Presse néerlandaise du mardi 26 octobre 2004

Tous
les quotidiens emboîtent ce matin le pas au NRC Handelsblad d’hier soir, qui a
été le premier à présenter les résultats du Sociaal en Cultureel Rapport 2004,
la publication biennale du Sociaal en Cultureel Planbureau (SCP) sur la société
néerlandaise. Pour ce volumineux rapport remis hier au ministre Hoogervorst
(Santé publique, Bien-être et Sport), plus de deux mille personnes ont été
interrogées sur leurs souhaits et leurs attentes pour l’an 2020. 

  • NRC Handelsblad
    d’hier soir : "La population redoute une société dure - Le SCP : il y a un
    fossé entre les souhaits et les attentes", "Le Japon attend de nouvelles
    secousses sismiques
    ", "49 soldats irakiens abattus dans une embuscade"
  • Trouw  : "Les
    Néerlandais sont des gens satisfaits - L’avenir incertain est une ombre au
    tableau - Les services publics n’obtiennent pas la moyenne", "’Les colonies de
    la bande de Gaza sont intenables’" (entretien de Shimon Peres avec la presse
    internationale, à Tel Aviv)
  • de Volkskrant  :
    "Seule la vie privée peut être un succès - L’enquête biennale du Sociaal en
    Cultureel Planbureau fait apparaître un fossé entre souhaits et attentes", "On
    a du respect pour Kerry, on aime Clinton" (campagne présidentielle américaine)
  • Algemeen Dagblad
     : "’La société durcit’ - Les Néerlandais se préooccupent du proche avenir",
    "Le vandalisme de quartier sévit dans les villes"
  • De Telegraaf  :
    "On craint des ghettos dans les villes - Rapport du SCP : les Néerlandais
    sont pessimistes sur l’avenir
    ", "Jeunes vandales : la maison de
    redressement ne sert à rien" (quartiers populaires d’Amsterdam)

* * *

 

Le
dossier du jour : Rapport du SCP

" Moi,
je vais bien, nous, nous allons mal’
", écrit le Volkskrant dans son
grand article à la une. " Il a fallu au Sociaal en Cultureel Planbureau six
cents pages pour prendre la température des Pays-Bas, mais nulle part la
contradiction n’est aussi claire que dans cette petite phrase qui figure en page
49
."

" Pour
commencer par ’moi’ : les Néerlandais se sentent très bien. Plus de 80
pour cent sont satisfaits ou extrêmement satisfaits de leur
situation personnelle et 14 pour cent
sont passablement satisfaits. Seuls 4 pour
cent disent ne pas être très satisfaits
, mais même ce pourcentage
paraît acceptable."

"In
het zicht van de toekomst
[au seuil de l’avenir], le rapport du SCP paru
hier, a pour thème ’nous’. Le message est sur la jaquette de ce volumineux
ouvrage : des nuages sombres s’y accumulent. Un arc-en-ciel bleu-blanc-rouge
exprime bien quelque confiance dans l’avenir, mais l’éclaircie se limite à notre
propre jardin. L’enquête effectuée auprès de deux mille compatriotes fait
apparaître un fossé entre les souhaits et les attentes. Nous souhaitons une
société solidaire, nous prévoyons une société méritocratique. Nous souhaitons
plus de temps libre, nous prévoyons plus de travail. Nous souhaitons une action
plus énergique contre la délinquance, mais nous n’en attendons rien
."

"Cela
s’exprime le plus fortement dans le domaine de la sécurité sociale. Les deux
tiers des personnes interrogées pensent que l’âge de la retraite dépassera 65
ans en 2020, alors que seuls 9 pour cent
le souhaitent. Plus des trois quarts prévoient que l’écart entre les salaires et
les indemnités croîtra durant ces seize ans et seuls 29
pour cent estiment que c’est bon."

" Selon
le directeur du SCP, Paul Schnabel, ’bien que les ombres de l’avenir dominent
l’image de la société d’aujourd’hui et de celle de demain, les réponses aux
questions sur ce que nous espérons laissent entendre clairement le souhait d’une
société dans laquelle les valeurs civiles reprennent le dessus’
. Selon
lui, la différence remarquable entre les souhaits et les attentes est
l’expression d’une nostalgie, celle des années cinquante idéalisées
. Pas les
années cinquante de la mesquinerie, mais celles du bonheur simple. ’Et une
société qui est encore très néerlandaise’, a dit le directeur du SCP lundi à La
Haye, lors de la présentation du rapport."

" Le
Sociaal en Cultureel Planbureau a été fondé en 1974
, en tant qu’institut
scientifique qui puisse indiquer au gouvernement la voie d’un plus grand
bien-être social et culturel tait une année optimiste, le football
national connaissait son heure de gloire, l’imagination était au pouvoir et nous
étions volontaristes. Trente ans après, l’optimisme s’est transformé en
pessimisme, pour ne pas dire en fatalisme
. La société civile est hors-jeu,
la politique perd son autorité ’et l’Europe restera aussi un problème pour
l’avenir’, conclut le SCP. Les souhaits ne sont pas entendus et il n’y a rien à
attendre de la société, seule la vie privée compte manifestement encore."

"Dans
le passé nous avons vu que la satisfaction concernant la fonction publique, le
gouvernement et la démocratie augmentait lentement, pour culminer en 2000",
explique Paul Schnabel dans le NRC Handelsblad (p.3) d’hier soir.
"Elle a commence à s’éroder par la suite. Il est plus ou moins compréhensible
qu’elle se soit effondrée ensuite - Pim Fortuyn, le 11 septembre et tout cela -
mais il est curieux qu’elle reste maintenant à ce bas niveau."

" On
voit que le gouvernement, mais aussi d’autres, optent pour une société plus
américaine : nous devons être compétitifs sur le plan international. Ce n’est
pas ce que les gens considèrent comme leur idéal personnel
. C’est ce qui
ressort aussi de la constatation de Geert Hofstede ( un économiste qui étudiait
les cultures nationales, réd.) : la société néerlandaise est une société
solidaire, ’féminine’. Je pense qu’une partie de l’insatisfaction vient de là.
Ce que les gens veulent est ’dur à l’extérieur, doux à l’intérieur’. Nous
voulons avoir un mur autour de nous et vivre dans la convivialité
. Je
pense que le gouvernement ne s’est pas occupé du tout de ce genre de
considérations, mais de ce qu’il pensait qu’il fallait faire pour conserver la
compétitivité internationale des Pays-Bas
."

"C’est
le passage de satisfiers à dissatisfiers. Le gouvernement Paars
pouvait encore offrir des satisfiers, des emplois par exemple, davantage
de prospérité, de liberté - songez à l’extension des heurs d’ouverture des
magasins. Maintenant, le gouvernement ne fait que dire aux gens : il faut serrer
la ceinture, car nous avons moins d’argent et nous devons vraiment changer
d’approche. Cela signifie tout de même une régression à un certain nombre
d’égards. Les gens le sentent bien, ils ne sont pas idiots."

 

Commentaires

Pour
l’éditorialiste du Volkskrant , " il ressort surtout du Sociaal en
Cultureel Rapport que les citoyens ont besoin d’une vision collective inspirante
".
"Ils préfèrent une société qui ait ’le sens de la solidarité’ à une
’méritocratie’. Le gouvernement Balkenende leur dit constamment le contraire :
qu’ils doivent travailler plus et renoncer à des acquis sociaux, parce que les
Etats-Unis et l’Asie menacent de nous dépasser. C’est ainsi qu’on abandonne
encore plus à leur sort des citoyens inquiets."

" Quand
la société change trop vite, les citoyens deviennent incertains. C’est pourquoi
ils veulent conserver la solidarité et l’Etat-providence, tout en comprenant
bien qu’on taille dans les structures coûteuses. Mais en prêchant uniquement
l’évangile de l’individualisation, du dynamisme et du marché, le gouvernement ne
fait qu’accroître l’incertitude et l’insatisfaction
."

" Nous
vivons dans un pays prospère où l’enseignement et les soins sont en grande
partie gratuits et dont la couverture sociale fait partie des meilleures du
monde
", fait valoir l’ Algemeen Dagblad . "Pour conserver notre
prospérité, des changements sont nécessaires, même s’ils sont douloureux. Il ne
sert à rien de bougonner, mieux vaut rester positif."

" Les
Néerlandais sont un peuple pessimiste
", constate aussi le Telegraaf .
"Le grand contraste entre l’image négative de l’avenir et ce qu’on juge
souhaitable s’explique", de l’avis du journal populaire. "Du fait du
vieillissement de la population, du malaise économique, de la concurrence
internationale accrue et du terrorisme les gens craignent de perdre leurs
acquis. La classe politique et l’Etat n’y peuvent pas grand-chose, bien qu’on
leur en impute la responsabilité." "Mais dans la mesure où l’insatisfaction a
des causes intérieures - par exemple s’agissant de la sécurité et des tensions
croissantes entre groupes de la population - on est en droit d’attendre de la
classe politique et de l’Etat qu’ils fassent tout pour dissiper les attentes
négatives et honorer les souhaits des citoyens
."

Le
journal d’affaires Het Financieele Dagblad , dans un commentaire signé Job
Woudt, s’exprime en termes similaires. " L’étude du SCP montre à quel point
les Pays-Bas ont besoin d’une vision partagée de l’avenir de leur
Etat-providence
. Il y a suffisamment de marge de manœuvre pour remettre en
cause les règlements actuels. Presque personne ne s’attend à ce tout reste
inchangé. En investissant dans cette disposition, la classe politique peut de
nouveau offrir une perspective inspirante. Et regagner une partie de la
confiance perdue."

 

Actualité
internationale

Union européenne

Politique d’asile .
" L’Union européenne est fortement divisée sur la forme et la rapidité de
l’harmonisation des procédures d’asile
", relève le Trouw (pp.1 et 6).
"Deux camps, l’un dirigé par la France et l’autre par la Grande-Bretagne, sont
diamétralement opposés. Et ils n’ont pas pu s’entendre non plus sur le contrôle
commun des frontières extérieures, hier, lors d’un sommet de deux jours à
Luxembourg."

Buttiglione . " Que
Buttiglione soit un candidat convenable ou non au portefeuille de la Justice
dans l’exécutif de l’UE importe moins que le pouvoir des parlementaires élus
démocratiquement
", affirme l’éditorialiste du NRC Handelsblad d’hier
soir. "C’est de cela qu’il s’agit. Si une majorité parlementaire le juge
inapte à ses fonctions - lui ou un autre - elle doit pouvoir le refuser
individuellement
. Le Parlement peut arracher la compétence permanente à
refuser des commissaires individuellement, en poussant à l’extrême cette affaire
politisée à juste titre. Un veto est draconien, mais une Union qui veut être
plus ’transparente’ et démocratique pour ses citoyens doit mettre le Parlement
en mesure d’exercer un pouvoir véritable."

On
notera aussi les tribunes des europarlementaires Maria Martens (CDA) et
Kathalijne Buitenweg (GroenLinks)
en page d’opinion du Trouw . La
première fait valoir que Buttiglione doit "séparer ses opinions et ses actions",
la seconde est convaincue qu’il n’en est pas capable. Buitenweg rappelle qu’en
2000, Buttiglione, membre comme elle de la Convention rédigeant la Charte des
droits fondamentaux, a essayé de faire adopter un amendement excluant les
"tendances sexuelles" de l’interdiction de la discrimination. "Cet incident
montre que Buttiglione n’hésite pas à transformer ses convictions religieuses en
actes politiques."

 

Irak

Le Telegraaf (p.3) note que le commandant des troupes néerlandaises en
Irak, le lieutenant-colonel Kees Matthijssen, a vivement critiqué dans les
médias américains le comportement des militaires américains en Irak
". "Tout
le monde sait comment la population irakienne voit les Américains. Les gens sont
contents d’être délivrés de Saddam Hussein. Mais je me demande s’ils sont
toujours contents de ce que les Américains font maintenant", dit le
lieutenant-colonel de l’Armée de terre royale dans une interview à l’influent
quotidien New York Times."

"Les
autorités néerlandaises et locales dans le Sud de l’Irak estiment que les forces
américaines doivent en partie à elles-mêmes les centaines d’attentats meurtriers
commis contre elles. Même dans la ville de Samawa contrôlée par nos compatriotes
et généralement calme, les Américains font beaucoup d’ennemis parce qu’ils
foncent dans les rues pleines de monde dans leurs véhicules de guerre, armés
jusqu’aux dents. ’Ils ne s’arrêtent même pas quand ils provoquent des accidents
graves’."

"Les
Américains, que beaucoup d’Irakiens haïssent intensément, sont très étonnés par
la manière amicale et paisible avec laquelle les militaires néerlandais et la
population locale se traitent mutuellement."

 

Actualité
intérieure

Conflit social

" Le
ministre Zalm (Finances) a en réserve quelques centaines de millions d’euros
pour apaiser l’agitation sociale aux Pays-Bas
", croit savoir le Telegraaf
(p.3). "Mais le ministre VVD ne veut pas les poser d’emblée sur la table, disent
des sources bien informées. Il ne le fera que lorsqu’il y aura un compromis
acceptable entre le gouvernement et les partenaires sociaux, entre autres sur la
WAO [incapacité de travail], la WW [chômage] le levensloopregeling [salaire-épargne]
et la modération salariale. En cas de conclusion d’un accord acceptable entre
le gouvernement, le patronat et les syndicats, le gardien des finances publiques
n’aura aucun mal à mettre à disposition un montant de quelques centaines de
millions d’euros
. ’Zalm ne fera vraiment pas de difficultés’, dit une source
haguenoise. Il tient beaucoup à rétablir le calme social dans le pays’ ."

Le
secrétaire d’Etat "renifleur" Van der Knaap (Défense) a rendu compte hier au
premier ministre Balkenende, à Zalm et au ministre des Affaires sociales
De Geus de ses entretiens prospectifs
avec le mouvement syndical et le patronat. Il voit la possibilité d’aboutir à un
grand accord avec les partenaires sociaux sur un certain nombre de problèmes
socio-économiques.

Le Volkskrant (p.3) fait mention de négociations secrètes" avec le ministre
De Geus
, les derniers jours. "Ces
entretiens n’ont pas encore débouché sur la percée souhaitée, mais la
communication est rétablie."

On
notera aussi, dans ce contexte, le manifeste publié aujourd’hui dans le
Volkskrant
(pp.4 et 13) par une quarantaine de professeurs d’université, de
directeurs d’établissements hospitaliers, de médecins généralistes et de
spécialistes contre les projets de libéralisation du secteur des soins. Le
manifeste est une initiative de la députée SP Agnes Kant, épidémiologiste de son
état.

 

Economie,
Finances

Union européenne : "Lisbonne"

Plusieurs journaux résument déjà les conclusions du "rapport Kok" sur l’état des
objectifs de Lisbonne.

"Kok
constate que l’agenda de Lisbonne risque de ’devenir un synonyme d’objectifs
manqués et de promesses non tenues’", retient le Financieele Dagblad
(p.5). "Il impute pleinement la responsabilité de cet état de choses aux Etats
membres. ’Les progrès ont été insuffisants jusqu’à présent, surtout en raison du
manque d’implication et de volonté politique’."

"Kok
considère que travailler plus longtemps est la clé du renforcement de l’économie
européenne. L’ancien premier ministre ne pense pas que la solution réside dans
la création de nouveaux emplois et l’augmentation de la productivité."

"La
recommandation centrale du rapport dit que chaque Etat membre doit établir un
plan d’action national. La Commission européenne devrait en contrôler
l’application. Kok, à cet effet, prône la méthode dite name and shame :
la Commission doit clouer au pilori les Etats membres défaillants. Il propose
par ailleurs de réduire drastiquement la liste de priorités de l’agenda de
Lisbonne. Kok propose que l’Union européenne se concentre sur 14 indicateurs
simples, au lieu des cent qui figurent actuellement sur la liste de Lisbonne.
’Lisbonne parle actuellement de tout, et donc de rien’, commente le rapport."

"Kok ne
va cependant pas jusqu’à abandonner l’objectif central de l’agenda de Lisbonne.
’L’ambition est plus nécessaire que jamais. La date-butoir de 2010 est
importante pour inciter à l’urgence et à l’action’" (également Trouw p.6,
de Volkskrant p.9, De Telegraaf p.25).

 

Affaires françaises  

Le NRC Handelsblad (p.5) d’hier soir et le Volkskrant (p.24) annoncent
que l’Union des Etudiants Juifs de France renonce à la campagne provocatrice
contre l’antisémitisme qu’elle devait lancer très prochainement, en raison des
réactions négatives suscitées.

Le Trouw (p.6) signale le lancement de la chaîne de télévision PinkTV, qui veut
apporter une contribution au débat sur l’homosexualité.

Dernière modification : 26/10/2004

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