Presse néerlandaise du lundi 2 septembre 2002

La réunion des ministres des Affaires
étrangères de l’Union européenne à Elseneur (Danemark) fait deux grands titres
ce matin.

Sur le plan intérieur, la discussion sur le
rétablissement dans la société néerlandaise des "normes et valeurs" entamée par
le ministre LPF des Affaires économiques, Herman Heinsbroek, se poursuit.

 

Trouw  : "L’UE craque sous la pression
des Etats-Unis à propos de la Cour pénale", "Les ’normes et valeurs’ sont aussi
une affaire politique"

de Volkskrant  : "L’UE évite la sape
de la Cour pénale", "’La morale doit revenir en politique’"

Algemeen Dagblad  : "L’air est plus
propre à 80 km/heure – La limitation de la vitesse sur l’A13 réduit les rejets
de NO2", "Londres et Rome minent la Cour pénale"

De Telegraaf  : "Plan d’urgence pour
les vacanciers d’Air Holland", "Claus de nouveau dans une chambre d’hôpital
normale"

 

 

Le dossier du
jour : Réunion d’Elseneur

 

" L’Europe a évité de justesse une
querelle éhontée sur la Cour pénale internationale de La Haye
", annonce le
Volkskrant dans son grand article à la une. " L’Union, samedi, a su
convaincre au dernier moment deux Etats membres récalcitrants, l’Italie et la
Grande-Bretagne, de renoncer pour le moment à la conclusion d’un accord avec les
Etats-Unis
. Les deux pays avaient manifesté de la compréhension pour les
critiques américaines à l’adresse de la Cour pénale internationale et s’étaient
déclarés prêts à faire une concession aux Américains. Washington s’oppose à la
Cour pénale parce qu’il craint que cette institution, pour des motifs
politiques, ne vise surtout les soldats américains. C’est pourquoi le
gouvernement Bush essaie de conclure des accords bilatéraux avec les pays qui
participent à la Cour, accords dans lesquels ils promettent de ne jamais livrer
des soldats américains."

"Il s’est avéré samedi que l’Italie et la
Grande-Bretagne sont prêtes à accéder au souhait des Américains. Selon le
premier ministre italien, Berlusconi, chaque pays doit prendre ses propres
responsabilités. Il ne discerne pas de rôle pour l’Union européenne, en
l’occurrence. Les Pays-Bas et l’Allemagne se sont opposés à cette vision des
choses. Le ministre De Hoop Scheffer a défendu le point de vue selon
lequel la Cour doit servir le droit international et risque d’être sapée dès
qu’on fait une exception pour certains pays. A l’issue de la réunion, il a
déclaré que les Pays-Bas ne concluraient ’jamais’ d’accord bilatéral avec les
Etats-Unis
. ’Nous sommes le pays hôte. Si nous nous accordions à ne pas
livrer de ressortissants américains à la Cour, cela signifierait effectivement
la fin de la Cour pénale’, a fait valoir De Hoop Scheffer."

"Les ministres
ont convenu que les juristes de l’Union se pencheront sur la question de savoir
si le Traité de fondation permet de conclure des accords bilatéraux avec les
Etats-Unis. Sur la base de leurs recommandations, les ministres prendront une
nouvelle décision le 30 septembre."

Le Trouw ,
à la une, ajoute que " l’Europe reste divisée sur une possible offensive
américaine contre l’Irak
". " L’Allemagne et la France s’opposent à une
offensive contre l’Irak, la Grande-Bretagne manifeste de la compréhension
."
"L’UE veut que les inspecteurs des Nations Unies soient admis
inconditionnellement en Irak, mais opte pour un rôle central des Nations Unies
dans ce conflit. Saddam doit prouver qu’il ne dispose pas d’armes de
destruction massive’, estime De Hoop Scheffer, qui dit ne pas être au courant
d’un projet d’offensive contre l’Irak
."

" Le ministre Jaap de Hoop Scheffer
n’avait encore jamais assisté à un Conseil Affaires générales
", souligne le
journal d’affaires Het Financieele Dagblad (p.6). "Vendredi, durant sa
première intervention, il a peut-être insisté un peu trop sur le fait que le
nouveau gouvernement néerlandais écoute la Deuxième Chambre
. Les Allemands
en ont conclu que la Chambre, dans les mois à venir, devra ’ratifier’ chaque
décision sur l’élargissement de l’Union et les Français ont carrément répondu
non
lorsqu’on leur a demandé s’ils avaient compris les remarques de De Hoop
Scheffer. Ses remarques ont en tout cas été interprétées comme un
durcissement de la position néerlandaise
."

"Le ministre a
été plus clair samedi. Les thèmes abordés alors étaient moins compliqués que
l’élargissement de l’UE. En outre, les Pays-Bas n’adoptent pas de position
minoritaire dans des questions comme le Moyen-Orient, l’Irak et la Cour pénale
internationale
. S’agissant de l’élargissement, les Pays-Bas, pour des
raisons historiques et politiques, sont en principe pour comme les autres, mais
les choses se compliquent parce qu’il aura de grandes conséquences financières
,
sur lesquelles les Pays-Bas, avec le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Suède,
adoptent une position minoritaire."

" Songez à une entreprise toute-puissante
qui contraint les entreprises plus petites de sa branche de passer outre aux
dispositions légales concernant la distorsion de concurrence et vous aurez une
bonne idée de ce que les Américains ont fait à l’Union européenne, concernant la
Cour pénale internationale
(CPI)", écrit l’éditorialiste du Trouw . Le
journal chrétien progressiste qualifie de "fadaise" l’affirmation de la
Grande-Bretagne et de l’Italie, selon laquelle un accord bilatéral n’aurait
aucune conséquence pour l’autorité et la juridiction de la Cour. "Car que vaudra
une telle cour pénale si certains s’engagent vis-à-vis des Etats-Unis à décliner
d’éventuelles demandes de la cour ? Plus rien, évidemment. Par rapport aux
idéaux avec lesquels 139 pays, y compris les Etats-Unis, se sont entendus à Rome
sur la formation de cette cour, une telle issue serait désastreuse. Il faut
espérer que l’Angleterre et l’Italie, en définitive, ne cèderont pas aux
pressions proches du chantage qu’exercent les Américains
."

"Le plus
étonnant est que les Américains montent la question en épingle au moment où ils
ont vraiment besoin de leurs alliés de l’OTAN, et donc de l’UE." "C’est un
mauvais présage pour l’avenir."

 

Actualité
internationale

 

Europe -
Etats-Unis

" La politique étrangère de la France ne
sera plus la même que durant la cohabitation avec les socialistes
", souligne
Henk Glimmerveen, le correspondant à Paris du journal haguenois Haagsche
Courant
, dans l’édition de vendredi soir. "Le président Chirac et son
ministre des Affaires étrangères, De Villepin, se sont entretenus longuement
avec les ambassadeurs français, cette semaine, et ils se sont entendus sur la
politique à suivre durant les années à venir."

" Le principal changement de cap semble
porter sur la relation avec les Etats-Unis et la politique européenne
. Chirac, lors d’un discours public aux ambassadeurs, a plaidé hier en faveur de
la nomination d’un ’ministre européen des Affaires étrangères’
qui doit
renforcer ’la crédibilité et l’efficacité’ de la politique étrangère de l’Union
européenne."

"Le piquant de la proposition de Chirac est
qu’elle n’est pas nouvelle. Exactement la même idée, y compris les noms des
intéressés, avait été formulée en octobre dernier par le ministre allemand des
Affaires étrangères, Joschka Fischer
. Mais à l’époque, le responsable
allemand s’adressait à des sourds, à Paris, personne ne voulant se prononcer sur
la question
." "Mais la défaite électorale des socialistes, cette année, a
bouleversé le paysage politique en France."

" Chirac est
beaucoup moins anti-américain que son prédécesseur Mitterrand
. Conformément
à ses conceptions gaullistes, Chirac s’efforce d’être un partenaire équilibré
des Etats-Unis. Un rival s’il le faut, mais un opposant qui veut être traité sur
un pied d’égalité." "Les plus grands censeurs du gouvernement Bush se trouvent
actuellement à Berlin, le chancelier Schröder en tête. C’est une situation
idéale pour Chirac. Alors que le chancelier fédéral condamnait encore vivement
une action américaine en Irak, le ministre De Villepin a parlé aux ambassadeurs
français de ’la dynamique, l’énergie et l’enthousiasme exceptionnel’ des
Américains, ainsi que de la nécessité d’aboutir à un ’nouveau partenariat
euro-atlantique’. Devinez qui devrait mener la barque au nom des Européens, dans
la nouvelle alliance."

 

Johannesburg

"Le week-end dernier, les négociations du
sommet de l’ONU à Johannesburg étaient encore dans l’impasse totale, rapporte le
Telegraaf (p.5). " Le premier ministre Balkenende, après son arrivée à
Johannesburg hier, a tenu un vigoureux plaidoyer en faveur d’une solution
rapide, afin de réduire l’énorme misère dans le monde
. La secrétaire d’Etat
Van Ardenne (Coopération) et son collègue Van Geel (Environnement) font un
’marathon’ à la conférence de l’ONU. Ils sont ballottés du matin au soir entre
la table de négociation et des dizaines de réunions sur l’énergie durable, la
biodiversité, la pauvreté, l’eau et tous les autres thèmes qui figurent sur
l’agenda du sommet de l’ONU."

" Van Ardenne
essaie de convaincre les partenaires européens d’investir dans un fonds mondial
de l’environnement
, le Global Environment Facility, qui s’attaque
aux problèmes d’environ-nement transfrontaliers
. Le gouvernement
néerlandais a dégagé à cet effet trois millions d’euros de plus, à côté des 90
millions déjà versés."

 

Actualité
intérieure

 

Suggestions
de la Liste Pim Fortuyn

" Le gouvernement, le jour de la
présentation du budget, proposera des projets concrets sur la base des
suggestions de renforcement de la politique des étrangers et de l’intégration
faites par le ministre Nawijn
(LPF)", annonce le Trouw de samedi, à
la une. "Le premier ministre Balkenende a démenti vendredi que les propos de
Nawijn soient des idées en l’air. C’est ce que Balkenende a déclaré à l’issue du
conseil des ministres, quelques heures après que la leader de l’opposition Van
Nieuwenhoven (PvdA) avait appelé Nawijn à ne plus lâcher de ballons d’essai. ’Le
gouvernement a convenu de traiter de façon ordonnée, le jour du budget, les
affaires abordées par Nawijn’, a déclaré Balkenende. ’Je ne m’irriterai jamais
des responsables qui participent au débat public. Ils doivent avoir cette
latitude, à condition qu’il y ait un rapport avec les intentions politiques
existantes et que cela ne rompe pas l’unité de la politique gouvernementale’."

"Balkenende
s’était vu contraint de se distancier du ministre plus tôt", rappelle le journal
chrétien progressiste, "en réaction à la proposition de Nawijn de retirer leur
passeport néerlandais aux jeunes délinquants ayant une double nationalité, afin
de pouvoir les expulser vers leur pays d’origine. Balkenende a répété vendredi
que cette idée était contraire à l’article de la Constitution disant que les
autorités traitent tous les Néerlandais de façon égalitaire" (également de
Volkskrant
p.2, Algemeen Dagblad p.5 de samedi).

Ce matin, le Trouw et le Volkskrant relèvent à la une l’intention du premier ministre d’instaurer une commission pour promouvoir la discussion sur les normes et valeurs .
L’enquête parlementaire sur la fraude dans le bâtiment montre l’importance d’une
telle discussion, selon Balkenende, qui se donne pour exemple le gouvernement
norvégien, lequel a instauré une "commission des valeurs humaines". "Je pense
qu’une telle commission peut aussi faire du bon travail dans notre pays", a-t-il
dit samedi, lors du Congrès social chrétien à Doorn. "Je veux étudier
sérieusement la question’."

Selon
Balkenende, il est grand temps que la politique retrouve une dimension morale.

" Les
derniers mois, nous avons vu des choses qui ne devraient pas être possibles dans
un Etat de droit normal
", explique Balkenende dans la brève interview
publiée par le Volkskrant . "Un meurtre politique et des menaces à
l’adresse de plusieurs hommes politiques et de gens du monde du football. Quand
on regarde les choses plus largement, on voit que beaucoup de jeunes recherchent
les limites de la culture de tolérance pour voir jusqu’où ils peuvent aller. Et
il y a aussi le sentiment d’insécurité croissant et le manque de respect pour
les autres."

 

Deuxième
Chambre

Le président de
la Deuxième Chambre, Weisglas (VVD), estime qu’il y a trop de députés qui ont
quitté la Chambre peu après les élections. Il a critiqué hier à la radio la
décision de sa collègue de parti Voûte et des PvdA Benschop et Herfkens,
notamment. Selon Weisglas, des personnes occupant une place aussi élevée sur la
liste de leur parti devraient ressentir l’obligation de siéger à la Deuxième
Chambre après avoir été élues ( Algemeen Dagblad p.3).

 

Economie,
Finances

 

Florin

Le Telegraaf (pp.1 et TA11) de
samedi, le Trouw (p.4) et l’ Algemeen Dagblad (p.21) de ce matin
constatent que les Néerlandais sont loin d’avoir accepté de tout cœur l’euro. Au
contraire, l’enthousiasme initial des consommateurs a fait place à la nostalgie
du florin. Ce sont surtout les hausses de prix, vraies ou supposées, qui ont
fait du tort à l’euro aux Pays-Bas. 44 % des personnes interrogées par
l’Institut national d’information budgétaire (Nibud) affirment maintenant que le
florin leur manque beaucoup, contre 38 % en avril. Le pourcentage de personnes
qui disent ne pas s’être converties "mentalement" à l’euro est passé de 12 en
avril à 21 % maintenant. Environ 10 % disent spontanément qu’il faut abandonner
l’euro. La reconnaissance des pièces est plus aisée qu’en avril : 36 % y sont
habitués, contre 21 % il y a quatre mois.

Il ne fait aucun doute pour les Néerlandais
que l’euro a rendu la vie plus chère : 98 % en sont convaincus. 84 % des
personnes interrogées reconvertissent les prix en florins pour juger de la
cherté des articles. Neuf personnes sur dix dans la catégorie des plus de 60 ans
le font, alors que presque un tiers des jeunes de moins de 20 ans ne pensent
plus qu’en euros.

Le seul
avantage qu’on reconnaisse à l’euro est qu’il n’est plus besoin de changer de
l’argent dans de nombreux pays de vacances. Mais cela n’a pas joué de rôle dans
le choix des destinations des vacanciers, cet été.

 

Affaires
françaises 

 

Fokke Obbema a
succédé à Martin Sommer comme correspondant du Volkskrant . Son premier
grand papier, dans l’édition de samedi (p.4), est intitulé "Raffarin explore les
limites du pouvoir". "Coincé entre l’Europe et la rue, le premier ministre
français choisit le trottoir." "Le dos tourné à l’Europe – une attitude que la
France partage avec d’autres pays européens. Mais simultanément, elle revendique
un rôle de leader en Europe, de préférence avec les Allemands." "Pour que le
moteur franco-allemand puisse redémarrer, il faut résoudre deux grands
problèmes : l’élargissement aux pays d’Europe de l’Est et la politique agricole.
L’attitude obstinée qu’adopte la France dès qu’on parle de l’agriculture ne
donne guère lieu d’espérer."

Dans l’ Algemeen Dagblad (p.6) de
samedi, Antoinette Reerink relève que d’anciens membres de la Brigade Rouge
craignent d’être extradés vers l’Italie.

Ce matin, elle
évoque l’université d’été du PS : "Les socialistes français évitent de faire des
choix" (p.7).

Sur le plan
touristique, le Trouw (p.27) de samedi s’intéresse aux domaines viticoles
de Bergerac repris par des étrangers, dont des Néerlandais, et le Volkskrant
(supplément Traject) présente le nouveau Walt Disney Studio Park, à
Paris.

Dans le domaine
de la culture, l’ Algemeen Dagblad note ce matin, à l’occasion de la vente
du bar-tabac "les Deux Moulins", que le film Amélie Poulain est toujours
à l’affiche aux Pays-Bas. La correspondante consacre par ailleurs un article au
Moulin Rouge, qui a détrôné le Lido, grâce, notamment, au film avec Nicole
Kidman.

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