Presse néerlandaise du lundi 13 octobre 2003

Tous les journaux de samedi ont fait leur manchette sur le
"Mabelgate", l’affaire autour de la fiancée du prince Johan Friso, et publié
la lettre d’excuses que le prince a adressée au premier ministre Balkenende, ainsi que la
lettre de Balkenende au président de la Deuxième Chambre annonçant que le gouvernement
ne soumettrait pas de projet de loi portant autorisation du mariage princier.

Ce matin, la presse à grand tirage brode toujours sur l’affaire, à la
une, tandis que le Trouw et le Volkskrant font leur grand titre sur la
Concertation d’Automne du gouvernement et des partenaires sociaux.

  • De Telegraaf  : "Beatrix rudement éprouvée – La Reine est partie en
    Italie", "Un accord du gouvernement et des partenaires sociaux est proche"
  • Algemeen Dagblad  : "Mabel, c’est pas fini", "Les cliniques
    privées en péril"
  • Trouw  : "De Geus exige d’abord un sacrifice salarial des syndicats",
    "Le prince Friso ennuyé ne manquera à personne" (durant les festivités de
    l’Anniversaire de la Reine)
  • de Volkskrant  : "Rapprochement entre les syndicats et du gouvernement",
    "’La femme néerlandaise est une pute’ – Les jeunes Marocains en proie à une
    image faussée de la femme"

* * * 

Le dossier du jour :
"Mabelgate"

La question des antécédents de la fiancée du
prince Johan Friso a fait l’objet d’une couverture de presse exceptionnelle le week-end
dernier.

" Le prince Johan Friso et Mabel Wisse Smit ont donné au
gouvernement des informations inexactes et incomplètes sur les contacts entre Wisse Smit
et le mafieux Klaas Bruisma
", écrit le Trouw de samedi dans son grand
article à la une. " Le couple présente ses excuses dans une ample lettre au
premier ministre Balkenende
."

" Cet abus de confiance est pour le gouvernement une raison de
ne pas soumettre à la Deuxième Chambre une loi autorisant le mariage. Une telle
décision est unique dans l’histoire de la monarchie constitutionnelle
. Friso,
après son mariage avec Wisse Smit, perdra son droit de succession au trône et il ne fera
plus partie de la Maison Royale
."

"Le premier ministre Balkenende a affirmé vendredi que la
décision du gouvernement rejoignait le désir du couple de ne pas demander l’autorisation
légale du Parlement. Friso et Wisse Smit ont cependant toujours l’intention de se marier
le 24 avril prochain."

"Il ressort de la lettre de Friso qu’outre Balkenende, il a aussi
pris la Reine à contre-pied, s’agissant des contacts entre Wisse Smit et Bruinsma. Selon
Balkenende, Wisse Smit, en réponse à ses ’questions persistantes’, avait maintenu que
les contacts entre elle et Bruinsma avaient été superficiels. Le programme télévisé
de Peter R. de Vries de la semaine précédente, dans lequel un ex-garde du corps chilien
de Bruinsma était cité, a soulevé de nouvelles interrogations. Le 3 octobre, Balkenende
a eu un nouvel entretien avec Wisse Smit, dont il est ressorti qu’elle n’avait pas dit la
vérité lors des précédents entretiens. Il était dès lors clair pour lui qu’il ne
pouvait plus être question de loi d’autorisation."

"Selon Friso, il n’y avait eu ni une relation amoureuse, ni une
relation d’affaires entre sa future épouse et Bruinsma. Bien que le couple n’ait pas
voulu pas faire de ’mystère’ de ces contacts, il avait décidé d’en dire le moins
possible à des tiers, y compris à la Reine. Il voulait éviter de cette façon de
raviver des ’souvenirs pénibles’. ’Les dernières semaines il nous est apparu à quel
point cette décision avait été naïve et déraisonnable’, écrit Friso."

" Le premier ministre Balkenende estime qu’on ne peut rien lui
reprocher dans cette affaire
. Deux enquêtes des services de sécurité avaient conclu
que rien ne s’opposait au mariage. Par ailleurs, Balkenende avait eu trois entretiens
’approfondis’ avec le couple, en juin."

" La question met en péril le Service général de
renseignement et de sécurité (AIVD)
." "La Deuxième Chambre s’interroge
beaucoup sur le sérieux de l’AIVD. La LPF et le PvdA veulent un débat public sur les
méthodes de l’AIVD avec le ministre de l’Intérieur, Remkes."

" Selon Balkenende, la Maison Royale n’est pas en crise à cause
du récent drame
. Néanmoins, la désinformation volontaire pratiquée par Friso et
Wisse Smit n’est ’pas bonne’ pour l’image de la monarchie
."

" La décision de Balkenende est soutenue par la Deuxième
Chambre tout entière
. Les partis gouvernementaux VVD et CDA et le parti
d’opposition SP complimentent le premier ministre pour son action
. ’Il a marqué une
limite et n’a pas marchandé’, a déclaré Marijnissen."

" Un prince a menti à la Reine concernant le passé de sa
future épouse
", constate le Volkskrant de samedi dans une analyse à la
une. " La mère est offensée, le premier ministre responsable politiquement se
montre ouvertement dupé et le couple lui-même est honteux et ferme les rideaux
. Un
point positif ? Le fait que la mère ne savait rien du mensonge signifie que la monarchie
constitutionnelle des Pays-Bas n’est pas encore sur le point de sauter."

"Seul le premier ministre Balkenende, que le couple a
sérieusement embarrassé, se tire indemne de l’affaire, pour le moment. Il s’est caché
derrière son prédécesseur Wim Kok, l’AIVD et le ministre Remkes, pour ce qui des
défaillances de l’enquête sur Wisse Smit. L’avenir apprendra si c’est à juste
titre."

"L’affaire sera dure pour la famille royale. Mais les faits
présentés vendredi sont aussi une bénédiction relative pour la monarchie. S’il
s’était avéré que Beatrix en savait plus que Balkenende dès le début et qu’elle n’en
avait rien dit, il y aurait vraiment eu un problème. On peut considérer que la
monarchie néerlandaise n’était qu’à un mensonge de la crise
."

Commentaires

" Le premier ministre Balkenende, dans la question autour de
Mabel Wisse Smit, a tranché avec dureté et résolution
en décidant de ne pas
soumettre au parlement une loi d’autorisation du mariage de Friso avec cette femme",
remarque l’éditorialiste du Trouw de samedi. " Cela fait mal, mais c’était
inévitable
."

Si l’action résolue du premier ministre a prévenu une crise à court
terme, " la question est préjudiciable à la monarchie et alimente le doute sur la
position du chef de l’Etat à long terme
". "Nous avons vu les dernières
années à quel point cette position est devenue vulnérable et comment la responsabilité
ministérielle du premier ministre se réduit souvent à une gestion de crise."
" La trame d’affaires et d’incidents qui est déjà apparue sous les précédents
gouvernements se poursuit tout bonnement
. Cela ne peut pas continuer ainsi . La
Maison d’Orange ne peut pas servir presque en permanence de stand de tir aux médias. Il
faut donc réfléchir de nouveau sérieusement à la position du chef de l’Etat."

Le journal chrétien progressiste s’interroge par ailleurs sur les
enquêtes des services de sécurité, "qui paraissent peu adéquates", pour
conclure que " le premier ministre a montré qu’il apprend vite, mais le fait qu’il
ait eu droit à un repêchage aussi rapide indique qu’il y a une crise latente
."

" Le mariage est un champ de mines pour la monarchie ",
constate le Volkskrant de samedi. "Le traitement, à première vue adéquat,
de l’affaire par Balkenende est un drame pour toutes les personnes impliquées, en
particulier pour Friso qui, s’il persiste à épouser sa fiancée, perdra son appartenance
à la Maison Royale et ses prétentions au trône."

" Aussi tragique que soit sa décision pour les futurs époux et
la Reine Beatrix, le gouvernement a été bien inspiré de ne pas demander l’autorisation
parlementaire de ce mariage
", estime l’ Algemeen Dagblad de samedi.
"La Maison Royale, sous la monarchie constitutionnelle, ne peut pas se permettre
d’être constamment mise en cause."

"Une crise constitutionnelle a été évitée de justesse, car le
risque qu’une majorité parlementaire n’ait pas approuvé ce mariage était énorme."

" Sage décision ", titre aussi le Telegraaf de
samedi au-dessus de son éditorial. "Balkenende a traité l’affaire rapidement et
efficacement. On peut néanmoins se demander pourquoi les services de renseignement ne se
sont pas penchés plus tôt et mieux sur la relation entre Mabel Wisse Smit et
Bruinsma."

On notera à ce propos que les services AIVD et DKDB (sécurité royale
et diplomatique) continueront d’enquêter sur les antécédents de Mabel. "Selon le
premier ministre Balkenende, c’est parce qu’elle a accès au chef de l’Etat",
précise le Trouw (p.3) de samedi. "Manifestement, il y a lieu de penser qu’on
pourrait trouver de nouvelles surprises."

 

Actualité internationale

Union européenne : Interview du commissaire
Bolkestein

Le commissaire européen Frits Bolkestein (Marché intérieur), dans un
entretien avec le NRC Handelsblad (p.28) de samedi, estime que les
Pays-Bas, dans les négociations européennes, se laissent trop marcher sur les pieds
.
" Les petits pays font régulièrement des concessions et les Pays-Bas en sont
souvent un exemple
." "Il arrive régulièrement que nous entrions dans les
négociations avec une prise de position ferme et fondamentale, mais qu’il n’en reste
rien. Les Pays-Bas étaient contre le président européen et ils ont renoncé à ce
point de vue
. Les Pays-Bas étaient pour un commissaire par Etat membre et ils y
ont renoncé aussi
. Regardez la France, où d’autres lois s’appliquent. La France a
une politique constante
. Elle emploie l’Europe comme multiplicateur pour réaliser
ses propres ambitions
." " La politique britannique concernant l’Europe est
également constante : diluer l’Europe le plus possible, car les Britanniques
n’aiment pas l’Europe
. L’Allemagne avait comme constante politique après la guerre
de redevenir un pays normal
. Elle l’est maintenant."

" Pourquoi faut-il un ministre européen des Affaires
étrangères, comme le propose la Constitution ?
Si la France, l’Allemagne et
l’Angleterre sont d’accord, une politique étrangère européenne se crée toute seule
.
Si elles ne sont pas d’accord, il ne s’en crée pas. Croyez-vous vraiment que Chirac et
Schröder, en pleine campagne électorale, ou Blair auraient dit autre chose si l’Europe
avait eu un ministre des Affaires étrangères [au moment de la crise irakienne] ? C’est
une illusion."

"L’Europe a deux projets fantastiques : l’élargissement et
l’euro. Cela suffit, voyez les problèmes avec l’euro. Le vrai test viendra lorsque la
démographie changera et que le coût des retraites montera."

 

Actualité intérieure

Coffee-shops

" Il n’y a pas longtemps, le PvdA prônait de faire
approvisionner les coffee-shops sous le contrôle des autorités
", relève le Trouw
(p.4). " Maintenant, le groupe parlementaire veut interdire l’établissement de
nouveaux coffee-shops dans les quartiers d’habitation et fermer le plus vite possible ceux
qui y existent déjà
." "Ce plaidoyer contre les coffee-shops dans les
quartiers d’habitation n’est pas de la prose chrétienne-démocrate, mais se trouve dans
un texte du PvdA. Il s’agit du programme Buurten voor bewoners [les quartiers pour
les habitants] du groupe parlementaire social-démocrate que le leader du PvdA, Wouter
Bos, a présenté le week-end dernier à Rotterdam. Il contient des propositions visant à
améliorer la qualité de la vie dans les quartiers."

"Le passage sur les coffee-shops marque un changement frappant de
la philosophie du PvdA concernant les drogues douces. Il y a quelques années, les
sociaux-démocrates, en tant que premier groupe parlementaire de la coalition, étaient
les pionniers d’une discussion sur l’approvisionnement des coffee-shops sous le contrôle
des autorités. Les communes qui plaidaient en faveur du règlement du ’problème de la
porte de derrière’ [la vente de petites quantités de drogues douces est tolérée, mais
l’approvisionnement reste interdit] trouvaient une oreille attentive au sein du groupe
PvdA."

" Les sociaux-démocrates n’ont pas encore abandonné l’idéal
lointain de la légalisation des drogues douces
. Mais les entretiens que les
députés PvdA ont eus avec les habitants des vieux quartiers après les élections
désastreuses de 2002 les ont convaincus qu’ils ne peuvent pas demander à ces citoyens
(et électeurs) d’attendre indéfiniment que le reste du monde partage l’avis du PvdA
.
Les sociaux-démocrates, durant leurs tournées dans les villes, ont compris que trop de
gens trouvent que la qualité de la vie souffre des coffee-shops de leur quartier. C’est
pourquoi le PvdA, ’pour des raisons pratiques’, adopte maintenant le point de vue que les
coffee-shops sont indésirables dans les quartiers d’habitation."

 

Economie, Finances

Concertation d’Automne

"L’impasse entre le mouvement syndical et le gouvernement sur la
politique socio-économique est rompue", annonce le Volkskrant dans son grand
article à la une. "Les deux parties sont prêtes à faire des concessions pour
aboutir à un accord. Le gouvernement est prêt à adoucir les mesures concernant la
sécurité sociale, si le mouvement syndical renonce pendant deux ans à augmenter les
salaires dans les conventions collectives. Des sources proches du gouvernement, des
syndicats et du patronat le confirment."

"Demain aura lieu la Concertation d’Automne entre les autorités
et les partenaires sociaux sur la politique socio-économique en 2004. La politique du
gouvernement concernant la VUT [retraite anticipée] et la préretraite, l’indexation des
indemnités sur les salaires, la WAO [incapacité de travail] et la WW [chômage] en sera
le thème central. Le gouvernement veut économiser des milliards sur ces postes
budgétaires. Si le mouvement syndical gèle les salaires pendant deux ans, le
gouvernement économisera 800 millions d’euros pas an, de sorte qu’il pourra affaiblir les
mesures préconisées" (également Trouw p.1).

 

Affaires françaises

La presse de samedi a consacré des articles
factuels au projet de loi Sarkozy sur l’immigration ( De Telegraaf p.11) et au
procès Juppé ( de Volkskrant p.5).

Ce matin, Antoinette Reerink, dans l’ Algemeen Dagblad (p.7)
évoque l’exclusion d’un lycée en région parisienne de deux sœurs voilées :
"Escalade d’une affaire de foulard".

Sur le plan culturel, on retiendra un article sur l’exposition de deux
couturiers néerlandais au Louvre ( Trouw de samedi p.27) et un entretien avec
Samira Bellil (Ni putes ni soumises) dans le supplément Leven &cetera du
NRC Handelsblad de samedi. Le NRC Handelsblad (p.39) évoque
d’autre part l’élaboration à l’Université d’Utrecht d’une nouvelle édition critique de
la correspondance de René Descartes.

Dans le domaine du tourisme, le Telegraaf (p.TA25) de samedi a
présenté les possibilités de randonnées cyclistes dans la vallée de la Loire.

Dernière modification :

Haut de page