Presse néerlandaise du mardi 7 mars 2006

Le procès de quatre anciens dirigeants du groupe Ahold (supermarchés Albert Heijn) s’est ouvert hier devant le tribunal d’Amsterdam. Le Ministère public les soupçonne de faux en écriture, de publication de résultats annuels erronés, de mystification des actionnaires et d’escroquerie. L’ancien PDG Cees van der Hoeven est accusé de tous ces délits, les trois autres prévenus d’une partie.
La fraude comptable de près d’un milliard d’euros qu’on leur reproche a failli causer la faillite du vaste groupe né d’une épicerie de Zaandam (Hollande du Nord), il y a plus d’un siècle.

-NRC Handelsblad d’hier soir : "’Ce procès n’est pas une question de justification’ - L’affaire de quatre anciens dirigeants d’Ahold a commencé aujourd’hui", "Les élections municipales seront une répétition générale pour 2007", "Blair : Dieu jugera de la guerre en Irak"
-de Volkskrant  : "La politique rotterdamoise est comme un match de boxe - La prépondérance des Leefbaar et du PvdA à Rotterdam ne laisse guère de place à d’autres partis", "Crise ! Kamp serait d’avis que Van Aartsen va abandonner"
-De Telegraaf  : "Paroxysme après une campagne électorale farouche", "Une souris qui vibre et un écran qui bouge doivent réduire le RSI" (hygiène du travail), "Saisie de drogue à Aruba"
-AD Haagsche Courant  : "Il y a le choix : 9 500 candidats dans l’ensemble du pays espèrent obtenir un siège au conseil municipal"
-Trouw  : "Prix abusifs pour les matches du Mondial 2006 - Le marché noir est florissant, la fédération de football met en garde"

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LE DOSSIER DU JOUR :Le VVD en campagne

"L’avenir politique de Van Aartsen est-il en jeu ?" s’interroge le Trouw en page 3. "Les politiques nationaux considèrent le résultat des élections municipales comme un indicateur de leur popularité et de celle de leur parti." "Le président du groupe parlementaire VVD, Van Aartsen, s’en est encore bien tiré il y a une semaine et demie, durant le programme télévisé Buitenhof : des propos de chroniqueurs, a-t-il répondu lorsqu’on lui a fait valoir qu’il avait lié son sort politique au résultat des élections municipales."
"Il ne l’a effectivement jamais dit publiquement, pas plus que ses collaborateurs, mais cela fait des mois qu’on chuchote qu’aujourd’hui il ne s’agira pas seulement de l’avenir politique de centaines de conseillers municipaux et échevins VVD, mais aussi un peu de celui de Van Aartsen. Si le VVD obtient un bon résultat dans les communes, aujourd’hui, il aura plus de chances d’être tête de liste. Si les libéraux n’obtiennent pas l’équivalent des 28 sièges qu’ils avaient à la Chambre aux dernières législatives, la place de tête de liste semble exclue pour Van Aartsen."

Le Volkskrant, à la une, fait état d’une "panique" au sein de l’équipe de campagne du VVD, lundi matin. "Vingt-quatre heures avant l’ouverture des bureaux de vote pour les municipales, le ministre VVD de la Défense, Kamp, spécule dans divers quotidiens régionaux sur le départ prématuré du président du groupe libéral Van Aartsen. Et ce, alors que sa popularité dans les sondages laisse déjà à désirer. ’Conjurer la crise’, tel est la devise de l’équipe de campagne ce matin-là. Après la gaffe du vice-premier ministre VVD Zalm sur la taxe immobilière, le parti préfère éviter un nouveau faux-pas. Le leader de la campagne, le secrétaire d’Etat à l’Education Rutte, prend immédiatement contact avec Kamp. Van Aartsen le fait aussi." "Une heure plus tard, le ministre de la Défense fait savoir dans une déclaration qu’il ’soutient pleinement Van Aartsen en tant que chef de file politique du VVD’."
"Selon Kamp, la suggestion d’un retrait de Van Aartsen est à mettre entièrement sur le compte du journaliste du quotidien." "Le journaliste - qui a passé une demi-journée avec Kamp - avait rapporté que la situation de Van Aartsen pouvait devenir ’très difficile’ et que ’le nouveau leader du parti devait alors venir du gouvernement’. Kamp : ’Il s’agissait de réponses techniques à des questions théoriques. Si j’avais vraiment voulu faire passer le message du départ de Van Aartsen, je l’aurai fait sans détour. Je ne suis pas bête’."

"Aux dernières élections municipales, le VVD a obtenu un peu moins de seize pour cent des suffrages et occupé 1 475 sièges municipaux", rappelle Kees Lunshof, le commentateur politique du Telegraaf. "S’il en obtient moins, Van Aartsen vivra des temps agités."

"Leur rôle est parfois modeste", remarque l’éditorialiste du NRC Handelsblad d’hier soir, à propos de la participation à la campagne électorale de personnalités politiques d’une autre génération. "L’ancien premier ministre Kok (PvdA) distribue des prospectus et son prédécesseur CDA Lubbers essaie d’attirer des suffrages à partir de la discothèque rotterdamoise Now&Wow. Mais le cas de l’ancien leader VVD Wiegel est différent. Dans le Jurassic Park politique, il joue avec verve le rôle du Tyrannosaurus Rex. Rugissant et tapant du pied, il a fait la chasse au leader PvdA Bos vendredi soir, dans un café de Groningue. En passant, il a déchiré le ministre de la Rénovation administrative, Pechtold (D66)." "Quand Wiegel se mêle de la configuration de la coalition après les prochaines élections législatives et estime que ’le D66 doit alors aller jouer dehors’, on peut se demander si le chef de file du VVD, Van Aartsen, veut faire comprendre quelque chose à son partenaire de coalition."
"L’ancien leader du D77, Van Mierlo, a pour cette raison accusé Van Aartsen de ’lâcheté’. C’est un reproche compréhensible, mais erroné. Le recours à Wiegel montre que la situation au VVD est plus grave : Van Aartsen est impuissant. Ses propres collègues de parti ne le considèrent pas comme leur leader, alors que quelqu’un comme Bolkestein était incontesté. Et les sondages sont mauvais pour Van Aartsen et bons pour Wiegel."
"Si Van Aartsen pressent qu’il n’obtiendra pas suffisamment de suffrages, il devrait céder la place à un meilleur leader et tête de liste. Quant à Wiegel, après vingt ans d’ironie et de magouille il doit enfin préciser ses ambitions."

ACTUALITE INTERNATIONALE

Union européenne : concurrence

"A notre époque de néoprotectionnisme et de patriotisme économique, la commissaire néerlandaise à la compétitivité, Neelie Kroes, doit être extrêmement vigilante", écrit Hendrik Jan van Oostrum dans le Financieele Dagblad (p.3), depuis Bruxelles. "’Il y a tout lieu de faire en sorte que les règles soient appliquées sévèrement et de façon conséquente’, a dit le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Ben Bot, hier à La Haye, dans un discours adressé à un groupe de lobbyistes néerlandais à Bruxelles."
"Bot se rallie à l’ancien eurocommissaire belge Karel van Miert, qui s’est prononcé contre la ’mentalité de bunker’ qui se manifeste dans divers Etats membres européens. Bot, dans ce contexte, a condamné le fait que des pays comme l’Allemagne, l’Espagne et la France semblent en ce moment ’surtout s’efforcer de construire des champions nationaux’." "Selon Bot, il faut renverser cette tendance au protectionnisme. Il souligne la grande importance d’un marché intérieur qui fonctionne bien, dans le respect des règles concernant la compétitivité et les soutiens d’Etat. Pas seulement pour les Pays-Bas, mais pour l’Europe tout entière. D’autant plus, selon Bot, que la tendance au protectionnisme en Europe a aussi une dimension extérieure, aux conséquences potentiellement néfastes. ’On craint les marchés émergents et on hésite à ouvrir davantage le marché européen dans le cadre du cycle de Doha. C’est regrettable, car l’Europe a beaucoup plus à gagner qu’à perdre dans la libéralisation du commerce mondial’, a déclaré le ministre en soulignant que les Pays-Bas, en tant que pays de commerce, avaient plus particulièrement intérêt à ce qu’on réprime rapidement le protectionnisme."

"Alors que les Européens sont submergés de directives centralisées portant sur des détails, les nations adoptent des positions patriotiques sur les grandes lignes", remarque la chroniqueuse Annelies Huygen dans le cahier de Verdieping du Trouw. "On l’a vu quand des géants énergétiques d’Allemagne et d’Italie ont voulu reprendre leurs concurrents espagnols et français." "Ce protectionnisme n’a pas suscité une tempête de protestations de la part d’autres pays. Au contraire, ils se sont aussi mis à forger des projets nationaux, alors que la politique énergétique est un des plus grands défis de l’avenir. Nous devenons dépendants de la Russie et du Moyen-Orient et cela exige une action commune forte."
"Tout cela réclame un débat fondamental sur l’avenir de l’Europe. Aurons-nous une UE de 25 petits royaumes dans le domaine de l’énergie et pour le reste un carcan pour les fromages, les sièges pour enfants et les piscines ? Ou bien faut-il voir les choses autrement ?"

ECONOMIE, FINANCES

Pouvoir d’achat

Jeudi, durant la Concertation de Printemps avec le patronat et le gouvernement, la centrale syndicale FNV exigera un demi-milliard d’euros supplémentaires pour rétablir le pouvoir d’achat. Selon la présidente de la FNV, Agnes Jongerius, le gouvernement ne tient pas ses promesses concernant la fin de l’austérité. Elle se fonde sur une enquête du bureau TNS NIPO, qui a comparé les bulletins de paye de novembre 2005 et de janvier 2006.
La FNV reconnaît que presque la moitié des Néerlandais a vu son pouvoir d’achat augmenter, mais elle souligne sur la base de l’enquête que 44 pour cent ont vu leur revenu baisser. "Si l’on tient compte de la cotisation maladie nominale, corrigée en fonction d’une éventuelle prime de santé, le revenu de 53 pour cent des Néerlandais a baissé", selon la FNV. Il s’agit d’une baisse de 5 pour cent en moyenne, voire de 6 % pour les personnes seules (Het Financieele Dagblad pp.1 et 3, de Volkskrant p.7, Trouw p.12).

AFFAIRES FRANÇAISES

Fokke Obbema (de Volkskrant p.6) a fait le tour de spécialistes des relations internationales comme Dominique Moïsi et Guillaume Parmentier, de l’IFRI, et Pierre Hassner, de l’IEP, pour conclure : "Alors que les Etats-Unis et la France sont encore antagonistes aux yeux du monde extérieur, on peut parler de prudent rapprochement sur le plan diplomatique."

Dernière modification : 11/05/2006

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