Presse néerlandaise du mardi 28 juin 2005

Les vacances parlementaires sont proches et la presse entre peu à peu dans ce que les Néerlandais appellent le komkommertijd (littéralement : temps des concombres), la morte-saison politique. Ainsi, un quotidien titre ce matin sur la fraîcheur du poisson dans les supermarchés et la présentation de l’équipe de la nouvelle télévision commerciale Talpa, de John de Mol, occupe beaucoup de place à la une.

-NRC Handelsblad d’hier soir : "Satisfaction et gueule de bois politique en Iran", "Davantage de grades dans l’enseignement supérieur", "Une deuxième fille pour Willem-Alexander"
-de Volkskrant : "La Cour : les développeurs de logiciels de piratage sont en infraction" (décision de la Cour Suprême américaine), "Talpa va secouer les médias durant les cinq prochaines années"
-Trouw : "La Chambre veut supprimer les droits d’inscription - PvdA et D66 : Financer l’allégement des charges avec l’aubaine gazière", "Les enfants en soins intensifs sont souvent sous-alimentés"
-De Telegraaf : "Le VVD : Libérer le salaire-épargne - Une impulsion pour l’économie de € 1 200 par salarié", "Le personnel de Nationale-Nederlanden a contraint la direction à reconnaître les irrégularités", "Le nom de la petite princesse sera connu aujourd’hui"
-Algemeen Dagblad : "Le poisson sous emballage est souvent avarié - Une enquête : presque la moitié est gâtée", "L’équipe Talpa de John de Mol se présente - La programmation de la chaîne de John de Mol sera peu aventureuse", "Máxima quitte l’hôpital"

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LE DOSSIER DU JOUR :Note de Printemps

L’un des derniers débats parlementaires avant les vacances d’été du Parlement est celui sur la "Note de Printemps", qui a lieu aujourd’hui, et divers partis lancent des idées d’allégement des charges pour les contribuables.

"La Chambre est pratiquement unanime à vouloir un allégement des charges supplémentaire cette année, en supprimant les droits d’inscription des jeunes de 16 et 17 ans", annonce le Trouw dans son grand article à la une. "Le ministre des Finances Zalm sera mis au pied du mur aujourd’hui, durant le débat sur la Note de Printemps. Il faut supprimer les droits d’inscription des lycéens de 16 et 17 ans dès avant la rentrée 2005-2006. Cela coûtera trois cents millions d’euros par an, mais si l’on soustrait la compensation accordée aux bas revenus il restera un allégement des charges net de 150 millions d’euros."

"Seul le PvdA propose une variante de la suppression des droits d’inscription. Selon les sociaux-démocrates, la mesure proposée n’aura pas d’effet sur les bas revenus. C’est pourquoi le PvdA est partisan d’une compensation de 330 euros pour les manuels scolaires des jeunes de 16 et 17 ans. Mais il n’y a pas de majorité en faveur de cette proposition et le parti se ralliera donc à la suppression des droits d’inscription, a indiqué hier le président du groupe parlementaire, Bos."

"Le PvdA veut employer l’aubaine de 1,3 milliard d’euros des revenus gaziers et du remboursement des emprunts d’Etat pour donner une impulsion à la consommation." "Bos a appelé le D66, notamment, à se montrer coopératif. Les démocrates veulent aussi dépenser l’aubaine gazière, mais le porte-parole financier Bakker a fait savoir hier que, mis à part les droits d’inscription et l’accueil des enfants, ils veulent en faire un autre usage que le PvdA."

"Le VVD et le CDA ne sont pas partisans de dépenser l’aubaine gazière. Le porte-parole financier Blok (VVD) rappelle que cela revient à laisser croître le déficit budgétaire, ce qui est inadmissible pour le VVD. Blok veut aussi financer la suppression des droits d’inscription en faisant des économies dans d’autres domaines."

Le Telegraaf, à la une, développe plus particulièrement les propositions budgétaires du député VVD Blok. "Les salariés doivent pouvoir disposer librement cette année de l’argent qu’ils ont placé sur un compte de salaire-épargne. Le député VVD Stef Blok veut donner de cette façon une impulsion à l’économie. Il s’agit d’un montant d’environ 1 200 euros par salarié qui peut être dépensé directement."

"Le projet de Blok bénéficie entre autres du soutien des partenaires de la coalition, le CDA et le D66, du PvdA et du Groep Wilders, de sorte qu’il y a une large majorité parlementaire en sa faveur."

"Normalement, le montant épargné par les salariés par le biais d’un règlement de salaire-épargne n’est disponible qu’au bout de quatre ans. La dernière libération du salaire-épargne a eu lieu en 2003, de sorte que le montant maximal épargné depuis est de 1 200 euros. Le montant maximal épargnable sans impôt est de 613 euros par an."

"Le PvdA veut introduire un bonus sur le travail qui peut atteindre 500 euros par an pour un revenu moyen", retient l’Algemeen Dagblad (p.10) de son côté. "Au-dessus du revenu moyen, le bonus sera dégressif. Les sociaux-démocrates veulent appliquer la mesure dès cette année. C’est l’un des projets du PvdA visant à la création de presque 20 000 emplois. Le bonus sur le travail doit rendre le travail rémunéré plus attrayant et rétablir la confiance dans l’économie."

ACTUALITE INTERNATIONALE

Elections iraniennes

Pour l’éditorialiste du NRC Handelsblad d’hier soir, "l’élection du conservateur Mahmoud Ahmadinejad à la présidence iranienne est la conclusion logique de la prise du pouvoir par les ultraconservateurs iraniens". "Certains parlent, peut-être à juste titre, de la deuxième révolution islamique en Iran, en se référant à la première révolte populaire : sous Khomeiny, à la fin des années soixante-dix."

"La victoire électorale d’Ahmadinejad est d’une grande signification pour la politique intérieure et étrangère de l’Iran. Les ultraconservateurs contrôlent désormais pratiquement toutes les institutions du pouvoir. Il ne sera plus question de réformes jusqu’à nouvel ordre."

"Pour l’étranger, et notamment pour les Etats-Unis, la victoire électorale et la montée irrésistible des ultraconservateurs iraniens est un élément désagréable d’une évolution qui était déjà inquiétante. Le nouveau président a fait savoir hier qu’il poursuivrait le programme nucléaire controversé de l’Iran. Il a aussi déclaré que son gouvernement ne serait pas extrémiste. La première déclaration n’est pas surprenante, la seconde n’est pas rassurante." "Les Etats-Unis et l’Europe devront maintenir une forte pression sur le nouveau régime. Celui-ci devra faire la clarté sur ses aspirations nucléaires, qu’il vaut mieux limiter le plus possible. Le fondamentalisme islamique et la force nucléaire ne sont pas une bonne combinaison."

"Un Iran libre et démocratique, dans lequel la mosquée et l’Etat sont séparés, dans lequel l’opposition peut faire entendre sa voix et dans lequel les femmes ne sont plus opprimées est plus éloigné que jamais après cette prise de pouvoir fondamentaliste par le biais des urnes."

"Il est certain que l’Iran, sous la direction combinée d’Ahmadinejad et du leader spirituel Ali Khameini maintiendra strictement les règles islamiques et réprimera le débat", remarque le Trouw ce matin. "Cela représente une lourde défaite pour ceux qui espèrent un Moyen-Orient plus moderne et plus démocratique, en premier lieu, évidemment, pour les Iraniens réformistes."

"On ne sait pas encore si l’Iran appliquera désormais aussi une politique étrangère agressive. Ahmadinejad a dit qu’il ne se préoccupait pas du monde extérieur, mais c’est surtout Khameini qui déterminera la politique dans des domaines importants, comme le souhait de l’Iran de développer une technologie nucléaire et peut-être une bombe atomique. L’Occident ne peut donc qu’espérer que l’Iran restera disposé à négocier avec l’UE sur un développement placé sous contrôle international."

ACTUALITE INTERIEURE

Ayaan Hirsi Ali

"Nous avons une démocratie représentative, mais ce qu’il nous faut d’urgence c’est un certain nombre de réformes constitutionnelles pour en faire une démocratie qui fonctionne vraiment", écrit la députée VVD Ayaan Hirsi Ali en page d’opinion du NRC Handelsblad, à la veille d’un débat avec le politologue Bart Tromp sur l’avenir de la politique néerlandaise. "On l’a dit et répété : aux Pays-Bas nous votons, mais nous ne choisissons pas. Nous nous rendons tous aux urnes et puis nous attendons de voir ce qui en sortira."

"Nous devons pouvoir faire de vrais choix, élire les maires et le premier ministre. Il faut aussi modifier le système de représentation proportionnelle. Les Pays-Bas ont besoin d’un système majoritaire avec deux courants principaux, un progressiste et un conservateur, avec un vrai gouvernement et une vraie opposition. En ce moment, nous n’avons ni l’un, ni l’autre. Nous n’avons pas de gouvernement parce que tous les thèmes politiquement sensibles qui représentent une menace pour la coalition sont reportés - on dirait que le gouvernement est constamment démissionnaire. Et nous n’avons pas de véritable opposition parce qu’elle est toujours en train de flirter avec le CDA ou avec d’autres partis du gouvernement, parce qu’il y a des chances que le gouvernement tombe et qu’elle doive continuer avec ces partis."

"Aux Pays-Bas, nous pensions toujours que nous n’avions pas de problèmes, que nous étions un pays phare, mais nous nous rendons compte que nous sommes un pays-de-grandes-personnes, avec des problèmes-de-grandes-personnes."

ECONOMIE, FINANCES

Connaissance de l’allemand

"Les prépositions allemandes mit, nach, nebst et samt et les cas grammaticaux correspondants s’entendent de moins en moins dans les classes néerlandaises", remarque le commentateur du NRC Handelsblad. "Il y a déjà une grande pénurie de professeurs d’allemand qualifiés. A l’échelle nationale il n’y a plus que huit étudiants qui suivent la formation universitaire de professeur d’allemand. Au total, moins de soixante jeunes par an suivent une formation d’allemand. Cela ne suffit pas pour préserver l’enseignement de cette langue importante pour les Pays-Bas."

"Plus de 90 millions d’Européens ont pour première langue l’allemand, ce qui en fait la première langue européenne. Les Pays-Bas jouxtent la zone linguistique allemande, qui s’étend de l’Allemagne à l’Autriche, la Suisse et l’Italie du Nord. Les Pays-Bas en dépendent le plus du point de vue économique et la plupart des exportations néerlandaises y vont. Les exportateurs néerlandais reconnaissent qu’ils ne peuvent pas se passer de la connaissance de l’allemand. Le mauvais anglais ne suffit pas pour vendre des produits néerlandais."

"La principale cause de cette détérioration néerlandaise est ce qu’on appelle l’effet de marché dans l’enseignement secondaire et supérieur. La liberté de choix prime et les établissements se font concurrence en proposant des matières à la mode [...] pour attirer des jeunes qui, après leur baccalauréat, ont de plus en plus de mal à choisir ou à se spécialiser. Il s’agit pour eux de ce qui paraît agréable à première vue ou de ce qui promet d’être rémunérateur plus tard. La conséquence est que des matières importantes pour la société s’étiolent. D’autres langues vivantes sont aussi en difficulté. Le français n’a qu’une fois et demie plus d’étudiants que l’allemand."

"Si les entreprises s’inquiètent du déclin de l’allemand, il faut qu’elles en tiennent davantage compte dans leur politique d’embauche et de rémunération. Ceux qui maîtrisent l’allemand et connaissent bien l’Allemagne valent de l’or. Sur le marché européen, la connaissance des langues est la forme la plus efficace de communication professionnelle."

AFFAIRES FRANÇAISES

Le NRC Handelsblad (p.9) d’hier soir évoque en rubrique culturelle un rapport de la Bibliothèque Nationale de France, selon lequel 30 000 livres et documents ont disparu de la collection.
Le Trouw (pp.1 et 8) rend compte factuellement des consultations engagées par le premier ministre Dominique de Villepin sur la politique européenne de la France.

L’Algemeen Dagblad (p.6), sous le titre "La France sur le divan", remarque que "la France se débat avec la question suivante : continuerons-nous de vivre au siècle dernier ou ferons-nous face à l’avenir ? Le choix de la première option fait de la France un musée hors de prix, disent les uns. La deuxième option débouchera sur une véritable réforme profonde, qui chamboulera tout l’héritage gaulliste des dernières décennies, disent d’autres." Le correspondant Frank Renout cite l’intellectuel Alain-Gérard Slama, qui fait valoir que l’ampleur de la crise rend le choix difficile, et l’historien Jacques Marseille, qui l’impute à la classe politique : "Le budget national doit baisser et la semaine de travail doit devenir plus longue."

Dernière modification : 28/06/2005

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