Presse néerlandaise du lundi 3 novembre 2003

Le congrès du CDA qui s’est déroulé à Utrecht, samedi, retient
surtout l’attention à la une du journal chrétien progressiste Trouw. Les autres
quotidiens s’intéressent à une actualité variée allant des problèmes de coopération
avec les Britanniques et les Américains en Irak à de simples faits divers.

Trouw  : "Le premier ministre : Un pilier musulman bloquerait
l’intégration", "Pour la durabilité, mais contre la taxe kilométrique",
"L’attentat contre un hélicoptère américain en Irak est une ’tragédie
nationale’", "Les partenaires sociaux sont nerveux à cause du référendum du
FNV"

de Volkskrant  : "La Chambre fait pression sur la mission en Irak – Des
doutes sur l’engagement après un incident avec les Britanniques", "Les cadres
FNV peuvent ignorer le résultat de l’enquête", "Peut-être heureux en Norvège
– La Scandinavie a besoin des chômeurs néerlandais" (possibilités
d’émigration)

Algemeen Dagblad  : "’Les patients seront les dindons de la farce’ –
L’association sectorielle : plus de temps pour les laver et les nourrir" (économies
sur les établissements hospitaliers), "Les Etats-Unis : L’attentat en Irak est une
tragédie nationale"

De Telegraaf  : "Les passagers refusent leur avion – Martinair
envoie un nouvel appareil après une panne en Irlande
", "Championnat du
monde des barbus et moustachus", "La destruction d’un hélicoptère est un coup
dur pour les Américains – Quinez militaires tués"

* * * 

Le dossier du jour : Congrès du CDA

" Les écoles et organisations musulmanes peuvent être une
’prison de retard social’
", écrit le Trouw dans son grand article à la
une. " En disant cela, le premier ministre Balkenende s’est prononcé contre
l’idée que la fondation d’un propre pilier aiderait les musulmans des Pays-Bas à
s’intégrer
."

"Fort du souvenir de l’émancipation de ses propres fondements,
les catholiques et les protestants, le CDA, selon Balkenende, a cru trop longtemps qu’un
pilier était toujours la meilleure garantie de l’intégration. Le leader du CDA a
exprimé cette autocritique lors du congrès de son parti, à Utrecht le week-end
dernier."

" Dans les écoles et les organisations des piliers chrétiens,
toutes les classes sociales étaient présentes. Cela offrait aux enfants des milieux
déshérités un environnement qui leur permettait de se développer. Par contre, un
pilier islamique, avec une surreprésentation de la classe sociale inférieure, offre
beaucoup moins de diversité de revenus et de formation, selon Balkenende
. D’autre
part, il s’avère qu’on peut distinguer les écoles et organisations islamiques suivant la
nationalité d’origine des immigrés, le plus souvent turque ou marocaine. Cette structure
sociale unilatérale et l’orientation vers le pays d’origine amènent Balkenende à
conclure que ’le pilier sera une prison de retard social’."

" En dépit de ses doutes sur le pilier islamique, Balkenende
s’oppose à l’interdiction des écoles et organisations islamiques
. ’Nous
sacrifierions une importante valeur de la société néerlandaise, la liberté de religion
et d’enseignement, pour permettre l’intégration’, a-t-il déclaré."

"Balkenende dit qu’il préfère une approche ’ciblée et si
nécessaire énergique’ des retards dans l’intégration à une atteinte à la liberté de
religion et d’enseignement. ’Les jeunes Marocains qui causent le plus de nuisance ne sont
pas des fanatiques religieux, mais tout simplement des jeunes voyous’."

" La ministre CDA Peijs veut introduire la taxe kilométrique en
2007", écrit le même Trouw dans un deuxième article à la une
. " Ce
projet répond bien au souhait des membres du CDA de s’intéresser davantage à la
durabilité, estime la ministre
. Mais le congrès du CDA à Utrecht, le week-end
dernier, a fait entendre un tout autre son de cloche
."

"La députée CDA Van Haersma Buma ne voit aucune raison de
renoncer à l’adage ’bouger d’abord, payer ensuite’. ’Ce gouvernement avait pour mission
de s’attaquer aux points noirs du réseau routier des chemins de fer et des voies
fluviales. C’est ce que j’attends du gouvernement. Je n’ai pas envie d’accélérer la
discussion, car on vient tout juste de commencer à s’attaquer aux points noirs’."
"’Je ne vois pas de rapport direct avec la taxe kilométrique’, déclare Van Haersma
Buma [à propos du principe de la durabilité]. La circulation n’est pas par définition
mauvaise pour l’environnement. Nous devons donner forme à la politique environnementale
en développant des moteurs propres. Nous devons circuler proprement. Pas moins, car cela,
c’est mauvais pour l’économie’."

L’ Algemeen Dagblad (p.9) note que " le gouvernement
n’offre pas de marge de manœuvre pour de nouvelles négociations sur l’Accord
d’automne
". "C’est ce que le premier ministre Balkenende a déclaré au
congrès CDA, samedi à Utrecht. Vendredi, Balkenende avait encore dit qu’on pouvait
éventuellement renégocier certains points si les membres de la FNV rejetaient l’accord
,
aujourd’hui."

" Lodewijk de Waal, président de la FNV, s’est montré
extrêmement irrité par le ’revirement’ de Balkenende, le week-end dernier
. ’C’est
maladroit, ça ne peut que semer la confusion parmi nos membres. Ce n’est pas un
comportement professionnel’, a commenté le leader syndicaliste."

 

Actualité internationale

Union européenne : politique étrangère et
de sécurité commune

" Durant une conférence devant la Commission atlantique, jeudi
dernier, l’ambassadeur de France auprès de l’UE pour la PESC, Mme Sylvie Bermann, a
dépeint cette expédition comme un exemple de la signification croissante de cette
politique
", écrit le politologue Bart Tromp ( NRC Handelsblad de
samedi p.6) à propos de la récente mission à Téhéran des ministres des Affaires
étrangères de la République fédérale, du Royaume-Uni et de la France Mais c’est
plutôt J.L. Heldring qui semble avoir raison
. Celui-ci constatait le même jour en
page d’opinion de ce journal que les trois grands Etats membres avaient en fait ignoré
les institutions de l’UE et les accords conclus dans le cadre de la PESC
."

" Le cœur de la question est qu’une telle politique
européenne ne se fera pas tant que le Royaume-Uni et la France seront membres permanents
du Conseil de Sécurité de l’ONU
. Tant que ce sera le cas, en effet, ils disposeront
non seulement d’un autre statut dans la politique mondiale, mais aussi d’un accès
privilégié à l’arène centrale de la politique. Ce facteur institutionnel fait non
seulement que la volonté de surmonter les divergences d’opinion entre Etats membres se
heurte toujours à cette barrière, elle signifie aussi que la Grande-Bretagne et la
France y sont moins enclines parce que leur siège permanent au Conseil de Sécurité leur
assure un deuxième niveau d’action politique, sans qu’elles soient liées à l’UE. Il
importe d’en être conscient, surtout quand on se pose la question de savoir comment
poursuivre et renforcer la PESC face au changement fondamental de caractère des relations
transatlantiques. Celles-ci sont au point le plus bas depuis la Deuxième guerre mondiale,
du fait que le gouvernement Bush a rompu avec cinquante ans d’internationalisme et de
multilatéralisme américains, ne voit plus l’OTAN que comme fournisseur d’unités
militaires au service d’une politique définie à Washington, et à Washington seulement,
et traite les alliés atlantiques comme des vassaux qu’on punit lorsqu’ils n’approuvent
pas immédiatement la politique de Bush, mais à qui on donne tout juste un pourboire
s’ils le font
."

"Le point de départ de la PESC", conclut Tromp dans sa
tribune, "doit être que le rôle des Etats-Unis ne doit plus être décisif pour la
définition de la sécurité européenne et que la coopération entre l’Amérique et
l’Europe, qui reste à la fois souhaitable et nécessaire, ne peut désormais prendre
forme que sur un pied d’égalité transatlantique."

Pays-Bas – Irak

" La Deuxième Chambre a de grands doutes sur la prolongation de
la participation néerlandaise à la force internationale de stabilisation en Irak
",
annonce le Volkskrant dans son grand article à la une. " Les groupes
parlementaires de la coalition et le PvdA exigent que les Britanniques et les Américains
partagent leurs informations avec les Néerlandais
. Sinon, les Pays-Bas devront
engagements eux-mêmes des avions de reconnaissance Orion et des hélicoptères dans le
Sud de l’Irak."

"Le CDA, le PvdA et le VVD ont demandé au gouvernement des
éclaircissements sur un incident entre les Néerlandais et les Britanniques, en août. La
semaine dernière, une délégation parlementaire néerlandaise en Irak a appris du
commandant de bataillon Swijgman que les Britanniques n’avaient pas fourni d’information
sur une mission que les Néerlandais devaient exécuter dans le désert. A la suite de
quoi Swijgman a refusé de laisser partir ses hommes. Après beaucoup de tiraillements,
les Britanniques ont fini par fournir des informations."

"Un porte-parole de la Défense dit qu’il s’est agi d’un incident
unique au début de la mission et qu’il y a toujours concertation depuis."

Notons dans ce contexte que l’éditorialiste du Trouw, samedi, a
estimé que l’action du président américain George W. Bush commence à ressembler à
celle du ministre irakien de l’Information Mohammed Saïd al-Sahaf
, qui affirmait que
Bagdad était "sûr et protégé", alors que les chars américains roulaient
déjà dans le centre. " Mais alors que Sahaf prêtait encore à sourire, l’affaire
est dénuée de tout humour maintenant
. La force d’occupation s’enfonce de plus en
plus dans le proverbial marécage en Irak et une solution est de plus en plus lointaine
.
Le danger devient aussi de plus en plus grand pour les Pays-Bas ’collaborateurs’, comme La
Haye l’a reconnu en retirant du personnel de son ambassade. Si les troupes néerlandaises
n’ont pas encore été victimes d’attentats, c’est surtout parce que les chiites sont
disposés à laisser faire les troupes étrangères dans leur région. S’ils prennent
également les armes, ce qui n’est pas exclu compte tenu de l’absence persistante d’une
reconstruction réussie, nous ne serons pas au bout de nos peines."

" Nous avons prôné à plusieurs reprises, dans ces colonnes,
un transfert plus rapide du pouvoir aux Irakiens, avec le soutien des Nations Unies

– même si tous les Irakiens ne jugent pas cette organisation impartiale. Même
cette voie n’est pas une garantie de succès, mais poursuivre dans la voie actuelle est
une garantie d’échec
. Cette option présente en outre l’avantage d’impliquer les
pays qui peuvent encore se tenir à l’écart pour des raisons politiques, alors que l’Irak
devient une pagaille - l’Allemagne, la France, la Russie
. C’est absolument
nécessaire
."

 

Actualité intérieure

Défense

" Le ministre de la Défense Kamp ne veut pas seulement engager
les commandos dans des missions de paix, mais aussi dans des opérations de guerre
",
relève le Volkskrant de samedi dans son grand article à la une. "C’est ce
que le responsable VVD déclare aujourd’hui dans un entretien avec notre journal. ’Je
m’attends à ce que le Korps Commandotroepen puisse être engagé sous la
législature actuelle pour faire ce pour quoi il est formé. En ce moment, je n’ai pas
d’opération spécifique en vue’."

" Les commandos, jusqu’à présent, ont uniquement été
engagés dans des tâches de soutien, comme les missions de reconnaissance pour la force
de sécurité internationale à Kaboul
", explique le journal de centre-gauche.
" Cette tâche restreinte a suscité des frustrations parmi les troupes d’élite .
Leur commandant avait plaidé dès début 2003 en faveur de leur engagement dans la guerre
d’Afghanistan et dans des opérations secrètes contre Al Qaeda."

"Kamp est conscient du fait que son intention peut soulever de
graves objections à la Deuxième Chambre. Mais il ne se laissera pas dissuader. S’il le
faut, il enverra les troupes sans l’approbation de la Chambre. Dans ce cas, il n’informera
le Parlement qu’après coup, comme cela se fait dans des pays comme le Danemark et
l’Allemagne."

" Le ministre annonce aussi son intention de retirer tous les
militaires néerlandais de Bosnie, l’année prochaine, ’en concertation avec les alliées’
.
Initialement, il avait l’intention de réduire la contribution néerlandaise à la SFOR,
forte de plus de mille hommes. Mais après dix ans de présence néerlandaise, il juge
justifié de ’mettre fin à la mission’."

"Le gouvernement prendra une décision, ce mois-ci, sur une
prolongation de six mois de la mission en Irak. Le ministre y est favorable. Bien qu’il
qualifie la situation de sécurité de ’préoccupante’, il n’a ’pas d’indication, jusqu’à
présent, de l’extension de la violence à la région où nos troupes sont actives’."

S’agissant du Liberia, pour lequel les Nations Unies avaient demandé
aux Pays-Bas de fournir des hélicoptères et des forces spéciales, Kamp déclare :
"Nous n’avons pas besoin de dire ’oui’ à tout."
"Je trouve qu’avec
plus de deux mille hommes d’infanterie en Bosnie et en Irak, nous avons une charge
considérable. Il ne serait pas raisonnable de nous lancer encore dans une grande
opération risquée comme une opération terrestre au Liberia." "Notre position
est la suivante : nous n’y sommes que pour trois mois, de la mi-novembre à
février."

Dans son édition de ce matin (p.2), le journal de centre-gauche note
que la Deuxième Chambre n’est pas favorable aux idées du ministre VVD concernant les
commandos néerlandais. Un reportage signé Stieven Ramdharie fait mention du
mécontentement des forces spéciales néerlandaises (environ 400 hommes). "C’est
comme si vous vous entraînez au plus haut niveau d’un sport et qu’on vous interdit
d’aller au Championnat du Monde."

Police

Les maires et le syndicat des policiers NPB ne sont pas favorables à
la proposition du ministre Remkes (Intérieur) de former un corps de police national.
Remkes envisage de placer les 26 corps régionaux sous l’autorité directe de La Haye,
après 2005. Remkes a formulé sa proposition durant le programme télévisé RTL Nieuws.
Le ministre veut renforcer son emprise sur la police pour accéder aux souhaits de la
Deuxième Chambre, qui lui demande souvent de rendre des comptes sur l’action de la
police, sans qu’il puisse y changer quelque chose. Les corps régionaux, en effet, sont du
ressort des maires ( Algemeen Dagblad p.2, De Telegraaf p.6).

 

Economie, Finances

Infrastructures

Le Volkskrant (p.2) consacre presque une demi-page à la
vétusté des infrastructures des Pays-Bas. "Des écluses qui perdent des pièces,
des aiguillages en panne, de profonds sillons dans les chaussées : les infrastructures
néerlandaises sont en piteux état. "Il est d’ores et déjà établi que les fonds
supplémentaires (plus de 2 milliards d’euros) que la ministre des Transports et Voies
d’Eau Peijs dégage jusqu’en 2011 ne suffiront pas pour remédier à la situation. Tout au
plus la situation sur les routes, les voies d’eau et le rail ne se dégradera-t-elle pas
davantage. En outre, les frais d’entretien auraient été beaucoup plus bas si les
autorités n’avaient pas été si laxistes. ’Les Pays-Bas ressemblent à un pays du Tiers
Monde’, a dit Peijs il y a quelque temps. Tout va changer, promet-elle" (également Algemeen
Dagblad
p.3, pour les chemins de fer).

 

Affaires françaises

Fokke Obbema évoque dans le Volkskrant
(p.5) de samedi la possibilité d’un référendum sur la Constitution européenne.
"Le plus grand risque d’un référendum est que la politique intérieure l’emporte
sur la politique étrangère, que ce ne soit pas l’Europe, mais le gouvernement Raffarin
qui en devienne le thème. Le correspondant à Paris conclut que, si la France organise un
référendum, ce sera vers le printemps 2005. "D’ici là, il y aura peut-être une
nouvelle croissance économique, le gouvernement gagnera peut-être en popularité et le
résultat du référendum ne sera pas nécessairement désastreux. Il faut l’espérer pour
Chirac et la France, et surtout pour l’Europe."

Le Trouw (p.6) de samedi s’intéresse à l’action de Sarkozy
contre les nationalistes mafieux corses.

Sur le plan culturel, on retiendra un article sur le documentaire
"Etre et avoir", qui passe encore dans seize salles néerlandaises, "un
véritable phénomène aux Pays-Bas" où 100 000 personnes l’ont vu ( Trouw de
samedi p.15), et un autre sur les cimetières et la décoration des tombes ( De
Telegraaf
de samedi p.11).

Ce matin, le Financieele Dagblad (p.5) note qu’il faudra
remplacer plus de la moitié des centrales nucléaires d’ici quinze ans et que "le
premier ministre Jean-Pierre Raffarin penche pour le remplacement des installations
obsolètes par une nouvelle génération de centrales".

L’ Algemeen Dagblad (p.9) contient un portrait de Jean-Claude
Trichet, "l’ayatollah de la monnaie forte", qui a succédé à Wim Duisenberg à
la tête de la Banque centrale européenne.

 A signaler :

Le journal haguenois Haagsche Courant (p.A2) de samedi consacre
un grand article à la décoration de Karel Appel à la Résidence de France, vendredi
soir. Le Volkskrant (p.7) de samedi mentionne aussi l’événement dans un article
sur Rudi Fuchs, ex-directeur du Stedelijk Museum d’Amsterdam.

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