Presse néerlandaise du mardi 23 mai 2006

Le tribunal d’Amsterdam a condamné hier matin trois anciens dirigeants du groupe Ahold (supermarchés Albert Heijn) pour la fraude comptable constatée en février 2003 à la filiale américaine US Foodservice. Cees van der Hoeven, Michiel Meurs et Jan Andreae ont eu des peines de prison avec sursis et d’amendes.
Le tribunal a estimé que les irrégularités commises n’avaient pas pour but l’enrichissement personnel des auteurs, mais ont nui à la réputation du secteur privé néerlandais et trahi la confiance des petits actionnaires.

-NRC Handelsblad d’hier soir : "L’ancienne direction d’Ahold condamnée pour fraude - Peines de prison avec sursis et amendes", "Un jugement très dur, des peines légères", "Un nouveau pays sur la carte de l’Europe - Ce qui divise et ce qui unit le Monténégro et la Serbie"
-de Volkskrant : "Pourquoi Van der Hoeven ne va pas en prison - Les anciens dirigeants d’Ahold sont condamnés, mais pas pour les faits dont la société les soupçonne", "Hirsi Ali exige une protection"
-Trouw : "Projet : un troisième périphérique autour d’Amsterdam - Les Transports et Voies d’Eau font déjà des prévisions pour 2030", "Le réchauffement de la Terre est plus grand qu’on ne le pensait"
-AD Haagsche Courant : "Une peine ressentie comme un coup de masse - ’Mais l’amende de l’ex-PDG Van der Hoeven ne représente que 0,5 % de sa fortune’", "Sauvés d’une mort certaine" (Volvo Ocean Race)
-De Telegraaf  : "Examiner tous les passeports annulés - La Chambre : Le règlement ne compte pas seulement pour Hirsi Ali", "La police recherche des cadavres dans le garage d’Endstra", "Van der Hoeven veut être acquitté"

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ACTUALITE INTERNATIONALE

Monténégro

"On ne peut que respecter la volonté des Monténégrins", fait valoir l’éditorialiste du NRC Handelsblad d’hier soir. "Mais cela ne signifie pas pour autant qu’un Monténégro indépendant est une bonne chose par définition. Pour l’Europe, et donc pour les Pays-Bas, ce qui importe est ce qui se passe dans cette partie sensible des Balkans." "Bruxelles doit devenir la bouée de sauvetage des Monténégrins, qui se sentent isolés malgré eux par les guerres des années quatre-vingt-dix et surtout par le rôle que la Serbie y a joué. Mais personne à Bruxelles ou dans les capitales européennes n’a besoin d’un mini-Etat des Balkans de réputation douteuse. Le Monténégro est l’une des régions les plus pauvres et les moins peuplées de l’ex-Yougoslavie. Les emplois y sont pratiquement inexistants, de même que les perspectives économiques. Le Monténégro (Crna Gora, les montagnes noires) n’a guère que le tourisme et un passé glorieux à offrir."
"Le Sud des Balkans reste la région problématique numéro un de l’Europe. C’est une mosaïque dont les diverses parties nécessitent beaucoup d’ingérence internationale pour ne pas retomber dans l’animosité. Comme elles font partie de l’Europe du point de vue géographique et historique, Bruxelles devra continuer de s’occuper de toutes ces régions, ces républiques et ces soi-disant petits royaumes. C’est loin d’être agréable, mais au moins c’est une certaine garantie de tranquillité, ce qui est clairement dans l’intérêt de l’Europe."

Le Volkskrant remarque lui aussi qu’en dehors de la population locale, presque personne n’a besoin d’un Monténégro indépendant. "Le pays est trop petit et économiquement trop faible pour s’assurer une existence convenable par ses propres moyens." "C’est la nième plante sous serre des Balkans qui aura besoin d’une aide internationale, tant du point de vue politique que du point de vue économique."
Le monde extérieur devra comprendre que pour les fiers Serbes il ne sera pas facile d’accepter la fin de leur union avec les Monténégrins, conclut le journal de centre gauche. "Et la fin de leur exercice de modestie nationale n’est pas encore en vue, car le résultat du référendum monténégrin avivera indubitablement la soif d’indépendance du Kosovo."

Amnesty International - Pays-Bas

Le Telegraaf (p.7) relève que, "pour la première depuis dix ans, les Pays-Bas figurent de nouveau dans le rapport annuel d’Amnesty International". "Ce rapport, qui sera présenté à l’échelle mondiale aujourd’hui, traite des violations des droits de l’homme en 2005. En ce qui concerne les Pays-Bas, il s’agit d’expulsions d’immigrants et de demandeurs d’asile faites à la légère. ’Extrêmement navrant est le cas du Syrien Abd-al Rahman al Musa’, raconte Ruud Bosgraaf, le chargé de communication de la section néerlandaise de l’organisation de défense des droits de l’homme. Musa passait par Amsterdam. ’La maréchaussée ne lui a pas donné le temps de demander l’asile et l’a mis dans un avion à destination de la Syrie.’ Musa a été arrêté à l’arrivée et depuis il est en prison."

ACTUALITE INTERIEURE

Affaire Hirsi Ali

"La Deuxième Chambre veut que la ministre Verdonk (Immigration) étudie les dossiers de tous les étrangers auxquels on a retiré leur passeport néerlandais dans des circonstances similaires à celle d’Ayaan Hirsi Ali depuis 1989", annonce le Telegraaf dans son grand article à la une. "Une majorité formée par le CDA, le VVD et le D66, les partis de la coalition, donne ainsi beaucoup de travail supplémentaire à Verdonk, qui devra réexaminer des centaines de dossiers. La députée CDA Mirjam Sterk estime que c’est indispensable, parce que Hirsi Ali doit être traitée de la même façon que les autres. ’Il n’est pas nécessaire de traiter Ayaan mieux que le reste, mais pas moins bien non plus’."
"Ursie Lambrechts (D66) en est tout à fait d’accord. ’Il serait insensé que le règlement ne compte que pour Ayaan’."

Le Trouw (p.5) note que "GroenLinks cherche des ’compagnons d’infortune’ de Hirsi Ali". "GroenLinks veut savoir combien de réfugiés ont vu leur naturalisation annulée parce qu’ils avaient employé de fausses données personnelles. Le parti appelle les avocats à signaler les cas similaires à celui d’Ayaan Hirsi Ali. La présidente du groupe parlementaire, Femke Halsema, va employer ces données pour prôner le maintien ou la restitution de leur nationalité néerlandaise lors d’un débat avec la ministre Verdonk."
Le journal chrétien progressiste ajoute que "le ministère néerlandais de la Justice est en pourparlers avec le département américain des Affaires étrangères sur la question de la protection de Hirsi Ali (et de son financement) lorsqu’elle sera partie aux Etats-Unis". "Le ministre Donner part du principe que c’est l’affaire des Américains, Hirsi Ali estime que la responsabilité des Pays-Bas ne s’arrête pas à la frontière" (NRC Handelsblad d’hier soir p.1, de Volkskrant p.1, De Telegraaf p.3, AD Haagsche Courant p.7, concernant la sécurité de Hirsi Ali).

A noter qu’en page d’opinion du NRC Handelsblad, Jan Melissen, directeur du Clingendael Diplomatic Studies Programme, fait valoir que "les faiseurs d’opinion étrangers, ces dernières années, ont trop souvent été confrontés à des incidents et des tendances dans notre société qui n’ont pas grand-chose à voir avec notre tolérance typiquement néerlandaise". "La volonté du premier ministre de sauver l’image de marque des ’Pays-Bas comme pays tolérant’ ne fait pas avancer l’affaire. L’opinion publique européenne discerne de plus en plus souvent l’indifférence, ou pis encore, derrière la façade de tolérance. C’est ce que les lecteurs des quotidiens Financial Times, Le Monde, Die Zeit, El País et Wall Street Journal ont pu lire un certain nombre de fois. Si le premier ministre s’en inquiète, il doit se montrer plus vigilant dans un monde qui n’attend pas les conférences de presse hebdomadaires et qui n’a pas d’oreille pour les opérations diplomatiques rétroactives. La leçon à tirer des événements de la semaine dernière est que les membres du gouvernement devraient davantage tenir compte de certains effets de leurs actions à l’étranger."
Paul Kalma, directeur de la Wiardi Beckman Stichting, le bureau scientifique du PvdA, reproche à la Deuxième Chambre d’avoir omis d’exiger la démission de Rita Verdonk, la semaine dernière. "Une partie considérable de la population se sent attirée par des personnalités politiques comme Verdonk - et la soutient dans la question de la dénaturalisation de Hirsi Ali. Etre conscient de ce fait ne signifie pas que les partis politiques doivent mettre de l’eau dans leur vin. Ce n’est qu’en défendant franchement et avec conviction leurs principes, et en agissant en conséquence, qu’ils peuvent lutter efficacement contre la montée d’un populisme rectiligne et insensible. La Deuxième Chambre n’a pas agi en conséquence, la semaine dernière."

Cannabis

Il n’y aura pas d’interdiction du cannabis néerlandais jusqu’à nouvel ordre. Le ministre de la Santé publique Hoogervorst n’a pas l’intention de considérer le puissant nederwiet comme une drogue dure. Il ressort néanmoins d’une étude de l’Institut national de la Santé publique et de l’Environnement (RIVM) que le nederwiet est plus fort que les autres variétés de chanvre indien.
Initialement, Hoogervorst avait l’intention de ne plus tolérer le nederwiet s’il présentait un grand danger pour la santé publique (Trouw p.7, De Telegraaf p.7).

CDA

En page d’opinion du Trouw, deux cadres régionaux du CDA qui sont membres du Nieuw Collectief, un nouveau mouvement social au sein du CDA, remarquent que "le CDA veut être un parti de débat, mais la plupart des membres ne veulent pas parler de la déductibilité fiscale des intérêts sur les prêts immobiliers". "Il est dommage que le parti n’ait pas le courage d’aborder ouvertement et sans tabou des points délicats."
"Du point de vue de la solidarité, il serait utile d’examiner au moins toutes les possibilités, le pour et le contre d’une limitation de la déductibilité fiscale des intérêts sur les prêts immobiliers. Le prix des maisons flambe et les jeunes n’ont pas accès à la propriété. De plus, si pour chaque thème nous devons nous demander au préalable si nous risquons de perdre des sièges, c’en est fini du débat démocratique."

Démographie

Plusieurs quotidiens font mention des nouvelles statistiques présentées hier par le Centraal Bureau voor de Statistiek (CBS), qui montrent que 121 000 Néerlandais ont émigré en 2005, un record historique. Le nombre d’immigrants a atteint 92 000 l’an dernier. Les Pays-Bas ont ainsi l’émigration nette la plus élevée d’Europe.
Depuis 2003, il y a plus d’émigrés que d’immigrants aux Pays-Bas et la tendance ne semble pas devoir se renverser dans un proche avenir. Durant le premier trimestre 2006, 29 000 personnes ont quitté les Pays-Bas, 5 000 de plus que durant la même période l’année dernière. Les principales destinations sont la Belgique et l’Allemagne (NRC Handelsblad d’hier soir p.3, de Volkskrant p.3, De Telegraaf p.9).

A noter, dans ce contexte, que les universités et les entreprises se plaignent amèrement des difficultés que rencontrent les étrangers qui sollicitent un permis de séjour pour étudier ou travailler aux Pays-Bas. Et la récente "vague xénophobe" qui a déferlé sur les Pays-Bas, après Pim Fortuyn, n’encourage pas les étrangers de formation supérieure à y venir (de Volkskrant p.3).

ECONOMIE, FINANCES

Sciences

L’organe de financement de la recherche scientifique néerlandaise, le NWO, réclame 433 millions d’euros supplémentaires par an, en sus de son budget actuel de 423 millions. C’est ce qu’a déclaré le président du NWO, Peter Nijkamp, lundi à La Haye, en présentant sa stratégie pour les quatre prochaines années. La ministre de l’Education Van der Hoeven a dit qu’elle accéderait partiellement à ce souhait.
Les moyens financiers du NWO sont destinés aux chercheurs des centres d’excellence, au regroupement d’instituts scientifiques et au renforcement de treize thèmes de recherche centrés sur la société civile (conflits et sécurité, soins, nouvelles méthodes de production, de stockage, de transport et d’emploi de l’énergie...) (de Volkskrant p.3).

AFFAIRES FRANÇAISES

Le Trouw (p.9) suit l’affaire Clearstream. "Les médias et la classe politique ne cessent de parler de l’affaire dite Clearstream, mais le public décroche en masse", remarque Paul-Kleis Jager.

Dans le Volkskrant (p.22), Fokke Obbema évoque le rôle joué par les médias dans cette affaire, en particulier le "cap anti-Villepin" que suit Le Monde. "Sous Colombani, Le Monde, qui était de gauche, a pris un virage à droite."

Dernière modification : 23/05/2006

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