Presse néerlandaise du lundi 29 décembre 2003

Le tremblement de terre qui a dévasté la cité historique de Bam,
dans le Sud-Est de l’Iran, a fait toutes les manchettes de la presse de samedi et les
difficiles travaux de déblaiement inspirent encore deux grands titres ce matin.

L’impopularité du premier ministre Jan Peter Balkenende et les mesures
d’austérité qui attendent les Néerlandais en 2004 fournissent les autres titres d’une
presse qui consiste surtout en longues rétrospectives de l’année qui s’achève et en
nouvelles sportives.

Trouw  : "Un tremblement de terre fait 30 000 morts en Iran – L’espoir
de trouver des survivants s’évapore – Des dizaines de pays apportent de
l’aide", "Les Iraniens des Pays-Bas ne se lamentent pas"

de Volkskrant  : "Bam ne peut pas enterrer tant de morts" (Reuters, AP,
AFP)", "Les ultranationalistes serbes deviennent le plus grand parti"

Algemeen Dagblad  : "’Le premier ministre est l’homme politique le plus
mauvais’ – Les lecteurs de l’AD éreintent Balkenende", "Máxima fait
découvrir Amsterdam à sa famille
", "Des bulldozers creusent les tombes de
milliers de morts"

De Telegraaf  : "Un paquet de mesures choquant – Les économies de
2004 toucheront tout le monde très fort
", "L’aide d’urgence à l’Iran
donne toute sa mesure
", "Un militaire néerlandais abat un Irakien"
(pillages dans la zone surveillée par les Néerlandais)

* * *

Le dossier du jour : Jan Peter Balkenende

Le premier ministre CDA Jan Peter Balkenende est
à l’honneur dans la presse du week-end et de ce matin, parfois bien malgré lui.

"Jan Peter Balkenende ne dispose que d’une heure pour un
entretien", écrit le Trouw (p.13) de samedi dans le chapeau d’une interview
avec le premier ministre. "C’est trop court. Mais il s’avère à l’écoute de
l’enregistrement qu’il a dit plus du double d’une personne normale. Balkenende parle vite,
comme si sa langue avait du mal à suivre sa pensée. En cette journée venteuse de
décembre, le dos droit, il est prêt pour donner sa vision des choses."

" On ne peut faire ce travail que si l’on connaît sa position
et si on sait qui vous sert d’appui’
, dit-il. Cette certitude lui confère une
attitude imperturbable, qui lui permet de vivre tranquillement ces temps troublés, mais
qui entraîne aussi le risque que les critiques ne lui parviennent plus. ’Non’,
conjure-t-il. Je suis ouvert à la critique sincère et crédible et je la prends à
cœur’
."

Prié de décrire l’esprit du temps, Balkenende revient à la défaite
électorale des partis des gouvernements Paars, en 2002
. "Comment était-ce
possible ? D’après la logique haguenoise, les partis Paars avaient fait ce qu’ils
devaient faire
. L’économie était florissante, le porte-monnaie des citoyens
était bien rempli et le gouvernement investissait les excédents dans les soins et
l’enseignement
. Mais il se passait quelque chose qui faisait qu’on sentait que la
réalité haguenoise n’est pas celle de la population
. Les gens se sentaient
incompris
." " Il s’est créé une marge de débat idéologique . Fortuyn
s’y est pris à sa manière, moi à la mienne
. La politique doit avoir un thème. Lui
et moi répondions à ce besoin. Il faut ajouter que Paars avait négligé des dossiers :
la WAO, le système de soins, la question de la société multiculturelle. Les citoyens
n’acceptent pas cela. Et ce qu’ils n’acceptaient pas du tout, c’est qu’il n’était pas
possible d’aborder certaines choses, comme la relation entre allochtones et
autochtones."

"L’incertitude et le vague régnaient. Vers quoi allons-nous ?
Quelle est la position des Pays-Bas dans un monde qui rétrécit ? Quelle est notre
identité ?" "On disait des normes et valeurs : c’est une affaire personnelle,
la foi c’est pour le dimanche. Cela ne faisait pas partie du débat civique. Mais on
sentait qu’une marge se créait pour ces questions, qu’on avait besoin d’une
perspective."

" Je ne veux pas imposer les valeurs et les normes : elles font
partie de la société elle-même
. Mais il faut pouvoir en parler, il faut pouvoir
les exprimer
. Pour cela, il faut un débat . C’est ce que je considère comme le
gain du temps écoulé : cela occupe les citoyens. Partout se créent des initiatives :
l’étiquette urbaine de Gouda et Rotterdam, les codes dans les entreprises, les règles
dans les associations sportives et les écoles. J’en suis heureux. Je ne veux pas un
retour aux années cinquante
. Je veux qu’on puisse parler d’une société dans
laquelle on se respecte les uns les autres
." "Le CDA représentait l’esprit
de rénovation."

" Mon objection est que nous nous concentrons trop sur le court
terme
", déclare Balkenende à propos de la discussion sur le leadership, son
leadership, qui occupe la classe politique. " Il faut voir plus loin . Prenez
l’évolution démographique. Il faut reporter notre horizon et regarder comment les
Pays-Bas se présenteront à plus long terme, ce que cela représentera pour la société,
pour ce que nous voulons conserver et quelles limites nous posons aux nouveaux
venus."

quot ;Pour moi, la liberté d’orientation reste entière", dit le
premier ministre à propos des écoles islamiques et d’un possible pilier islamique dans
la société néerlandaise
. "Il ne faut pas s’y tromper. C’est vrai aussi pour
l’enseignement. Mais un pilier islamique sera différent des piliers catholique et
protestant
. Les vieux piliers étaient socialement mêlés, les différentes classes
se rencontraient. De plus, ils avaient des choses en commun : l’histoire, la langue,
l’Etat de droit. C’est beaucoup moins vrai pour le pilier islamique, qui est en outre
divisé en plusieurs nationalités d’origine."

" La question de la formation d’un pilier a trop été réduite
à l’école islamique
. Pour ou contre ? Il s’agit pour moi d’éviter des retards
sociaux
." " Il y a une diversité et elle est bonne, mais elle n’est
possible que sur la base de règles communes et de la tolérance
. J’ai récemment
discuté avec le philosophe américain Etzioni , à Washington. Il m’a dit
que la diversité dans l’unité deviendra le thème central en Europe
. Je suis
d’accord avec lui
. Je remarque aussi que mes collègues de l’Union européenne
ressentent un formidable besoin d’en parler." " Les Pays-Bas, durant leur
présidence de l’UE l’an prochain, veulent donner des impulsions à ce débat
."

" C’est haut la main que Jan Peter Balkenende a remporté
l’élection du plus mauvais homme politique de l’année, organisée par l’AD
",
annonce l’ Algemeen Dagblad de ce matin dans son grand article à la une. " Le
premier ministre a laissé très loin derrière lui ses concurrents directs, le leader
PvdA Wouter Bos et l’ancienne députée LPF Winny de Jong
. ’Pas capable’, ’insipide’,
’robotesque’ et ’un leader très faible’ qui a ’échangé le C de Christelijk [chrétien
protestant] contre le C de Catastrophique’. Ce sont quelques exemples des sévères
jugements portés les dernières semaines par les lecteurs et les visiteurs du site
Internet de notre journal."

" Plus de trois mille lecteurs de l’AD ont participé à
l’élection du meilleur et du plus mauvais politique de l’année
. Balkenende a
obtenu plus de mille voix dans la dernière catégorie, Bos 559
. De Jong, avec 228
voix, s’est emparée de la médaille de bronze."

On notera pour finir que, selon le Volkskrant (p.1) de samedi,
" la Cour est très mécontente de la manière dont le premier ministre Balkenende
a traité le prince Friso et Mabel Wisse Smit
". " Balkenende est en grande
partie responsable de ce scandale, estime-t-on
. Friso et Mabel n’ont pas le
sentiment d’avoir menti concernant les contacts passés de Mabel avec le criminel Klaas
Bruinsma
."

"Dans la lettre du prince Friso au gouvernement, le couple parle
d’informations ’incomplètes’ et pas ’inexactes’." " Balkenende n’a pas
traité l’affaire avec élégance’, dit un dignitaire de la Cour
. Il ne l’avait
absolument pas en main, dans l’opinion d’une source à la Cour. ’Ceux qui devaient
protéger la Reine n’ont rien fait’. Du côté de la Cour, on soupçonne Balkenende
d’avoir voulu compenser des dérapages antérieurs par une action dure."

C’est l’occasion pour le journal de centre-gauche de plaider en faveur
d’une "réforme de la monarchie". "Tout comme en Suède, le monarque
devrait avoir une fonction purement cérémonielle, tandis que les affaires de l’Etat
resteraient réservés aux politiques élus."

 

Actualité internationale

Interview du ministre néerlandais des
Affaires étrangères

" Le ministre des Affaires étrangères, Bot, estime qu’un
traité d’extradition concernant les Néerlandais détenus en Thaïlande est ’à portée
de la main’
", relève le Volkskrant de samedi à la une. " Il en
attend la signature peu après la visite d’Etat de la Reine Beatrix en Thaïlande, au
début de l’année prochaine
."

"Les Néerlandais condamnés – quinze au total, dont Machiel
Kuijt – auront alors la possibilité de purger leur peine aux Pays-Bas. Il n’est pas
certain que tous pourront rentrer, selon Bot. Certains ont été condamnés à mort."

"Dans un entretien avec le Volkskrant, le ministre se
déclare préoccupé par le nombre croissant de Néerlandais détenus à l’étranger, dans
la plupart des cas pour des délits de drogue. ’Les conditions de détention sont souvent
terribles’, selon Bot, qui, en tant que diplomate, rendait visite aux détenus dans
l’ancienne Allemagne de l’Est, en Argentine et en Turquie."

" Bot se prononce par ailleurs pour l’engagement
d’hélicoptères de combat Apache pour les besoins de la force de stabilisation à Kaboul
,
en Afghanistan. ’Quand on voit qu’il s’agit d’une région où la démocratie éclot, où
nous devons maintenir les droits de l’homme, il faut tout simplement le faire’. L’OTAN et
les Etats-Unis ont présenté aux Pays-Bas une ’demande pressante’."

" S’agissant de la relation avec les Américains, Bot dit :
’Nous devons leur donner le sentiment que les Pays-Bas sont un allié européen avec
lequel ils peuvent s’entendre’
."

quot ;Si nous n’arrivons pas à faire adopter la Constitution, il n’y
aura pas mort d’homme", déclare Bot à propos de la future présidence néerlandaise
de l’Union européenne
. "L’UE est un bâtiment solide. Nous faisons maintenant
beaucoup de boucan au sujet de la pondération des voix, mais dans la pratique 95 %
des décisions sont prises par consensus."

A la remarque que "les Pays-Bas opèrent souvent comme crieur
public, convaincus qu’ils ont raison, aveugles à la réalité
", le chef de la
diplomatie néerlandaise répond : "Je ne veux pas seulement avoir raison, je veux
aussi qu’on le reconnaisse : obtenir ce que je veux." "Cela nécessite de
la flexibilité, surtout dans une Union de 25 pays. Je suis fidèle à mes principes,
mais il n’est pas nécessaire d’ériger chaque principe en article de la Constitution
.
Ancrer sa position dans le béton signifie qu’on ne peut plus en sortir. Je préfère me
tenir dans l’argile tendre, de sorte que je puisse encore faire un pas en avant ou en
arrière. Vous pouvez considérer cela comme une correction de cap. Si nous ne faisons pas
attention, notre influence dans une Union élargie s’affaiblira. Nous avons été mis
sur la touche, les derniers temps
. Il y a eu des divergences d’opinion
fondamentales avec la France et l’Allemagne sur l’Irak et le Pacte de stabilité
. Nous
devons de nouveau rejoindre rapidement ces deux pays, qui sont le moteur de l’Europe
.
Nous courons le risque que les grands pays ne nous veulent plus parce nous parlons trop et
les petits parce qu’ils voient que cela ne sert à rien. Les Pays-Bas doivent remplir
la fonction de postillon d’amour, le pont entre les grands et les petits
. Le
Luxembourg, le plus petit pays de l’UE, obtient toujours gain de cause parce que le
premier ministre Juncker manœuvre bien. Quand les ’grands’ dînent et que Juncker est
de la partie, Balkenende doit y aller aussi."

 

Actualité intérieure

Allocution de Noël de la Reine Beatrix

Comme chaque année, tous les quotidiens publient l’allocution
prononcée par la Reine à l’occasion de Noël.

" Cette année, la Reine Beatrix a dédié son message de Noël
à sa mère
", résume le journal haguenois Haagsche Courant (p.A6) de
samedi. "C’était la quatrième que la Reine prononçait aussi son discours à la
télévision. Pour la première fois dans sa carrière, elle a été très personnelle ."

"Beatrix a parlé de sa mère ’pour qui les années sont devenues
lourdes’, de la petite Amalia, de la période difficile qu’elle et sa famille ont
derrière elles et – très brièvement – du mariage de Friso et Mabel dont elle
se réjouit ’intensément’."

" Si l’allocution n’a pas été une rétrospective, elle a par
contre été une admonestation
. La liberté d’opinion ne veut pas dire qu’on a le
droit d’être offensant, a-t-elle dit dans le message de Noël le plus personnel de sa
carrière
. En général, elle est plus abstraite. Elle pourrait s’exprimer un peu plus
clairement, se sont plaints les auditeurs de Radio1, l’après-midi avant Noël, durant le
programme Standplaats.nl. Le lendemain, leur souhait était exaucé."

"De tous les discours et allocutions que prononce la Reine, son
discours de Noël est le seul qu’elle rédige entièrement elle-même – sous la
responsabilité ministérielle du gouvernement, bien entendu. Pourtant, sa propre voix
perce toujours à travers les textes approuvés. Une année elle choisit tel thème,
l’autre année un autre ; Beatrix n’aime pas les bavardages au coin du feu. Elle veut
parler de quelque chose."

La Reine Beatrix a dit de sa mère, la princesse Juliana : "Je
veux penser avec vous aux idéaux auxquels elle s’est sentie si fortement attachée durant
sa longue vie. En 1982, elle a été la première à recevoir le prix des ’Quatre
Libertés’ qui est décerné chaque année en souvenir du célèbre discours de guerre du
président Franklin Roosevelt. Ces libertés sont les piliers moraux de notre
civilisation."

Et de passer en revue, en les commentant, ces libertés pour finir sur
la traditionnelle note religieuse de la fête de la naissance du Christ.

Ambassade des Etats-Unis à La Haye

" Une unité spéciale de la police a inspecté dans la nuit de
jeudi l’ambassade américaine à La Haye, après avoir reçu un message alarmant
",
rapporte le NRC Handelsblad de samedi à la une. "La police ne veut pas
donner d’information sur ce message, mais elle dit qu’il a été ’pris très au
sérieux’."

"A partir de dix heures du soir, les rues adjacentes au bâtiment
du Lange Voorhout ont été barrées. Les transports publics ont été déviés. Au-dessus
de l’ambassade un hélicoptère stationnaire éclairait le bâtiment. Des agents se sont
rendus sur le toit. Ils n’ont trouvé personne ; il n’y a pas eu d’arrestation. A une
heure et demie du matin, l’inspection était terminée."

" La semaine dernière encore, les habitants du quartier dans
lequel se trouve le bâtiment ont adressé au conseil municipal une lettre dans laquelle
ils affirment en avoir assez de la présence de l’ambassade
", précise le Haagsche
Courant
de samedi à la une. " Il y a déjà un certain temps que les habitants
prônent le déménagement de l’ambassade, qui leur donne un sentiment d’insécurité
.
De plus, les mesures de sécurité gâchent la qualité de leur habitat, estiment-ils .
Ils menacent de saisir la justice si un certain nombre de nouvelles mesures de sécurité
sont appliquées."

 

Economie, Finances

Austérité

"Avec toutes les nouvelles règles et mesures et tous les nouveaux
tarifs qui s’appliqueront à tous les Néerlandais à partir du 1er janvier, il est clair
que l’année prochaine tout le monde devra serrer sa ceinture de quelques crans",
écrit le Telegraaf dans son grand article à la une."

"Un certain nombre de remboursements de la sécurité sociale
disparaîtront. Les personnes âgées de plus de vingt et un ans et voulant se faire
prescrire la pilule ou souffrant d’une mauvaise dentition, par exemple, devront en subir
elles-mêmes les charges à partir du 1er janvier."

"Les personnes qui se rendent au travail en voiture verront aussi
baisser leur revenu. Les frais de déplacement déductibles des impôts descendront à 18
centimes d’euro par kilomètre."

 

Affaires françaises

Dans le NRC Handelsblad (p.6,
consacrée à la météo en 2003) de samedi, Pieter Kottman rend compte des commentaires
du médecin Patrick Pelloux concernant la mortalité due à la canicule estivale :
"’80 morts par jour en France, c’est grave’".

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