Presse néerlandaise du lundi 30 octobre 2006

Les trois rédacteurs en chefs invités de l’édition du dimanche du quotidien à grand tirage De Telegraaf, Jan Peter Balkenende (CDA), Mark Rutte (VVD) et Wouter Bos (PvdA), sont satisfaits du résultat de leur travail journalistique. Les quotidiens dont ils ont fait chacun une première page personnalisée se sont bien vendus hier au café Dudok, à La Haye, où s’est déroulé le premier grand débat électoral, dans la perspective des législatives du 22 novembre.

Trouw (chrétien progressiste) : "Balkenende attaque Bos - Le premier ministre : Vous êtes inconstant et malhonnête"
de Volkskrant (centre gauche) : "Balkenende cherche la confrontation avec Bos - Le premier ministre fait de la ’campagne négative’ durant le premier débat électoral, en qualifiant Bos de malhonnête", "Jan Pronk a maintenant deux mains gauches - Il reste envoyé spécial au Soudan, pour des raisons politiques"
De Telegraaf (populaire) : "Voiture en location-bail : davantage de dégâts", "Satisfaits de leur propre journal", "Rossi détrôné" (Moto GP)
AD Haagsche Courant (indépendant populaire) : "Les hôtels arnaquent leurs clients - Enquête AD : l’hôtellerie-restauration fait payer beaucoup trop de taxe touristique", "Balkenende et Bos s’asticotent... mais n’excluent pas de coopérer"

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LE DOSSIER DU JOUR :Débat électoral

"La tête de liste CDA Balkenende, durant le premier débat électoral, hier à Radio 1, s’en est pris durement à la personne de Wouter Bos", rapporte le Trouw dans son grand article à la une. "’Vous êtes inconstant et malhonnête’, a déclaré le chrétien-démocrate à son principal adversaire."
"La tête de liste PvdA a estimé que Balkenende transgressait les règles de la décence et n’a pas voulu réagir à la critique personnelle de Balkenende. L’incident a eu lieu durant une polémique sur la sécurité sociale et la politique du troisième âge pleine de reproches mutuels sur l’assouplissement du droit de licenciement, la réintégration des chômeurs et les loyers. Balkenende n’a cependant pas voulu reprendre ses propos. ’Ce sont des faits’, a-t-il dit."
"Durant ce débat, les têtes de liste du VVD, du SP, de GroenLinks, du D66 et du Partij voor de Vrijheid [parti de la liberté, Wilders] ont également croisé le fer."
"Après le violent heurt entre Bos et Balkenende, la tête de liste VVD Rutte a réagi avec pragmatisme : ’Ces messieurs ne sont pas en désaccord. Les différences ne sont pas si grandes.’ Femke Halsema (GroenLinks) a parlé d’un ’petit show à deux’."
"Mark Rutte a estimé que, compte tenu des sondages, un gouvernement CDA-PvdA était inévitable. ’Je le regrette beaucoup car les bons résultats de la dernière période s’évaporeront certainement.’ Rutte a défié Balkenende de préciser quelle coalition il souhaitait. ’Il n’est plus de ce temps d’attendre d’être chez la Reine pour dire avec qui vous voulez gouverner.’ Le VVD voudrait continuer avec le CDA, mais Balkenende ne s’est pas prononcé."
"C’est un cadeau pour Wouter Bos", estime le Volkskrant dans son analyse à la une, à propos, de la vive sortie de Balkenende. "Il peut s’afficher en joueur fair-play et consciencieux, qui ne s’abaissera pas à ce niveau. Il appelle Balkenende à faire de même. C’est le genre de sagesse que les gens attendent d’un premier ministre."
"Balkenende s’est-il laissé aller ? Le leader de la campagne électorale du CDA, Jack de Vries, dit à l’issue du débat que la formulation est née ’dans le feu de l’action’. Le premier ministre était surtout courroucé parce que Bos avait répété que les personnes âgées ont vu leur pouvoir d’achat baisser sous son gouvernement, alors que l’inverse est vrai, selon le CDA. Quel que soit le camp qui a raison sur le fond, le mot ’malhonnête’ est fort pour les Pays-Bas. Balkenende, dès son premier débat avec Bos, pratique une forme de campagne négative."
"Il y a longtemps que le CDA essaie de dépeindre Wouter Bos comme un inconstant qui n’est pas fiable. Même s’il n’étaie pas cette thèse par des faits, il peut toujours en rester quelque chose. Bos, aux yeux des électeurs, doit devenir non crédible en tant que candidat au poste de premier ministre. Les chrétiens-démocrates ont intérêt à ce que la lutte électorale se réduise à la question de savoir chez qui les clés de la Tourelle sont en bonnes mains. Mais une attaque personnelle n’est pas sans risque. Elle peut reporter la sympathie sur celui qui est accusé."
"Le débat radiophonique montre aussi la stratégie de Wouter Bos : il essaie de dissiper l’idée du CDA que les Néerlandais, en réélisant Balkenende, auront le calme et la sécurité. Le CDA touche au droit de licenciement, il veut accroître l’effet de marché dans les soins et impose les familles. Le ’démasquage’ de Balkenende a commencé, dit Bos à l’issue du débat."
"Le leader PvdA Bos restera président du groupe parlementaire si son parti, après le 22 novembre, participe à un gouvernement dirigé par le premier ministre CDA Balkenende", ajoute le journal de centre gauche en page 3. "Durant le premier grand débat des têtes de liste à NOS Radio 1 qui s’est déroulé dimanche, Bos a dit qu’il n’entrerait pas dans un gouvernement Balkenende IV."

Actualité intérieure

Prochaine coalition

"Les Néerlandais préfèrent qu’il n’y ait pas de gouvernement CDA-PvdA après les élections du 22 novembre", souligne le Telegraaf de samedi à la une. "Une coalition franchement de gauche formée par le PvdA, le SP et GroenLinks est la plus populaire, suivie immédiatement par un gouvernement CDA-VVD. Tels sont les remarquables résultats d’une enquête que le Telegraaf a fait effectuer sur les préférences des électeurs néerlandais. 30 pour cent des électeurs préfèrent un gouvernement de gauche, alors que la reconduction de la coalition actuelle est souhaitée par 29 pour cent. La combinaison CDA-PvdA, la seule qui puisse compter sur une majorité, compte tenu des sondages actuels, n’est favorite qu’auprès de 12 pour cent des électeurs."
"Le premier ministre Balkenende (CDA) doit rester où il est, estime la moitié des électeurs, alors qu’un peu plus d’un tiers préfère voir la tête de liste PvdA Wouter Bos dans la Tourelle. Le leader VVD Mark Rutte ne joue pas de rôle dans la lutte pour le poste de premier ministre. Seuls 3 pour cent croient qu’il a le plus de chances de devenir premier ministre, 1 pour cent seulement de plus que le leader SP Jan Marijnissen."
"Rutte semble avoir un problème d’image. Il figure en bas de la plupart des listes. Seuls 8 pour cent lui achèteraient une voiture d’occasion, 10 pour cent le considèrent comme le convive idéal pour le réveillon et 12 pour cent comme le compagnon de vacances favori."
Pour Marc Chavannes, dans le NRC Handelsblad (p.16) de samedi, "si Balkenende l’emporte le 22 novembre, ce sera parce que les Pays-Bas, après toutes les turbulences, aspirent à son type de conservatisme de salon". "Un mélange de calvinisme ’aux manches retroussées et sans frime’ et de méfiance à l’encontre des socialistes. Dans la pratique de l’administration du pays, cela se marie assez bien avec l’individualisme de marché du VVD, même si ce parti connaît des courants hédonistes et libéraux qui ne sont pas du goût de Balkenende."
"Cet ’esprit de la gagne’du balkenendisme explique peut-être les difficultés que rencontre actuellement Wouter Bos. Il n’exclut pas un gouvernement qui soit entièrement de gauche, mais cela ne l’attire guère. Une coalition avec le VVD et GroenLinks n’est possible que si tout le reste échoue. Mais gouverner avec le CDA tel qu’il est maintenant est à peine une option réelle. Le vrai Balkenende ressemble à s’y méprendre au Balkenende de carton [allusion au stand de présentation de son livre], inflexible jusqu’à ce qu’il casse. Et antisocialiste par conviction."

AFFAIRES FRANÇAISES

Les banlieues font l’objet de quelques articles dans le Volkskrant de samedi (cahier hetVervolg, reportage de Fokke Obbema) et de ce matin (p.5), ainsi que dans le Trouw (p.6) et l’Algemeen Dagblad (p.15).
Pour l’éditorialiste du Trouw de samedi, "le fossé reste très profond". "Un an après les grands troubles en France, il est certain que de nouvelles crises suivront. Leur solution doit être au centre des élections présidentielles de l’année prochaine. Et surtout, la question ne doit plus passer sous le tapis après."
Le commentateur du NRC Handelsblad du week-end écrit de son côté : "Le ministre de l’Intérieur Sarkozy affirme à juste titre qu’il faut endiguer l’immigration, surtout celle de gens sans formation. Il ne sert à rien d’accueillir de nouvelles masses d’immigrés sans formation (...) si ceux qui sont déjà là sont encore massivement au chômage." "Une société a besoin de temps pour laisser s’intégrer de grands groupes de nouveaux venus. La limitation de l’immigration rend la lutte contre la discrimination, les investissements sociaux et le travail de la police plus efficaces. C’est également vrai pour les Pays-Bas et pour d’autres grandes villes européennes où les problèmes de banlieue existent à une échelle plus réduite." "La banlieue est européenne et la politique d’immigration doit l’être aussi, de Rotterdam à Tenerife."

A signaler :
Une interview du roi de Jordanie Abdullah II, qui entame cette semaine une visite d’Etat aux Pays-Bas avec son épouse, la reine Rania. Le souverain dit dans le NRC Handelsblad du week-end, à propos de la question palestinienne : "Je pense que nous n’avons plus que quelques mois, car il ne reste plus guère de terres pour un Etat démocratique viable. Sans une solution à ce problème central il n’y aura jamais de paix et de stabilité au Moyen-Orient. Une nouvelle guerre comme celle du Liban, cet été, ne sera alors plus qu’une question de temps."

Dernière modification : 30/10/2006

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