Presse néerlandaise du mardi 31 mai 2005

Si le
Trouw et le Volkskrant développent encore abondamment le thème du
Traité constitutionnel, à la veille du référendum néerlandais, la presse à grand
tirage revient à des préoccupations plus quotidiennes, les impôts locaux et les
questions de santé et de beauté. 

  • NRC Handelsblad
    d’hier soir : "Le non craintif français à la Constitution détermine encore
    plus le camp néerlandais du oui - La majorité contre la Constitution
    européenne est une défaite pour Chirac", "Aggravation du conflit sur le
    textile entre la Chine d’une part et les Etats-Unis et l’UE de l’autre"
  • de Volkskrant  :
    "Sondages : les Pays-Bas voteront aussi contre - Presque 60
    pour cent rejettent la Constitution
    européenne - NIPO et De Hond estiment qu’une victoire du camp du oui est
    pratiquement exclue", "La France et les Pays-Bas, anciens antagonistes - Plus
    que les contradictions, ce sont maintenant les ressemblances qui sautent aux
    yeux"
  • Trouw  : "Le
    camp du oui poursuit courageusement sa bataille - Sondage : 60
    pour cent diront ’non’ - Le résultat sera respecté", "Une
    nouvelle méthode de mesure allonge les bouchons"
  • Algemeen Dagblad
     : "Les Néerlandais se piquent pour rester jeunes - Croissance explosive des
    traitements au botox, au laser et aux implants", "La mère de Savanna ne se
    sent pas coupable" (procès)
  • De Telegraaf  :
    "Les communes nous plument - Les impôts augmentent chaque année de plus de
    sept pour cent
    ", "Les yeux de l’Europe sont rivés sur les
    Pays-Bas"

* * *

 

Le
dossier du jour : Référendum néerlandais

Les
Pays-Bas, tout comme la France, vont rejeter la Constitution européenne, selon
deux sondages d’opinion de lundi
", annonce le Volkskrant dans son
grand article à la une. " Selon Maurice de Hond, 59
pour cent des électeurs néerlandais
qui ont déjà arrêté leur choix voteront contre la Constitution. TNS NIPO s’en
tient à 58 pour cent
."

"Ces
pourcentages ne tiennent pas compte des Néerlandais qui iront voter, mais ne
savent pas encore quoi. Si ce groupe votait massivement ’oui’, une course au
finish serait théoriquement encore possible, selon TNS NIPO. Ce bureau d’étude
du marché affirme que 51 pour cent des gens
qui voteront certainement sont contre la Constitution européenne, que 37 pour
cent sont pour et que 12 pour cent sont encore indécis. La course n’est pas
encore courue’, dit Peter Kanne de TNS NIPO. ’Mais l’écart est tellement grand
qu’à mon avis il n’est plus surmontable.’
Selon Kanne, un revirement est
sensible chez les électeurs qui ont une formation supérieure. Un grand nombre
d’entre eux sont passés dans le camp du oui. Mais la méfiance reste forte parmi
les électeurs sans formation supérieure."

" Maurice
de Hond pense qu’une lutte passionnante n’est plus guère possible demain. Selon
son enquête, 55 pour cent des Néerlandais qui sont sûrs de voter voteront
contre, 33 pour cent pour et 7 pour cent sont encore indécis. Même si ce dernier
groupe tout entier vote oui, il reste une différence de 10 pour cent par rapport
au camp du non
. ’Rien n’est impossible, mais les chances que les Pays-Bas
votent en majorité oui sont très faibles’, selon De Hond."

" Aux
Pays-Bas, le thème de la révolte populaire est exploité avec succès par
Marijnissen et Wilders
", remarque Martin Sommer dans une analyse à la
une du même Volkskrant. " En France, Le Pen et de Villiers luttent
contre ’la classe politique’ à droite et le facteur trotskiste Besancenot et la
communiste Marie-George Buffet le font sur le flanc extrême gauche
. La
relation entre le peuple et l’élite politique est tout à fait comparable
. La
Deuxième Chambre est pour la Constitution à plus de 80
pour cent et le même pourcentage vaut
pour l’Assemblée Nationale, à Paris."

" L’un
dans l’autre, les flancs radicaux des deux pays oppriment de plus en plus ’le
centre raisonnable’
. Les citoyens français sont traditionnellement
individualistes et rouspéteurs
- depuis 1981 presque chaque élection
nationale s’est soldée par une défaite du pouvoir en place. Depuis dix ans,
l’individualisation a aussi rendu la politique néerlandaise imprévisible
,
avec pour apogée les 26 sièges des héritiers de Fortuyn en mai 2002. Aux
Pays-Bas aussi, la prochaine sanction du pouvoir en place semble en vue
."

En page
4, entièrement consacrée à la Constitution européenne, Philippe Remarque
rend compte du débat des présidents de groupe parlementaire qui s’est déroulé
à l’Université Erasme de Rotterdam
hier soir et qui a en partie été alimenté
par le "non" français. "’C’est justement votre parti frère qui a voté contre’,
reproche le député SP Van Bommel au leader PvdA Wouter Bos, faisant allusion à
la division des socialistes français. Le chef de file du VVD, Van Aartsen,
opte pour l’attaque de front
. Il parle des drapeaux rouges agités par les
vainqueurs du référendum français, les mêmes que ceux dont les populations
d’Europe de l’Est se sont justement libérées. Ce sont les communistes et les
racistes de Le Pen qui ont gagné hier’
, dit-il en élevant la voix. Cela lui
vaut des huées de la part de quelques étudiants dans la salle. ’C’est du contenu
qu’il s’agit, Monsieur Van Aartsen’, lui lance le leader de la ChristenUnie,
André Rouvoet. ’Pourquoi vous abaissez-vous à ce niveau ? lui demande
quelqu’un."

Depuis
Bruxelles, l’eurocommissaire Neelie Kroes , interviewée par Bart Dirks et
Bert Lanting, affirme que le référendum néerlandais est toujours pertinent . Nous devons continuer de respirer calmement et prendre nos propres
responsabilités
. Les Pays-Bas l’ont fait avec succès pendant des siècles.
Nous n’avons jamais été dépendants de la France. Mercredi, nous devrons juger
nous-mêmes de ce que les Pays-Bas, en tant qu’un des six fondateurs, ont initié
il y a cinquante ans
. La question est de savoir si sans la Constitution nous
aurons les instruments nécessaires pour bien administrer une Europe devenue
quatre fois plus grande."

"La
France n’est pas maître dans l’UE. Tous les pays doivent s’exprimer. Il serait
tout de même intéressant qu’un seul pays soit contre et 24 pour. Achevons
donc le processus de ratification. Nous ferons alors le bilan fin 2006
."

En page
d’opinion du Volkskrant, Fokke Obbema , correspondant à Paris du
journal de centre gauche, appelle les Pays-Bas à ne pas perdre de vue la
dimension internationale de la Constitution européenne et à voter "oui"
.
"Espérons que les électeurs se rendront compte qu’ils vivent dans une partie
privilégiée du monde, où a lieu une expérience de coopération entre différents
pays, qui présente des imperfections de détail mais qui pour le reste est
unique. Hors d’Europe on suit cette expérience avec intérêt, comme un possible
modèle à cette époque de globalisation. Pour l’Europe même, elle offre la
possibilité de peser dans la balance face aux problèmes mondiaux. Le vote ’non’
qui sème la division et la confusion n’offre pas cette perspective."

Le Telegraaf (p.6) présente les résultats d’une enquête parmi ses lecteurs. Sollicités de répondre "oui ou "non" à la "thèse du jour" suivante : "Après les
Français, je voterai aussi contre la Constitution européenne", 61,5
pour cent des 10 524 personnes qui
ont réagi disent qu’ils voteront aussi contre, 28,8
pour cent seulement voteront pour et
9,7 pour cent hésitent encore ou
n’ont pas d’opinion
. "Au demeurant, l’enquête n’est pas représentative",
souligne le journal populaire.

En
rubrique étrangère du même Telegraaf, Ronald Veerman rapporte depuis
Bruxelles les commentaires de l’eurocommissaire suédoise Margot Wallström
sur le "non" français. " C’est très clairement le prix que nous payons pour le
grand manque de débat et de discussions sur l’Europe et l’Union européenne, les
dernières décennies
. Presque personne n’a voulu investir dans l’UE les
dernières années. Ainsi, les politiques et les gouvernements n’ont pas hésité à
accuser Bruxelles des mesures impopulaires qu’ils devaient prendre, alors qu’ils
étaient évidemment également responsables des décisions prises ici." " Le
résultat du référendum français est triste, mais il n’est évidemment pas
inattendu. C’est pourquoi il faudra plus que jamais tout faire pour mieux
présenter l’Europe aux citoyens
."

Notons
pour finir qu’en page d’opinion du NRC Handelsblad d’hier soir l’ancien
eurocommissaire néerlandais Frits Bolkestein affirme que la ’Vieille
Europe’ existe vraiment ; elle se cramponne désespérément à des conceptions
économiques dépassées"
. "Les vrais héritiers de la révolution capitaliste se
trouvent maintenant en Asie. C’est à eux que nous devons nous mesurer. Le
corporatisme n’est pas la réponse. Le nationalisme n’est pas la réponse. Le
protectionnisme non plus. La seule chose que nous puissions faire, c’est
améliorer notre compétitivité en acceptant des concurrents et en flexibilisant
les marchés. Les gouvernements italien, allemand et français opteront-ils pour
ces mesures ? Probablement pas." " C’est pourquoi la Commission européenne
doit tirer la sonnette d’alarme, car elle ne peut pas considérer l’échec du
Traité constitutionnel comme un simple incident
. Son président, Barroso,
doit agir avec clarté, sans crainte et avec fermeté. Il doit réduire les
activités de la Commission de main de maître. Il doit montrer le chemin aux
Etats membres. Et il doit le faire maintenant."

 

Economie,
Finances

Congrès annuel de la VNO-NCW

"Pas
d’approbation hésitante, mais un ’oui’ sans réserve", écrit le Financieele
Dagblad
à la une. "Les entrepreneurs réunis au congrès annuel de
l’organisation patronale VNO-NCW ne doutent pas une seconde du vote qu’ils
exprimeront demain au référendum sur la Constitution européenne : pour. ’Notre
avenir est en Europe’, déclare le directeur de l’agence immobilière DTZ
Zadelhoff, Ad van Ginkel, exprimant ainsi la conviction de nombreux
entrepreneurs."

"Les
entrepreneurs sont unanimement positifs sur la Constitution, mais ils critiquent
la manière dont l’Europe a été présentée aux électeurs. ’De l’amateurisme’, dit
Serge Janssen Daalen, de l’entreprise de prestation de services du même nom."
"Pourtant, pratiquement aucun entrepreneur ne trouve qu’un ministre ou même le
gouvernement doit démissionner à la suite d’un ’non’. ’Le Parlement et le
gouvernement ont failli tous deux. On ne peut l’imputer à personne en
particulier’, fait valoir Steven van Eijk, président de l’Economic Development
Board Rotterdam. Van Eijk : ’S’il faut tirer des conséquences politiques, 80
pour cent de la Deuxième Chambre (les
partisans, réd.) devront démissionner en cas de ’non’. Ce serait faire preuve
d’humour’, dit l’ancien secrétaire d’Etat, qui votera pour."

"Selon
le banquier Frans van Mansum, de Staalbankiers, le rejet n’affectera pas la
crédibilité du gouvernement. ’Ce référendum porte sur une valeur affective pour
l’Europe et pas sur la politique du gouvernement. Ce n’est pas qu’il soit
tellement bon, mais Balkenende peut rester en poste. La question est tout au
plus de voir comment il s’en sortira.’ Selon Van Mansum, ce sera plus facile
maintenant que les Français ont dit non à la Constitution. ’Balkenende peut
évidemment s’abriter derrière la France.’ C’est aussi ce que pense Niek Jan van
Kesteren, le directeur de la VNO-NCW. ’Le premier ministre aurait eu davantage
de soucis politiques si les Français avaient dit oui et les Pays-Bas non. Les
projecteurs se seraient alors tournés beaucoup plus vers le gouvernement
néerlandais’, affirme-t-il."

 

Affaires françaises  

Outre
les articles d’ambiance sur la "crise profonde" causée par le rejet du Traité
constitutionnel ( de Volkskrant p.5, Het Financieele Dagblad p.5,
Algemeen Dagblad p.9, De Telegraaf p.11), on retiendra un article
critique sur le French Open de tennis ( NRC Handelsblad d’hier soir p.14 :
"Le chauvinisme français est paralysant - Nulle part ailleurs le public ne
joue un aussi grand rôle qu’à Roland Garros
") et la présentation d’une étude
universitaire sur le succès des artistes et des écrivains Néerlando-Marocains ( Het
Parool
d’hier soir p.21 : "Etude française : Shouf Shouf Hollanda"). 

Dernière modification : 31/05/2005

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