Presse néerlandaise du lundi 27 janvier 2003

Les grands titres à la une sont d’un intérêt
inégal ce matin. Du côté de la presse populaire, l’Algemeen Dagblad
suit la question irakienne dans une synthèse de correspondances de Davos et
Bagdad et le Telegraaf annonce que des poursuites seront engagées contre
l’ancien maire adjoint de Wageningen, pour avoir prévenu l’association Vereniging
Milieu Offensief
de l’arrestation de Volkert van der G., le meurtrier de Pim
Fortuyn. Le Trouw et le Volkskrant affichent leur préférence respective pour
l’enseignement et l’histoire, le premier s’inquiétant du budget des écoles
primaires, le second anticipant sur les conclusions de la commission d’enquête
parlementaire sur le drame de Srebrenica.
L’ensemble de la presse se fait par
ailleurs l’écho des réactions aux propos sur l’islam tenus par Ayaan Hirsi Ali
dans un entretien avec le Trouw de
samedi.

Algemeen
Dagblad
 : "Les Etats-Unis ne jugent pas nécessaire
l’approbation de l’ONU – Powell : La guerre contre l’Irak peut aussi se faire
sans le soutien du Conseil de Sécurité", "Grande offensive israélienne
dans la bande de Gaza", "Les déclarations de Hirsi Ali divisent le
VVD"

de
Volkskrant
 : "Couzy est le bouc émissaire pour
la Chambre – La commission sur Srebrenica porte un jugement dur",
"Les Irakiens, tendus, cherchent à se distraire" (correspondance de
Bagdad), "Les musulmans : le VVD doit se prononcer sur Hirsi Ali"

Trouw
 : "Les écoles primaires redoutent leur indépendance", "Mahomet
était un homme complexe, mais était-il violent ?", "’Report de la décision
sur la guerre contre l’Irak’"

De
Telegraaf
 : "Un tuyauteur poursuivi dans
l’affaire Volkert – L’ex- maire adjoint
avait violé le secret professionnel
", "Powell : les Etats-Unis
sont prêts pour le pire" 

 

Le dossier du jour
 : Irak

" La
Deuxième Chambre veut un débat d’urgence avec le gouvernement Balkenende sur
l’attitude de l’Europe vis-à-vis de l’Irak et le refus néerlandais de
rejoindre la marine britannique, qui fait actuellement route vers le Golfe
",
relève le Volkskrant (pp.1 et 3) ce
matin. "La demande est motivée par le débat qui s’est engagé entre
l’Europe et les Etats-Unis sur les déclarations du ministre américain de la Défense,
Rumsfeld, qui fait une différence entre la vieille Europe, l’Allemagne et la
France, et le reste. Ces deux pays sont contre une intervention en Irak."

" Le
résultat des élections rend nécessaire une attitude plus critique du
gouvernement concernant sa politique étrangère’, déclare la leader GroenLinks
Femke Halsema
. Le député PvdA Bert Koenders soutient sa demande. Le député
VVD Jozias van Aartsen est prêt à ’en débattre de jour comme de nuit’. Le
député D66 Thom de Graaf veut savoir quelle position les Pays-Bas adoptent
vis-à-vis de l’axe critique franco-allemand
."

"La Deuxième Chambre loue le
gouvernement néerlandais pour ne pas avoir accédé, à la fin de l’année
dernière, à la demande britannique d’envoyer des centaines de fusiliers marins
et un navire amphibie dans le Golfe Persique, pour effectuer un éventuel débarquement
en Irak."

"L’ancien
ministre VVD des Affaires étrangères estime aussi que le gouvernement a bien
fait. Accéder à la demande britannique aurait placé les Pays-Bas hors du
mandat qui était d’accroître la pression sur l’Irak."

"Le ministre britannique de la Défense,
Hoon, a exprimé sa déception dans une lette à son homologue néerlandais Kamp",
précise le Trouw (p.4). Le navire
qui aurait dû se rendre dans le Golfe pour des manœuvres communes avec les
Britanniques se trouvait dans un bassin pour entretien.

"On
suppose que les Pays-Bas ont refusé pour éviter de donner l’impression qu’ils
se préparaient avec les Britanniques pour l’invasion de l’Irak. La question n’a
jamais été débattue en conseil des ministres, mais les ministres concernés,
De Hoop Scheffer et Kamp, étaient au courant."

" Un
débat sur l’Irak est souhaitable
", estimait l’éditorialiste de l’ Algemeen
Dagblad
de samedi, faisant écho à la suggestion de Femke Halsema. "Il
y a plusieurs raisons de tenir au plus vite un tel débat. Tout d’abord le cap
suivi par le gouvernement démissionnaire était passablement controversé, bien
que les partis gouvernementaux l’aient soutenu."

"Maintenant que les élections sont
passées, il importe encore plus que le gouvernement démissionnaire prête
l’oreille à la Deuxième Chambre. Il
n’est pas pensable que les Pays-Bas s’engagent internationalement avant que le
gouvernement n’ait soigneusement déterminé ses limites politiques en la matièr
e.
La majorité parlementaire des partis qui
soutenaient la coalition avant sa chute ne suffit pas, dans ces conditions, pour
accepter des aventures militaires
."

" La
réserve s’impose d’autant plus que Washington tient des propos qu’on écoute
avec inquiétude en Europe
." "Le ministre américain de la Défense
Rumsfeld va même jusqu’à qualifier des alliés comme la France et l’Allemagne
d’à peine pertinents. Selon ce ministre, ces pays font partie de la ’vieille
Europe’, alors que les pays qui ont récemment adhéré à l’OTAN forment à ses
yeux la nouvelle Europe."

" Ce
genre de déclarations provocatrices ne fait pas de bien aux relations entre les
Etats-Unis et l’Europe
. Elles font
indubitablement l’affaire de Saddam Hussein
. Car
ce ne sont plus ses armes de destruction massive supposées qui sont au centre
du débat, mais le fossé qui se creuse entre des pays qui disent avoir tant de
valeurs en commun
."

 

Actualité
internationale

Union européenne

"C’est en
grandes pompes que la France et l’Allemagne ont fêté cette semaine le quarantième
anniversaire de leur coopération et souligné leur rôle de pionniers dans
l’unification de l’Europe", écrit le commentateur du Volkskrant
de samedi. "Les festivités au Palais de Versailles étaient
impressionnantes, mais elles présentaient les choses sont un jour
flatteur."

" A
partir du moment où Chirac et Schröder ont repris les rênes du couple
Mitterrand-Kohl, l’attelage franco-allemand n’a pratiquement plus réussi à
faire avancer l’intégration européenne
. Cela va un peu mieux les derniers
temps, on présente de nouveau des propositions communes. Mais contrairement à
leurs prédécesseurs le duo de leaders
actuel n’a ni la stature ni la vision nécessaires pour entamer un nouveau grand
projet européen comparable à l’introduction de l’euro
. La proposition
d’une Europe avec deux présidents n’est pas un vrai compromis, mais deux idées
collées ensemble."

"Non seulement l’axe franco-allemand
s’est assoupi, mais il s’est aussi créé une coalition alternative entre Blair,
Berlusconi et Aznar. Ce trio est grosso modo pro-américain et pro-marché.
Berlin et Paris sont anti-Bush et pro-Etat. L’Europe unie est déchirée. Elle est forte du point de vue économique,
mais faible du point de vue politique
."

"Le combat
pour l’égalité [des grands et des petits Etats membres] que mènent les
Pays-Bas est honorable", conclut le journal de centre-gauche. "Mais si
l’Union européenne veut réaliser ses ambitions mondiales, elle ne pourra
probablement pas éviter que les grands pays jouent un rôle plus proéminent
.
Il faut choisir entre le dynamisme et la stagnation."

 

Actualité
intérieure

Formation de gouvernement


" La
Reine a désigné vendredi soir Piet Hein Donner comme informateur
", écrit
le NRC Handelsblad de samedi dans son grand article à la une.
"Donner, qui est membre du CDA, est actuellement ministre démissionnaire
de la Justice. Il a aussi été
l’informateur de la précédente formation de gouvernement, qui a débouché sur
la coalition CDA-LPF-VVD
."

"Donner a
pour mission de voir ’dans les délais les plus brefs quelles sont les
possibilités, sur la base du résultat des élections’, de formation d’un
gouvernement majoritaire et quelle possibilité il convient d’étudier d’abord.
L’objectif, dans cette ’phase de reconnaissance’, est d’étudier la
’disposition’ des différents partis, ainsi que la voie menant à une formation
et les sujets qui méritent une attention particulière à cet égard."

" Selon
les observateurs, le mandat de Donner constitue un compromis entre la
recommandation faite par le leader CDA Balkenende à la Reine, vendredi, et
celle des autres grands partis
."

"Le leader
PvdA Bos a salué vendredi soir la nomination de Donner et déclaré qu’en ce
qui le concernait, le sondage de la ’disposition’ des partis à former une
coalition avait une ’priorité absolue’."

" Le
président du PvdA, Ruud Koole, a déclaré vendredi à la télévision que son
parti aborderait immédiatement le thème de l’Irak durant l’information, le
PvdA exigeant que les Pays-Bas ne participent pas à des actions militaires sans
un mandat clair du Conseil de Sécurité
."

" La
formation d’un gouvernement de centre gauche n’est pas impossible, mais elle
sera difficile
", prévoit l’éditorialiste du Volkskrant
ce matin. "Le CDA s’est identifié à l’accord du gouvernement actuel. De
plus, Balkenende et Donner sont des idéologues chrétiens-démocrates de
tendance conservatrice. Ils s’efforceront d’exprimer au maximum la philosophie
du CDA. Ils voudront laisser au VVD le moins de marge possible pour grandir dans
l’opposition."

" Le
problème du PvdA est son manque de positions précises
. L’abandon par Bos
des vieilles formes et idées empêche le PvdA d’adopter des positions
reconnaissables. Compte tenu de la dégradation rapide de la situation financière
et économique, le PvdA devra laisser beaucoup de plumes. Le risque que le parti
soit dépassé par les événements, comme sous le précédent gouvernement avec
le CDA (Lubbers-Kok, 1989-1994) est loin d’être imaginaire. Bos
fera bien de ne gouverner que si le PvdA peut vraiment gouverner
."

Notons que l’éminent
membre du CDA Bert de Vries, qui a présidé le parti jusqu’à une date récente,
s’est prononcé hier à la télévision en faveur d’une coalition CDA-PvdA. Il
estime que les divergences entre son parti et le PvdA sont beaucoup moins
grandes que Balkenende ne le prétend. "C’est surtout une question de
mentalité chez Balkenende", a-t-il dit durant le programme Buitenhof.
Selon De Vries, le résultat des élections législatives invite à examiner
d’abord sérieusement la possibilité d’une coalition avec le CDA : "Balkenende
n’a pas reçu de mandat des électeurs pour un gouvernement CDA-VVD" (Trouw
p.3, De Telegraaf p.3).

Islam

L’ensemble de
la presse se fait l’écho des réactions suscitées par les remarques faites
dans le Trouw de samedi par Ayaan
Hirsi Ali, nouvelle députée VVD d’origine éthiopienne, sur le prophète
Mahomet. Dans Les Dix Commandements,
une série dans laquelle le journal chrétien progressiste note les commentaires
de la personne interrogée à chacun des commandements du décalogue, Hirsi Ali affirme que "Mahomet, selon nos critères occidentaux, était
un homme pervers"
. ""Un tyran. Si vous ne faites pas ce qu’il
dit, ça finit mal pour vous. Cela me fait penser à tous ces dictateurs mégalomanes
du Moyen-Orient : Ben Laden, Khomeyni, Saddam." Hirsi
Ali se déclare convaincue que l’islam a fait son temps
 : "Ben Laden et
ses cohortes ont obtenu exactement le contraire de ce qu’ils voulaient. Cela
empirera dans un premier temps – l’offensive contre l’Irak montrera à quel
point -, mais le 11 septembre a été le début de la fin de l’islam."

" Les
organisations musulmanes des Pays-Bas exigent que le VVD se prononce sur les
propos tenus par l’élue Hirsi Ali
dans le Trouw", relève le Volkskrant
à la une, ce matin. "’Indignes d’une députée’, réagit Ahmed Aboutaleb,
ancien directeur de l’organisation multiculturelle Forum."

"Le VVD
est embarrassé par les déclarations de Hirsi Ali. Le leader VVD Gerrit Zalm
s’est entretenue avec Hirsi Ali de l’émoi suscité" (également De
Telegraaf
pp.1 et 3, Trouw pp.1
et 3, Algemeen Dagblad pp.1 et 5).

Pour l’éditorialiste
de l’ Algemeen Dagblad , " le
show Ayaan a assez duré
". "Que la députée se mette rapidement
au travail."

Il convient de
noter dans ce contexte que le journaliste et écrivain Sylvain Ephimenco a publié
dans le Trouw de samedi une lettre
ouverte aux 49 signataires d’un manifeste de la communauté marocaine des
Pays-Bas, qui appelaient la société néerlandaise à cesser de les
stigmatiser. Selon Ephimenco, "le lecteur devrait finalement avoir compris
 : les 49 ne souhaitent pas débattre des causes du malaise".

 

Economie,
Finances

Pays-Bas – Mexique


Le Financieele
Dagblad
(p.2) et le Volkskrant
(p.5) signalent la visite aux Pays-Bas, aujourd’hui et demain, du président
mexicain Vicente Fox. "Pour attirer l’attention des entreprises néerlandaises
sur le Mexique et renforcer les liens commerciaux avec les Pays-Bas", précise
le premier. "Les entreprises néerlandaises sont d’un intérêt vital pour
le Mexique. Selon des chiffres mexicains, les investissements néerlandais ont
atteint environ dix milliards de dollars, 9 % du total des investissements
étrangers. Les Pays-Bas sont le deuxième investisseur au Mexique, après les
Etats-Unis. Mais manifestement, on s’inquiète tout de même au Mexique de la
disposition de grandes entreprises néerlandaises et d’autres entreprises étrangères
à s’installer dans le pays. Ce n’est pas tout à fait à tort : Philips a récemment
fermé une grande usine de moniteurs et transféré la production en
Chine."

Supermarchés

Tous les journaux font état de la
"guerre des prix" déclenchée par le groupe Albert Heijn. "La
traditionnelle bataille des prix que les supermarchés se livrent en janvier est
nettement plus acharnée que les années précédentes", note ainsi l’ Algemeen Dagblad à la une. "C1000, Super de Boer et Plus ont
suivi en toute hâte, les derniers jours, l’exemple du leader du marché Albert
Heijn, qui a ouvert l’offensive contre les discounters
à succès comme Aldi et Lidl, en lançant la semaine dernière l’action ’Un
sac mieux rempli pour moins d’argent’."

"Si la
lutte est plus acharnée que les années précédentes, c’est surtout parce que
les possibilités de croissance sont nettement plus réduites pour la plupart
des chaînes, selon le spécialiste des supermarchés Gerard Rutte."

 

Affaires françaises

Le Telegraaf
(p.4) de samedi a signalé la présentation à Amsterdam de la nouvelle Citroën
Pluriel. Sur le plan touristique, le journal populaire a consacré un article
illustré à Gerberoy, à la frontière de la Picardie et de la Normandie
(p.TA27).

Ce matin, le Trouw
(p.2) publie un entretien avec le cinéaste Lucas Belvaux, dans le cadre du
Festival de Rotterdam, et le Volkskrant
(p.10) évoque la bande dessinée à Angoulême.

A signaler :

Martin Sommer, après avoir
pris l’avis de trois universitaires néerlandais sur la situation politique,
constate dans le cahier Reflex du Volkskrant
de samedi que "la révolution s’est terminée à la hollandaise, comme
d’habitude". "Il n’y a pas eu de percée politique, pas plus que dans
les années cinquante ou soixante. La révolution a de nouveau dévoré ses
propres enfants. La dernière tête de liste d’une génération précédente a
quitté la lice cette semaine. Et les idées ont été reprises sans coup férir
par ce qu’on appelait des régents avant et qu’on qualifie maintenant de ’partis
établis’." "Qu’offrent les politiques ? Pas de contenu, mais un style
de leadership, de compromis." "L’électeur fait attention aux aspects
esthétiques, au rayonnement, à l’intégrité." "Bos devra d’abord déréguler
son propre PvdA. Il a du crédit à cause de sa belle victoire. Mais il n’a pas
beaucoup de temps. Les électeurs se sont avérés sensibles à ses beaux yeux,
mais c’est donnant donnant. Ils veulent des résultats."

Dernière modification :

Haut de page