Presse néerlandaise du lundi 6 septembre 2004

•Trouw : "Beslan enterre son avenir - Le nombre de morts approche de quatre cents - Poutine réorganise les services secrets", "Les juges sont coûteux et lents", "Les terroristes indonésiens sont en train de se regrouper en Europe"
•Algemeen Dagblad : "Le nombre de morts est beaucoup plus élevé à Beslan - Poutine : La Russie s’est montrée très faible - Toutes les conversations portent sur l’école No 1", "Donner coupe profondément dans le budget de la protection des jeunes"
•de Volkskrant : "L’épargne en vue de la préretraite sera volontaire - Les salariés pourront réclamer leurs cotisations", "Le nombre de morts de la prise d’otages de Beslan atteint 350"(synthèse de dépêches), "’Non, non, ça ne peut pas être mon fils’" (reportage)
•De Telegraaf : "Le crime paie toujours trop bien - Les députés : inverser la charge de la preuve", "Septembre à la mer" (photo d’une plage surpeuplée en Hollande du Nord)

Le dossier du jour
 : Interview du premier ministre

 

Le Volkskrant de samedi ouvre son cahier Reflex avec une
interview du premier ministre Jan Peter Balkenende sur les normes et les valeurs
en Europe, sous le titre "A la recherche de l’âme européenne".

"Le
revirement est intervenu en mars", constatent les journalistes Frank Poorthuis
et Hans Wansink. "Les ’horribles attentats de Madrid’ ont donné un caractère
d’urgence à la coopération européenne, constate Jan Peter Balkenende, qui
préside l’Union européenne jusqu’à la fin de l’année. ’Au conseil européen, peu
de temps après, les chefs d’Etat et de gouvernement européens étaient
rassemblés. J’ai ressenti un changement d’ambiance, nous avions le sentiment
d’avoir besoin les uns des autres’."

"Mardi
prochain, il va connaître sa finest hour : ce sera le début d’une série de
conférences sur la signification de ’l’idée européenne’. Les mois écoulés, lors
de sa tournée des capitales européennes, il en a parlé à ses collègues. Dans
toutes les réunions bilatérales, les european values ont figuré à l’ordre du
jour, et cela a fonctionné, explique-t-il. Chez Kwasniewski en Pologne, chez
Tony Blair dans sa résidence de Chequers. ’Les discussions, qui sont normalement
de nature très rationnelle, y ont brusquement gagné en profondeur’."

"Non, ils
ne seront pas présents, le premier ministre polonais, Blair ou Schröder. ’Cela
n’était pas non plus l’intention.’ Un autre malentendu : cette mission serait
liée à une quête de nouvelles normes et valeurs (qu’il qualifie du reste de
’succès’) dans la société néerlandaise : ’Le thème est vivant, dans les clubs de
sport, dans la rue, sur internet’. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agira. On
parlera de la communauté de valeurs que devrait être l’Europe. Il est
’particulièrement heureux’ que le philosophe américain de la pensée
communautaire Amitai Etzoni, qu’il admire beaucoup, la présidente de Lettonie,
Vaira Vike Freiberga, et Valéry Giscard d’Estaing, l’ancien président français
qui a préparé la Constitution européenne, aient accepté de venir à La Haye. Et
il entretiendra aussi lui-même ses hôtes sur les valeurs européennes."

"Je suis
très préoccupé par l’euroscepticisme croissant, les critiques sur ce qui se
passe à Bruxelles, la faible participation aux élections européennes", déclare
Balkenende. "Dans les nouveaux Etats, on a fait la fête le 1er mai, jour de
l’adhésion, mais six semaines plus tard, la tendance était complètement
inversée. Deuxième point d’inquiétude : en Europe, chacun ne pense qu’à son
propre intérêt. Et troisièmement, je m’interroge sur la force de conviction de
l’Europe : l’Europe est-elle en mesure de s’attaquer aux problèmes qui
préoccupent ses citoyens ? Qu’en est-il de sa sécurité ? Et derrière toutes ces
interrogations se profile la question de ce qui nous lie en tant qu’Européens."

"L’Europe,
c’est le continent des guerres, des destructions, de la guillotine, mais
l’Europe, c’est également le continent de la culture, qui s’est épanouie au
Moyen-Age, du Siècle des Lumières, des penseurs, de la science, du
citoyen moderne. L’histoire européenne se caractérise par sa recherche de
liberté, sa lutte contre la servitude. Egalité - actuellement, nous parlons
d’émancipation - et fraternité sont des valeurs intrinsèques de l’histoire
européenne. Après la Deuxième guerre mondiale, ces valeurs ont été intégrées
dans les traités européens."

"En
repensant à l’unité européenne, qui a reçu une impulsion avec l’élargissement à
dix nouveaux Etats membres, je me suis rendu compte qu’il ne s’agissait pas
seulement des sous, des fonds structurels ou de la politique agricole commune.
Nous entrons dans une nouvelle phase de l’histoire européenne. Les idées
derrière l’intégration européenne sont reflétées dans la nouvelle Constitution.
Nous avons perdu de vue les gens, les Européens."

A la
question de savoir "où s’arrête la communauté de valeurs européenne", le premier
ministre néerlandais répond : "Il n’est pas directement pertinent, en ce moment,
de savoir si les Russes et les Ukrainiens finiront par adhérer. Notre mission
est maintenant d’approfondir la coopération dans une Europe à 25, éventuellement
élargie à des pays comme la Turquie, la Croatie, la Roumanie et la Bulgarie.
Est-il possible de bien gérer l’Europe des 25 ? Mais surtout, quel est notre
idéal de civilisation ?"

Pourquoi
ne pas nous satisfaire de la coopération économique ? Balkenende :
"L’intégration économique des années
quatre-vingt-dix a provoqué en réaction une prise de conscience de
l’identité nationale et régionale. Mais pour pouvoir être différent, il faut
aussi de l’unité. La diversité fait partie de l’histoire européenne, mais sans
communauté il n’y a pas d’âme européenne."

Est-ce
qu’une partie de cette âme européenne réside aussi en Turquie ? "Devenir membre
de l’Union, cela commence par les critères politiques de Copenhague. Cela
signifie que la démocratie doit être en ordre, que les droits de l’homme doivent
être respectés. Nous savons tous que les droits de l’homme ont été un point
d’énorme préoccupation en Turquie. Que la qualité de l’Etat de droit a été
critiquée par des organisations comme Amnesty International. Nous savons que le
rôle de l’armée turque n’est pas tel qu’il devrait l’être. Mais nous voyons
maintenant que les Turcs, dans leur volonté de faire partie de l’Europe, se
sentent pressés de bannir la corruption, de renforcer les droits de l’homme. Le
processus de modernisation de la Turquie peut être un exemple pour d’autres pays
islamiques. Au demeurant, la liberté de religion n’est pas encore en ordre en
Turquie. La communauté protestante d’Istanbul ne peut pas encore fonder sa
propre église."

"Ma
mission est de prendre en décembre une décision qui soit tenable. Nous devons
être fair play envers la Turquie. Nous avons convenu des règles du jeu. Nous ne
pouvons donc pas revenir à quelque chose comme un partenariat privilégié, cette
phase est bouclée. Nous parlons de l’ouverture de négociations sur une adhésion
à part entière. Nous devons être stricts sur les critères d’adhésion, mais aussi
voir les avantages. Le secteur privé voit beaucoup de possibilités de part et
d’autre."

Pouvons-nous encore nous permettre de refermer la porte ?
Pouvez-vous dire à la fin de votre présidence que la Turquie, ça ne marchera pas
 ? "Ce serait ne pas prendre au sérieux les décisions formelles de 1999 et 2002.
Refermer maintenant la porte parce que c’est un pays islamique qui n’aurait pas
sa place en Europe, c’est un raisonnement qui ne m’attire pas du tout. D’un
point de vue historique, l’islam est l’une des sources de la culture européenne.
Personne ne peut ignorer les accords avec la Turquie. Quand on parle avec des
politiques, des juristes, des personnalités d’organisations sociales en Turquie,
il s’avère que beaucoup de lois n’ont pas encore été appliquées. Il y a encore
du chemin à faire, mais il y a indéniablement une amélioration."

 

Actualité internationale

 

Prise d’otages de Beslan

"Le
ministre Bot s’est retrouvé dans un champ de mines diplomatique le week-end
dernier, après avoir fait une remarque à propos du dénouement du drame des
otages en Ossétie du Nord", écrit le Volkskrant (p.4) ce matin, dans une
analyse. "Le circonspect diplomate, qui présidait une réunion des ministres des
Affaires étrangères de l’Union européenne, a essuyé un feu nourri de Moscou,
pour avoir remarqué qu’il ne pouvait pas porter de jugement sur la manière dont
les autorités russes avaient géré la prise d’otages de Beslan parce qu’il
n’avait pas suffisamment d’informations."

"’C’est
scandaleux’, a réagi le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.
’Le monde entier sait que notre premier objectif était de sauver la vie des
enfants et qu’il n’y aurait pas d’assaut.’ Moscou a même convoqué l’ambassadeur
des Pays-Bas."

"Le
ministre lui-même trouve qu’il n’a rien dit d’incorrect. ’Quand on a un tel
problème, il est peut-être raisonnable d’entrer en concertation avec d’autres
pays’, a-t-il dit pour expliquer sa remarque. ’On nous pose des questions. Nous
avons donc le droit d’évoquer ces choses-là.’ Il a souligné qu’il n’a jamais
demandé des ’éclaircissements’ à Moscou."

"L’irritation russe semble plutôt surfaite. Durant sa conférence de presse, Bot
s’est justement abstenu de toute critique sur l’approche des autorités russes.
Il a aussi évité d’établir un rapport entre la prise d’otages et le comportement
des troupes russes en Tchétchénie."

"En revanche, la question indique le dilemme devant lequel la
Tchétchénie place les diplomates européens. Depuis les attentats contre le World
Trade Center et le Pentagone, en 2001, il n’y a pratiquement plus de critiques
sur l’approche russe du problème tchétchène. "

 

Union européenne - Birmanie

"L’Europe
renonce à s’opposer à la présence de la Birmanie lors d’un sommet Asie-Europe,
le mois prochain", relève le Trouw (p.6) de samedi. "’Nous ne pouvons pas bannir
toute l’Asie parce que nous avons un problème avec un pays’, a déclaré le
ministre des Affaires étrangères Bot, vendredi soir. Bot a décidé d’assouplir sa
position concernant la Birmanie lors d’une réunion informelle avec ses
collègues, dans un petit château de Houthem-St. Gerlach, dans le Sud du
Limbourg. La présidence néerlandaise avait déjà annulé deux réunions avec les
gouvernements asiatiques parce que la Birmanie aurait été présente. ’Cela a
beaucoup déplu aux pays asiatiques’, a dit Bot. ’L’Asie devient de plus en plus
importante, et pas seulement du point de vue économique. Des pays comme la Chine
et l’Inde veulent devenir de grandes puissances mondiales. Nous ne pouvons pas
laisser nos relations avec les pays asiatiques devenir victimes du comportement
de la Birmanie’."

"Un autre problème de Bot", ajoute le journal chrétien
progressiste, "est qu’’un grand nombre de pays européens’ se seraient tout de
même rendus au sommet asiatique, quel que soit le point de vue de l’Union
européenne. Le ministre néerlandais a réussi vendredi à rallier les pays
d’Europe à un compromis disant que les sanctions existantes seront renforcées si
la Birmanie ne donne pas plus de latitude au mouvement démocratique et ne libère
pas la leader de l’opposition, Aung San Suu Kyi" (également NRC Handelsblad p.4,
Algemeen Dagblad p.9 de samedi).

 

Actualité
intérieure

 

Lutte contre le terrorisme

"Le ministre Donner (Justice) aura compétence à prendre toutes les mesures
nécessaires en cas de grande menace terroriste", rapporte le NRC Handelsblad
(p.3) de samedi. "C’est ce que le premier ministre Balkenende a fait savoir
vendredi."

Cette semaine, le ministre de la Justice fera parvenir une note à ce sujet
à la Deuxième Chambre. Donner, sur la base de ses nouvelles compétences, pourra
par exemple faire bloquer des routes, fermer des aéroports ou interrompre les
télécommunications. Les autres ministres et les collectivités locales devront
donner suite à ses ordres.

Balkenende a déclaré vendredi, à l’issue du conseil des ministres, que la
désignation d’un ministre coordinateur était nécessaire à cause de la "menace
croissante dans le monde". En cas de danger aigu, Donner aura aussi autorité sur
les ministres Kamp (Défense) et Remkes (Intérieur). Le ministre de l’Intérieur
reste cependant responsable de la gestion de crise en cas de catastrophe. Selon
le premier ministre Balkenende, cela peut signifier qu’il se charge de la
coordination à la place du ministre de la Justice, après un attentat. "Une autre
phase commence alors, cela dépend des circonstances."

Le gouvernement a par ailleurs décidé
de nommer un Coordinateur National de la Lutte contre le Terrorisme (NCTb), qui
sera placé sous la responsabilité commune des ministres de l’Intérieur et de la
Justice.

 

Affaire Wilders

La presse de samedi a encore beaucoup évoqué la défection du député VVD
Geert Wilders, relevant notamment que sa décision de conserver son siège à la
Deuxième Chambre irrite les libéraux. Plusieurs responsables libéraux ont
critiqué hier leur ex-collègue de parti, qui restera à la Deuxième Chambre comme
député indépendant et qui, à terme, veut fonder un mouvement pour les gens qui
"sont décents, de droite et sociaux". Le ministre VVD de la Santé publique,
Hoogervorst, a qualifié la décision de Wilders de "vol légalisé", parce qu’il a
été élu sur la base de la liste VVD, pas par le biais de votes préférenciels. Le
ministre de la Défense dit qu’il n’est pas très élégant de rester à la Deuxième
Chambre. Son collègue de l’Intérieur, Remkes, parle de summum de l’inconsistence.

Le président de la Deuxième Chambre, Weisglas, s’irrite depuis longtemps
de l’effritement de la chambre, mais affirme ne rien pouvoir faire : selon lui,
la plupart des députés ne veulent pas porter atteinte à la liberté de suivre son
propre cap en cas de désaccord avec son parti.

Wilders est le deuxième député à
continuer en tant qu’indépendant cette année, après le député Lazrak, exclu du
SP et opérant maintenant en tant que Groep-Lazrak.

 

Normes et valeurs

"Le premier ministre Balkenende va voir si les organisations de
radiotélédiffusion ou les producteurs de programmes télévisés sont disposés à
faire un programme qui associerait la discussion sur les normes et les valeurs
au divertissement", rapporte le Trouw (p.3). "C’est ce qu’il répond dans l’Algemeen
Dagblad de samedi à l’une des nombreuses questions de lecteurs sur sa campagne
pour la décence." "Dans l’entretien qui accompagne les réponses, il se rallie à
la thèse selon laquelle les écoliers doivent de nouveau vouvoyer leurs
professeurs. ’Il y a eu une période où l’on disait ’appelle-moi Jan ou Piet’. Je
pense qu’il faut une certaine distance entre l’enseignant, qui a un autre rôle,
et les écoliers’."

"Il dit comprendre le jugement des
lecteurs qui parlent des ’mesures asociales’ que prend le gouvernement
Balkenende II. Mais en comparaison des pays voisins, ’nous avons un
Etat-providence très convenable’, affirme Balkenende."

 

Economie,
Finances

 

Sécurité sociale

"De Geus ne fera pas de nouvelles économies sur la sécurité sociale",
annonce le Volkskrant à la une. Toutes les économies que le gouvernement voulait
réaliser cette année sont connues, déclare le ministre dans un entretien avec le
journal de centre gauche (p.3). "L’agenda des réformes dans le domaine des
affaires sociales est complet", affirme De Geus. De nouvelles mesures
d’austérité ne sont pas prévues.

De Geus avait annoncé de nombreuses mesures qui ont suscité un vif émoi.
C’est ainsi qu’en 2006 disparaîtront les possibilités fiscales de financement de
la retraite anticipée. La WAO (incapacité de travail) ne sera plus accessible
qu’aux salariés qui présentent une incapacité "totale et durable". Et à partir
du 1er novembre, le ministre n’imposera plus les conventions collectives
prévoyant une hausse des salaires trop élevée. Les compensations que touchent
les salariés en cas de licenciement seront déduites de l’indemnité WW à partir
de l’année prochaine.

"Les Pays-Bas doivent appliquer des
réformes indispensables dont on ne s’est pas occupé pendant des années. Lorsque
tout allait bien, il n’y avait urgence. Et lorsque les choses allaient mal, on
n’en avait pas le courage. Les bons règlements sociaux ont fait disparaître en
partie la saine morale du travail."

 

Affaires françaises 

 

Le sort incertain des deux journalistes
français en Irak reste le thème dominant. Le Trouw de samedi dresse un portrait
des deux hommes en page 5 et ce matin, le Telegraaf (p.5) publie une synthèse de
dépêches sur la "gestion de crise à Paris".

Sur la dernière page du NRC Handelsblad
de samedi, le correspondant Pieter Kottman donne la parole à un portier d’hôtel
parisien qui profite des touristes étrangers de sexe féminin, mais méprise les
Françaises et la France.

Dernière modification : 21/09/2004

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