Presse néerlandaise du lundi 25 juin 2007

Le Volkskrant a permuté aujourd’hui ses cahiers et présente en premier un supplément intitulé "L’état du pays : les sexes". "La position sociale de la femme est un thème abordé de toutes sortes de façons depuis de nombreuses années", écrit la philosophe du droit Dorien Pessers. "La deuxième vague d’émancipation a causé une évolution qui ne s’est pas encore cristallisée. Nous débattons toujours de la question de savoir jusqu’où doit aller l’indépendance économique des femmes et de la question de savoir quelle attitude adopter vis-à-vis de la femme-objet. A en juger par leurs réactions, c’est un thème qui passionne beaucoup de lecteurs et lectrices du Volkskrant."

de Volkskrant (centre gauche) : "Pas de visions, mais de l’euroréalisme - Partisans et adversaires de la Constitution européenne concluent un accord avec un sentiment de gueule de bois", "Bonus financier en cas d’achat en ligne de médicaments", "L’OTAN reconnaît ses défaillances en Afghanistan"
Trouw (chrétien progressiste) : "L’école reste responsable des élèves handicapés", "La coalition fête le traité de l’UE, l’opposition bougonne"
De Telegraaf (populaire) : "Réhabilitation des écoles professionnelles - Formation de compagnon technique", "Du champagne pour Foppe" (football)
AD Haagsche Courant (indépendant populaire) : "Le nouveau traité européen reçoit un accueil tiède - Balkenende : ’Justice a été faite aux citoyens néerlandais’"

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LE DOSSIER DU JOUR :Traité européen

"Pas de Constitution, pas de drapeau européen, pas d’hymne, pas de ministre des Affaires étrangères de l’UE, pas d’influence européenne sur les corporations locatives et les retraites", a écrit le Telegraaf à la une de son édition d’hier. "Mais un ’carton orange’ pour les parlements nationaux, de sorte qu’ils aient plus d’influence sur la politique de ’Bruxelles’. Le premier ministre Balkenende s’est montré très satisfait de ce résultat, samedi."
"Balkenende estime qu’il est beaucoup trop tôt pour discuter d’un deuxième référendum et laisse percer qu’il ne sera pas nécessaire : ’Les Pays-Bas ont obtenu les fortes modifications qu’ils voulaient. La Constitution n’existe plus et l’Europe ne deviendra pas un super-Etat’."
"Chaque virgule a été pesée", souligne le premier ministre dans un entretien avec Marijn Jongsma et Ronald Veerman. "Parfois il s’agissait d’un tout petit mot. Tout cela en sachant que la Pologne, par un veto, pouvait tirer la nappe sous l’accord tout entier." "C’était un processus très imprévisible, qui a débouché sur une journée pleine de mouvements de va-et-vient."
Du président français Nicolas Sarkozy, "nouveau sur la scène européenne", le premier ministre néerlandais dit : "Extrêmement actif !"
La chancelière fédérale Angela Merkel a bien joué le jeu selon Balkenende. "Angela savait exactement ce qu’elle devait faire. Durant notre entretien personnel, vendredi matin, je lui ai dit : Si nous n’y arrivons pas maintenant, qui nous garantit que cela marchera la prochaine fois ?

"La coalition se réjouit du résultat obtenu à Bruxelles et veut éviter que ceux qui ont voté non ne le détournent", écrit le Trouw de ce matin à la une. "Il n’est donc pas certain qu’il y aura un référendum."
"Samedi matin à cinq heures, trente-six heures après le début du sommet, le premier ministre Balkenende sortait des épuisantes négociations. Mais le premier ministre néerlandais était radieux. ’C’est un résultat dont nous pouvons être très satisfaits’, dit-il. ’Nous pouvons rentrer la tête haute. Ce n’est pas un fade compromis, mais un traité qui est meilleur. Sans prétentions, mais avec de l’ambition. Le chapitre de la Constitution est clos. C’est exactement ce que la population néerlandaise nous avait demandé’."
"Les partenaires de coalition se sont ralliés par la suite au chef de file du CDA. ’Je défendrai pleinement ce résultat’, a déclaré le leader PvdA et vice-premier ministre Bos. ’L’Europe ne deviendra pas un super-Etat. Et elle sera plus sociale.’ Le vice-premier ministre Rouvoet (ChristenUnie) ne voit pas de raison non plus de dire ’non’. En 2005, il avait encore voté contre la Constitution européenne."
"L’opposition a fait entendre un tout autre son de cloche. Le SP et le PVV (Wilders) ont réagi négativement. Selon Wilders, Balkenende a bradé les intérêts néerlandais. Néanmoins, le SP se réjouit du fait qu’il n’y aura pas de Constitution. Mais il trouve que les Pays-Bas ont renoncé à leur droit de veto dans un certain nombre de domaines. Le PVV et le SP veulent maintenant le plus vite possible un référendum, dans l’espoir que la population dira non comme en 2005. Le VVD veut d’abord un ’compte rendu détaillé’ avant de se prononcer sur un référendum."
"La coalition CDA-PvdA-ChristenUnie, divisée sur ce point, a décidé en guise de compromis que le gouvernement prendra d’abord l’avis du Conseil d’Etat sur le texte du traité, avant de décider s’il y aura ou non un référendum. Il faudra au moins trois mois pour élaborer ce texte. Le PvdA, l’un des initiateurs du précédent référendum, veut en tout cas éviter que les adversaires résolus comme le SP et le PVV n’incitent déjà la population à voter contre. ’Les partisans doivent s’approprier cet accord’, a dit le président du groupe PvdA, Tichelaar."

"Le premier ministre Balkenende était content", poursuit le journal chrétien progressiste en page 2. "Il a obtenu pratiquement tout ce qu’il souhaitait. Son principal souhait était que la Constitution, avec ses passages parfois grandiloquents, soit balayée de la table. Il y aura maintenant un traité juridique sobre, qui modifie article par article les précédents traités, qui resteront en vigueur."
"La Charte des droits fondamentaux européens ne figurera plus dans le nouveau texte. Les droits eux-mêmes seront déclarés en vigueur (sauf pour les Britanniques). Par ailleurs les Pays-Bas ont obtenu la garantie qu’ils resteront ’le maître’, comme l’a formulé Balkenende, des services publics tels que les soins et le logement social."
"Les Pays-Bas n’ont pas réussi à faire incorporer dans le traité les exigences posées aux membres aspirants de l’UE, car cela aurait eu pour résultat indésirable que la Cour européenne de Justice, qui contrôle le respect des traités, ait son mot à dire sur les nouvelles adhésions."

"Quand on regarde les contours du nouveau traité, on est forcé de constater que même les chefs d’Etat et de gouvernement se contentent parfois de peu", remarque Frans Dijkstra depuis Bruxelles, dans un deuxième article. "Les Pays-Bas, avec l’Angleterre, ont sorti les symboles du texte, de même que la Charte des droits fondamentaux, mais le drapeau européen, l’hymne et les droits fondamentaux n’en existeront pas moins. Le président français Sarkozy a obtenu que la ’libre concurrence’, que tant de Français redoutent, disparaisse de l’introduction. Mais au grand soulagement du Britannique Blair, cette concurrence est mentionnée dans treize autres passages du texte. C’était un curieux renversement de rôles : Blair, le socialiste, défendait la libre concurrence contre le libéral de droite Sarkozy, qui recherche la protection sociale."

Commentaires
"Après les veto des populations française et néerlandaise, la Constitution était dans le coma", rappelle l’éditorialiste du Trouw. "La Grande-Bretagne, la Pologne et la Tchéquie ont pris plaisir à donner encore quelques coups de pied au patient à l’agonie. La Pologne, notamment, s’est conduite de façon scandaleuse en faisant référence aux morts de la guerre qui donneraient à ce pays le droit de bénéficier de davantage de voix. Et les Pays-Bas voulaient surtout moins d’allure constitutionnelle."
"Et ils ont eu moins. C’est ainsi que le traité est devenu plus mince par suite d’interventions cosmétiques - comme le remplacement de la Charte par une référence juridiquement contraignante, ce qui revient au même. La pondération des voix peu démocratique qui fait qu’un citoyen polonais compte beaucoup plus qu’un citoyen allemand subsistera jusqu’en 2014 et peut-être même au-delà. Les personnes qui doivent donner un visage à l’UE s’appelleront autrement. Le drapeau et l’hymne ont disparu et les Britanniques pourront se soustraire à certaines règles européennes."
"Il est honteux que les leaders de l’UE - y compris ceux des Pays-Bas - essaient aussi manifestement de dissiper l’inquiétude injustifiée des citoyens avec des mesures cosmétiques qui ne font que rendre l’UE encore plus floue."
"Les Pays-Bas n’ont certainement pas à être fiers des pas en arrière faits à Bruxelles."

Pour le Volkskrant, "si la politique est l’art du faisable, le sommet européen qui s’est achevé dans la nuit de vendredi à samedi peut être considéré comme un événement artistique de grande classe". "Le résultat de ce sommet est indéniablement décevant pour ceux qui chérissent l’idéal d’une Europe fédérale." "Le premier ministre belge partant, Verhofstadt, s’en est fait l’interprète en critiquant vivement les Etats membres - dont les Pays-Bas, un pays du Benelux - qui dressent selon lui une barrière contre la poursuite de l’intégration européenne. C’est exagéré, mais le fait est que ce sommet a gelé pour le moment l’idéal du fédéralisme européen."
"Pour le gouvernement néerlandais, c’est un bon résultat qui fait honneur au premier ministre Balkenende, au ministre Verhagen et, surtout, à l’énergique secrétaire d’Etat Timmermans." "La plupart des souhaits néerlandais ont été honorés. Cela ne signifie évidemment pas que le projet de traité modificatif prend brusquement une autre direction que la Constitution. Ce n’est pas possible et ce n’est pas du tout nécessaire. Les éléments fondamentaux de la Constitution restent intacts, mais les modifications sont telles qu’on peut dire à juste titre : le non néerlandais d’il y a deux ans a fait son effet. Il serait à l’honneur de l’opposition qu’elle fasse preuve d’une certaine appréciation."
"Hélas, deux adversaires acharnés de l’époque, le SP et Geert Wilders et son club, ont d’emblée adopté une position déviante. Cela n’est pas étonnant de la part du PVV, mais dans le cas du SP, qui veut être plus qu’un parti protestataire, c’est décevant."

"Plus personne ne peut affirmer maintenant que sur la base des accords de l’UE il se formera un super-Etat dans lequel notre pays jouera un rôle subordonné", fait valoir le commentateur du Telegraaf, dans l’édition de dimanche. "Il n’est donc pas nécessaire de soumettre les nouveaux accords à un référendum. L’argument de la précédente consultation de la population était le caractère radical de la Constitution. Cette raison n’existe plus."
"Il convient d’ajouter que les Pays-Bas, du point de vue politique, ne peuvent pas s’opposer une deuxième fois à un nouveau traité. Ils se placeraient de facto hors de l’UE. En tout cas, ils ne seraient plus considérés comme un partenaire sérieux. Etant donné qu’en définitive personne ne veut cela, il n’y a pas lieu de créer la possibilité de rejeter le nouveau traité par voie référendaire."

Le journal d’affaires Het Financieele Dagblad estime que "le résultat obtenu samedi manque nettement de transparence, de sorte que l’Union européenne, hélas, ne devient pas plus compréhensible pour les citoyens."
"Le gouvernement Balkenende sollicitera l’avis du Conseil d’Etat sur le nouveau traité. En 2003, le fait que la Constitution européenne rendait contraignante la Charte des droits fondamentaux a été pour le plus haut organe consultatif du gouvernement une raison cruciale de conseiller d’organiser un référendum. Si le Conseil d’Etat reste de cet avis - et on voit mal pourquoi il ne le ferait pas - il sera difficile pour le gouvernement d’éviter un référendum. Il n’est donc pas certain, pour le moment, que le nouveau traité européen entrera en vigueur."

De l’avis du rédacteur en chef adjoint de l’Algemeen Dagblad, Dick van der Meer, "il suffit que les parlements nationaux se prononcent sur le traité".

AFFAIRES FRANÇAISES

Le Telegraaf de samedi, dans son cahier touristique, évoque les hôtels, logis et chambres d’hôtes tenus par des Néerlandais en France. La Néerlandaise Dagmar Jeurissen a publié un guide présentant cent de ces adresses.

Le même Telegraaf évoque en rubrique financière la stratégie d’expansion d’Air France-KLM. 

Ce matin, le Telegraaf (p.7) mentionne la réouverture au public de la Galerie des Glaces de Versailles, après trois ans de rénovation.

A signaler :

Une enquête du bureau "Motivaction" sur la mentalité néerlandaise (de Volkskrant de samedi, pp.1 et cahier Kennis). "Les Pays-Bas deviennent plus modérés. L’ouverture vis-à-vis des allochtones a augmenté et se trouve de nouveau au niveau de 1997, avant Pim Fortuyn."

Dernière modification : 07/12/2009

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