Presse néerlandaise du mercredi 23 novembre 2005

Selon l’avocat général de la Cour européenne de Justice, le Français Philippe Léger, le transfert aux autorités américaines de données personnelles des passagers des compagnies aériennes n’est pas conforme à la législation européenne. La Cour suit presque toujours l’avis de son avocat général, souligne le Trouw.
"Si c’est le cas en l’occurrence, ce sera une victoire pour le Parlement européen et surtout pour le D66. ’Mon prédécesseur Johanna Boogerd est montée sur les barricades pour cela et une majorité parlementaire l’a soutenue’, dit l’europarlementaire Sophie in ’t Veld (D66). Poussé par Boogerd, le Parlement européen a saisi la Cour européenne de Justice l’an dernier."

-NRC Handelsblad d’hier soir : "L’Europe demande des éclaircissements aux Etats-Unis - Lettre sur de possibles camps de la CIA", "Le service de remorquage du port de Rotterdam est en grève", "Aubaine de trois milliards pour le gouvernement"
-Trouw : "Les Etats-Unis savent trop des voyageurs - L’avocat général de la Cour européenne : l’UE viole la protection de la vie privée", "Wellink signale une crise de confiance"
-de Volkskrant : "’La classe politique tarde à rétablir la confiance’ - Wellink : le malaise des citoyens nuit à la démocratie", "’Les monologues en voile’ joués à Ankara : pas de protestations" (pièce sur la position de la femme dans l’islam)
-AD Haagsche Courant : "Un ’terroriste’ [présumé] fait son shopping dans l’armée - Vols de grenades lors de manœuvres dans la lande", "Diana sexy et décontractée sur les dernières photos" (exposition au Kensington Palace)
-De Telegraaf : "Suivre le traitement de sa plainte sur un site de la police", "Les fusiliers marins déplacent des montagnes" (hôpital de campagne néerlandais au Pakistan)

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LE DOSSIER DU JOUR :Nout Wellink

"Le président de la Banque des Pays-Bas (DNB), Nout Wellink, sonne l’alarme sur la confiance décroissante dans la classe politique", écrit le Volkskrant dans son grand article à la une. "’Si les autorités ne regagnent pas la confiance, les gens risquent de prendre les rênes eux-mêmes’, a-t-il dit mardi, lors d’un symposium au centre amstellodamois De Rode Hoed. Selon Wellink, le gouvernement Balkenende ne fait pas assez pour rétablir la confiance."
"Il ressort d’une enquête de la DNB que 20 pour cent des citoyens n’ont aucune confiance dans le Parlement et que 45 pour cent n’en ont guère. 25 pour cent seulement des Néerlandais ont confiance dans le fonctionnement de la sécurité sociale, contre 60 pour cent en 2000."
"En dépit de tous les scandales comptables des cinq dernières années, les citoyens ont actuellement davantage de confiance dans le secteur privé que dans le Parlement. La confiance que les Néerlandais ont les uns dans les autres a également fortement augmenté durant le dernier quart de siècle."
"Selon Wellink, la baisse rapide de la confiance dans la classe politique est mauvaise pour la démocratie, qui peut ’être menacée’. Il ressort en outre de l’enquête de la DNB que les citoyens qui ne croient pas à l’intégrité du Parlement ont aussi moins confiance dans l’économie."
"Les Néerlandais, par contre, ont encore beaucoup de confiance dans la Banque des Pays-Bas et les autres institutions financières. Mais Wellink prévient que la baisse de la confiance dans la classe politique ’traverse la société comme une contamination’ et qu’elle peut aussi affecter la confiance dans la DNB."
"Selon le président de la DNB, le gouvernement a fini par considérer le manque de confiance comme un problème sérieux. Mais il se demande si le premier ministre Balkenende travaille suffisamment à une solution." "Pour rétablir la confiance, La Haye doit agir de façon beaucoup plus prévisible, faire moins de grandes promesses et surprendre moins souvent les citoyens. Ainsi, il est grand temps d’avoir recours à une politique ferme et stable dans la discussion ’agitatrice’ sur le vieillissement de la population."
"Les Pays-Bas peuvent prendre exemple sur les Etats-Unis, où l’âge de la retraite passe de 65 à 67 ans sur une période de vingt ans. Il faut aussi supprimer progressivement la déductibilité fiscale des intérêts sur prêt immobilier, en compensant les citoyens. Mais ’personne ne croit que les politiques le feront’, affirme Wellink" (également Trouw pp.1 et 13).

ACTUALITE INTERNATIONALE

Désordres en France

"Liberté, égalité, fraternité : l’adage de la Révolution française ’n’a rien perdu de sa valeur’ après les violences dans les banlieues", écrit le Volkskrant (p.7) dans le chapeau d’un entretien avec l’Ambassadeur de France à La Haye, M. Jean-Michel Gaussot. "Pour l’Ambassadeur Gaussot, ’le problème de l’intégration est un problème européen’."
"Sans chercher à minimiser les désordres dans son pays, l’ambassadeur de France Jean-Michel Gaussot tient à faire remarquer que ’dans certains médias étrangers, une image faussée a été présentée. Comme si le pays était en situation de guerre civile. Il faut ramener les incidents à leurs justes proportions. ’Il s’agissait de voitures, pas de vies humaines’."
"Après trois semaines d’incendies et de violences, la situation est plus ou moins normalisée, explique le diplomate. ’Naturellement’, il ne peut pas garantir que ce calme relatif sera durable, ni que d’autres pays sont à l’abri d’’événements à la française’."
"’Soyons honnêtes, beaucoup de sociétés en Europe sont confrontées à des problèmes d’intégration. En France, les problèmes sont peut-être plus aigus qu’ailleurs. Durant les dernières décennies, nous avons vu arriver un nombre relativement élevé d’immigrés et nous avons assisté à la formation de fortes concentrations d’étrangers avec des taux de natalité élevés."
"De ce point de vue, l’ambassadeur souscrit à l’analyse faite par l’ancien premier ministre français, Michel Rocard, dans un article d’opinion publié dans ce journal (Forum, 17 novembre). Mais ses reproches au gouvernement ne sont pas justifiés, estime Gaussot. Le gouvernement ne s’est pas contenté de réagir par la répression, comme l’affirme Rocard."
"’Il fallait tout d’abord rétablir l’ordre et le droit. Je tiens à souligner que la police est intervenue avec beaucoup de retenue. Le simple fait qu’il y a eu 125 blessés du côté de la police et très peu du côté des jeunes le montre bien. Dans un cas de violence excessive contre un jeune, toute une équipe de policiers a été suspendue’."
"’Il s’agit de transformer le mot égalité en mesures concrètes’", poursuit le journal de centre gauche après avoir cité quelques-unes unes des mesures annoncées par le gouvernement. "’Mais l’égalité parfaite n’existe dans aucune société. J’ai récemment lu un article sur une étude de l’Université d’Utrecht qui montre que le fossé s’élargit entre riches et pauvres aux Pays-Bas’."
"Ce qui nous amène à la question de savoir si des désordres peuvent se produire à la même échelle ailleurs en Europe. Gaussot : ’J’ai remarqué à quel point les réactions politiques en Europe étaient prudentes, y compris aux Pays-Bas. Aucun pays n’est immunisé, cela peut aussi arriver ici. Ce sont les circonstances qui changent suivant les pays’."
"Gaussot discerne cependant quelques points positifs aux Pays-Bas. ’Dans un documentaire français, de jeunes Amstellodamois, tous d’origine étrangère, ont dit qu’ils étaient satisfaits de leurs centres de quartiers. Les Pays-Bas ne connaissent pas ces énormes banlieues, avec des immeubles d’habitation de cinq cents mètres de long. Vous avez fait du bon travail en rénovant les quartiers paupérisés. Nous voulons aussi obtenir des résultats dans ce domaine. Les incidents ne se sont pas produits dans des zones déjà rénovées’."

Allemagne

"Que peut attendre l’étranger, notamment le grand partenaire commercial de l’Allemagne, les Pays-Bas, de Merkel ?" s’interroge l’éditorialiste du NRC Handelsblad d’hier soir. "Comme elle l’a dit elle-même dans le Süddeutsche Zeitung une politique centrée à la fois sur l’Europe, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Certes, Schröder, en adoptant une attitude anti-américaine concernant l’Irak, percevait bien l’ambiance en Allemagne, mais il a eu le tort de ne rien faire pour limiter les dégâts diplomatiques et il n’a pas fait preuve de suffisamment d’initiative pour aligner l’Union européenne. On connaît le résultat : une division sans espoir en Europe sur la guerre d’Irak. Merkel aura la possibilité unique de renforcer les liens entre l’Allemagne et les Etats-Unis, ce qui est indispensable pour ramener le pays dans l’arène politique internationale."
"Cette offensive de charme vis-à-vis de l’Amérique ne devra pas se faire aux dépens de la relation avec les pays européens. L’UE, justement, attend un leadership allemand, après le sur-place que Berlin a fait pendant des mois d’introversion. Bien qu’il soit d’usage de ne pas défaire les décisions des gouvernements précédents, Merkel sera plus critique que son prédécesseur concernant la possible adhésion de la Turquie à l’Union. Elle n’en est pas partisane, pas par aversion pour la Turquie, mais parce qu’elle estime que l’UE est loin d’être prête pour cet élargissement."
"Sa politique orientale sera aussi d’un autre ordre que celle de Schröder, qui entretenait une relation chaleureuse avec le président russe Poutine. Merkel, en tant qu’Allemande de l’Est, a appris le russe à l’école, mais elle resserrera plutôt les liens avec la Pologne et les pays baltes qu’avec la Russie. A juste titre, car ce sont des Etats voisins, des partenaires de l’UE qui ne voient pas vraiment un ami en Moscou. Un peu d’attention de la part de leur nouvelle voisine leur fera du bien."

ACTUALITE INTERIEURE

VVD

"Le VVD est embarrassé par les déclarations de la députée Ayaan Hirsi Ali sur l’icône du parti, Hans Wiegel", relève le Trouw (p.3). "Hirsi Ali a classé Wiegel dans la catégorie des gens déphasés qui vivent dans le passé, parce que dans son lieu de résidence Diever, en Drenthe, le problème de l’intégration ne le touche pas. Cette déclaration a suscité depuis une tempête de réactions indignées auprès du VVD et sur divers sites Internet."
Wiegel lui-même a réagi immédiatement en adressant une lettre ouverte, publiée sur la même page du Trouw , dans laquelle il recommande à Hirsi Ali "de ne pas jouer sur la personne, de ne pas semer la discorde, de ne pas être si fanatique et de d’avoir du respect et de la tolérance pour ceux qui sont d’un autre avis".
Hirsi Ali, lors de la présentation des Annales Parlementaires, hier, a repris une partie de ses propos. "Je n’ai pas été gentil avec Wiegel", a-t-elle déclaré et elle a reconnu qu’il était malencontreux de le traiter de "réactionnaire", mais elle n’est pas revenue sur le fond de ses déclarations, à savoir qu’il faut supprimer l’enseignement public confessionnel aux Pays-Bas.
Le président de la Deuxième Chambre, Weisglas, a laissé paraître lors de la présentation des Annales qu’il déplorait qu’"une unique remarque d’un aimable vieil homme de Diever accapare toute l’attention, alors que la contribution de Hirsi Ali était particulièrement sensée".
En page d’opinion du Volkskrant, Anet Bleich affirme qu’elle "adore Ayaan Hirsi Ali". "Je suis souvent en désaccord total avec elle, mais qu’est-ce que cela peut faire ? Cela ne m’empêche pas d’apprécier la fraîcheur de son comportement. Elle est vive d’esprit, conséquente et n’a cure des conventions politiques qui ont cours." Bleich estime que le passage incriminé de Hirsi Ali dans les Annales est une "belle provocation". "Comment se fait-il que notre société ne puisse manifestement plus réagir avec décontraction à des propos provocateurs ?"

GroenLinks

GroenLinks veut que la Constitution néerlandaise mentionne les droits des animaux. L’article 21 de la Constitution dit que l’Etat doit veiller à l’habitabilité du pays et à la protection et amélioration de l’environnement vital. Femke Halsema veut y ajouter "le bien-être des animaux".
Il y a plusieurs mois, la chef de file GroenLinks avait demandé au ministre de la Rénovation administrative, Pechtold (D66), de proposer un projet de loi dans ce sens, mais le ministre a fait savoir hier qu’il laissait cette décision à la Convention Nationale. Il s’agit en l’occurrence de la réunion de personnalités politiques et de citoyens qu’il veut organiser pour réfléchir à la question de savoir si la Constitution et le système politique néerlandais correspondent encore aux exigences de l’époque actuelle (de Volkskrant p.2).

AFFAIRES FRANÇAISES

Le NRC Handelsblad (p.17) d’hier soir s’étonne dans une petite correspondance en rubrique économique de la grève des cheminots : "Une privatisation imaginaire paralyse le rail". "Nouveau ! Une grève contre une privatisation dont la direction ignore tout."

Ce matin, le Trouw (p.8) consacre une brève à la question : "Le personnel des chemins de fer français fait de nouveau grève".

L’Algemeen Dagblad (p.36) que "le journaliste Paul van Velthoven (Rijswijk), qui a longtemps travaillé pour le Haagsche Courant, nourrit un grand amour pour l’œuvre du penseur français Raymond Aron". "Sa thèse Het verantwoorde engagement [l’engagement responsable] sera aussi vendue en librairie."

Le Trouw (p.8) fait mention du livre publié par Ali Magoudi, le psychanalyste de feu le président Mitterrand. Magoudi affirme que Margaret Thatcher, durant la guerre des Malouines, a menacé d’engager l’arme nucléaire contre l’Argentine, si Mitterrand ne lui donnait pas les codes des Exocet argentins de fabrication française.

Dernière modification : 23/11/2005

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