Presse néerlandaise du mercredi 14 décembre 2005

Une enquête du Conseil de l’Europe a "renforcé" les soupçons sur l’existence dans le passé de centres de détention secrets de la CIA en Europe. C’est ce que le rapporteur de cette enquête, le sénateur suisse Dick Marty, a fait savoir mardi, selon les correspondants à Bruxelles des quotidiens néerlandais. Selon Marty, le Conseil a trouvé des indications de la détention de suspects de terrorisme en Roumanie et en Pologne. Mais ces détenus auraient été transférés dans d’autres pays, probablement africains, à la suite des révélations du Washington Post.
Pour l’éditorialiste du journal chrétien progressiste Trouw, "l’Europe s’est fait embobiner à propos des vols de la CIA". "Il est incompréhensible que les leaders européens, y compris le ministre néerlandais Bot, se soient satisfaits la semaine dernière des explications de la ministre américaine Condoleezza Rice." "Certes, les leaders européens ne veulent pas mettre en danger l’indispensable coopération dans la lutte contre le terrorisme, mais ce n’est certainement pas une raison de fermer les yeux sur la violation de règles juridiques fondamentales."

-NRC Handelsblad d’hier soir : "Zalm : Il n’est pas nécessaire de retarder l’entrée en AOW - ’Les recettes fiscales sont suffisantes’", "L’intégration laisse à désirer, selon la classe politique"
-de Volkskrant : "Le Conseil de l’Europe : la CIA est suspecte - L’existence de centres de détention secrets est pratiquement certaine", "Des ’troupes de choc’ coréennes au sommet de l’OMC" (reportage), "Le D66 veut que Verdonk reconnaisse sa faute"
-Trouw : "Les écoles ne sont pas très performantes - Dix pour cent sont mauvaises ; les sections HAVO, surtout, sont faibles", "Le Conseil de l’Europe : les vols secrets de la CIA sont probables"
-AD Haagsche Courant : "Nouvelle querelle avec la Belgique", "Lubbers : Il est temps de construire de nouvelles centrales nucléaires"
-De Telegraaf : "L’Internet à l’école est plein de dangers - Les enseignants : Agir contre les courriels haineux et les sites pornographiques", "Les Belges se moquent de nouveau du gouvernement - ’Les ministres néerlandais sont petits-bourgeois et empotés’"

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LE DOSSIER DU JOUR :Pays-Bas - Belgique

"Une éminente personnalité politique belge s’est de nouveau fait remarquer en tenant des propos condescendants sur des responsables néerlandais", écrit le Telegraaf à la une. "La vice-première ministre Freya van den Bossche se demande dans une interview accordée à Vrij Nederland si les offres d’emploi de ministre aux Pays-Bas requièrent d’être ’guindé, petit-bourgeois et empoté’."
"Son collègue Karel de Gucht avait causé une querelle diplomatique plus tôt, en comparant le premier ministre Balkenende à Harry Potter", rappelle le journal populaire. "Les Pays-Bas, dans cette affaire, ont exigé des excuses écrites et l’ambassadeur de Belgique a été convoqué auprès du ministre Bot."
"Dans un entretien avec le quotidien belge Het Laatste Nieuws , Van den Bossche revient plus ou moins sur ces propos aujourd’hui. ’Cela paraissait amusant durant l’entretien.’ Elle reconnaît qu’elle n’aurait peut-être pas dû faire ces remarques. Simultanément, elle maintient que le gouvernement Balkenende applique ’une dure politique d’exclusion et d’économies’."
"Le premier ministre Balkenende est resté laconique hier. ’C’est la meilleure incitation à nous concentrer sur des choses plus importantes et à faire réussir le sommet de l’UE, en fin de semaine’, a dit le premier ministre durant une visite à la chancelière fédérale allemande Angela Merkel. Les Pays-Bas ont aussi besoin du soutien de la Belgique pour obtenir la réduction de 1 milliard d’euros qu’ils souhaitent sur leur contribution à l’UE."
"Le président du groupe parlementaire CDA, Verhagen, estime qu’il est grand temps que les chrétiens-démocrates reviennent au pouvoir en Belgique. ’Car avec les politiques irresponsables actuels la Belgique risque de devenir l’idiot du village en Europe.’ Le député VVD Hans van Baalen considère les remarques comme un compliment. ’Les pays qui ont des politiques ternes se portent en général bien’."

"En Belgique, l’imagination est toujours au pouvoir et on y gouverne avec le sourire et parfois même avec le fou rire", remarque l’Algemeen Dagblad, dont les premières réactions "en ligne" de lecteurs sont plutôt favorables à l’analyse de "la ministre Freya, la Flamande bavarde".

"Cette fois-ci, le gouvernement renonce à entreprendre des démarches diplomatiques", note le Volkskrant (p.2). "Le premier ministre Balkenende a fait savoir mardi qu’il n’en a ’pas le temps’ et qu’il faut ’se mettre au travail’. Van den Bossche a fait savoir hier soir qu’elle regrette ses propos blessants à l’adresse de membres du gouvernement. Elle maintient cependant ses critiques sur la politique gouvernementale."

ACTUALITE INTERNATIONALE

Union européenne - Balkans

"Selon la Commission européenne, l’attribution du statut de candidat à l’Union européenne à l’ancienne république yougoslave de Macédoine aurait dû être une formalité au sommet européen des deux prochains jours", souligne Hendrik Jan van Oostrum dans un commentaire éditorial du Financieele Dagblad. "Mais la France a préféré reporter la décision à l’été, lundi. Il reste à voir si elle persistera au sommet. C’est peut-être une tactique pour amener l’Etat-membre le plus favorable à l’élargissement, le Royaume-Uni, à faire des concessions concernant le rabais sur sa contribution au budget européen."
"Même indépendamment de ce conflit budgétaire, il est clair que l’Union, s’agissant de l’élargissement, donne un coup de frein. Certes, c’est la France qui fait le plus de tapage, mais elle a beaucoup de partisans, dont les Pays-Bas, qui veulent ralentir fortement le rythme. L’expression capacité d’absorption devient de plus en plus courante."
"Il n’est pas convenable de refuser le statut de candidat à un pays comme la Macédoine, s’il satisfait aux critères ainsi que l’a constaté la Commission européenne. La stabilité dans les Balkans occidentaux est d’un intérêt essentiel pour l’Union. Pour l’obtenir, il ne faut pas saper la confiance que ces pays ont dans la sincérité des intentions de l’Union. Les Etats membres doivent donc se dépêcher de mettre de l’ordre dans leurs propres affaires et donner à la Macédoine ce qui lui revient, au sommet européen."

Pays-Bas - Afghanistan

"Les Pays-Bas, en guise de préparation d’une nouvelle mission de paix, enverront d’abord des commandos dans la province d’Uruzgan, l’an prochain", croit savoir le Telegraaf (p.3). "Certes, le gouvernement et la Deuxième Chambre doivent encore prendre une décision sur cette mission dangereuse, mais la préparation des forces spéciales bat son plein."
"Un peu moins de cent bérets verts doivent reconnaître la région, préalablement à l’arrivée d’une équipe régionale de reconstruction, et entrer en contact avec la population locale ’de la manière qui leur est coutumière’, selon des sources proches de la Défense."

ACTUALITÉ INTÉRIEURE

Coffee-shops

"Les dernières années, la Deuxième Chambre a essayé à plusieurs reprises, en vain, de légaliser la culture du chanvre indien", rappelle le Trouw (p.4). "Le gouvernement a toujours bloqué cette légalisation. Aujourd’hui, la Chambre fera une nouvelle tentative. Y arrivera-t-elle maintenant que le VVD est de la partie ?"
"Depuis peu il faut ajouter les 27 sièges du groupe parlementaire VVD aux 64 que le PvdA, le D66, GroenLinks et le SP détiennent ensemble. Cela fait une large majorité de 91 députés, qui veut autoriser la culture du chanvre sous la surveillance des communes, afin d’approvisionner les coffee-shops. Les partisans de cette approche veulent mettre fin à la duplicité de la politique des drogues douces : les consommateurs peuvent acheter leur wiet dans un coffee-shop, avec l’assentiment de la justice (la ’porte de devant’), mais il est toujours interdit de cultiver le wiet et de le livrer au coffee-shop (la ’porte de derrière’)."
"Le gouvernement rejette la légalisation (à titre expérimental) de la culture du wiet, a fait comprendre le premier ministre Balkenende lundi à Rotterdam et hier à la Deuxième Chambre, durant l’heure des questions. Et son collègue de parti Donner, le ministre de la Justice, le fera valoir lui aussi aujourd’hui."
"Certains ministres D66 et VVD seraient peut-être partisans d’une telle expérience, mais tous les membres du gouvernement s’accordent à dire que juridiquement, elle n’est pas possible. Les Pays-Bas, en effet, sont tenus d’appliquer les traités internationaux de lutte contre la drogue."
"Les députés estiment que c’est absurde. De leur avis, si l’on peut tolérer les coffee-shops, on peut aussi autoriser la culture du wiet. Mais il est peu probable que le gouvernement cèdera, même face à une large majorité parlementaire. Le gouvernement sait bien que la Chambre n’est pas encline à monter l’affaire en épingle. La libéralisation de la culture du chanvre indien n’est pas un thème pour faire éclater une coalition."

Selon l’Institut Asscher, qui a étudié la possibilité d’une telle expérience pour le compte du ministre de la Justice, les conventions de l’ONU et les décisions cadres de l’Union européenne ne la permettent pas, a noté le NRC Handelsblad d’hier soir à la une.

Reine Beatrix

"La Reine Beatrix, pour la première fois en un quart de siècle, ne sera pas présente à sa propre réception du Nouvel An", annonce le Volkskrant (p.3). "Elle sera opérée au genou. Le prince Willem-Alexander et la princesse Máxima s’occuperont de la réception, le 10 janvier."
"L’opération au genou est une longue affaire. Elle a déjà été reportée toute l’année en raison du jubilé de la Reine. Mais en mars 2006 aura lieu la visite d’Etat en Argentine et il n’est pas souhaitable d’attendre plus longtemps, parce que Beatrix veut être en forme durant cette visite. Les deux jours de réception du Nouvel An, pendant lesquels elle devrait rester debout en permanence, ont été rayés de son agenda à cause de l’opération."

ECONOMIE, FINANCES

Nucléaire

"’Les Pays-Bas peuvent construire des centrales nucléaires sans se faire de souci", écrit l’Algemeen Dagblad à la une. "Les réacteurs sont devenus plus sûrs et on recycle de plus en plus les déchets. C’est ce que dit l’ancien premier ministre Ruud Lubbers. ’Du point de vue technologique nous sommes prêts’."
"Depuis juin, Lubbers préside le comité de surveillance d’ECN, le centre d’étude de l’énergie, à Petten. ’Il n’y a plus de raison fondamentale pour laquelle nous ne pourrions pas construire plus de centrales nucléaires aux Pays-Bas’, selon l’ancien homme politique. Il souligne qu’en Europe 35 pour cent de l’énergie consommée vient de centrales nucléaires. ’Aux Pays-Bas il s’agit de trois pour cent, nous ne sommes donc pas au même diapason. Il serait logique d’en produire plus aux Pays-Bas’."
"Lubbers est partisan d’une ’combinaison de sources d’énergie’. ’Des sources alternatives, comme le soleil et le vent, des carburants fossiles propres - comme la houille, en stockant le CO2 produit - mais aussi l’énergie nucléaire’."

L’interview de Lubbers, dans laquelle il évoque une "renaissance nucléaire", figure en page 9.

AFFAIRES FRANÇAISES

Le NRC Handelsblad reprend une tribune de Dominique Moïsi, de l’IFRI, sur la question des manuels d’histoire, sous le titre "Une nation à part entière accepte son passé". "Le public s’est montré plus généreux et plus ouvert que les députés de l’Assemblée Nationale : dans un sondage d’opinion récent, il a désigné Yannick Noah, l’ancien champion de tennis métis, comme héros français le plus populaire. La France est beaucoup plus saine que ses élites. Elle a besoin d’un leader qui l’aide à regagner confiance en elle-même et dans la politique."

Ce matin, le Trouw, dans son cahier de Verdieping, s’intéresse à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, sous le titre "La République aux prises avec la religion". "En France, l’Eglise et l’Etat sont strictement séparés. Mais dans la pratique la règle est souvent difficile à appliquer. L’homme politique Nicolas Sarkozy préfère maintenant être pragmatique. Laissez l’Etat soutenir la construction de mosquées, dit-il, sinon des financiers saoudiens le feront."

Un autre article a trait aux critiques soulevées par la première transplantation faciale en France, après l’enthousiasme initial. "Moshe Kon, professeur de chirurgie plastique au Centre médical universitaire d’Utrecht, ne hurle pas avec les loups. Il présume que les critiques sont en partie inspirées par la jalousie. Il préfère voir les choses du bon côté. ’Je dirais aux médecins français : félicitations ! Il est bon qu’ils aient essayé. Espérons que cela finira bien. Cela donnerait une impulsion à la discipline tout entière, de sorte que d’autres hôpitaux appliqueront aussi la méthode’."

Le Telegraaf (p.13) fait mention des cinquante questions de lecteurs du quotidien Le Parisien auxquelles le président Chirac a répondu directement, "une prouesse de communication jamais encore réalisée".

Dernière modification : 14/12/2005

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