Presse néerlandaise du lundi 6 mai 2002

La réélection de Jacques Chirac au deuxième tour des élections présidentielles,
hier, fait tous les grands titres ce matin et inspire un éditorial et deux
analyses.

Sur le plan intérieur, les journaux évoquent tous à la une le 28e
titre de champion national de football remporté par l’Ajax d’Amsterdam. Bien
que l’hommage officiel au onze de la capitale ait été rendu au stade Arena, au
Leidseplein, en plein centre, la fête a rapidement dégénéré en déprédations
et les forces de l’ordre sont intervenues. 

Trouw  : "Victoire monstre pour Chirac – La France
soulagée après la défaite de Le Pen – Cinq pour cent de votes blancs ou
nuls", "’C’est vachement sympa ici, tout le monde est là’"
(ambiance à Amsterdam)

de Volkskrant
 : "La France dit ’non’ à Le Pen", "Ajax décharge son cœur,
enfin quelque chose à fêter"

Algemeen Dagblad
 : "La France rejette Le Pen", "Soulagement et joie après la
victoire nationale d’Ajax"

De Telegraaf
 : "Victoire historique de Chirac - Le Pen se concentre sur les législatives",
"Ajax est de nouveau le meilleur après
quatre ans
"

 

Le dossier du jour
 : Elections présidentielles en France  

" Les électeurs français
ont voté en masse contre le leader de l’extrême-droite Jean-Marie Le Pen,
dimanche
", annonce le journal d’affaires Het
Financieele Dagblad
dans son grand article à la une. " Le
président Jacques Chirac a écrasé son adversaire avec le score monstre de 81 %
. Jamais encore un président en exercice n’avait obtenu un
aussi mauvais score au premier tour et jamais encore un candidat n’avait obtenu
un nombre de voix aussi élevé au deuxième tour. Avec un score de plus de 81 %
pour le néo-gaulliste Chirac (69 ans), les
Français ont interprété le deuxième tour des élections présidentielles en
premier lieu comme un référendum pour le maintien des valeurs démocratiques
de la République française
. Le nombre d’abstentions a chuté de 28,6 %
à un peu plus de 20 %. Jean-Marie Le Pen (74 ans) a été puni par les électeurs :
il a eu du mal à garder le nombre de voix conquises au premier tour, réalisant
un score d’environ 18 %."

" Pratiquement
tous les électeurs de la gauche et de la droite ont voté pour Chirac
. Il
est ainsi apparu que le bloc d’extrême-droite représente un peu moins de 20 %
des suffrages en France
."

"A l’exception des fidèles de Jean-Marie Le Pen, presque tous les
électeurs français ont voté pour Jacques Chirac", souligne le
correspondant à Paris du journal financier dans un deuxième article à la une.
"Mais ce score monstre n’en fait pas encore un président fort. L’électorat
français a fait du deuxième tour des élections présidentielles un référendum
sur l’avenir de la démocratie." " La
France opte sans ambiguïté pour la démocratie
. Mais ce résultat ne donne guère d’indication sur la future situation
politique
."

"Chirac est menacé par trois forces : la
mobilisation des électeurs de gauche et la combativité des partis de gauche,
la division interne de son propre camp et pour finir la combativité du perdant
d’hier, Le Pen. La France démocratique était soulagée hier par le résultat
des présidentielles. Mais il est clair
que la position de Chirac est affaiblie
. Les
Français n’ont pas voté pour lui, mais pour la démocratie
."

" Tout porte à croire que la
victoire de Chirac est effectivement pour moitié celle de la gauche
",
remarque Martin Sommer dans son analyse pour le Volkskrant (p.5). "C’étaient notamment les partis de gauche
qui avaient mobilisé leur propre base, souvent bon gré mal gré, pour voter
contre Le Pen. C’étaient presque un million et demi de Français de gauche qui
étaient descendus dans la rue pour manifester contre Le Pen, le 1er mai. C’étaient
des journaux de gauche comme Libération
et Le Nouvel Observateur qui avaient
encouragé leurs lecteurs, à la une, à déposer dans l’urne le billet portant
le nom Chirac." "’Dimanche soir à huit heures commencera la campagne
pour les élections législatives de juin’, a déclaré un commentateur. On l’a
vu immédiatement après le dépouillement du scrutin. Le leader du Parti
Socialiste, François Hollande, a déclaré tout de suite que rien n’était
perdu. Une victoire de la gauche aux législatives ouvrira la voie à cinq
nouvelles années de cohabitation."

"Mais même en cas de nouvelle
cohabitation, la situation ne sera pas la même que lorsque Jospin a remporté
les législatives, en 1997. Les électeurs
ont d’abord voté contre Le Pen par référendum, ensuite ils indiqueront aux législatives
dans quelle direction politique ils veulent aller
. Le
véritable pouvoir appartiendra maintenant à l’Assemblée Nationale’
, a déclaré
un politique socialiste, hier. C’est nouveau en France, surtout le soir d’une élection
présidentielle."

" Chirac
a obtenu les voix, pas la confiance
", titre l’ Algemeen Dagblad (p.5) au-dessus de son analyse. "En
choisissant Chirac, la France a barré la route à l’extrême-droite. Mais cela
ne veut pas dire que les Français se réjouissent du retour de leur chef d’Etat
poursuivi par les affaires de corruption." " On attend avec impatience les élections législatives de juin . C’est
ce scrutin qui déterminera si Chirac peut continuer avec son gouvernement
provisoire ou si la France progressiste a su se mobiliser au point que le président
conservateur doive de nouveau partager le pouvoir avec un gouvernement de gauche
plurielle, un scénario dans lequel l’instabilité politique restera encore
longtemps d’actualité en France
."

Pour l’éditorialiste du Volkskrant ,
" tous les Français démocrates ou
de tendance démocratique ont beaucoup à se reprocher
". " Ils
ont fait une farce des élections présidentielles
. Ces élections ont été
les élections des choix négatifs. Au premier tour, ils n’ont pas voté pour Le
Pen, mais contre l’establishment politique. Au second tour, ils n’ont pas tant
voté pour Chirac, mais contre Le Pen. Les électeurs peuvent avoir leurs doutes
(parfois justifiés) concernant le comportement des politiques établis, mais
ils doivent se rendre compte en dépit de leur réticence que leurs
cabrioles électorales peuvent faire au système démocratique plus de mal
qu’ils ne le souhaitent
. C’est
valable pour les Français, mais cela peut aussi être valable pour les Néerlandais
.
Les démocraties ont beaucoup de ressort, mais les expériences trop téméraires
peuvent être risquées."

"On pourra faire le bilan en juin",
conclut le journal de centre-gauche. " Il
n’est pas du tout exclu que la gauche se rétablisse dans l’intervalle
. Si
elle devient majoritaire, la France entrera de nouveau dans une période de
cohabitation gauche-droite et la stagnation des cinq dernières années sera de
retour
."

 

Actualité
intérieure 

VVD :
contre l’élargissement de l’Union européenne

" Le VVD exige que le
prochain gouvernement prononce un veto contre l’élargissement de l’Union européenne
",
relève le Financieele Dagblad à la
une. " C’est ce que le leader VVD
Hans Dijkstal a déclaré samedi, dans une interview au quotidien De
Telegraaf
. "Les libéraux critiquent les projets d’élargissement
depuis quelque temps déjà", rappelle le journal financier, "mais
c’est la première qu’ils exigent un veto contre l’adhésion de la Pologne et de
quelques autres pays." "’Nous sommes quinze maintenant et c’est déjà
assez difficile’, déclare Dijkstal, qui souligne que les finances de l’UE sont
réglées jusqu’en 2006. Après, ’un énorme problème’ nous attend, selon
Dijkstal. ’L’addition sera présentée à tous les citoyens de l’Union. Aussi
aux Néerlandais. C’est pourquoi nous ne devons pas y participer’."

" Le
secrétaire d’Etat PvdA aux Affaires européennes, Dick Benschop, estime que le
veto prononcé par Dijkstal contre l’élargissement de l’UE est ’irresponsable’
.
Si le VVD persiste à réclamer un veto,
le PvdA ne participera pas à un gouvernement incluant les libéraux
, a déclaré
Benschop dimanche, lors du programme télévisé Buitenhof. "

" Le
PvdA, le CDA et le D66 sont stupéfaits
", note le Telegraaf (p.3). "’Prononcer un veto contre l’élargissement
est tout à fait irresponsable pour l’UE, mais aussi pour l’économie néerlandaise’,
a fait savoir Benschop." "Le leader CDA Balkenende ne comprend pas non
plus pourquoi le VVD s’oppose brusquement à l’élargissement. ’Le ministre VVD
Van Aartsen n’a jamais dit lors des sommets européens que les Pays-Bas étaient
contre ou qu’ils posaient des conditions’, selon un porte-parole de la tête de
liste. La tête de liste D66 De Graaf qualifie la proposition du VVD d’incompréhensible
et d’exagérée" (également Algemeen
Dagblad
p.3, Trouw p.4).

Jorritsma

Le
PvdA, le D66 et GroenLinks, réagissant au grand article à la une de l’Algemeen Dagblad de
samedi, sont d’avis que la ministre des Affaires économiques, Annemarie
Jorritsma, doit s’expliquer sur le conflit d’intérêts supposé que le journal
de Rotterdam lui reproche
. Jorritsma, selon l’Algemeen Dagblad,
n’a informé, ni ses collègues du gouvernement, ni le secrétaire général de
son ministère 1994, du fait que l’entreprise de construction familiale
Jorritsma Bouw participait à un projet subventionné par le Samenwerkingsverband
Noord-Nederland
(SNN), une instance qui répartit les subventions du ministère
des Affaires économiques dans le Nord des Pays-Bas. Le quotidien s’interroge
aussi sur l’indépendance de la fondation à laquelle elle a confié la gestion
de sa participation dans l’entreprise. Lorsqu’elle est devenue ministre des
Transports et Voies d’Eau, en 1994, Jorritsma a confié ses intérêts à une
fondation dirigée par sa fille Maayke.

Le
chef de file libéral Dijkstal déclare trouver la situation "très gênante"
.
" L’article de l’Algemeen Dagblad est
tendancieux, les faits sont peut-être justes mais cela ne veut pas dire qu’il y
a conflit d’intérêts
, je ne vois pas d’objection." Selon Dijkstal, il
serait bon que l’on examine la question. "Je ne crains rien, et j’aimerais
bien savoir d’où l’AD tire tout ça."

Le SNN ne discerne pas de raison d’enquêter sur l’attribution d’une
subvention au groupe Jorritsma. "Nous appliquons de sévères critères indépendants.
Nous ne voyons pas pourquoi on se serait écarté de cette politique dans le cas
de Jorritsma."

La ministre, qui a pris les devants en
organisant une conférence de presse dès vendredi soir, a annoncé samedi après-midi
qu’elle saisirait le Conseil du journalisme ( Het Financieele Dagblad pp.1 et 4, Algemeen Dagblad pp.1 et 3, de
Volkskrant
p.2, De Telegraaf p.3,
Trouw p.4).

Campagne
électorale

" A mesure que la date des élections
se rapproche, les contradictions entre les partis politiques se précisent
",
note l’ Algemeen Dagblad à la une.
" Le CDA et le VVD se sont distanciés
davantage du nouveau venu Fortuyn, hier
." "Balkenende et Fortuyn
ont flirté l’un avec l’autre pendant des mois, mais il n’est toujours pas
question de fiançailles. ’Les plus faibles seront les victimes de Fortuyn. Cela
ne me dit rien’, a déclaré Balkenende lorsque le débat organisé par Radio 1
a porté sur le secteur des soins. Le leader CDA a reproché à Fortuyn de ne
pas vouloir investir le moindre centime supplémentaire dans les soins, les deux
premières années."

"Fortuyn n’a pas été plus gentil avec Balkenende. ’Que ces écoles
confessionnelles se débrouillent toutes seules’, a dit Fortuyn à propos de
l’enseignement chrétien choyé par le CDA. La semaine dernière, le nouveau
venu avait déjà affirmé que le leader CDA n’était pas compétent pour le
poste de premier ministre. ’Avec moi !’ s’est écrié Fortuyn lorsque
l’animateur a demandé avec qui le VVD Dijkstal voulait coopérer en matière de
politique d’asile. Mais Dijkstal, stoïque, a déclaré que, dans ce domaine, il
s’entendrait le mieux avec le CDA." "Seule la discussion sur le thème
’davantage de policiers dans la rue’ a débouché sur une coalition VVD, CDA et
LPF – mais Fortuyn avait été sollicité de donner son avis le premier. ’Une
coalition avec moi dans un rôle leader’. D’éminents CDA et VVD ont horreur de
cette perspective."

"Le PvdA Melkert a adopté une position
modérée. Selon ses propres dires, il s’est positionné dans le débat
financier ’quelque part au centre du triangle Dijkstal – De Graaf –
Balkenende’."

" Pim Fortuyn sera premier
ministre et son parti, la LPF, sera le plus grand
", relève le Volkskrant
(p.3). "Selon le bureau Intomart, il faut tenir compte de ces éventualités
le 15 mai et la période qui suivra. Le directeur T. van Dijk déclare : ’ Les sondages sous-estiment la
force de Fortuyn
. Une révolution électorale
nationale s’annonce
. Fortuyn sera premier ministre. Il l’a prédit. Cela
arrivera si ça continue comme ça’."

"Le bureau se risque à faire cette prédiction
sur la base des élections municipales de Rotterdam – où Fortuyn a obtenu 17
sièges sur 45 – et des récents sondages nationaux qui lui accordent 19 à 25
sièges." Selon Intomart, ces sondages NIPO et Interview donnent systématiquement
un chiffre trop faible, s’agissant de la Liste Pim Fortuyn.

Le Financieele Dagblad (p.1)
annonce que, si la Liste Pim Fortuyn
entre au gouvernement après le 15 mai, le leader du nouveau parti essaiera
d’intéresser des entrepreneurs ayant de l’expérience dans le domaine des
grandes opérations d’assainissement à un portefeuille de ministre
.
"Je songe à des personnes comme Jan Timmer, Joep van den Nieuwenhuyzen,
Roel Pieper et Rijkman Groenink", a confié la tête de liste au journal
d’affaires. Le ministre démissionnaire des Affaires sociales, Vermeend (PvdA)
peut lui aussi occuper un poste pour la LPF "quand il voudra".

S’il devient premier ministre, Fortuyn
administrera le pays sur la base du "management by speech" et fera
rendre des comptes aux organisations exécutives, sur la base de leurs
performances. "J’ai les idées et je définis les concepts. A d’autres de
les élaborer."

A noter que d’après le NRC Handelsblad
(pp.1, 2- et 27) de samedi, une enquête effectuée dans trente quartiers des
Pays-Bas, il y a un peu plus d’une semaine, montre que des électeurs qui sont sûrs de voter le 15 mai ne savent pas
encore pour qui
. Aucun candidat au portefeuille de premier ministre n’a le
soutien de plus de 12 % de l’électorat et plus de soixante-dix variantes
de coalition sont jugées souhaitables par les 603 électeurs interrogés.

" Les
Pays-Bas sont à la veille de l’une des élections les plus passionnantes des
dernières décennies
", remarque l’éditorialiste du journal. "Il
y avait longtemps qu’on n’avait plus discuté aussi largement de politique.
Peut-être pas d’une façon familière aux politiques établis, mais ça, c’est
surtout leur problème."

 

Economie, Finances

Joint
Strike Fighter

Le gouvernement américain a reporté la date
limite de la participation néerlandaise au projet de développement du chasseur
Joint Strike Fighter au 12 juin. C’est ce que le secrétaire d’Etat américain
à la Défense, Aldridge, a fait savoir jeudi à son homologue néerlandais Van
Hoof ( NRC Handelsblad de
vendredi soir pp.1 et 3, de Volkskrant
p.2, De Telegraaf p.3, Algemeen Dagblad p.31 de samedi).

Affaires françaises 

Le Volkskrant (p.3) reprend ce matin une dépêche ANP faisant état
des hésitations des autorités de Dijon concernant une exposition de la
Fondation Anne Frank destinée aux jeunes d’âge scolaire. "Selon la
fondation, ces hésitations étaient liées à la montée de l’extrême-droite
en France et de la situation au Moyen-Orient." L’exposition en question
sera ouverte au public mercredi.

Dernière modification : 21/04/2010

Haut de page