Presse néerlandaise du lundi 23 janvier 2012

Trouw (chrétien progressiste) : Job Cohen sort de sa coquille.

De Volkskrant (centre gauche) : Les Républicains en colère sont à la dérive [Etats-Unis].

AD Haagsche Courant (indépendant populaire) : Prestation mondiale [tour du monde à la voile de Laura Dekker].

De Telegraaf (populaire) : Les fans de football casés dans des petites chambres d’étudiants [Coupe d’Europe de Football 2012 en Ukraine].

Het Financieele Dagblad : Le Limbourg veut avoir son ‘Westland’ [zone d’agriculture et d’horticulture].

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ACTUALITE INTERIEURE

Les média ont suivi avec beaucoup d’attention les deux grands congrès politiques du week-end, celui du parti-chrétien-démocrate CDA qui se tenait samedi à Maarsen (près d’Utrecht) et celui du parti travailliste PvdA, samedi et dimanche à Bois-le-Duc. Ces deux partis « ont été au centre du pouvoir pendant des décennies, explique le Volkskrant, mais le centre leur échappe, ils baissent dans les sondages au profit du SP et du PVV, qui sont devenus respectivement premier et troisième parti du pays. Le CDA et le PvdA font tout pour retrouver leur ancienne position. Ils se ressourcent ».

Congrès du CDA

« L’esprit CDA est revenu » (Volkskrant), « Nouveau langage » (Telegraaf), « Le CDA doute et ouvre la voie vers l’avenir » (Trouw), « La nouvelle voie du CDA demande de la souplesse » (AD) : à l’exception du Trouw, la presse a généralement le sentiment que le CDA « resserre les rangs » (AD, Telegraaf) et « a su trouver un nouveau langage pour exprimer ses valeurs traditionnelles (Financieele Dagblad, Telegraaf). Le Trouw rappelle toutefois que le CDA est placé devant la difficile tâche de « rendre le parti à ses électeurs tout en assumant ses responsabilités de partenaire de coalition ». Mais, juge-t-il, « un pas important a été franchi, qui n’est pas seulement symbolique. Le CDA, pour reprendre les termes de la présidente Ruth Peetoom, a retrouvé sa place ».

Dans une interview accordée au Financieele Dagblad, le président du groupe parlementaire, M. van Haersma Buma, reconnaît que « depuis huit ans, le CDA n’était plus très reconnaissable. (…) Le rapport présenté samedi au congrès exprime des divergences par rapport à l’accord de gouvernement. Il ne peut en être autrement dans un système de coalition où il faut faire des concessions. Ce rapport ne nous commande pas de tout changer à partir de mardi prochain. Il présente des repères pour l’avenir. Le parti doit encore se prononcer [en juin] sur les orientations qu’il propose. (…) Je ne vais pas dévoiler mes cartes et vous dire sur quels points le CDA est prêt à faire des concessions dans les prochaines négociations de coalition. A priori, il ne doit pas y avoir de tabou. (…) Je n’ai jamais dit que nous voulions gouverner pour retrouver nos électeurs. Le CDA n’est pas une organisation qui se fixe pour objectif le sondage du dimanche. S’engager en politique, cela veut dire que l’on veut réaliser un programme. Nous avons un bon programme de gouvernement, qui comporte beaucoup d’éléments du CDA. Nous l’appliquons, les électeurs pourront juger en 2015 ».

Pour l’éditorialiste du Trouw, « La première chose dont avait besoin la direction du CDA, samedi, c’était d’un accueil chaleureux. Ruth Peetoom voulait inaugurer l’année en offrant un nouveau départ à son parti. Le rapport du Bureau Stratégique est parvenu à recréer un sentiment stimulant de cohésion. La présidente a clairement indiqué que le CDA est en pleine transformation tout en restant loyal à la coalition. Elle est parvenue à saisir les faibles signes de vie qui existaient encore au CDA. Celui-ci peut lui en être reconnaissant ». L’éditorialiste du Volkskrant, sous le titre « Les élections sont encore loin », constate que « dans la vie politique, plus que les mots, ce sont les images qui comptent. Et de ce point de vue, le congrès du CDA, samedi, est une réussite. Les ‘dissidents’ étaient là et avaient retrouvé le sourire, (...) Maxime Verhagen a eu droit à des compliments. L’unité semble revenir, le CDA ose regarder vers l’avenir. (…) Mais quel avenir ? Dans l’opposition, les spéculations vont bon train : le mouvement au sein du CDA serait une mauvaise nouvelle pour la coalition, la perspective de nouvelles mesures d’austérité permettrait difficilement au VVD, au CDA et au PVV de se retrouver sur une même ligne (…). Pourtant, il y a peu de signes qui confirment ces attentes. Le CDA a retrouvé sa fierté, mais ses dirigeants ne sont pas encore prêts à affronter des élections. Le VVD ne veut pas d’élections tant qu’il ne pourra pas prouver aux électeurs que les mesures d’austérité ont permis de faire redémarrer l’économie. Et le PVV est en chute libre dans les sondages. Depuis dimanche, il faut y ajouter la perspective inquiétante que partagent ces trois partis : le risque que le SP soit le plus grand parti. Rutte, Verhagen et Wilders pourraient bien se soutenir plus longtemps que ne le souhaitent Cohen et Roemer ». Le Financieele dagblad se demande si « le retour de l’unité, sur l’arrière-plan des divisions qui ont toujours marqué le parti Chrétien démocrate, sera effectif. On ne pourra espérer un retour électoral du CDA que lorsque celui-ci pourra réellement afficher l’unité. Cela ne rend guère optimiste pour la direction du pays, au moment où l’autre grand parti du centre, le PvdA, est lui aussi davantage préoccupé de ses propres problèmes que de ceux du pays ».

Congrès du PvdA

Les média ont retenu deux points forts du congrès de Bois-le-Duc. Le député Hans Spekman, dont la candidature au poste de président du PvdA avait recueilli une forte majorité à l’issue d’un vote interne, s’est vu confirmer dans ses fonctions par le congrès. Le président du groupe parlementaire, Job Cohen, est « sorti de sa coquille ». Il a « vivement critiqué le Premier ministre Mark Rutte » (AD). « Il claqué la porte et n’apporte plus son soutien à la coalition minoritaire. (…) On aurait dit que le chef de file du PvdA trouvait enfin les mots que son électorat attend depuis longtemps. Ils lui ont valu une longue ovation. (…) Le nouveau tandem (Président/ chef de file du parti) représente la volonté du PvdA d’être un large parti : Cohen pour les intellectuels, Spekman pour les quartiers populaires »(Volkskrant). Le Trouw estime également qu’ils « constituent un duo équilibré : Cohen pour la réflexion, Spekman pour l’émotion ». Le Telegraaf estime pour sa part que « Les membres du PvdA se rassemblent avec le courage du désespoir derrière leur leader Job Cohen ». Dans ce contexte, le Volkskrant note que « Lodewijk Asscher [échevin aux Finances, aux Affaires économiques, à l’Education, la Jeunesse et l’Intégration à Amsterdam] est considéré par une majorité de dirigeants locaux et provinciaux du PvdA comme le meilleur chef de file pour les prochaines élections ».

Analyse de l’électorat néerlandais

Le Volkskrant, rend compte d’une enquête réalisée par des politologues de l’Université d’Amsterdam auprès des 55.000 participants du forum d’opinion du programme d’actualités EenVandaag. Il en ressort que les électeurs ne sont pas fidèles à un parti mais à leurs propres idées. Tout en restant dans le bloc de gauche ou le bloc de droite, ils flottent entre deux ou trois partis qui sont proches de leur opinion. « Les fluctuations fortes au sein de la politique néerlandaise ne seraient pas dues à un manque de confiance dans la politique. Selon les enquêteurs, ces flottements ne traduisent pas une crise de la démocratie, mais plutôt une crise des partis établis qui, de ce fait, ne peuvent plus compter sur un électorat stable. » Le Volkskrant précise que « depuis 1994, les élections néerlandaises sont les plus capricieuses de l’Europe occidentale. Ce sondage toutefois, montre que les électeurs ne choisissent pas au hasard. Les électeurs de droite font le plus souvent un choix entre le VVD (libéral), le PVV (parti de Geert Wilders) et le CDA (chrétien-démocrate), alors que les électeurs de gauche préfèrent le PvdA (travailliste), GroenLinks (Verts) ou le SP (gauche radicale). 55% des personnes ont déjà changé de parti mais seulement 12% ont voté pour un parti de l’autre bloc. Le D66 (démocrate-libéral) est le seul parti à attirer des électeurs de gauche comme de droite. Et le PVV et le SP échangent des électeurs. » Tom van der Meer, professeur de politologie à l’Université d’Amsterdam, explique qu’il est de plus en plus difficile de former une coalition : « les partis sont obligés de se profiler plus clairement. Ce qui est difficile. Si, par exemple, le PvdA choisit une orientation trop à gauche, il perd des électeurs au D66. S’il devient trop libéral, il perd des électeurs au SP. (…) Le changement de choix s’effectue au sein de toutes les couches de la population, mais un groupe est plus versatile que les autres : celui avec un niveau d’études moyen, qui se laisse influencer plus facilement par les incidents du moment. L’électorat faiblement diplômé ne change pas beaucoup d’opinion parce qu’il n’est pas intéressé par la politique. Les personnes qui ont suivi des études supérieures sont les plus stables ».

Sondage

Le Volkskrant relève les résultats du dernier sondage de l’institut Maurice de Hond, d’où il ressort que le SP serait actuellement le plus grand parti avec 32 sièges sur 150 (17 de plus que ce dont il dispose actuellement à la Deuxième Chambre). Le quotidien précise que « depuis décembre 2011, le SP a gagné 7 sièges dans les sondages alors que le parti de Geert Wilders en a perdu 7. Ce dernier obtiendrait 20 sièges, son score le plus bas depuis l’installation du nouveau gouvernement en octobre 2010. Le parti avait perdu 3 sièges après les remarques de Geert Wilders sur les cheveux couverts d’un foulard de la Reine Beatrix dans la mosquée d’Abu Dhabi. Le chef de file du SP, Emile Roemer, estime toutefois que ce n’est pas la seule raison de la baisse du PVV dans les sondages : ‘Je pense que les gens se rendent compte des conséquences de leur choix de coalition. Ils constatent que Wilders ne tient pas ses promesses électorales’. » Le Volkskrant note que le sondage « vient trop tôt pour refléter les effets de la nouvelle orientation stratégique du CDA et de la décision du PvdA d’intensifier l’opposition au gouvernement Rutte. Le CDA reste à 12 sièges dans le sondage et le PvdA à 17. Le VVD perd 1 siège et est crédité actuellement de 30 sièges. Le D66 se stabilise à 16 sièges, 6 de plus que ce dont ce parti dispose à la Deuxième Chambre. »

LA FRANCE DANS LA PRESSE NEERLANDAISE

- Le Financieele Dagblad et le Trouw évoquent le discours de François Hollande et retiennent notamment ses critiques à l’encontre du monde de la finance.
- Le Volkskrant de samedi annonce la mort de quatre soldats français en Afghanistan, tués par un soldat afghan.
- Le Volkskrant de ce matin évoque la relation franco-turque « empoisonnée par la proposition de loi sur le génocide ».

A SIGNALER

Rabbin et homosexualité
Le Volkskrant note que le comité américain de la « Declaration on the Torah Approach to Homosexuality », dans un e-mail adressé à ce journal, qualifie la suspension du rabbin [Aryeh Ralbag] par la communauté juive d’Amsterdam de « presque fasciste ». Sa porte-parole, Mme Susie Rosentbluth, estime qu’il est privé de sa liberté de penser ». [RdP du 17/1/2012]

Agence de notation européenne
Le Financieele Dagblad, le Trouw et le Telegraaf évoquent le projet du Bureau-Conseil allemand Roland Berger de créer une agence de notation européenne dont le siège sera probablement installé à Amsterdam. Le Trouw retient que « La Commission européenne soutient le projet ». Le Telegraaf précise qu’ « Une trentaine d’investisseurs institutionnels auraient déjà manifesté leur intérêt, parmi lesquels des banques, des assureurs et des bourses de toute l’Europe. Vers la fin de cette année, les premières notations de pays pourraient déjà être attribuées, et début 2013, les premières notations bancaires. »

Cette revue de presse ne prétend pas à l’exhaustivité et ne reflète que des commentaires ou analyses parus dans la presse néerlandaise, qui n’engagent en rien le point de vue propre de l’ambassade de France aux Pays-Bas.

Dernière modification : 23/01/2012

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