire le devoir, de protéger sa population contre les
attentats terroristes, mais elle estime à juste titre que le pays, dans ce
cadre, doit rester dans les limites du droit international. La Cour conclut
aussi que la sensibilité politique de l’affaire n’est pas une raison pour ne pas
aboutir à un jugement."

Compte tenu du refus
d’Israël de reconnaître la juridiction de la Cour dans cette question et de la
position des Etats-Unis, "il est paradoxal que les Palestiniens, pour des
conséquences concrètes, dussent plutôt attendre leur salut de la Cour suprême
israélienne". "Par ailleurs, il ne reste aux Palestiniens que la table de
négociation pour atteindre un règlement de paix. Avec toutes les conséquences
qui en découlent, telle que la nécessité de mettre fin aux attentats contre des
civils et de faire des concessions politiques sur des questions fondamentales,
comme Jérusalem et le retour des réfugiés."

" Les critiques internationales à l’adresse
d’Israël croîtront certainement après le jugement de la Cour de l’ONU
",
prévoit le journal chrétien progressiste. " Bien que ce pays, sur d’autres
points que ’le mur’, soit certainement dans son droit moral, sa sécurité à long
terme n’est pas servie par une politique qui n’est pratiquement plus soutenue
que par les Etats-Unis
."

" La Cour internationale
de Justice de La Haye a été claire : le mur qu’Israël a érigé en Cisjordanie est
illégal
", note aussi le commentateur du Volkskrant . " La Cour
haguenoise va beaucoup plus loin que la récente décision de la Cour suprême
israélienne
." " Mais les points communs des deux décisions sont au moins
aussi intéressants que les divergences : les deux cours affirment qu’Israël est
une puissance occupante en Cisjordanie et qu’il doit respecter les obligations
de droit international qui en découlent. C’est là le principal mérite des deux
décisions
. Elles forment un signal sans ambiguïté qu’Israël n’est pas
au-dessus du droit international et que l’obligation nationale de garantir la
sécurité de la population ne lui donne pas la liberté de violer les droits des
autres. Si cette idée gagne du terrain, elle peut contribuer au règlement
définitif du conflit israélo-palestinien."

Le journal de centre gauche
n’attend cependant guère de conséquences pratiques de la décision de la Cour
internationale de Justice, Israël n’en reconnaissant pas la compétence en
l’occurrence. " L’avidité avec laquelle les Palestiniens et le monde arabe
embrassent le jugement ’historique’ de la Cour de La Haye fait craindre une
nouvelle offensive de rhétorique anti-israélienne dans les organes de l’ONU
.
Il est douteux que cela rapproche la paix : le gouvernement Sharon se verra
conforté dans son impression que le jugement de la Cour est motivé
politiquement. Et les Palestiniens pourront s’accrocher à leur rôle de victimes,
au lieu de s’attaquer aux extrémistes qui, avec leur campagne de violences, ont
apporté eux-mêmes les pierres de ce mur de séparation."

"Vue sous cet angle, la réaction prudente du
chef de la diplomatie européenne, Solana, est compréhensible : Israël a le droit
de se défendre, mais la Cour confirme le point de vue européen selon lequel le
mur est illégal et constitue un obstacle pour la recherche de la paix."

 

Actualité intérieure

 

Drogue

" Ne soyons pas
uniquement répressifs, la toxicomanie est également un problème humanitaire
",
déclare le maire de La Haye, Wim Deetman , dans une interview publiée par
le Trouw (p.3) de samedi. Deetman est favorable à la répression en
matière de drogue, souligne le journal, mais il craint que l’approche répressive
actuelle n’aille au détriment des soins. " Sans soins, la toxicomanie ne
disparaîtra pas. Les soins sont aussi une obligation morale. Et le coût élevé
est compensé par la baisse de la délinquance
."

Si Deetman comprend la
colère des habitants confrontés au problème de la toxicomanie dans leur
quartier, il a moins de compréhension pour la contribution des politiques
nationaux à la discussion. "C’est souvent un débat unilatéral et non productif",
juge-t-il. "On risque d’en rester à ’tolérance zéro’."

" Deetman n’aime pas les
coffee-shops. Il ne veut pas dépénaliser les drogues, parce que beaucoup de
toxicomanies sont dangereuses. Il a des doutes sur la politique néerlandaise des
drogues douces, mais il s’irrite tout de même de la façon dont le président
français Chirac ou le chancelier fédéral allemand Schröder l’attaquent
.
Surtout parce qu’il estime que la discussion sur les coffee-shops ne porte pas
sur l’essentiel : le bon équilibre entre répression et soins."

"A La Haye, il y a 500
délinquants récidivistes très actifs, avec dix condamnations ou plus, et 120
récidivistes mineurs. Presque tous ont un problème de toxicomanie, souvent sans
héroïne, de sorte qu’ils ne tombent pas sous l’expérience de distribution sur
ordonnance." Mais Deetman discerne aussi des possibilités pour eux. ’C’est un
groupe bien délimité, on les connaît pour ainsi dire par leur petit nom. On peut
presque faire du travail sur mesure’."

Deetman rejette l’idée que le problème de la
drogue est déjà tellement grand qu’on ne peut plus rien faire. Mais il faut que
les autorités développent une autre mentalité, selon lui, et dégagent davantage
de moyens financiers, nettement plus que les six millions d’euros que le
ministre Hoogervorst a réservés pour l’extension de l’expérience de distribution
d’héroïne dans les quatre grandes villes, Groningue et Heerlen.

 

Terrorisme

" L’expert allemand du
terrorisme Rolf Tophoven en est certain
", écrit l’ Algemeen Dagblad
dans son grand article à la une, " l’alerte de l’AIVD est basée sur des
informations concrètes concernant une menace d’attentat aux Pays-Bas. ’Ce n’est
pas un simple avertissement aux terroristes, comme certains le prétendent. Les
Pays-Bas sont devenus une cible’.
"

"Tophoven est directeur de l’Institut de
recherche sur le terrorisme et la politique de sécurité d’Essen, en Allemagne,
et il est considéré en Europe comme une autorité dans ce domaine. L’alerte au
terrorisme aux Pays-Bas ne l’a pas surpris. ’Ben Laden a posé il y a plusieurs
mois un ultimatum qui est très proche maintenant : le 15 juillet. Les pays
occidentaux devaient cesser avant cette date de soutenir l’opération américaine
en Irak. Les Pays-Bas soutiennent toujours inconditionnellement les Etats-Unis.
En outre, les Pays-Bas assurent maintenant la présidence de l’Union européenne,
de sorte qu’ils sont devenus un symbole du soutien européen aux Etats-Unis. Et
les Pays-Bas sont évidemment une cible facile à cause de leur climat de
tolérance et de leurs frontières ouvertes’."

 

Economie, Finances

 

Brinkhorst : "Lettre de
croissance"

Le ministre Laurens-Jan
Brinkhorst (Affaires économiques, D66) a présenté vendredi sa "lettre de
croissance", dans laquelle il développe la vision du rétablissement économique
des Pays-Bas du gouvernement Balkenende. La concertation suivant le modèle
polder n’est plus possible en Europe, il faut améliorer la connaissance. Pour
mettre davantage de gens au travail, augmenter la productivité et modérer les
salaires, la concurrence est le mot-clé. "Ceci est l’agenda des années à venir.
Il n’y en a pas d’autre", a déclaré Brinkhorst vendredi, lors de la présentation
de sa lettre.

"Brinkhorst se voit comme
un solide réformateur avec une vision européenne - quel que soit le sujet
abordé, il en arrive toujours à l’Europe", remarque le NRC Handelsblad
(p.2) de samedi, dans le chapeau d’un entretien avec le ministre. "Mais il
travaille dans un pays qui a selon lui ’une culture consistant à donner un peu à
chacun ce qu’il souhaite’. Il rappelle que ’le ministre’ n’est toujours pas
bienvenu à Kootwijkerbroek, le village de Veluwe qui s’est rebellé contre lui
alors qu’il s’attaquait fermement à l’épidémie de fièvre aphteuse du bétail, en
2001, lorsqu’il était ministre de l’Agriculture. Il y a vu un exemple de la
nature des Pays-Bas : ’Une culture fermée qui n’accepte jamais de critique de
l’extérieur.’ Brinkhorst veut s’attaquer maintenant à ce monde clos en tant que
ministre des Affaires économiques. Il s’attaque au modèle polder et à la
’culture introvertie’ qui l’entoure aux Pays-Bas. En Europe et dans l’économie
mondiale, elle est plutôt une entrave qu’une bénédiction, estime-t-il. ’Nous
sommes à un âge entre les âges. Les structures nationales ne fonctionnent plus
et nous ne voulons pas encore des structures européennes. Mais on ne peut pas
empêcher l’avenir’."

"La philosophie du modèle
polder est basée sur le consensus sur les normes et un intérêt commun. Une telle
philosophie ne fonctionne que dans une société fermée. C’est pourquoi ce n’est
pas une option en Europe, où nous n’avons pas de culture politico-administrative
commune. En Europe, la confiance repose sur la même application partout des
règles juridiques par la Commission et ensuite par la Cour européenne de
Justice. La culture administrative européenne n’est pas basée sur la tolérance.
La tolérance n’est possible que quand on décide plus ou moins qu’il n’est pas
raisonnable d’appliquer strictement la loi. La non-application consciente de la
législation, dans des limites acceptables, entraîne en Europe une érosion de la
confiance mutuelle’."

"L’ouverture de cette culture fermée est l’un
des grands défis de ce gouvernement. Concertation, certes, mais aussi
concurrence. Il faut une direction, que nous donnons dans cette lettre de
croissance. Bien sûr, cela suscite des résistances. Mais personne ne peut
démentir que l’économie néerlandaise a trois problèmes principaux : les coûts
salariaux sont trop élevés, il n’y a pas assez de gens qui travaillent et la
productibilté est trop faible. Les Pays-Bas, du point de vue économique, ont
besoin d’une révision des 10 000 kilomètres."

 

Affaires françaises
 

 

 Pieter Kottman, en rubrique économique du NRC Handelsblad de vendredi soir, donne un aperçu de l’opération de
privatisation d’EdF. "Avec EdF, la France est l’un des plus grands acteurs du
marché européen de l’énergie. Le marché européen est libre, mais l’entreprise
d’Etat française est encore très politique." "En fait, ni Sarkozy, ni Bruxelles
n’est ’coupable’ des changements à l’EdF. L’entreprise elle-même est le premier
partisan d’un statut plus indépendant. Le PDG François Roussely n’a cessé de
répéter les derniers temps, dans des interviews et une campagne publicitaire
inouïe, que si l’entreprise veut survivre elle doit pouvoir participer à un
marché de l’énergie libéralisé et privatisé ailleurs."

"Il est bon qu’une
démocratie comme la République française manifeste chaque année sa résistance
morale aux Champs Elysées", remarque le chroniqueur Arie Elshout en page
d’opinion du Volkskrant , dans la perspective du Quatorze Juillet. "Avec
un peu de fantaisie, on pourrait même considérer le 14 juillet comme une fête
européenne, par gratitude pour ce que la Révolution française a représenté pour
les pays voisins." "Les codes français, la liberté de religion et l’idée de
l’enseignement primaire généralisé ont posé le fondement des Pays-Bas modernes."

"215 ans plus tard, l’élan
missionnaire révolutionnaire s’est figé en rituel et en rhétorique. Paris se
tient le plus possible à l’écart de la lutte des Américains pour fonder en Irak
un Etat démocratique." "De nos jours, la France dit surtout ’non’. Non à la
guerre d’Irak, non à l’envoi de militaires en Irak, non à un rôle de l’OTAN en
Irak, non à l’engagement de la force de réaction rapide de l’OTAN en
Afghanistan. Au sein de l’Union européenne aussi, on glisse d’un rôle offensif à
un rôle défensif. Alors que le couple franco-allemand a été un moteur pendant
des années (Giscard-Schmidt, Kohl-Mitterrand), il semble remplir de plus en plus
une fonction de blocage."

"Il est difficile de voir
une preuve de force dans l’obstruction française. Le pays n’a pas de réponse à
l’Amérique d’après le 11/9, il n’a pas d’emprise sur une Europe dans laquelle
les Etats-membres de l’Est ne souhaitent pas automatiquement se résigner à la
domination franco-allemande. Il s’ensuit l’immobilisme, quelle que soit la
quantité de matériel roulant qui défilera devant le Président de la République
après-demain. Compte tenu du rôle central de la France dans l’UE et l’OTAN,
c’est préoccupant, même du point de vue des intérêts néerlandais." 

Dernière modification : 30/07/2004

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