Presse néerlandaise du lundi 24 juin 2002

Le Trouw et le Volkskrant
font leur manchette sur le sommet européen de Séville, tandis que la presse à
grand tirage s’intéresse davantage à l’actualité internationale et à
l’entretien du réseau routier néerlandais.

Le sport est également très présent à la une ce matin, avec le
placement en demi-finales de la Corée du Sud et de la Turquie et de la victoire
au tournoi de tennis sur gazon de Rosmalen du Limbourgeois Sjeng Schalken, qui a
battu hier le Français Arnaud Clément.

Trouw  : "Le président français triomphe aussi en
Europe", "Un arbitrage injuste donne le coup de grâce au
Mondial", "Al Qaeda : la direction se porte bien"

de Volkskrant
 : "Kok a vu l’UE s’intégrer lentement, mais sûrement", La LPF avait
proposé le leadership au frère de Fortuyn", ’Hiddink délivré du spectre
du penalty"

Algemeen Dagblad
 : "Al Qaeda apparaît partout maintenant – Le Canada arrête un
terroriste de Rotterdam", "Les
Coréens et les Turcs en liesse après la victoire
"

De Telegraaf
 : "Les routes seront un immense bouchon cet été – Chaos à cause des
travaux", "Les Pays-Bas sous le charme de : Notre Guus et nos
Turcs", "La fermeture du ’Fort Europe’ commence"

* * *

Le dossier du jour Sommet européen de Séville

" Le président français
Chirac est de retour sur la scène politique
", remarque Frans Kool à
la un du Trouw , depuis Séville.
"Avec quelque aide des Suédois, il a déboulonné au sommet européen de Séville
les projets visant à retirer une partie de l’aide au développement aux pays
pauvres qui ne coopèrent pas à la limitation de l’immigration illégale."

"Le chef d’Etat français a triomphé. Les dernières années, il avait toujours dû s’entendre avec son
premier ministre socialiste et rival Jospin. La France ne pouvait pas montrer le
poing parce qu’elle était divisée
. Mais grâce à ses récentes victoires
électorales, Chirac n’a pas eu à partager le podium à Séville." Les
autres chefs de gouvernement ont remarqué la différence. Beaucoup d’entre eux
étaient choqués par le vent de droite qui souffle dans l’UE, plaçant
l’immigration en tête de l’ordre du jour. Mais Chirac n’a pas voulu céder à
la tentation de dire quelque chose de fort sur l’immigration, comme les premiers
ministres britannique et espagnol. Il ne voulait pas mettre en jeu la bonne
relation avec les anciens territoires français d’Afrique." " Grâce à l’intervention ferme de Chirac, l’Union européenne a gardé
le cap qu’elle avait pris elle-même en 1999, à Tampere (Finlande). Un cap que
la Commission européenne a par la suite élaboré et qui devrait mener à terme
à l’harmonisation de la politique européenne d’asile et d’immigration, sans préjudice
pour les droits de l’homme et le droit d’asile
. A Tampere, les pays de l’UE
avaient en outre reconnu que l’Europe devait être sensible aux causes des
migrations, comme la pauvreté. Finalement, ’Séville’ s’est aussi prononcé en
faveur de l’aide aux pays pauvres pour endiguer l’immigration, plutôt qu’en
faveur de sanctions."

"Les autres mesures sur laquelle l’UE s’est accordée durant le
week-end, en matière d’asile et d’immigration, 
sont la plupart des confirmations d’accords déjà intervenus avant, ou
comportent de nouvelles dates limites pour des projets dont la date limite était
déjà dépassée. Même si les documents
de Séville ne sont pas particulièrement originaux et s’ils sont en partie
destinés à la galerie, ils ne sont pas nécessairement sans valeur
. L’UE
devra frapper le même fer pendant longtemps encore, avant qu’il y ait une
politique d’asile et d’immigration véritablement harmonisée. Séville
est un nouveau pas en avant dans une voie dont tout le monde sait qu’elle sera
longue
."

"Chirac avait encore d’autres cordes à
son arc, à Séville. Il a su élargir les accords entre les pays de la zone
euro sur la fin du déficit budgétaire en 2004. Et il a fait comprendre qu’il
n’était pas partisan de la réforme de la coûteuse politique agricole commune.
Dans la perspective de l’élargissement, dont on décidera cette année, divers
pays d’Europe, dont les Pays-Bas, veulent en limiter drastiquement le coût. Séville
n’était qu’un avant-goût de la fermeté que Chirac ose montrer en Europe
."

" A Séville, les leaders de
l’UE ont pris des mesures très affaiblies contre l’immigration illégale
",
relève le Volkskrant dans son
analyse à la une. " Mais la
conclusion que l’intégration européenne ne se fera jamais n’est pas justifiée
.
Le premier ministre Kok a vu beaucoup de
choses changer au fil des sommets de l’UE
. Je suis un éternel optimiste s’agissant de l’Europe, car elle est
incassable’
, a déclaré le premier ministre Kok à Séville. Kok : ’Parfois
les choses vont lentement, parfois on a l’impression d’être à l’arrêt ou même
de faire marche arrière, mais en définitive on découvre une ligne droite,
celle du renforcement de la coopération’."

"Kok a joué son rôle dans le processus d’intégration. J’espère
avoir pu laisser moi aussi une petite empreinte’
, a-t-il dit. Il l’a
indubitablement fait, le respect que ses collègues avaient pour lui n’était
pas des moindres." "Les diplomates se servent constamment des mêmes
qualificatifs : Kok était souvent modérateur et recherchait la plupart du
temps le consensus, exactement comme il le faisait dans la politique néerlandaise.
Les étrangers qualifient également ses erreurs de typiquement néerlandaises :
il avait tendance à surestimer le rôle des Pays-Bas (prenez le sommet de Nice)
et à méconnaître le rôle des émotions en politique (prenez ses querelles
avec Chirac). La raison et le pragmatisme n’apportent pas toujours la meilleure
solution."

" On
n’ajoutera pas spontanément Kok à la galerie des visionnaires comme Kohl et
Mitterrand, mais il a été utile à sa manière, et en Europe les Pays-Bas ne
peuvent guère faire plus que se rendre utiles
."

" Les chefs d’Etat et de
gouvernement européens prévoient d’ores et déjà que les négociations
finales sur les conditions financières de l’élargissement de l’Union européenne
prendront du retard, cet automne
", rapporte le journal d’affaires Het
Financieele Dagblad
à la une. "L’établissement définitif de ces
conditions est programmé pour octobre, lors d’un sommet informel à Bruxelles,
mais il sera peut-être reporté à début novembre. C’est ce qui ressort du
document final du sommet de Séville. Un important point de litige est la
politique agricole commune." "Le premier ministre Kok a déclaré à
l’issue du sommet qu’il ne sera ’pas facile’ de s’accorder sur la politique
agricole. Selon lui, il y va de la pérennité de cette politique. ’C’est
pourquoi nous devons en tenir compte maintenant dans les négociations d’adhésion
et faire d’une pierre deux coups’."

 

Commentaires

" L’Union européenne, dans
la perspective du sommet de Séville, s’était laissé entraîner dans un débat
passionné sur la manière de mettre fin aux courants de migrants
",
note l’éditorialiste du Trouw .
"Comment arrêter les gens et les renvoyer, parce qu’ils n’ont rien à
chercher dans la prospère Europe, où ils ne sont que source de nuisances
 ?" " Mais l’Europe a de nouveau
les pieds sur terre
, comme on a pu le voir à Séville." " L’Union européenne restera hospitalière pour tous ceux qui cherchent
un refuge. On essaiera par des mesures douces de maîtriser du mieux les
courants de migration
."

" La
cause du problème reste évidemment la pauvreté et la répartition déséquilibrée
de la prospérité dans le monde
." "C’est contre ce problème que
l’Union européenne doit lutter. Et contre les trafiquants d’êtres humains, qui
profitent d’une façon scandaleuse de cette différence entre riches et
pauvres."

Pour le commentateur du Volkskrant ,
" il est clair qu’il n’y a
pratiquement plus d’enthousiasme, d’idée commune concernant l’avenir, dans
presque tous les domaines
". " La
réaction ’nationaliste’ au problème de l’immigration et la discussion sur l’élargissement
sont les symptômes d’une Europe à la recherche de son identité
."

" C’est
à juste titre qu’on a rejeté l’idée d’arrêter l’aide aux pays qui ne coopèrent
pas au rapatriement des clandestins
. Le
plaidoyer du président français Chirac en faveur de l’ouverture des frontières
aux produits des pays pauvres était nettement plus sympathique, même si cette
idée est déjà aussi vieille que l’aide au développement
. Pas plus que la
population des villes ne voit d’un bon œil l’arrivée des immigrés, pas plus
les paysans européens n’applaudiront au renforcement de la concurrence du Tiers
Monde. Ces deux questions réclament du
leadership et c’est précisément ce qui manque en Europe à l’heure actuelle
."

" L’UE manque de leadership ",
titre l’ Algemeen Dagblad au-dessus de
son éditorial. "Il manque un pays ou un groupe de pays qui puisse prendre
l’initiative d’un processus décisionnel dynamique. L’axe Allemagne - France a été le cheval de trait de l’Europe pendant
des décennies
. Ensemble, ces deux pays déterminaient en grande partie le
parcours de l’Europe. Leur coopération était à son apogée sous les
gouvernements du chancelier Schmidt et du président Giscard d’Estaing, et sous
ceux du chancelier Kohl et du président Mitterrand. Il ne reste plus
grand-chose de l’unanimité de naguère."

" Il s’est avéré dès la
semaine qui a précédé le sommet de deux jours en Espagne que l’Allemagne et
la France divergeaient d’opinion sur nombre de questions
. Le président
Chirac avait demandé à l’UE la permission d’interpréter avec souplesse les
accords sur la discipline budgétaire nationale. Le chancelier Schröder ne
voulait pas en entendre parler. Dans la perspective de l’élargissement de
l’Union, l’Allemagne, de son côté, veut réformer rapidement la politique
agricole européenne. La France fait obstruction. A la suite de l’Espagne et de
la Grande-Bretagne, l’Allemagne exige des sanctions contre les pays qui ne
reprennent pas leurs immigrés clandestins. La France dit ’non’."

" Ce désaccord bilatéral
paralyse l’Union européenne, au moment même où des questions brûlantes se
posent
, telles que l’élargissement, la réforme de l’Union dans le domaine
administratif et politique, que tout le monde juge indispensable, et la lutte
contre l’immigration illégale que réclament les électeurs."

"Le sommet de Séville a aussi montré
qu’il n’y a pas d’alternative à l’axe franco-allemand comme cheval de trait de
l’UE." "Avec trois présidences moins dynamiques en perspective - le
Danemark à partir du 1er juillet, la Grèce et l’Italie en 2003 – il
est crucial que les ’vieilles’ grandes puissances de l’UE, l’Allemagne et la
France, conjuguent de nouveau leurs efforts en vue d’un leadership énergique
.
Après les élections en Allemagne, en septembre, il faudra en effet prendre
rapidement des décisions difficiles dans l’UE."

 

Actualité internationale
Pays-Bas
– Israël

" Le nombre de volontaires néerlandais
qui, par solidarité, travaillent sur des bases militaires israéliennes
augmente fortement
", selon l’ Algemeen Dagblad (pp.1 et 2). "Alors qu’en 1998, un peu plus de
60 Néerlandais étaient partis, ils sont déjà 65 après six mois, cette année.
En 2001, plus de 100 Néerlandais ont rejoint l’armée israélienne. Ce sont
surtout des volontaires protestants et juifs qui vont en Israël pour six
semaines en moyenne, déclare le président du bureau amstellodamien de Sar-El,
Arpels Lezer. Cette fondation assure la médiation dans le monde entier entre
Israël et les civils qui veulent travailler dans l’armée ou les hôpitaux israéliens."
"Au total, il s’agit d’environ 10 000 personnes par an qui passent par
son organisation, à l’échelle mondiale."

"Les vacances de travail dans les
kibboutzim, par contre, souffrent d’un désintérêt croissant, remarque Sar-El.
Le CIDI, le Centre d’information et de documentation sur Israël, confirme cette
tendance."

 

Actualité
intérieure

PvdA

" Le PvdA a omis de mobiliser
les mécontents
" retient le Volkskrant (p.2) de samedi d’un entretien avec le secrétaire d’Etat démissionnaire Wouter Bos
(Finances)
. " La situation dans
laquelle se trouve le PvdA est peut-être beaucoup plus grave qu’on le pense
.
n’était pas une brusque exception .
La tendance était négative depuis des
années
.’ Wouter Bos résume : les électeurs partent à la dérive, se détournent
de plus en plus des partis traditionnels, s’adressent en masse à des personalités
charismatiques qui gagnent la bataille dans les mass-media avec des partis ad
hoc. ’Nous, les socialistes, avons beaucoup de mal à nous faire à cette
situation. Nous voulons que tout le monde regarde Nova, et pas Barend & Van
Dorp
ou le Soundmixshow et encore
moins qu’on s’y produise. Le socialisme a quelque chose de calviniste’."

" Nous
avons perdu notre position de parti à idées intéressantes
, surtout vis-à-vis
du SP. Nous devons récupérer un million d’électeurs qui nous faisaient encore
confiance il y a quatre ans. Ils n’ont pas brusquement viré à droite ou 
sont devenus racistes, seulement ils ne savaient plus où ils en étaient
avec nous." "Nous devrons nous réinventer. Je
suis convaincu que de grands groupes sont toujours sensibles aux valeurs
sociales-démocrates classiques : l’émancipation, l’égalité des chances,
la démocratie, une répartition équitable de la prospérité
."

Liste
Pim Fortuyn

Mat
Herben, le chef de file de la Liste Pim Fortuyn, n’exclut pas que son parti, à
terme, se dissolve ou qu’il fusionne avec un autre parti
. C’est ce que Herben a déclaré samedi, dans
des entretiens avec l’agence de presse GPD et le Telegraaf . Herben pense que son parti durera environ huit ans.
"Mat", cite Herben de la bouche de feu Pim Fortuyn, "dans huit
ans mon effet aura cessé. Je serai alors récupéré."

Herben ne nomme pas de partenaire de fusion,
mais beaucoup d’électeurs de la
LPF viennent du VVD et l’ancien sénateur libéral Hans Wiegel a déjà fait
allusion à une ou deux reprises à une fusion avec la LPF. D’autres éminents
membres du VVD ont une autre opinion. "Je reconnais qu’il est apparu durant
la formation de gouvernement que nous sommes souvent d’accord, mais il est niais
de parler de fusion en ce moment. La LPF n’existe que depuis peu. Il faut
d’abord qu’elle montre de quoi elle est capable", a déclaré le député
libéral Nicolaï hier, sur les ondes de Radio 1. Le candidat à la Deuxième
Chambre Visser, ancien conseiller de l’ex-leader Dijkstal, a déclaré de son côté
 : "Le VVD est un parti fort avec un bon programme. Je ne le vois pas
fusionner" ( Algemeen Dagblad
p.3, De Telegraaf p.3, Trouw p.4).

Economie, Finances
KPN

Environ la moitié des 2 700 employés de KPN qui ont perdu leur
emploi à la suite du dégraissage de l’an dernier en ont retrouvé un. Un
porte-parole de l’entreprise de télécommunications l’a confirmé samedi. KPN
aide ses anciens employés à trouver du travail par le biais de "magasins
de mobilité"liésà quelques bureaux de travail temporaire. Les
personnes licenciées ont également bénéficié d’une formation spéciale
mettant l’accent sur leurs qualités et leurs employeurs potentiels.

Beaucoup d’anciens employés de KPN sont entrés
dans la fonction publique ou ont trouvé un emploi dans d’autres entreprises du
secteur des télécommunications. KPN prévoit qu’à la fin de l’année environ
85 % des employés licenciés auront trouvé un nouvel emploi ( de
Volkskrant
p.6 et autres).

 

Affaires
françaises 

Le Telegraaf
(p.11) de samedi évoque le "surprenant come-back politique" d’Alain
Juppé, sous le titre "Juppé a tout pour lui, sauf sa popularité".
"L’homme qui a personnellement proposé Jean-Pierre Raffarin comme nouveau
premier ministre est désormais considéré dans les milieux politiques comme le
vice-président officieux de la France."

Dans le Volkskrant
(p.3T) de samedi, Martin Sommer continue sa série d’articles d’adieux à la
France, le long de l’ancien Méridien zéro, et Bert Vuijsje présente les cafés
de jazz de Paris.

 

A
signaler :

Une interview du commissaire européen
Bolkestein, qui constate "une hostilité croissante vis-à-vis de
Bruxelles, à mesure que l’intégration européenne progresse". "Nous
disons que nous voulons être plus proches des citoyens, écouter davantage les
gens, mis peut-être entendrons-nous alors des choses qui ne sont pas si agréables"
( de Volkskrant de samedi p.15).

Une interview du commissaire de police
rotterdamois Henk Jansen, qui impute la montée de la criminalité organisée,
souvent d’origine allochtone, aux administrateurs de gauche et à la direction
de la police. "La gauche ne voulait pas croire que les gens sont parfois
mauvais, et que certaines gens sont très mauvais." "L’approche douce
des années soixante-dix, le déni de la criminalité organisée dans les années
quatre-vingts et l’introduction d’idées dépassées dans les années
quatre-vingt-dix ont créé un certain climat. Fortuyn en a profité" ( NRC Handelsblad
de samedi pp.1 et 23).

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