Presse néerlandaise du mercredi 17 mai 2006

Si une polémique sur les "mensonges" passés - et connus depuis des années - de la députée libérale d’origine somalienne Ayaan Hirsi Ali n’avait pas éclaté, la presse annoncerait probablement à la une, comme chaque année à cette époque, le début des examens de fin d’études secondaires.
A partir d’aujourd’hui, 196 000 élèves des filières VMBO (enseignement professionnel secondaire), HAVO (enseignement secondaire général) et VWO (enseignement préuniversitaire) passeront les épreuves de leur baccalauréat.

-NRC Handelsblad d’hier soir : "Les membres du VVD sont en colère contre Verdonk - La ministre Verdonk : Ayaan Hirsi Ali n’a jamais eu la nationalité néerlandaise", "’Je continue triste et soulagée’", "La commission Kamer : surveiller les patients plus longtemps après leur traitement sous protection judiciaire"
-de Volkskrant  : "La Deuxième Chambre tout entière s’en prend à Verdonk - Zalm et le groupe parlementaire VVD sont très indignés par la décision de Verdonk - Le Parlement veut une nouvelle naturalisation de la députée démissionnaire Hirsi Ali, si nécessaire", "’Je ressens un lien avec les Pays-Bas’ - Hirsi Ali prend congé sans rancune. Elle ’adore’ même toujours Rita"
-Trouw  : "La Chambre s’oppose vivement à Verdonk - La ministre réexaminera la question de la nationalité de Hirsi Ali", "Les règlements en faveur des plus de 55 ans sont beaucoup trop coûteux
-De Telegraaf  : "Verdonk fléchit - La naturalisation de Hirsi Ali sera réexaminée de près", "Appel repose parmi les artistes" (sépulture du peintre Karel Appel au Père Lachaise)
-AD Haagsche Courant  : "Une nouvelle chance pour Hirsi Ali - La Deuxième Chambre, durant un débat plein d’émotion, contraint la ministre Verdonk à réexaminer sa demande d’asile"

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LE DOSSIER DU JOUR : Affaire Hirsi Ali

"La Deuxième Chambre presque tout entière veut que la députée Hirsi Ali (VVD), qui a démissionné mardi, conserve la nationalité néerlandaise", écrit le Volkskrant dans son grand article à la une. "La Chambre s’oppose à la conclusion provisoire de la ministre de l’Immigration Verdonk, selon laquelle Hirsi Ali n’a jamais obtenu la nationalité néerlandaise parce qu’elle a menti sur son nom et sa date de naissance."
"Si Verdonk ne veut pas reconsidérer sa conclusion, la Chambre exige qu’elle se penche ’le plus rapidement possible’ sur une nouvelle demande de naturalisation de Hirsi Ali. Une motion à cet effet, déposée par le propre parti de Verdonk, le VVD, a été cosignée par le CDA, le PvdA, le D66 et GroenLinks."
"Verdonk a fait savoir qu’elle pouvait accepter la motion. ’Je pense que je pourrais reconsidérer la question sur la base de la réaction de Mme Hirsi Ali et aussi de ce débat et de la portée de la motion.’ Simultanément, elle a maintenu qu’elle avait agi avec circonspection vis-à-vis de Hirsi Ali."
"Le leader du groupe CDA Verhagen, sur ce, a rappelé expressément que selon la Chambre la ministre avait toute latitude pour permettre à Hirsi Ali de conserver la nationalité néerlandaise. ’Si vous partez d’emblée du principe que l’examen ne peut pas déboucher sur une autre conclusion que votre conclusion d’aujourd’hui, vous avez un problème’, a-t-il dit sur un ton menaçant."
"Verdonk s’est vu faire des reproches de toutes parts durant le débat d’urgence. ’La ministre n’a pas agi avec circonspection. Nous ne devons pas faire une caricature du dynamisme’, a déclaré Verhagen. ’S’il n’en tient qu’au D66, Ayaan aura un passeport tout neuf avant la fin de la semaine, avec les compliments du gouvernement néerlandais’, a remarqué la députée D66 Van der Laan."

"La question est maintenant de savoir à quel point Verdonk est diminuée", conclut le même Volkskrant dans une analyse en page 3. "Elle peut rester ministre. Mais il reste à voir si les membres du VVD l’éliront aussi tête de liste, maintenant qu’elle a si profondément divisé le parti par son dynamisme. Son concurrent Mark Rutte s’est sagement abstenu de tout commentaire, mardi."
"Le préjudice est grand pour les Pays-Bas et encore plus grand pour le VVD", fait valoir le chroniqueur H.J. Schoo en page d’opinion du Volkskrant. "Si cette crise a montré quelque chose, c’est bien que Rita Verdonk n’est pas compétente pour diriger son parti - et encore moins pour devenir premier ministre. La rectitude est une vertu, jusqu’à un certain point. Une qualité plus essentielle pour un leader politique est la capacité de gérer une crise sans faire de dégâts. Verdonk, les derniers jours, n’a absolument pas fait preuve d’habileté politique, ni de ce leadership." "Verdonk, avec son pseudo-dynamisme, a plongé le VVD dans une profonde crise. Elle est entrée en collision avec le vice-premier ministre Zalm et s’est aliéné d’un coup une partie du groupe parlementaire."

"La direction du pays a failli", estime aussi l’éditorialiste du Volkskrant. "La ministre Verdonk n’aurait jamais dû prendre une décision impulsive dont personne ne pouvait prévoir les conséquences. Les dirigeants du VVD auraient dû intervenir. Ces conséquences affectant aussi l’image des Pays-Bas dans le monde, le premier ministre Balkenende et le vice-premier ministre Zalm auraient dû intervenir et rappeler Verdonk à l’ordre. La seule façon de limiter les dégâts est de donner immédiatement un passeport néerlandais valide à Hirsi Ali. Cette affaire ne doit pas traîner un jour de plus..."
"Ce qui est valable pour les Pays-Bas en général s’applique au VVD en particulier : le parti est complètement déboussolé. Le seul libéral qui ait forcé le respect hier était - en effet - Ayaan Hirsi Ali."
"Il doit être clair désormais, pour les membres du VVD, que Verdonk n’a pas les qualités nécessaires pour diriger le parti. Son principal concurrent, Mark Rutte, aurait pu faire preuve de leadership dans cette crise, mais lui non plus n’a pas été capable de faire mieux que d’appeler désespérément au calme. Le VVD est en proie au désordre ; il n’y a aucun leadership."

"Une aussi grave erreur politique, administrative et juridique a rarement été commise aussi vite", selon le commentateur du NRC Handelsblad d’hier soir. "Verdonk aurait mieux fait de réfléchir aux énormes conséquences politiques que le retrait de la nationalité néerlandaise à une importante députée et leader d’opinion de réputation internationale pouvait avoir pour le prestige du Royaume." "Verdonk nuit à l’image des Pays-Bas, gâche ses relations avec la Chambre, menace une parlementaire d’apatridie et se comporte d’une manière indigne du Royaume. Et pourquoi donc ?"

"Quoi qu’on puisse penser de ses opinions et de son style d’action, Hirsi Ali méritait un départ plus digne que ce débat kafkaïen sur la question de savoir si elle était vraiment qui elle disait être", remarque le Trouw. "La ministre Verdonk, ne serait-ce que par la rapidité de son action, n’a pas donné l’impression qu’elle était circonspecte. Cela ne doit pas rester sans conséquences."

"La Deuxième Chambre a rarement passé un tel savon à un ministre", souligne l’éditorialiste du Telegraaf, qui soupçonne Rita Verdonk d’avoir agi comme elle l’a fait pour manifester son dynamisme et sa rectitude, dans la perspective de l’élection de la tête de liste du VVD. "Il ne peut pas y avoir d’autres raisons, même si elle dément sur tous les tons."

Notons pour mémoire que l’écrivain Leon de Winter, ami de Hirsi Ali, rappelle en page d’opinion du NRC Handelsblad qu’en 1960, le général De Gaulle a empêché l’arrestation de Jean-Paul Sartre en disant : "On n’arrête pas Voltaire". "De Gaulle montrait qu’il était civilisé et un homme d’Etat. Rita Verdonk a prouvé qu’elle sera toujours directrice de prison, maintenant qu’elle a montré qu’elle veut diriger notre pays comme un établissement pénitentiaire."

D’autres Néerlandais connus, dont des journalistes et des chansonniers, appellent dans une lettre ouverte la Reine Beatrix à nommer Ayaan Hirsi Ali citoyenne d’honneur des Pays-Bas. "Il faut avoir du culot pour traiter la cible numéro un des terroristes islamiques radicaux des Pays-Bas comme persona non grata et l’expulser plus ou moins. Il faut avoir du culot pour chasser de son logement et de son pays un vrai héros hollandais, alors que nous en avons si peu."

ACTUALITE INTERNATIONALE

Karel Appel

Plusieurs quotidiens relèvent que le grand peintre néerlandais Karel Christiaan Appel, décédé le 3 mai dernier, repose depuis hier au cimetière du Père Lachaise. "Appel avait un lien chaleureux avec Paris", rappelle le Telegraaf à la une. "Il y a habité pendant quelque temps après la Deuxième guerre mondiale et y est devenu un artiste reconnu beaucoup plus tôt que dans son propre pays. Le 17 juin une réunion de commémoration de Karel Appel aura lieu au Concertgebouw d’Amsterdam" (également de Volkskrant pp.1 et 17, Trouw p.4).

Union européenne : Strasbourg

"Le Parlement européen, depuis 1980, a payé à la ville de Strasbourg 78 millions d’euros de trop pour la location du bâtiment parlementaire", relève le Trouw (p.11) depuis la métropole alsacienne. "Mais la maire Fabienne Keller a une explication. La ville, les dernières années, aurait fait faire des travaux de transformation qui ont coûté 39 millions d’euros, somme à laquelle s’ajoutaient 11 millions d’euros d’intérêts. En outre, a fait valoir Keller, la ville devait couvrir le risque d’un éventuel retrait du Parlement de Strasbourg : 22 millions. Ajoutez quelques petits postes comptables et voilà : 78 millions. Les europarlementaires s’interrogent."

"La querelle vient à un très mauvais moment pour Strasbourg", estime Han Dirk Hekking, correspondant du Financieele Dagblad (p.7) à Bruxelles. "La présence du Parlement génère 3 500 emplois dans la ville et rapporte 50 millions d’euros par an à l’économie. Mais un groupe d’europarlementaires vient d’entamer une nouvelle action le transfert mensuel du Parlement de Bruxelles à Strasbourg. Ces allers retours coûtent 200 millions d’euros par an."
"Les europarlementaires ne doivent pas mélanger cette question politique et la question du bail, a affirmé Keller. Mais lorsque le montant de 200 millions d’euros a tout de même été évoqué, elle a éclaté. "Je pourrais aussi dire que ce sont les sessions à Bruxelles qui coûtent au Parlement 200 millions d’euros par an’."

ECONOMIE, FINANCES

Affaire Hirsi Ali

"Le débat politique sur Ayaan Hirsi Ali détermine en grande partie l’image que les investisseurs étrangers se font des Pays-Bas", note le Financieele Dagblad à la une. "C’est ce qu’a dit la secrétaire d’Etat Karien van Gennip (Affaires économiques, CDA) hier soir, durant une réunion de discussion sur le climat d’affaires aux Pays-Bas. ’Le débat sur Ayaan Hirsi Ali - je dirais que c’est une combattante pour la liberté - affecte notre identité profonde’, a déclaré Van Gennip durant la réunion organisée par les Affaires économiques et la Chambre de Commerce américaine pour une centaine d’entrepreneurs, à Hoofddorp. ’Le monde nous regarde, parce qu’on attend beaucoup des Pays-Bas’, selon la secrétaire d’Etat." "’L’issue de ce débat déterminera notre image à l’étranger. J’espère que nous nous comporterons avec dignité et que nous resterons un pays pour lequel on peut se battre’."
"Alexander Rinnooy Kan, ex-gestionnaire de l’assureur ING et futur président du Conseil social et économique SER, a abondé dans le sens de la secrétaire d’Etat. ’Cette affaire peut être très préjudiciable. J’espère très fort que le gouvernement trouvera une bonne solution’."

AFFAIRES FRANÇAISES

Le Trouw (p.11) et le Telegraaf (p.11) relèvent que le gouvernement Villepin a survécu sans difficulté à une motion de censure au Parlement, hier, dans le cadre de l’affaire Clearstream.
Le Volkskrant (p.6) remarque dans ce contexte que "Clearstream paralyse la politique française pour longtemps".

Son correspondant Fokke Obbema consacre d’autre part un long reportage aux ours des Pyrénées. "Un ours lâché est un ours lynché."

Dernière modification : 17/05/2006

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