Presse néerlandaise du lundi 20 septembre 2004

  • Trouw : "Il est curieux
    d’attendre le rétablissement de Balkenende", "Les partis radicaux gagnent du
    terrain dans l’Est de l’Allemagne"
  • de Volkskrant : "Les
    Allemands de l’Est se détournent de la CDU - Progression de l’extrême gauche
    et de l’extrême droite dans les deux länder", "Devant chaque tombe un enfant
    avec des fleurs"
  • De Telegraaf : "Chasse aux
    fonds terroristes - Le gouvernement veut un système de contrôle pour 140 000
    fondations", "La jeunesse émeut les vétérans - Impressionnante commémoration
    du soixantième anniversaire de la bataille d’Arnhem", "Un quart des Allemands
    de l’Est vote pour les communistes"
  • Algemeen Dagblad : "Des morts
    à cause des médecins inexpérimentés - Les équipes ne sont pas suffisamment
    entraînées pour les opérations compliquées", "Les alliées atterrissent sur la
    Ginkelse Heide", "Les Allemands votent pour les extrémistes"

 

* * *

 

 Le dossier du jour
 : Recul des pouvoirs publics

 

"Le recul
des pouvoirs publics est mal perçu", titre le Volkskrant de samedi au-dessus de
son grand article à la une. "La plupart des Néerlandais préfèrent de bons
équipements collectifs à un Etat qui encourage les citoyens à ’prendre davantage
de responsabilités’. C’est l’une des raisons pour lesquelles le gouvernement
Balkenende II est très impopulaire. 79 pour cent des Néerlandais estiment que le gouvernement ne fait pas
bien son travail. Seuls 20 pour cent
sont satisfaits du premier ministre Balkenende lui-même. C’est ce qui ressort 
d’un sondage du Volkskrant et du bureau Motivaction."

"Le
gouvernement Balkenende estime que les services publics doivent reculer et que
les citoyens doivent prendre ’davantage de responsabilités’. La majorité des
Néerlandais, 54 pour cent,
désapprouvent cette politique. 33 pour cent
sont pour, 13 pour cent n’ont pas
d’opinion. Les responsabilités personnelles sont plus populaires parmi les gens
de formation supérieure : 49 pour cent
des Néerlandais ayant une formation universitaire ou une formation
professionnelle supérieure jugent que c’est acceptable, contre 20
pour cent seulement des gens sans
formation supérieure."

"Il
ressort d’autre part de l’enquête que la plupart des citoyens préfèrent de bons
services publics à leurs ’propres responsabilités’. Ils sont contre la hausse
des droits d’inscription et la franchise dans les soins."

"Le rejet
du recul des pouvoirs publics est assez général, même parmi les groupes qui ont
voté CDA et LPF aux dernières élections. Seule la couche supérieure (l’électorat
du VVD et l’aile droite du CDA) applaudit à la politique du gouvernement."

"La plupart des citoyens s’opposent surtout vivement à la
prolongation de la semaine de travail
et au recul de la retraite. 78 pour cent
des Néerlandais sont contre les mesures touchant la préretraite et 75
pour cent sont contre la
semaine de travail de 40 heures pour
le même salaire. Le Néerlandais moyen estime que 60 ans est un âge convenable
pour prendre sa retraite."

Le détail de l’enquête de Motivaction figure en pages 13 et
14 du même Volkskrant.

 

Actualité
intérieure

 

Débat de politique générale

"Le débat
de politique générale à la Deuxième Chambre est différé à cause de l’infection
au pied du premier ministre", rappelle le Trouw à la une, ce matin. "C’est
curieux, car rien n’empêcherait le vice-premier ministre Zalm de le remplacer."
"Pourquoi ne défendrait-il pas la politique du gouvernement, mardi et mercredi
prochains ? Rien ne s’y oppose du point de vue constitutionnel. Au contraire, il
serait conforme au caractère collégial de notre forme de gouvernement que Zalm
assure le remplacement du premier ministre."

"Les
derniers jours, le ministre libéral a déjà repris des tâches du premier
ministre, de concert avec le deuxième vice-premier ministre, le ministre De
Graaf. C’est ainsi qu’il a reçu jeudi le président intérimaire irakien et qu’il
a présidé le conseil des ministres vendredi. Le remplacement du premier
ministre, et celui de tous les autres ministres, est réglé dans un protocole qui
est public."

"Le fait
qu’on ait néanmoins décidé de reporter le débat de politique générale indique
qu’il s’est créé une grande distance entre la règle formelle et la pratique
politique. Le premier ministre néerlandais ressemble de plus en plus à un chef
de gouvernement, ou du moins il dépasse de plus en plus le statut de primus
inter pares, de premier parmi ses égaux, que le gouvernement collégial lui
accorde. Dans cette perspective, on pourrait même conclure que Balkenende,
depuis son lit d’hôpital, a trouvé moyen, sciemment ou non, de renforcer le
poids spécifique de la fonction de premier ministre."

"Lorsque le président de la Chambre, Weisglas, a sondé
vendredi les présidents de groupe parlementaire sur la procédure à suivre si
Balkenende était absent cette semaine, l’état du premier ministre ne paraissait
pas encore très grave et il semblait pratique de reporter le débat d’une
semaine." "Mais maintenant qu’il semble que Balkenende soit neutralisé pour
assez longtemps, l’opinion de la Deuxième Chambre peut changer et Zalm peut être
tout de même appelé à le remplacer."

"Demain sera le Prinsjesdag [fête de la présentation du
budget] le plus bizarre que nous ayons connu depuis des années", remarque le
Financieele Dagblad (p.8) à ce propos, dans sa rubrique "La Haye cette semaine".
"La Note des Millions tout entière est déjà connue en raison de fuites et le
débat de politique générale à la Deuxième Chambre a été reporté sine die pour
cause de maladie du premier ministre. Ce qui reste, c’est la pompe du
Prinsjesdag même : le parcours en carrosse de la Reine et la parade des chapeaux
dans la Salle des Chevaliers, où les deux Chambres des Etats Généraux entrent
formellement en réunion commune."

 

Identité néerlandaise

Le
Telegraaf (p.25) de samedi s’interroge sur la préservation de l’identité
néerlandaise dans une Union européenne de vingt-cinq Etats membres et de 450
millions d’habitants. "Notre identité, avec ses traditions particulières et ses
symboles archihollandais, ne se perdra-t-elle pas totalement dans ce grand tout
et la langue néerlandaise restera-t-elle le grand ciment de la nation ? Les
scientifiques spécialisés dans le domaine de notre culture et de notre caractère
voient l’avenir avec optimisme."

"Le récent
élargissement de l’Union européenne à de nombreux nouveaux Etats membres a eu
une influence plutôt positive que négative sur la préservation de l’identité
néerlandaise", retient le journal populaire d’un entretien avec le professeur
Gerard Rooijakkers (Université d’Amsterdam). "Du fait de la globalisation, la
vie quotidienne en Europe présente de plus en plus de points communs, mais
simultanément nous ressentons le besoin d’agrandir énormément les petites
différences qui nous distinguent de l’étranger. Cela se manifeste par la
popularité inouïe de la Maison Royale."

Le premier
ministre Jan Peter Balkenende, dans le cadre de la présidence néerlandaise de
l’UE élargie, recherche surtout l’âme européenne, rappelle le journal. "Mais
c’est une utopie de croire qu’il y aura jamais une véritable identité européenne
à la place des identités nationales", fait valoir Hans Bennis, directeur de
l’Institut Meertens d’Amsterdam, qui s’occupe de recherche sur la langue et la
culture néerlandaises. "Maintenant que les frontières disparaissent de plus en
plus dans une Europe unifiée, nous nous accrochons justement à notre langue.
C’est l’instrument le plus fort pour donner forme à notre identité. En acceptant
que l’anglais subjugue le néerlandais, nous romprions abruptement les liens avec
un passé dont nous sommes justement si fiers. Un passé avec Rembrandt, Vermeer,
le Siècle d’Or et les explorateurs néerlandais. Personne ne veut cela et c’est
pourquoi la langue se maintiendra sans peine, en dépit de l’introduction de
beaucoup de mots anglais, surtout. Cette influence n’est pas préoccupante."
"L’attachement à la langue néerlandaise s’est énormément approfondi les vingt
dernières années, de même que la sympathie pour la Maison Royale. Avant, la
musique pop se composait exclusivement de textes anglais. Mais des groupes
typiquement néerlandais comme Normaal, de Kast, Bløf et Rowwen Hèze ont provoqué
une énorme percée et sont devenus très populaires."

L’identité
des Pays-Bas en l’an 2004 est celle d’un peuple travailleur et pragmatique qui
embrasse la Maison Royale, est en délire quand le onze orange gagne, un peuple
qui a sanctifié la Saint-Nicolas comme autre grande fête nationale et qui est
traditionnellement très tolérant. Un peuple qui a aussi des points de vue très
particuliers concernant l’avortement et l’euthanasie. Mais selon l’ethnologue
Herman Roodenburg (Institut Meertens), "il est impossible de définir de façon
précise l’identité néerlandaise". "Il y a trop d’idées et de groupes d’individus
différents et l’image change constamment. C’est une sorte de jeu de société avec
des étiquettes et des symboles qui ne nous apprennent pas grand-chose." "Notre
prétendue identité est plutôt un argument de vente utile pour le commerce ou
pour la classe politique."

En dépit des énormes changements sociaux, les Pays-Bas
garderont leur place dans le monde et l’orange restera la couleur nationale,
conclut le journal à grand tirage. "Et peut-être est-il bon de s’arrêter à cet
égard aux paroles du regretté prince Claus : ’Je ressens trois identités : une
néerlandaise, une européenne et une de citoyen du monde’."

 

Economie,
Finances

 

Pouvoir
d’achat

"Plus de
la moitié (56 pour cent) des ménages
ayant un revenu moyen (1 200 - 2 000 euros nets) a du mal à finir le mois",
relève le Trouw (p.2). "C’est le cas de 45
pour cent des ménages sans enfants. C’est ce qui ressort d’un sondage
effectué par le bureau Intomart auprès de 750 ménages néerlandais, pour le
compte du programme télévisé Netwerk."

"Ce sont
surtout les ménages avec des enfants qui indiquent qu’ils manquent d’argent pour
beaucoup de choses. Ainsi, 35 pour cent
de ces familles font des économies sur des denrées alimentaires comme le
fromage, les fruits ou les légumes. Plus de la moitié des ménages avec des
enfants est régulièrement dans le rouge à la banque, et un parent sur trois dort
mal à cause de la situation financière. Pour les ménages sans enfants, ce
chiffre est de 22 pour cent."

"Deux
parents sur trois trouvent qu’ils n’ont pas assez d’argent pour les vacances et
82 pour cent vont moins au cinéma ou
au restaurant. Beaucoup de parents économisent aussi sur les biens et les
activités des enfants. Plus d’un quart dit ne pas avoir assez d’argent pour les
vêtements et les loisirs des enfants (club de sport, école de musique) et pour
leur argent de poche."

"Il
ressort aussi du sondage qu’une très grande majorité des revenus moyens a le
sentiment que le gouvernement n’est pas sensible à ses soucis financiers.
Quelque 85 pour cent des personnes
interrogées se sentent méconnus du gouvernement. 87
pour cent des ménages ayant des
enfants estiment que le gouvernement ne manifeste ’aucun intérêt’ pour la
situation financière des revenus moyens."

 

Travailleurs étrangers

Le
ministre des Affaires économiques Laurens-Jan Brinkhorst (D66) souhaite un
assouplissement des règles concernant la main-d’œuvre étrangère, surtout
lorsqu’il s’agit de personnels de formation supérieure. C’est ce qu’il a déclaré
samedi, lors d’une réunion de la fondation UAF, qui soutient les réfugiés
étudiants. Selon le directeur de l’UAF, Kees Bleichrodt, il y a "énormément de
talent" inexploité parmi les réfugiés. "Parmi les réfugiés étudiants que nous
soutenons, 72 ont terminé une formation médicale. La durée moyenne des études
dans ce groupe est de trois ans et demi, alors que le Néerlandais moyen y passe
six ou sept ans. Ce sont les médecins les moins chers des Pays-Bas."

Beaucoup
de réfugiés qui font des études de médecine aux Pays-Bas étaient déjà diplômés
dans leur pays d’origine, mais les Pays-Bas ne reconnaissent pas leur diplôme.

En définitive, Brinkhorst veut en arriver au "modèle
greencard" américain, de sorte que les autorités, pour accorder un permis de
séjour, partent de la question : dans quels corps de métiers nous faut-il des
personnels supplémentaires ? (Het Financieele Dagblad p.1, Trouw pp.1 et 3).

 

Affaires françaises 

 

Tous les journaux de samedi ont évoqué de façon très
factuelle l’accord de Noordwijk sur les battle groups et la gendarmerie
européenne (en soulignant qu’il s’agit d’une initiative française).

Le cahier économique du NRC Handelsblad (pp.23 et 25) du
week-end contient un entretien très technique avec le PDG d’Air France - KLM,
Jean-Cyril Spinetta, à propos de son entreprise, de l’alliance SkyTeam et
d’Alitalia. La nouvelle combinaison franco-néerlandaise a pris un bon départ,
constate Spinetta. "Je considère cela comme un encouragement."

Ce matin, l’Algemeen Dagblad (p.5) suit l’affaire des
journalistes otages en Irak et résume l’actualité de ce pays : "’Les otages
français filment la résistance’".

Sur le
plan culturel, on retiendra une présentation du musée du Louvre dans le NRC Handelsblad
(p.25) de vendredi soir et un entretien avec Frédéric Beigbeder sur son dernier
livre, Windows on the World, dans le Financieele Dagblad (p.23) de samedi.

Dernière modification : 04/10/2004

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