Presse néerlandaise du mardi 21 juin 2005

Le rapprochement politique entre le leader du mouvement d’extrême-droite flamand Vlaams Belang, Filip Dewinter, et le député LPF Hilbrand Nawijn inspire deux grands titres ce matin.

Sur le plan européen, l’échec du conseil de clôture de la présidence luxembourgeoise de l’UE fait encore couler beaucoup d’encre dans les pages intérieures et les rubriques d’opinion.

-NRC Handelsblad d’hier soir : "’La crise offre aussi l’occasion de choisir une nouvelle approche - Le conseiller [externe de la Commission européenne] Sapir prône un impôt spécial pour l’Union européenne", "Le gouvernement veut une formation professionnelle supérieure de deux ans"
-De Telegraaf : "Beatrix sanctionne sévèrement Nawijn - Veto royal contre l’emploi du nom Guillaume d’Orange", "Accord en vue sur les organisations publiques de radiotélédiffusion", "A la recherche de membres humains - Puzzle lugubre dans les eaux d’Amsterdam"
-Trouw : "Dewinter fait cap sur le nord - ’Les Pays-Bas sont désormais un pays phare pour les Flamands conservateurs’", "Les habitants des centres hospitaliers sont mécontents"
-de Volkskrant : "Les réserves de gaz néerlandaises s’épuiseront plus vite", "’Chirac a parlé de pays repus - Le ministre des Affaires étrangères Bot : Chirac est allé encore plus loin que Schröder au sommet européen", "Borssele peut rester en service, selon le D66"
-Algemeen Dagblad : "Un nouveau service guidera les patients - Les médecins généralistes joueront un rôle central dans le choix du spécialiste", "Invasion d’entrepreneurs polonais"

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LE DOSSIER DU JOUR :Nawijn

"La droite néerlandophone unit ses efforts", écrit le Trouw dans son grand article à la une. "Le Vlaams Belang [intérêt flamand] et le député LPF Hilbrand Nawijn ont présenté hier un groupe de réflexion flamand-néerlandais."

"Sous la tonnelle ombragée du jardin de la Piazza del Pietro, l’ancienne demeure de Pim Fortuyn, le flamand est momentanément la langue véhiculaire. Une délégation du Vlaams Belang boit du cappuccino ou du vin blanc, tandis que le chef de file Filip Dewinter transpire sous le soleil tropical, en expliquant patiemment quel est l’intérêt pour le Vlaams Belang du nouveau groupe de réflexion flamand-néerlandais."

"Ce n’est pas Paris, mais La Haye qui doit être désormais la ligne directrice de la politique belge, estime le leader du Vlaams Belang, qu’un cordon sanitaire bloque toujours à Anvers et Bruxelles. ’Autrefois les Pays-Bas étaient le pays phare pour tout ce qui était de gauche et progressiste, maintenant c’est le pays phare pour la Flandre de droite et conservatrice.’ Mais pourquoi Nawijn et pas Wilders, Eerdmans ou Peter R. de Vries ? ’Nawijn est le premier à être venu à moi. Et nous avons bien d’autres interlocuteurs aux Pays-Bas, mais ils n’osent pas se manifester’."
"Fortuyn lui-même avait fait savoir peu avant son meurtre qu’il ne voulait pas de Dewinter et de ses flamingants. C’était pour la tribune, dit Dewinter. Lorsqu’il a appelé Fortuyn durant sa campagne électorale, il n’a pas eu de réaction négative. ’Seulement, il avait fort à faire aux Pays-Bas, a-t-il dit’."

"Selon Nawijn, le nouveau groupe de réflexion donnera une voix plus claire aux 25 millions de néerlandophones de l’Europe unie, qu’il s’agisse de la politique des étrangers, de la coopération économique ou de l’enseignement et de la culture. ’Nous parlons toujours d’autres groupes et cultures, mais nous devons nous demander qui nous sommes nous-mêmes. Beaucoup d’allochtones me posent cette question’."

"Les coéquipiers de Nawijn n’étaient pas charmés de son flirt politique avec ses voisins méridionaux de la droite nationaliste, mais le fait qu’il ait programmé la rencontre avec Dewinter dans la demeure de Fortuyn les a rendus vraiment furieux", poursuit le journal chrétien progressiste en page 3, après avoir rappelé les péripéties du groupe parlementaire LPF, dont certains membres (comme Nawijn) ne sont plus inscrits au parti. "On se demande de plus en plus combien de temps le mariage de raison entre les députés LPF durera encore. Van As [le président du groupe] a déjà fait savoir qu’il n’excluait pas que son groupe se disloque avant les élections de 2007. Nawijn pourrait bien être le premier à le quitter."

"Sous la pression de la Reine Beatrix, le député LPF Hilbrand Nawijn et le leader du Vlaams Belang, Filip Dewinter, ont changé le nom de leur association politique au dernier moment, hier", souligne le Telegraaf à la une. "Hilbrand Nawijn a reçu un coup de fil du chef du service d’information du gouvernement Rijksvoorlichtingsdienst, qui lui a fait comprendre que la Reine ne tenait pas à ce qu’ils emploient le nom de Guillaume d’Orange." "’La Reine souhaite rester au-dessus des partis’, a dit le chef du RVD, Van der Wulp, au député LPF. ’Elle ne veut pas faire partie d’un courant politique’."

"Nawijn, sportif, a suivi la demande de Sa Majesté - ’je suis monarchiste’ - et a rapidement choisi un autre nom avec Dewinter, à savoir ’Marnix van St. Aldegonde’, ami et secrétaire privé de Guillaume d’Orange. Van St. Aldegonde (maire d’Anvers de 1583 à 1585) a probablement écrit le Wilhelmus vers 1570. C’est notre hymne national depuis 1932. C’est un autre nom, certes, mais tout de même un symbole des forts liens culturels et historiques entre la Flandre et les Pays-Bas."

ACTUALITE INTERNATIONALE

Conseil européen

"Une concertation budgétaire ratée, un traité constitutionnel qui n’existe plus que nominalement, des leaders qui se reprochent mutuellement leurs défaillances, il faut être optimiste pour ne pas appeler cela une crise", remarque l’éditorialiste du NRC Handelsblad d’hier soir.

"Crise ou non, Balkenende [qui n’a pas voulu employer ce terme] a raison sur un point : le temps est la meilleure solution au malaise actuel. Il faut attendre une nouvelle génération de leaders politiques dans un certain nombre d’Etats membres de l’UE, et pas les moindres. Chirac, Schröder et Blair ont plus ou moins atteint leur date de péremption. De ce point de vue, il n’est que logique que la concertation budgétaire ait échoué. Ce n’est pas catastrophique, car les propositions de la présidence luxembourgeoise n’étaient pas tellement bonnes."

"Les leaders devront répondre un jour à la question de savoir combien de temps l’Union pourra encore consacrer la moitié de son budget à un secteur qu’il faut certainement soutenir en Europe de l’Est, mais qui devrait se contenter de beaucoup moins de fonds en Europe de l’Ouest. La politique agricole européenne est trop coûteuse, elle est nocive pour le Tiers Monde et elle dégrade un secteur dynamique à l’origine au rang de subventionnés qui tendent la main."

"Le temps montrera si Blair a encore suffisamment d’autorité pour formuler des propositions acceptables pour chaque Etat membre.Les principes dont il part sont bons. Le rythme de la mondialisation contraint l’Occident à moderniser sa société crispée à haut niveau. La meilleure méthode sera de faire redémarrer les économies de la zone euro. Les Britanniques ont quelques grands atouts en main, à cet égard. Blair voit qu’on ne peut pas arrêter la domination américaine et l’essor chinois dans l’économie mondiale avec de belles idées irréalistes sur l’unification politique de l’Europe."

"Les Pays-Bas feront bien de suivre un cap économe concernant le budget de l’UE et d’insister sur la nécessité d’une politique économique orientée vers l’avenir et améliorant la compétitivité de l’Union. Autrement dit : la ligne britannique, mais en exigeant qu’on s’en prenne au rabais britannique."

"Jamais Bot, en tant que diplomate et ministre, n’a entendu employer un langage aussi cru que durant le sommet européen qui a échoué la fin de la semaine dernière", relève le Volkskrant à la une. "Le chancelier fédéral allemand Schröder a accusé ouvertement les Pays-Bas d’égoïsme, mais entre quatre murs le président français Chirac est allé encore plus loin. ’Il a parlé de ’gros pays repus qui ne sont pas disposés à faire quelque chose pour les pays pauvres’ et nous a regardés. Ce n’est évidemment pas ainsi qu’on obtient des concessions des autres’."

"Le ministre CDA des Affaires étrangères Bot interrompt un voyage en Afrique du Nord pour rendre compte du sommet de Bruxelles à la Deuxième Chambre, ce soir." "Bot : ’Je n’aime pas les grands mots comme le mot crise. Certains l’emploient parce qu’ils sont fâchés de ne pas avoir obtenu ce qu’ils voulaient. Schröder, dans la perspective des prochaines élections en Allemagne, voulait passer pour le grand sauveteur qui a encore une fois sorti l’Europe de l’ornière. Mais ça n’a pas marché à Bruxelles.’ Le premier ministre luxembourgeois Juncker s’en est aussi pris aux Pays-Bas. Bot esquive : ’Je regrette que la présidence luxembourgeoise se soit emportée au point qu’une certaine amertume soit entrée maintenant dans la discussion. Quand on voit que les temps ne sont pas mûrs pour un accord, il vaut mieux suspendre la réunion et dire : nous reprendrons dans une semaine environ, pour voir si nous nous en sortons alors. En l’occurrence je ne vois pas de solution à court terme. On a dit des choses que je n’avais jamais entendues pendant les onze ans que j’ai passés à Bruxelles en tant qu’ambassadeur, bien qu’un langage musclé fasse partie du jeu diplomatique européen."

"Bot est plus clément à propos des Britanniques, qui reprennent la présidence de l’UE le 1er juillet. ’Le Royaume-Uni, en dépit de son rabais, a apporté une énorme contribution financière à l’UE, notamment à la France. C’est aussi le cas des Pays-Bas. Londres comprend que nous veuillons être compensés d’une manière ou d’une autre’."

"S’il faut tout de même se faire ’des reproches de part et d’autre’, Bot indique surtout la France, qui a refusé de remettre en question la coûteuse politique agricole européenne. Il ne juge pas juste qu’on ait ’désigné deux prétendus coupables’ dans le débat budgétaire, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, alors que cinq pays ont rejeté les dernières propositions de la présidence luxembourgeoise et qu’au moins deux autres pays nourrissaient de grandes objections’."

"’Nous sommes prêts à rester le plus grand contributeur net, à condition que la différence entre notre contribution et celle d’autres pays riches diminue’." "’Nous avons encore un an et demi pour parler de la question budgétaire qui nous divise. Si le référendum nous a appris quelque chose, c’est que l’Europe évolue trop vite aux yeux des citoyens. Nous devrons y aller plus doucement, par exemple en ce qui concerne l’élargissement. Mais les accords conclus avec la Roumanie et la Bulgarie restent entiers, tout comme la décision d’examiner en octobre si nous entamons des négociations avec la Turquie. Je prévois toujours une Union européenne de plus de trente pays, même si c’est dans vingt ans’."

A la question de savoir ce qu’il faut absolument conserver de la Constitution européenne, Bot répond : "L’engagement de désigner un président permanent du Conseil européen. Actuellement, chaque présidence semestrielle doit faire ses preuves. Tous les six mois, un pays doit marquer des points, mais on ne peut pas toujours faire un grand pas en avant."

ACTUALITE INTERIEURE

Campagne référendaire

"Le chef de file VVD Jozias van Aartsen estime que le premier ministre Balkenende a mené une campagne pour le oui à la Constitution européenne sans inspiration et sans émotion", écrit l’Algemeen Dagblad (p.7) en rubrique intérieure. "Il aurait aussi dû forger davantage d’unité au sein du gouvernement, pour propager un message univoque. Van Aartsen exprime ces critiques dans le programme télévisé Follow the Leader que l’EO diffusera ce soir."

"’Je trouve qu’il est dommage que le premier ministre n’ait pas exploité les possibilités de faire parler le gouvernement d’une seule voix. Je trouve que c’est un manque d’inspiration’, dit Van Aartsen. Il se rallie ainsi indirectement aux propos du ministre belge des Affaires étrangères De Gucht. Celui-ci a reproché à Balkenende (’Harry Potter’) de manquer de charisme et a dit que les Pays-Bas avaient très mal vendu la Constitution. ’Cela défie l’imagination !’ Ces déclarations avaient provoqué une petite querelle diplomatique, parce Balkenende avait immédiatement exigé des excuses."

"Selon Van Aartsen, Balkenende aurait dû faire beaucoup moins de cas de la question De Gucht. ’Il faut réagir avec humour à de tels propos. Il aurait dû dire : nous avons Harry Potter, vous avez Manneke Pis ! S’il s’en était tenu à ça, le problème aurait immédiatement été fini’."

Signalons pour mémoire, dans ce contexte, la longue diatribe de Sylvain Ephimenco dans le Trouw (cahier de Verdieping) contre Jan Peter Balkenende, qui finit ainsi : "Figurez-vous que vous êtes quelqu’un qui, une fois vaincu, reprend avidement les arguments de ses vainqueurs. Qui, au lieu de mourir en beauté en démissionnant, choisit de devenir le porte-parole du camp anti-européen. Figurez-vous que vous êtes devenu de facto le garçon de courses de Wilders, Rouvoet et Marijnissen/Van Bommel. Oui, figurez-vous que vous êtes Jan Peter Balkenende, le premier ministre du Royaume des Pays-Bas."

ECONOMIE, FINANCES

Energie

"La centrale nucléaire de Borssele peut rester en service au-delà de 2013", relève le Volkskrant à la une. "Le D66 est disposé à rompre l’accord de gouvernement à cet effet, à condition que le gouvernement investisse fortement dans l’énergie durable, comme l’énergie solaire."

"Le D66 était le dernier partenaire de la coalition à s’opposer encore au maintien en service de Borssele. Le groupe parlementaire D66 jugeait l’énergie nucléaire inacceptable tant qu’il n’y a pas de solution au problème des déchets radioactifs. Il se rallie maintenant à une commission du parti, qui s’est penchée sur la question durant les derniers mois."

"Le dédommagement que le propriétaire de la centrale, EPZ, touchera si elle doit fermer ses portes en 2013 turlupine le député D66 Van der Ham. Ce dédommagement s’élèvera au minimum à quelques centaines de millions d’euros. Van der Ham : ’Cela ne nous avancera à rien de jeter tant d’argent par la fenêtre. Nous aurons alors accompli un acte politique symbolique, nous importerons ensuite de l’énergie nucléaire de France et nous n’aurons rien fait pour l’environnement’."

"Van der Ham, dans un premier temps, avait proposé d’obliger EPZ à investir le dédommagement dans la production d’énergie durable. Il s’avère que ce sera difficile du point de vue juridique. Van der Ham appelle néanmoins les actionnaires d’EPZ, les communes et les provinces à exercer le plus de pression morale possible. La Deuxième Chambre débattra demain de la question."

AFFAIRES FRANÇAISES

Le Financieele Dagblad consacre un article factuel à la grève à l’EdF (p.5) et s’intéresse aux grandes surfaces : "Les grands magasins parisiens se ressentent aussi du malaise" (p.15).

Le Volkskrant (p.6) rend compte de l’élection d’un nouveau conseil musulman : "Changement de pouvoir au Conseil français du culte musulman".

Dernière modification : 21/06/2005

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