Presse néerlandaise du lundi 17 mars 2003

Le sommet des dirigeants américain,
britannique et espagnol qui s’est tenu dimanche aux Açores fait tous les grands
titres ce matin. L’ultimatum d’un jour adressé à l’Irak pour qu’il désarme et
à la communauté internationale pour qu’elle se rallie aux Etats-Unis dans la
question irakienne inspire des éditoriaux dans la presse à grand tirage.

 

Trouw
 : "’Le jour de la vérité’ pour l’Irak – Le président américain Bush
donne encore un jour au processus diplomatique", "’Nous ne devons
surtout pas causer de panique’" (reportage du Kurdistan irakien)

de
Volkskrant
 : "Bush donne tout au plus quelques
jours à Saddam – L’heure de la vérité approche pour les Nations Unies et
pour l’Irak, disent Bush et Blair aux Açores", "La pneumonie fait
neuf morts – Une maladie mystérieuse impossible à guérir qui voyage par
avion"

Algemeen
Dagblad
 : "Aujourd’hui l’heure de la vérité
– Pression maximale de Bush sur l’Irak", "Une maladie mystérieuse
se propage en Europe", "Encore une exécution en public dans le milieu
amstellodamien"

De
Telegraaf
 : "Le jour de la vérité – Bush
lance un ultimatum – Déclaration de guerre cette semaine – Saddam brandit
la menace d’une guerre mondiale"

 

 

 

 

Le
dossier du jour : Question
irakienne
La
France aura aujourd’hui une dernière chance de se rallier à un ultimatum de
l’ONU à l’Irak
", écrit le correspondant à Washington du journal
d’affaires Het Financieele Dagblad à
la une. " C’est ce que les leaders
des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de l’Espagne ont fait comprendre hier, à
l’issue d’un sommet d’urgence aux Açores
. En l’absence de consensus au Conseil de Sécurité, une intervention
militaire d’une coalition dirigée par les Etats-Unis sera imminente
."

"Bush, Blair et Aznar et leur hôte,
le premier ministre portugais José Durrao Barroso, ont déclaré que ’l’heure
de vérité’ a sonné pour le monde." "Le président américain s’est
exprimé en termes suffisants sur le refus français de soutenir quelque résolution
que ce soit et il n’a pas fait la moindre tentative pour épargner les
sensibilités françaises. ’Je leur ai demandé il y a dix jours de poser les
cartes sur la table, comme nous avons l’habitude de le faire au poker, au Texas.
Ils l’ont fait. Ils ont dit qu’ils emploieraient le veto contre toute résolution
demandant des comptes à Saddam’."

"Dans une
interview à CBS, enregistrée avant le sommet, le président français Jacques
Chirac ne s’est guère montré très conciliant non plus. Il a suggéré de
laisser à l’Irak un délai d’un mois pour désarmer, sans répercussions
automatiques s’il ne coopère pas et à condition que les inspecteurs de l’ONU
soutiennent un tel ultimatum."

" La
fierté fait place au doute à Paris
", titre le même Het
Financieele Dagblad
en page au-dessus d’une correspondance de Bas Kurstjens. "En France, la division
sur la dure politique antibelliqueuse du président Jacques Chirac croît de
plus en plus. De plus en plus de scénarios-catastrophe
surgissent sur les possibles conséquences négatives de possibles répercussions
américaines à la menace de veto française
. La fierté et l’unanimité ont
fait place au doute et à l’inquiétude."

"Le président
français lui-même ne semble guère s’en préoccuper. Il aura regardé avec
beaucoup de plaisir les derniers sondages d’opinion, hier. Depuis le début de l’année, le nombre de Français qui estiment que
Chirac fait bien son travail de président est passé de 58 à 69 %, un
niveau rarement atteint
."

Dans le Volkskrant
(pp.1 et 3), le chef de la diplomatie néerlandaise, Jaap de Hoop Scheffer , anticipe
sur le rôle que les Pays-Bas et d’autres pays européens pourront jouer dans la
reconstruction de l’Irak
. Le ministre CDA déclare : "L’UE devra bientôt
prendre ses responsabilités, sous la bannière de l’ONU. J’en parle déjà avec
mes collègues."

" De
Hoop Scheffer ne prétend pas qu’il est à l’origine du plan de paix américain
pour le Moyen-Orient
", souligne le journal de centre-gauche. " Mais
il a contribué à faire que les Etats-Unis ne se concentrent pas exclusivement
sur la guerre en Irak, pense-t-il
. Une
guerre qui est toujours évitable, selon le ministre CDA démissionnaire
, en
dépit du discours menaçant du président américain George Bush, dimanche
soir."

Les journalistes Koelé et Poorthuis lui
rappelant que le PvdA ne veut pas soutenir un cavalier seul des Etats-Unis et
d’un ou deux alliés, De Hoop Scheffer répond : " Je pense qu’il n’y a pas de divergences majeures entre le PvdA et le CDA
dans le domaine de la politique étrangère. Je n’aborderai pas ce point
maintenant
. Je refuse de me laisser
entraîner dans la logique de guerre
.
Aucun politique ne doit se résigner à la logique de guerre. Sinon, ce n’est
pas la peine d’avoir quotidiennement ses collègues au téléphone avec un
unique objectif : rapprocher les gens. La question irakienne prend presque tout
mon temps."

"Quand la France, l’Allemagne et la
Grande-Bretagne sont d’accord, on peut pousser comme on veut, c’est sans résultat.
Maintenant, dans mes contacts très
intensifs avec Dominique de Villepin, Joschka Fischer et Jack Straw, je peux
parfois lancer une idée
. Quand on
observe des mouvements dont on pense : j’aurais aimé être de la partie,
c’est décevant
. Mes récentes
critiques sur les Français ne visaient pas tellement leur point de vue - il est
légitime, bien que je ne le partage pas – mais le fait qu’à un moment
important ils ont contourné l’Europe des Quinze
." "Je comprends
que des pays de l’UE qui sont également membres du Conseil de Sécurité de
l’ONU se réunissent, maintenant que la finale est en vue. Néanmoins, j’essaie
quotidiennement de travailler à l’unité au sein de l’UE, de l’OTAN et de
l’ONU." " Je considère que ma
grande tâche est d’éviter que la crise irakienne, en dépit des avaries que
nous avons déjà subies, ne se solde par la division de l’OTAN, de l’UE et, last but not least, de l’ONU, que nous avons justement tous fondée
pour assurer le leadership en temps de crise
."

"Je vois
la crise irakienne comme un premier et très difficile test pour le monde, qui
doit trouver une réponse. De préférence une réponse ne débouchant pas sur
la guerre."

" L’ancien
ministre Van den Broek (Affaires étrangères) critique la position du CDA sur
l’Irak
", relève l’ Algemeen
Dagblad
(p.3) de son côté. " Le
chrétien-démocrate estime que les Pays-Bas ne doivent pas soutenir une guerre
contre l’Irak sans nouvelle résolution de l’ONU
. Cela fera plus de mal que de bien’, a déclaré Van den Broek hier,
durant le programme télévisé Buitenhof
.
Selon l’ancien responsable, qui a été ministre CDA des Affaires étrangères
de 1982 à 1993, notre pays doit rester ’tout à fait loyal à l’Etat de droit
international’. Quand trois membres permanents du Conseil de Sécurité sur cinq
sont contre une intervention, ’il faut être très ferme sur ses étriers pour
mener tout de même une guerre préventive’, estime Van den Broek."

" L’ancien
ministre souligne qu’en tant que centre juridique de la communauté
internationale, avec sur leur territoire la Cour internationale de justice et la
Cour pénale internationale, les Pays-Bas ont une ’réputation à perdre’
."

"Van den Broek estime que le succès
de la formation de gouvernement est plus important qu’une contribution néerlandaise
à la guerre inutile du point de vue militaire."

 

Commentaires

"Seul le désarmement
immédiat et inconditionnel du sanglant dictateur Saddam Hussein ou son exil
peut encore prévenir une guerre cette semaine", remarque l’éditorialiste
du Telegraaf . " Une
guerre contre l’Irak est légitime et moralement acceptable
", si la
diplomatie ne saisit pas la dernière chance que les Etats-Unis, l’Angleterre et
l’Espagne lui offrent, selon le journal populaire. "Il faut espérer que le
monde se ralliera tout de même aux Etats-Unis et à leurs alliés, aujourd’hui,
pour un dernier ultimatum à l’adresse de l’Irak et qu’une guerre pourra être
évitée. Mais s’il le faut, ils partiront seuls en guerre contre l’Irak."

Le commentateur
de l’ Algemeen Dagblad , sous le titre
"Non à la guerre", souscrit
aux arguments contre la participation néerlandaise avancés par Van den Broek
,
arguments qu’il juge "convaincants". "Balkenende et De Hoop
Scheffer feront bien de prendre très au sérieux les critiques de leur collègue
de parti expérimenté."

On notera
d’autre part qu’en page d’opinion du Volkskrant
de samedi, douze écrivains néerlandais
ont exprimé leur préoccupation face à "l’attitude nonchalante du
gouvernement néerlandais concernant la guerre contre l’Irak" et appelé le
premier ministre Balkenende à débattre avec la Deuxième Chambre
.
"Pour prendre des décisions d’un tel poids, un gouvernement, surtout s’il
est démissionnaire, se doit de consulter le Parlement." "Les Pays-Bas
font partie d’une communauté internationale en crise. La
guerre projetée est illégale parce que la légitime défense préventive
n’existe pas sur la base du droit international
." "A vous, en tant
que premier ministre démissionnaire, de prendre position pour une société et
un monde dans lequel les voix déviantes comptent aussi."

 

Actualité
internationale

 

Union européenne

1)
Convention européenne
. Le NRC Handelsblad (p.6) de vendredi soir a rendu compte d’un débat
parlementaire sur les travaux de la Convention européenne
, dont le projet
de Constitution de l’Union européenne "prend forme rapidement". Le
journal du soir donne le ton de ce débat en citant un commentaire
pessimiste du porte-parole D66 Thom de Graaf : "Les Pays-Bas se trouvent à
l’arrière-plan et ont du retard
. quot ;
quot ;L’Europe n’attendra pas qu’il y ait
un nouveau gouvernement"
, a-t-il fait valoir au gouvernement démissionnaire
du premier ministre Balkenende.

"La Deuxième Chambre tout entière a
approuvé la position du gouvernement selon laquelle il faut s’efforcer
le plus possible de conserver le règlement concernant la présidence
. Au début,
les Pays-Bas voulaient conserver tout à fait le système actuel, mais il est de
plus en plus clair que ce n’est plus tellement faisable, après l’accord
intervenu entre Schröder et Chirac. Même les partisans du système actuel
doivent en effet reconnaître qu’il nuira au dynamisme de l’UE lorsqu’elle
comptera 25 membres ou plus. Le premier ministre Balkenende a d’ailleurs reconnu
que le gouvernement, sur ce point, a déjà bougé en direction d’alternatives.
Mais comment il convient de régler alors la présidence, ni la Chambre, ni le
gouvernement n’a pu l’indiquer. Tout le monde s’est cependant accordé à dire
qu’il ne fallait pas aboutir à un président permanent pour cinq ans du Conseil
européen, comme le prônent tous les grands pays."

" Le
gouvernement et beaucoup de députés ont critiqué la manière dont le président
de la Convention, Giscard d’Estaing, essaie d’ajouter à la Constitution un
Congrès populaire européen
, dans lequel seraient représentés les
parlements nationaux. Ni le gouvernement, ni la Chambre n’est en faveur d’une
telle nouvelle institution."

2) Politique sociale européenne .
Ce matin, la commissaire européenne Anna
Diamantopoulou
(Affaires sociales et Emploi) affirme dans le Financieele
Dagblad
(pp.1 et 4) qu’il "n’y aura jamais de politique sociale européenne".
"J’ai suivi cela de très près pendant trois ans. Les différences entre
les Etats membres sont trop grandes." "Nous pouvons seulement nous
efforcer d’établir des standards minimaux, s’agissant par exemple de la sécurité
sociale, des retraites et des soins. Ils sont nécessaires pour accroître la
mobilité des personnes, mais je ne prévois pas de politique communautaire et même
pas d’harmonisation des politiques."

 

Actualité
intérieure

 

Crise irakienne

" Plus
de quatre-vingts pour cent de la population néerlandaise pensent qu’une guerre
en Irak aura aussi des conséquences pour les Pays-Bas
", relève le NRC Handelsblad
(pp.1 et 3) de samedi. "Plus de trois quarts de la population suivent avec
attention les développements concernant l’Irak. C’est ce qui ressort d’un
sondage d’opinion effectué auprès de huit cents personnes pour le compte du
gouvernement. Les conséquences redoutées par les personnes interrogées sont
des attentats et des conséquences sur l’économie et l’approvisionnement en énergie.
Il ressort d’autre part des résultats de l’enquête que quatre pour cent
seulement s’inquiètent pour leur sécurité personnelle en cas de guerre en
Irak. Plus de la moitié fait confiance aux mesures de sécurité des autorités
néerlandaises. Deux personnes ont acquis un masque à gaz par précaution."

D’autres
quotidiens de samedi précisent que 3 % des personnes interrogées
constituent des réserves alimentaires. 7 % reportent ou annulent leurs
vacances et 16 % modèrent leurs dépenses.

 

Affaire Margarita

" Tout
indique que, pour réparer une erreur d’appréciation royale dans le dossier De
Roy, le premier ministre Balkenende apportera un changement au système
constitutionnel qu’on a toujours empêché en arguant qu’on briderait ainsi ’le
Roi en tant que conscience du gouvernement’
", conclut le Volkskrant (p.3) de samedi dans une "analyse". Le
changement en question, qui consisterait à placer le cabinet du souverain sous
la responsabilité des Affaires générales, a été suggéré (et rejeté) à
plusieurs reprises depuis l’instauration du cabinet en 1840.

"L’ancien
leader D66 De Graaf a plaidé sans succès, dans un passé récent, en faveur de
la réduction des compétences royales. Il n’a cependant pas parlé d’un
transfert de la direction administrative. Margarita,
par son affaire qui a commencé comme une querelle de famille, semble maintenant
liquider une discussion qui a duré des années
. Elle porte un coup politique à ’Tante Trix’ . L’évolution
historique de la monarchie tend vers moins de pouvoir et une influence décroissante
du chef de l’Etat. La querelle de Cour autour de Margarita débouchera peut-être
mardi sur un grand pas vers une monarchie cérémonielle."

" En
cinq semaines, l’affaire Margarita s’est transformée dans la presse d’un soap
opera familial en une sérieuse question constitutionnelle
", analyse
aussi le Trouw (p.3) de samedi. "Après le débat parlementaire de
mercredi, il ne reste plus rien de l’atmosphère un peu hilare du début."

S’agissant de
la mauvaise performance du premier ministre Balkenende à la Chambre, le
chroniqueur satirique du Volkskrant ,
Jan Blokker, assène cette citation de Napoléon au chef de file CDA : "La
plus grande des immoralités est de faire un métier qu’on ne sait pas".
"Balkenende aurait peut-être pu devenir une star du football calviniste du
samedi après-midi, qui, comme chacun sait, est un divertissement et pas un métier.
Mais il s’est présenté à Manchester United, a promis à la direction qu’il
prendrait ses responsabilités et a sans doute cru vraiment qu’on lui offrirait
un contrat. ’Les choses auraient pu aller mieux’, a-t-il reconnu après son
match d’entraînement."

 

Economie,
Finances

 

Peste
aviaire

"La peste aviaire classique s’étend
toujours", annonce le Volkskrant
(p.3) ce matin. "Durant le week-end,denouvellesentreprises ont été
ajoutées à la longue liste d’élevages de volailles suspects. Le ministre de
l’Agriculture, Veerman,
a agrandi la zone à l’intérieure de laquelle s’appliquent des mesures sévères."
"Au total, 42 entreprises sont désormais suspectes de contamination par la
peste aviaire classique, tandis que pour 43 autres il est établi que la
redoutable maladie y règne."

"Si Veerman
a agrandi la zone dans laquelle s’appliquent des mesures strictes, il a en
revanche assoupli les mesures concernant les œufs, le week-end dernier."

"Le
ministre a annoncé dans une interview publiée samedi par le NRC Handelsblad qu’après la crise, il veut réunir le secteur
pour conclure des accords pour l’avenir." "Veerman
prévoit une hausse du coût pour les consommateurs, car les œufs et les
poulets seront plus chers à cause des changements" (également Algemeen
Dagblad
p.9).

 

Affaires
françaises
 Le Volkskrant
(p.6) et l’ Algemeen Dagblad (p.9)
annoncent le décès à 75 ans de Jean-Luc Lagardère, patron du groupe français
portant son nom.

Le Telegraaf (p.3) et le Trouw (p.5)
signalent l’arrestation à Valenciennes, samedi, d’un chauffeur de camion néerlandais
transportant 160 kg de cocaïne sous sa couchette.

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