Presse néerlandaise du mercredi 2 juillet 2003

La révision d’un procès pour meurtre dont les pièces àconviction ont toujours été contestées, l’interrogatoire en appel de Van der G., le meurtrier de Pim Fortuyn, et les recommandations de la commission Tabaksblat sur la rémunération, les primes et les golden handshakes des grands managers sont les principaux thèmes de l’actualité intérieure.

Sur le plan politique, les mesures d’austérité du gouvernement et la réorganisation des forces armées fournissent toujours matière àdébat.

Le sport est aussi présent àla une : la presse annonce avec soulagement que le Limbourgeois Sjeng Schalken pourra jouer son quart de finale contre le Suisse Roger Federer àWimbledon, malgré une douloureuse inflammation au pied.

NRC Handelsblad d’hier soir : "Davantage d’influence pour les actionnaires", "Dégraissage des forces armées", "Réouverture de l’affaire du meurtre de Deventer"

Algemeen Dagblad  : "Fini de se remplir les poches – La commission Tabaksblat ne veut plus de golden handshakes", "Douze ans de prison annulés", "Volkert : toujours pas de repentir"

Trouw  : "Nouveau jugement du meurtre de Deventer – La Cour de Cassation doute que le couteau trouvé soit l’arme du crime – Elargissement provisoire du condamné", "Le juge recherche le motif de Van der G.", "Davantage de pouvoir aux actionnaires"

de Volkskrant  : "Limitation du pouvoir de la direction des grandes entreprises – Un code de conduite donne davantage de possibilités de contrôle aux actionnaires", "Les Etats-Unis punissent 35 pays àcause de la Cour pénale internationale", "La cour souhaite des explications sur le trouble de Van der G."

De Telegraaf  : "Des économies supplémentaires d’un montant de 3 milliards - L’économie se porte encore plus mal que prévu", "Golden handshake  : un an de salaire tout au plus", "Wimbledon 2003 : Schalken jouera"

 

 

 

Le dossier du jour : Commission Tabaksblat

" La commission Tabaksblat propose de modifier radicalement la gestion des entreprises néerlandaises cotées en bourse ", écrit le journal d’affaires Het Financieele Dagblad dans son grand article àla une. "Les managers n’auront qu’un contrat temporaire. Les actionnaires obtiendront des droits d’approbation sur la rémunération des gestionnaires et sur les reprises."

" Le code de 39 pages constitue une tentative de rétablissement de la confiance dans le secteur privé, sur le marché des capitaux, a déclaré Morris Tabaksblat hier , dans un commentaire. Nous étions préoccupés par l’opinion qu’on se faisait des entreprises néerlandaises . Nous étions d’accord qu’il fallait faire quelque chose’ . Selon Tabaksblat, ex-PDG d’Unilever et actuel président du conseil de surveillance de Reed Elsevier, TPG et Aegon, ce code constitue un excellent système de gestion d’entreprise qui placera les Pays-Bas en tête sur le plan international."

"Le code est fondé sur le volontariat, mais la commission formule seize recommandations àl’adresse du législateur, pour qu’il confère un caractère plus contraignant aux règles proposées." " Le code est un ’projet : une invitation àfaire des commentaires’ . Ces commentaires pourront être fournis jusqu’au 5 septembre . Ensuite, la commission rédigera la version définitive . Les dispositions devront entrer en vigueur l’an prochain."

"Si les propositions sont appliquées, la position juridique des managers changera drastiquement. La commission recommande qu’une loi leur retire le statut de salarié. Ils travailleront sur la base d’un contrat de quatre ans, qui pourra être reconduit de quatre ans en quatre ans. Le golden handshake critiqué de toutes parts sera limité. L’indemnité de départ pourra s’élever au maximum àun an de salaire sans bonus. Les options devront dépendre des performances et les managers devront garder les actions de leur propre entreprise jusqu’àleur départ. Il leur sera interdit d’investir eux-mêmes dans d’autres entreprises."

"Les droits des assemblées d’actionnaires seront considérablement étendus. Ainsi, le code permet de renvoyer plus facilement des managers et des commissaires peu performants et de s’opposer àdes propositions de nomination. Les actionnaires devront désormais approuver les reprises ou les désinvestissements importants et la politique des dividendes devra leur être soumise."

" Les réactions au nouveau code de conduite sont essentiellement positives ", constate le même Financieele Dagblad en page 3. " L’éventail de propositions présenté par la commission Tabaksblat est bien accueilli par les politiques, les organisations professionnelles et le mouvement syndical ." "Le ministre des Finances Zalm juge la liste de recommandations ’équilibrée et suffisamment concrète’, fait savoir son porte-parole." "La secrétaire d’Etat aux Affaires économiques Van Gennip réagit positivement au projet de code. ’Il [est] d’une importance cruciale pour l’économie néerlandaise de rétablir la confiance dans notre marché des capitaux’, écrit-elle dans un communiqué de presse."

Commentaires

De l’avis de Hein Haenen et Cees van Lotringen, du Financieele Dagblad , " la commission Tabaksblat pose la base d’un grand bond en avant, d’une rapidité peu néerlandaise , dans la voie de la bonne gestion d’entreprises". " Il faut espérer pour le bénéfice du rétablissement de la confiance que le tour de commentaires qui suivra maintenant ne la sapera pas par des compromis typiquement néerlandais ."

Le commentateur du Telegraaf se réjouit du fait que le résultat des travaux de la commission Tabaksblat ne soit " pas un fade compromis ". "Tabaksblat en finit avec quelques défauts de fabrication." Le journal populaire craint cependant lui aussi que, d’ici septembre, on n’affaiblisse les propositions. "Par ailleurs, il s’agit de directives dont les entreprises peuvent s’écarter. Il est donc bon que le ministre Zalm (Finances) n’exclue pas une législation plus sévère . Ce bâton est indispensable pour assurer le succès de ’Tabaksblat’ ."

Le Volkskrant parle de " grand pas en avant " et de propositions qui "n’arrivent pas trop tôt". C’est un "paquet solide" que Tabaksblat a posé sur la table. "Il peut rendre en un seul coup une position prédominante aux Pays-Bas, dans la discussion sur la bonne gestion d’entreprise (corporate governance) qui se déroule aussi àl’échelle internationale."

"C’est àjuste titre que les politiques et ’la société civile’ réagissent positivement", estime l’ Algemeen Dagblad . " Il faut appliquer ces projets le plus vite possible ."

Actualité internationale

Union européenne

1) Pacte de stabilité . " Les Pays-Bas se battront pour la norme de 3 % du Pacte ", annonce la Financieele Dagblad (p.5), àla suite d’une interview du ministre italien des Affaires européennes, Rocco Buttiglione, au quotidien allemand Berliner Zeitung dans laquelle il propose de réécrire le Pacte de stabilité de l’Union économique et monétaire, et de la décision allemande d’avancer le projet d’allégement fiscal. " A La Haye, on n’apprécie pas du tout les tripotages du week-end dernier concernant le Pacte de stabilité . Le ministre des Finances Gerrit Zalm appelle le chancelier fédéral Schröder àfaire en sorte que le déficit budgétaire soit inférieur à3 %, sinon Zalm interviendra certainement. Des critiques se font aussi entendre au Parlement. ’Cette mollesse en Europe m’agace’, dit Bert Bakker, le spécialiste financier du parti gouvernemental D66. Le député VVD Willibrord van Beek qualifie l’approche des Allemands de ’déplorable’. ’Ils vont sciemment violer l’accord budgétaire’." "Van Beek recommande àZalm de chercher des partenaires en Europe. ’Heureusement, l’unanimité est requise pour modifier le Pacte. D’autres auront donc besoin de Zalm’."

Transports . Le correspondant àBruxelles du Trouw (p.6) relève que, selon le club de réflexion sur les transports durables T&E (auquel est associée notamment la fondation néerlandaise Natuur en Milieu), le projet d’investissement de 235 milliards d’euros dans les infrastructures européennes lancé par l’ancien commissaire européen belge Karel van Miert est " une manière très efficace de gaspiller de l’argent ". Selon Beatrice Schell, de T&E, Van Miert se laisse mettre àcontribution par des pays qui veulent faire financer leurs coà»teux mégaprojets par les contribuables européens. "Si Van Miert veut contribuer àrésoudre les problèmes européens de circulation, il doit écrire sur la réduction du trafic, les effets sociaux et économiques des transports et la nécessité de normes environnementales. Il ne sert absolument àrien, pour les contribuables néerlandais, de cofinancer un pont italien."

Immigration . Dans le Volkskrant (p.4), Peter de Waard note que " Trevor Philips, le principal conseiller britannique pour l’immigration et l’intégration, se dit choqué par la politique négative des Pays-Bas àl’encontre des immigrés ." "Philips a assisté en début de semaine àla conférence d’Apeldoorn, une réunion biennale de politiques, d’hommes d’affaires et d’intellectuels britanniques et néerlandais, qui s’est déroulée cette fois-ci àAmsterdam. Il dit avoir été très choqué par les ’discours négatifs’ du maire d’Amsterdam, Job Cohen, et de l’ex-ministre Rogier van Boxtel . ’On ne peut pas encore leur intenter un procès pour racisme. Mais c’est limite’."

Cohen avait notamment évoqué le comportement des jeunes Marocains dans les piscines.

Actualité intérieure


Défense

La réorganisation des forces armées annoncée par le ministre Kamp et son secrétaire d’Etat Van der Knaap (cf. presse du 1er juillet) fait l’objet de commentaires plutôt positifs .

" Cela a l’air dramatique, mais Kamp doit faire des économies et il ’saucissonne’ ", remarque l’éditorialiste du NRC Handelsblad d’hier soir. "Il intervient làoù il peut réduire les dépenses et gagner en efficacité et épargne le plus possible la capacité de combat des forces armées. On ne peut que s’en réjouir." "Dans les grandes lignes, Kamp fait primer àjuste titre la qualité sur la quantité et il intègre les trois tâches principales de la Défense, qui se chevauchaient déjà. Dans sa lettre àla Deuxième Chambre, il montre de façon convaincante que ses assainissements rendront les forces armées plus modernes et plus efficaces . Ce n’est pas possible sans douleur ."

" Un petit pays comme le nôtre pourrait supprimer totalement ses forces armées ", fait valoir le Volkskrant ce matin. "Notre territoire n’est pas menacé par les pays voisins et l’Union soviétique n’existe plus." Le journal de centre-gauche estime que Kamp "mérite un compliment" pour avoir décidé de fermer plusieurs bases aériennes . " Il fait preuve de plus de courage que ses prédécesseurs Voorhoeve et De Grave, qui auraient dà» supprimer ces bases beaucoup plus tôt . Il est également positif que Kamp dégage des fonds pour investir dans du matériel de pointe ."

Le journal critique néanmoins la vente de six hélicoptères Apache, qu’il qualifie de "destruction de capital", et le fait de ramener le niveau des ambitions de quatre àtrois opérations de paix simultanées. Il reproche àKamp de reculer devant les vrais choix. "Nous fermons des bases, mais nous voulons continuer àdisposer de sous-marins, de frégates et de chasseurs. Nous voulons avoir un peu de tout, alors que ce n’est plus possible ."

Le Trouw souligne que Kamp et Van der Knaap " mettent fin àdes années d’hésitation et indiquent la bonne direction ". " Leur choix fait mal dans la sphère sociale, mais suit logiquement la tradition internationaliste de la politique néerlandaise d’après-guerre ." "Les responsables méritent des éloges pour avoir tranché le nœud gordien, même s’ils n’ont pas pu éviter eux non plus de saucissonner pour tenter de maintenir l’équilibre entre les trois armées."

A noter que les partis d’opposition PvdA, GroenLinks et SP sont furieux parce que les partis de la coalition ne veulent pas interrompre leurs vacances d’été pour un débat avec le ministre Kamp, ni entamer un tour de questions écrites qui le contraindrait àrépondre dans le délai de deux semaines ( de Volkskrant p.2).

Le même Volkskrant (p.3) signale d’autre part que le drone "Sperwer" de l’armée de terre va toujours de déboire en déboire. Il est temporairement interdit de vol, pour la deuxième fois en six jours. Le Sperwer est un produit du groupe français SAGEM.

Economie, Finances


Economies

Le ministre des Finances Zalm (VVD) veut réaliser des économies supplémentaires d’un montant global de 2,5 à3 milliards d’euros àpartir de l’année prochaine, en mélangeant économies et alourdissement des charges. Il a l’intention de couper dans le budget national et dans celui des Affaires sociales. L’Education sera épargnée. C’est ce que Zalm a fait savoir àses collègues du conseil des ministres, dans une lettre sur laquelle le gouvernement se penchera aujourd’hui, lors d’une réunion spéciale. Ces économies viennent en sus des 13 milliards d’euros déjàconvenus par le nouveau gouvernement. Selon Zalm et le premier ministre Balkenende, elles sont nécessaires pour éviter que le déficit budgétaire n’atteigne 0,9 % en 2007 ( De Telegraaf pp.1 et 6, de Volkskrant p.3).

Affaires françaises

Le Trouw (p.13) évoque àson tour les menaces qui planent sur les festivals de l’été.

Le Volkskrant (p.5) fait mention de l’instauration d’une commission de sages qui doit se pencher sur la question du foulard islamique.

L’ Algemeen Dagblad (p.19) consacre une page au Tour de France.

A signaler :

Rappelons que le NRC Handelsblad (p.23) du vendredi 27 juin contenait un grand article de Margot Dijkgraaf basé sur un entretien avec les "ambassadeurs culturels" Christophe de Voogd et Henk Pröper, àl’occasion de leur départ respectif d’Amsterdam et de Paris. "La culture française est de moins en moins présente aux Pays-Bas", constate De Voogd, qui a dirigé la Maison Descartes (Amsterdam) pendant cinq ans. "On le voit partout, surtout dans la langue. Simultanément, les Pays-Bas prennent une place de plus en plus importante en France."

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