Presse néerlandaise du lundi 21 mars 2011

- Trouw (chrétien progressiste) : Fumée au-dessus de la maison de Kadhafi.

- De Volkskrant (centre gauche) : Kadhafi défie les bombes.

- AD Haagsche Courant (indépendant populaire) : Les bombes n’ont pas encore d’effet.

- De Telegraaf (populaire) : La défense aérienne de Kadhafi est K.O.

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ACTUALITÉ INTERNATIONALE

Libye

« Sarkozy et Cameron leaders du monde libre » (Telegraaf p.8), « Sarkozy soudain en tête de l’action » (Volkskrant p.6), « Nicolas Sarkozy, le héros de Benghazi » (Trouw p.3) : la presse de ce matin relève, à l’instar du Volkskrant, le rôle joué par la diplomatie française sur le dossier libyen, où « en 36 heures, les leaders mondiaux ont été convaincus de se rendre à Paris pour discuter de la façon de s’attaquer à Kadhafi. Selon le Premier ministre belge Yves Leterme, ‘il est clair que la France est leader sur les actions militaires dans l’espace aérien libyen’. Le secrétaire général des Nations Unies, Ban-Ki Moon, fait lui aussi l’éloge du leadership français. (…) Le Premier ministre néerlandais, M. Rutte, a expliqué que ‘si l’OTAN fait appel aux Pays-Bas, nous sommes prêts à apporter une contribution’, tout en précisant que le gouvernement devrait demander l’approbation de la Deuxième Chambre ». Le Volkskrant de samedi 19 mars précise que le chef du gouvernement néerlandais qualifie la résolution du Conseil de sécurité de « décision claire. (…) La situation est si sérieuse que nous avons toujours été favorables à une résolution des Nations Unies. C’est une forme de civilisation et d’aide au développement que d’intervenir ». Selon le ministre des Affaires étrangères, M. Rosenthal, « Quand on a dit A il faut aussi savoir dire B », même s’il ne peut encore préciser quelle forme pourrait prendre la contribution néerlandaise. Le ministre de la Défense, M.Hillen, a souligné la nécessité de faire preuve de prudence : « L’annonce d’un engagement militaire est généralement accueillie dans la joie et l’enthousiasme et puis quand on y est réellement, on se fait siffler. Il faut bien savoir ce que l’on fait ». Pour le député libéral Han ten Broeke, c’est « une bonne chose » qu’une zone d’interdiction aérienne soit instaurée, « mais il ne va pas de soi que l’on doive regarder en premier lieu vers les Pays-Bas ». Les syndicats militaires « se montrent réservés. Une intervention militaire en Libye est difficilement concevable dans la perspective des projets d’économies qui affectent la Défense et de la prochaine mission à Kunduz ». Toutefois, selon M. Rutte, « la décision sur les économies est totalement indépendante de la décision concernant une mission néerlandaise. Lui-même, Hillen et Rosenthal soulignent que l’étape suivante dépendra des souhaits exprimés par l’OTAN ». En France, relève ce matin le Volkskrant, « le soutien au gouvernement est pratiquement unanime. De l’extrême gauche à la droite, on trouve que la France se doit d’aider la Libye ». Ce journal a notamment retenu des explications du ministre des Affaires étrangères, M. Juppé (…), que « nous voulons permettre au peuple libyen de choisir son propre avenir ». L’éditorialiste du Volkskrant insiste lui aussi sur « la nécessité, pour la coalition, d’éviter de prendre partie et de se trouver entraînée dans une impasse : il faut anéantir le plus vite possible la force de destruction de Kadhafi. (…) Moins l’opération durera longtemps, mieux cela vaudra. Le reste est l’affaire des Libyens ». Selon le correspondant du Trouw, « Comme dans des crises antérieures – Géorgie, banques- la méthode Sarkozy se fait remarquer par un mélange d’opportunisme, d’audace et de force de conviction. (…) Ce succès diplomatique semble tomber du ciel. Le ‘héros de Benghazi’ s’est peut-être trouvé une bouée de secours alors que ses résultats dans les sondages sont au plus bas et que selon de nombreux commentateurs, il pourrait même ne pas franchir le cap du premier tour à l’élection présidentielle de l’an prochain ». Le Financieele Dagblad estime que « La guerre en Libye donne à Sarkozy l’opportunité de briller dans son rôle favori de gestionnaire de crise. (…) En 2008, lors de la présidence française de l’UE, Sarkozy avait déjà montré qu’il savait bien profiter des périodes de crise et samedi, il a confirmé son rôle de leader de la coalition internationale en organisant une rencontre à l’Elysée. (..) Les médias français, souvent critiques à l’égard du Président, ont fait l’éloge de sa sobriété de ton. (…) Pour Sarkozy, l’enjeu libyen est plus important que pour les autres leaders internationaux. (…) Avec le succès du lobbying français en faveur d’une résolution des Nations Unies à New-York – aussi dû à l’expérience du ministre des Affaires Etrangères, l’ancien Premier ministre Alain Juppé, la France redore son blason également aux Etats-Unis ». Le Telegraaf note pour sa part que le chef du gouvernement britannique, M. Cameron, « à la veille d’importantes élections régionales et locales, a besoin de retrouver une popularité entamée par les mesures d’économies prévues par son gouvernement. (…) Pour la première fois depuis dix ans, les Français et les Britanniques sont étroitement unis. Ces deux pays ont des projets d’intensification de leur coopération militaire (…) et l’opération en Libye est considérée comme un bon test ».

Dans ce contexte, on signalera, dans l’AD de samedi, une interview du Premier ministre, M. Rutte, sous le titre « Internationalement, les Pays-Bas sont obligés de participer ».

Lutte contre la piraterie

Sous le titre « Toujours plus de pirates, mais les armateurs ont les mains vides », le Trouw de samedi (p7) consacre un article aux difficultés que rencontrent les armateurs néerlandais dans les régions où les pirates sont actifs. Jusqu’à présent, les navires sous pavillon néerlandais n’avaient pas la permission de prendre à bord des agents de sécurité privés armés. « Cela fait maintenant trois ans que nous parlons avec les autorités et nous entendons toujours les mêmes arguments » : les armateurs commencent à perdre patience. Le ministre de la Défense, M. Hillen, annoncera le mois prochain si cette interdiction sera abolie ou assouplie. Le comité consultatif sur les questions internationales a conseillé au gouvernement de permettre la présence d’agents de sécurité privés armés à condition qu’ils travaillent pour des sociétés homologuées, par crainte de situations irrégulières. Les capitaines, ainsi que les armateurs, préfèrent des fusiliers marins ou des militaires bien formés. La présidente de l’association des armateurs néerlandais (KVNR), Mme Netelenbos, réagit à cette situation en déclarant que si une solution tarde trop longtemps, les navires circuleront sous un autre pavillon afin de ne pas être obligés de se conformer à la loi néerlandaise. Le Telegraaf de ce matin (p5) signale à ce sujet que le député VVD (libéral), M. Ten Broeke, exige que le gouvernement envoie, à titre permanent, les deux navires de patrouille qui seront bientôt livrés en direction de la Somalie. Les commandos à leur bord pourraient ensuite transiter à bord des navires marchands.


ACTUALITÉ INTÉRIEURE

Défense

Revenant sur la question des militaires néerlandais détenus quelques jours en Libye à l’issue d’une tentative manquée d’évacuation, le Volkskrant signale ce matin que « Le Premier ministre, M. Rutte, conscient des tensions entre les ministères de la Défense et des Affaires étrangères, a décidé de prendre cette affaire en main. (…) La Deuxième Chambre doit recevoir une lettre d’ici mardi. (…) Il n’est pas certain qu’il y ait un débat dès cette semaine. M. Rutte prévoit de partir mercredi pour Bruxelles, où l’on doit parler des problèmes financiers de l’UE. Les partis gouvernementaux attachent beaucoup d’importance à sa présence à Bruxelles ».


LA FRANCE DANS LA PRESSE NÉERLANDAISE

Interview de Mme Christine Lagarde

« La meilleure ministre d’Europe », titre le Volkskrant à la une pour annoncer l’interview de la ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie publiée en pp. 16-17 : « Serrer les dents et garder le sourire, telle est ma devise ». Après avoir évoqué la réputation internationale de la ministre (Guardian, Time, Financial Times), le correspondant du Volkskrant dresse un portrait de Mme Lagarde qu’il présente notamment comme « un apôtre de l’Europe. (…) ‘L’Europe et la zone Euro nous ont permis de vaincre un certain nombre de nos vieux démons. La France apporte le message universel des Lumières du 18ème siècle, l’Allemagne apporte un cadre et une méthodologie, mais elle respecte l’approche cartésienne des Français, nous nous complétons. Je suis désespérément optimiste. Parce que c’est une bonne méthode et parce qu’il y a des raisons d’être optimistes. Nous allions de crise en catastrophe à une grande vitesse. Mais l’an dernier, l’emploi a redémarré et cette tendance se poursuit en 2011. On n’entend plus les entreprises se plaindre sur les dividendes et les cours des actions. Il y a donc de bonnes raisons de croire que la crise est derrière nous. Il faut augmenter la capacité de production des entreprises et investir dans la recherche. Ce sont des ingrédients cruciaux’. (…) Concernant le G20, Mme Lagarde fait remarquer que ‘les Pays-Bas n’étaient déjà pas à Séoul. Un quart du G20 est européen. On nous le reproche. Les pays émergents disent : nous sommes maintenant le moteur de la croissance économique, nous voulons une voix plus importante. C’est pourquoi Sarkozy a par exemple choisi l’Ethiopie et, en tant que Présidente de l’Union africaine, la Guinée Equatoriale. Nous organisons des comptes-rendus dans le cadre européen’ ».

Élections cantonales

Le Volkskrant évoque les résultats du premier tour des élections cantonales sous le titre « Socialistes et FN vainqueurs des cantonales » (p.23).

A SIGNALER

- Fonds d’urgence européen : sous le titre « CPB, le gouvernement est trop optimiste », le Trouw de samedi (p.14) expose les positions divergentes du ministre des Finances, M. de Jager, et du CPB selon lequel « Les pays européens, et donc également les Pays-Bas, ne devraient pas demander aux pays européens comme la Grèce et l’Irlande de rembourser intégralement leur dette ».

- Aide au développement : dans une interview accordée au Volkskrant de samedi, le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, M. Ben Knapen, rappelle que « ce que nous faisons dans ces pays doit aussi être utile pour nous ». Il doit tenir compte « d’un soutien moins important de l’opinion publique ». Les Pays-Bas vont se concentrer sur 15 pays (au lieu de plus de 30) et sur 4 thèmes (p.12).

- Affaires étrangères : le chef de la diplomatie néerlandaise, M. Rosenthal, explique dans le Volkskrant (p. 13)sa politique de nominations : « Les jeunes diplomates ont un autre regard sur le monde. (…) Si récemment encore un ambassadeur devait avoir une cinquantaine d’années, Rosenthal ose nommer à ce poste des gens dès la fin de la trentaine et des femmes ».

Cette revue de presse ne prétend pas à l’exhaustivité et ne reflète que des commentaires ou analyses parus dans la presse néerlandaise, qui n’engagent en rien le point de vue propre de l’ambassade de France aux Pays-Bas.

Dernière modification : 21/03/2011

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