Presse néerlandaise du lundi 29 avril 2002

 

L’actualité internationale
domine la une d’une partie de la presse. La tuerie d’Erfurt (Thuringe), où un
lycéen renvoyé quelques mois avant le baccalauréat a abattu seize personnes de
son établissement avant de se suicider, a fait plusieurs grands titres samedi et
inspire toujours quelques articles en première page.

Sur le plan politique
intérieur, les journaux rendent compte d’un débat électoral chaotique inséré
dans un programme de divertissement de la télévision commerciale RTL4, samedi
soir.

 

Trouw  : "Israël lève le
siège d’Arafat", "Explosion de violence aux Moluques", "Une gueule de bois après
le débat sur RTL", "Le tireur a dit ’Monsieur Heise, ça suffit pour
aujourd’hui’"

Algemeen
Dagblad
 : "Fin de l’isolement
d’Arafat – Israël cesse le siège du quartier général de Ramallah", "Un show
politique à la Jerry Springer", "La tuerie était son dernier
examen"

de
Volkskrant
 : "’Une fusillade comme à
Erfurt est aussi possible chez nous’ – Le psychologue Bob van der Meer met en
garde contre de nouveaux incidents dans les écoles : ’Nous omettons
d’attaquer la violence à la racine’", "Les têtes de liste se sentent des clowns
dans un numéro de variété"

De Telegraaf  : "Une barrière à
la sortie des stations-service – La BOVAG prône des mesures plus sévères contre
le vol de carburant", "En Allemagne, un professeur a évité un massacre encore
plus grand"

 

 

Le
dossier du jour : Campagne
électorale

 

1) Débat
télévisé
. " C’est avec un mélange de gêne et de
stupéfaction que les têtes de liste des plus grands partis du pays ont revu dans
la nuit de samedi ce qui a été le creux de la vague provisoire de la campagne
électorale de 2002 : leur apparition dans le Henny Huisman -Soundmixshow
",
rapporte le Volkskrant à la une. "On
les avait attirés dans les studios pour un débat de têtes de liste avec un
indice d’écoute inouï : presque
quatre millions de téléspectateurs
. Mais si les six, durant leur rencontre, ont
réussi à s’adresser à de nouveaux électeurs, ceux-ci n’ont pu que penser que la
politique est effectivement un jeu chaotique et superficiel, où celui qui crie
le plus fort gagne
."

"’Nous avons été un
intermezzo dans un numéro de variété’, a constaté le leader GroenLinks Paul
Rosenmöller avec amertume, à l’issue du show. ’Je ne veux vraiment plus faire
ça’. Et dire que deux cents spectateurs du Soundmixshow l’avaient désigné comme
vainqueur de la rencontre, avec Pim Fortuyn. Mais même l’insolent outsider de
Rotterdam a dû reconnaître à l’issue de la soirée que ce débat avait tout de
même été ’très superficiel’."

" La campagne pour les élections législatives
se déroule plus que jamais à la télévision, les interventions de Fortuyn,
surtout, garantissant du spectacle
. C’est la raison pour laquelle RTL4 s’est
risqué à programmer un débat durant la pause du spectacle le plus regardé de
l’année : le Soundmixshow."

"Selon RTL, presque quatre
millions de téléspectateurs ont en tout cas regardé une partie du débat des
têtes de liste", souligne le Trouw à
la une. " Un jeune sur quatre a suivi la
discussion sur le petit écran
." "Le mélange ’Soundmixshow’-politique est une
première. "Le rédacteur politique et coprésentateur Frits Wester [ancien
porte-parole du leader CDA Brinkman, avant la coalition Paars] voulait
interroger les têtes de liste sur un bateau, mais ce projet n’ayant pas abouti
il a eu l’idée de combiner la politique et le spectacle grand public de RTL4.
Pendant la pause, lorsque ’le pays’ élit le vainqueur, il y avait de la place
pour les têtes de liste."

2) Déclarations
politiques
. " Si l’ambitieux projet de faire du VVD le
premier parti politique échoue, Hans Dijkstal n’en conclura pas lui-même qu’il
doit se retirer en tant que leader du parti
", note le Trouw dans un autre article. ’Nous
voulons devenir le plus grand. Si cela ne marche pas, je ne démissionnerai pas
de ma propre initiative’, a déclaré le leader VVD samedi, après avoir prononcé
son discours électoral pour la base. Dijkstal est d’avis que c’est au (nouveau)
groupe parlementaire de décider en toutes circonstances qui doit le présider et
diriger les négociations de formation du gouvernement. ’Qu’il s’agisse de 26, 30
ou 40 sièges, cette décision doit être ouverte. D’autres devront décider pour
moi
."

" Le député GroenLinks sortant Mohammed
Rabbae estime que les Marocains et les Tunisiens doivent voter PvdA, s’ils
veulent éviter que Pim Fortuyn fasse partie du gouvernement
", relève le
journal chrétien progressiste par ailleurs. "Rabbae a formulé sa recommandation
de vote hier, durant une réunion des organisations marocaines coopérantes (SMT)
à Utrecht. ’Si c’est pour le programme, je recommande GroenLinks. Et si vous
voulez que le PvdA applique une politique plus gauchiste, il faut aussi voter
GroenLinks. Mais si vous voulez éviter que Fortuyn entre au gouvernement, ce qui
est nécessaire, il faudra voter PvdA. Car ce parti doit alors devenir le plus
grand."

3) Sondage
d’opinion
. S’agissant des
perspectives de coalition, le Telegraaf (p.3) de samedi relève que
"si les élections législatives avaient lieu maintenant, une coalition de
tendance gauche gauchiste formée par le PvdA, le CDA et GroenLinks
représenterait une majorité supérieure à celle d’une coalition de tendance
droitiste du VVD, du CDA et de la Liste Pim Fortuyn." " Le bloc de gauche peut escompter
actuellement 79 sièges au total, alors que le bloc de droite en obtiendrait
76
. C’est ce qui ressort du
sondage d’opinion du bureau Interview-NSS présenté vendredi soir, durant le
programme télévisé NOVA."

Le PvdA chuterait
actuellement de 45 à 33 sièges, le CDA passerait de 29 à 31 sièges et GroenLinks
de 11 à 15 sièges. Le VVD n’obtiendrait que 26 sièges, 12 de moins que
maintenant. La Liste Pim Fortuyn est actuellement à 19
sièges.

3)Balkenende . Dans la rubrique
Het Interview du Telegraaf , c’était au tour de Jan Peter
Balkenende de s’exprimer, samedi. " Jan
Peter Balkenende est avec Pim Fortuyn la grande promesse politique de cette
année électorale
", souligne le journal populaire dans son introduction. " Il y a un peu plus de six mois, le chef de
file CDA semblait encore un professeur égaré dans la politique
. Maintenant, Balkenende est un candidat
sérieux au poste suprême : celui de premier
ministre
."

A la question de savoir si
le CDA pourrait gouverner avec Pim Fortuyn, Balkenende répond résolument
"Oui,
nous n’excluons personne, et donc pas non
plus Fortuyn
." "Et certainement pas si la conséquence était que nous serions
automatiquement livrés au PvdA. Fortuyn doit encore prouver qu’il a un parti
stable, mais ce qui manque surtout à Ad Melkert, pour moi, c’est la faculté de
trouver des solutions, le dynamisme et une solide politique financière. Il y a
donc beaucoup à redire à une coalition avec Melkert. En outre, il s’agit de
respecter les électeurs et donc le résultat des élections." "J’attends avec
impatience le 15 mai. Mais notre ambition est claire. Nous sommes dans la course pour gagner.
J’essaierai de décrocher la médaille d’or
."

A noter que Jan Peter Balkenende est le candidat le
plus sérieux au portefeuille de premier ministre, de l’avis de 15 % des
personnes interrogées par le bureau Intomart
pour le compte du programme
télévisé RTL Nieuws. estiment
que le leader VVD Dijkstal est le candidat le plus indiqué
, tandis Melkert bénéficie de la préférence de
9 %
des personnes interrogées. Au demeurant, 48 % déclarent ne pas
avoir encore de préférence.

Il ressort de ce sondage
qu’un nouveau gouvernement Paars est loin d’être jugé souhaitable. des personnes interrogées se
prononcent en faveur d’une nouvelle coalition PvdA-VVD-D66
. La combinaison PvdA-CDA-GroenLinks a la
préférence de 28 % des électeurs, tandis que 24 % se prononcent pour
une coalition CDA-VVD-Liste Pim Fortuyn
. Une coalition PvdA-VVD-CDA est jugée
souhaitable par 16 %
des personnes interrogées ( Het Financieele Dagblad
p.5).

 

Actualité
internationale

 

Pays-Bas –
Moluques

Les organisations
moluquoises des Pays-Bas sont préoccupées par les nouvelles violences
inter-religieuses qui ont éclaté aux Moluques. Cinq Moluquois ont grimpé hier
matin sur le toit du Palais de la Paix à La Haye, pour protester contre les
événements d’Ambon. Ailleurs aux Pays-Bas, des réunions d’urgence ont eu lieu.
Les jeunes Moluquois menacent de tenir les Pays-Bas pour responsables des
violences.

Le gouvernement
sud-moluquois en exil (RMS) a annoncé hier de nouvelles manifestations contre
les violences aux Moluques. Il demande aux Pays-Bas, à l’Union européenne et à
la communauté internationale de former une force d’intervention de l’ONU pour y
mettre fin.

Le gouvernement néerlandais
est également très préoccupé par les événements. Il a demandé au gouvernement
indonésien, par le biais de l’ambassade des Pays-Bas, de ramener le calme dans
les îles ( Trouw pp.1 et 4, Algemeen Dagblad pp.1 et
3).

 

Actualité
intérieure

 

Joint Strike Fighter

" Le ministre des Finances Zalm reproche aux
ministres PvdA d’’abandonner sous l’influence des élections une position déjà
prise’
, en reportant la décision sur le Joint Strike Fighter", rapporte le
Financieele Dagblad à la une. "Il se
sent ’offensé personnellement’, parce qu’on doute du fondement financier du
projet. C’est ce que Zalm a déclaré à Radio 1 dimanche
après-midi."

"Le conseil des ministres de
vendredi a été laborieux et il a fallu le suspendre trois fois parce que les
ministres voulaient consulter leurs collègues de parti."

"Samedi, le premier ministre
Kok, la ministre des Affaires économiques Jorritsma et le secrétaire d’Etat à la
Défense Van Hoof ont eu une concertation avec l’ambassadeur des Etats-Unis,
concernant le report de la participation au JSF. La réponse des Américains est
attendue ’un de ces jours’, selon le service d’information du gouvernement Rijksvoorlichtingsdienst."

"Il est possible que les
Etats-Unis mettent plus de temps à réagir. Dans ce cas, ils coopéreront de facto
au report. Le gouvernement serait alors débarrassé du problème aigu qui s’est
crée du fait que les ministres PvdA, peu avant les élections, ont des doutes sur
la participation."

" Le leader VVD Dijkstal, le week-end
dernier, a reproché au ’PvdA de Melkert’ de manquer d’’esprit
d’entreprise’
", note le Trouw
(p.3) dans ce contexte. "Alors qu’une nouvelle croissance du chômage menace, le
PvdA omet de créer des emplois dans un grand projet comme le Joint Strike
Fighter américain."

"Dijkstal, au départ de la
campagne électorale du VVD, à Amersfoort, a brandi le chômage persistant en
Allemagne pour reprocher au PvdA d’avoir ’les genoux qui tremblent’. ’En
Allemagne, il y a déjà quatre millions de chômeurs. Nous devons écarter ce
danger aux Pays-Bas.’ Dijkstal estime que l’opposition du PvdA à la
privatisation de Schiphol est également mauvaise pour le développement de
l’économie."

 

Décorations

" La pluie annuelle de décorations est de
nouveau tombée
et, contrairement à
ce qu’on s’était donné pour objectif il y a quelques années, elle est tombée
encore plus dru
", remarque le Financieele Dagblad (p.2) de samedi au
sujet des décorations royales décernées à la veille de Koninginnedag, l’anniversaire de la
Reine fêté le 30 avril. "Et beaucoup ont été décernées à des personnes dont le
principal ’mérite’ est d’être des Néerlandais connus."

"Le nombre de distinctions
royales a augmenté cette année de presque un quart, atteignant Une des explications
données est qu’il y a parmi les décorés beaucoup de conseillers municipaux qui
ont quitté leurs fonctions après les élections, de sorte que les décorations
servent à adoucir les ruptures de carrière (politique). Et beaucoup de
personnalités connues en ont reçu une : des artistes, des amuseurs, des grands
sportifs, des entrepreneurs, des politiques. C’est justement en raison de cet
automatisme que certains ont aussi refusé d’être décorés."

Le Trouw et l’ Algemeen Dagblad de samedi, notamment,
ont publié la liste exhaustive des personnes décorées.

 

Economie,
Finances

 

Port de
Rotterdam

L’entreprise de
transbordement de conteneurs ECT supprimera à court terme 350 emplois sur
2 000, annoncent le Trouw (p.4)
et le Volkskrant (p.6)."L’entreprise est trop chère et les armateurs délaissent le port de Rotterdam
pour Anvers et Brême, notamment", souligne le Trouw. "Selon Frans Dijkman, président
du conseil d’entreprise, la direction veut commencer la réorganisation dès
juin."

"On savait déjà que 60
emplois du service informatique allaient disparaître. Les négociations entamées
avec Cap Gemini pour y placer les spécialistes des NTIC ont
échoué."

"Les tarifs d’ECT dépassent
de 20 à 25 % ceux des entreprises de transbordement concurrentes, a fait
savoir la direction au conseil d’entreprise. ’C’est lié aux subventions qu’on
attribue par exemple à Anvers, aux frais salariaux élevés d’ECT et aux services
supplémentaires que nous proposons à nos clients’, commente le président du
conseil d’entreprise."

 

Affaires
françaises 

 

L’ Algemeen Dagblad a consacré son
supplément AD Magazine de samedi à la
France, "le pays de vacances préféré" de nombreux Néerlandais. Après quelques
suggestions d’arrêts sur le parcours vers le sud (Musée Grévin, Parc Astérix,
Vulcania, Futuroscope...) et un aperçu des usages à connaître et à respecter
("tous les clichés sur les Français sont vrais"), le journal de Rotterdam
présente un certain nombre de personnalités en vue (Jean Paul Gaulthier, Enki
Bilal, Matthieu Kassovitz, Bertrand Delanoë...). La partie touristique commence
par un article sur le pittoresque Canal du Midi. Suit une évocation de Marseille
accompagnée d’une liste de bonnes adresses. L’inévitable château retapé par un
couple néerlandais qui loue des chambres d’hôte complète ce chapitre clos par
des rubriques gastronomiques (le cassis, une brasserie parisienne, les "petits"
vins français recommandés par l’association néerlandaise
WIREKUF).

Il y a d’autre part un
entretien avec Patrick le Quément, concepteur de la Renault Vel Satis, et avec
le journaliste français Sylvain Ephimenco (Trouw, NRC Handelsblad) et son ami
sportif l’entraîneur néerlandais Walter Suvaal.

Concernant les élections
présidentielles et Le Pen, on retiendra plus particulièrement la grande
correspondance de Martin Sommer dans le Volkskrant (p.4) de ce matin. "Les
trois quarts des Français ont décidé de soutenir en bloc Chirac." "Chirac, en
l’espace d’un jour, voire d’une minute à l’autre, s’est transformé de voleur de
caisse en symbole de la démocratie française." "Chirac est extrêmement sensible
aux opinions et attentes de son entourage", note le correspondant à Paris en se
référant à la biographie Chirac ou le
démon du pouvoir
de Raphaëlle Bacqué. Ce que les caricaturistes et autres
censeurs du président "oublient, c’est que par sa campagne permanente, il a
mieux compris que le perdant Jospin, par exemple, ce qui préoccupe les
Français."

Dernière modification : 21/04/2010

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