Presse néerlandaise du mercredi 24 décembre 2003

Si les journaux sont épais aujourd’hui, ce n’est pas à cause de
l’actualité mais en raison des innombrables reportages, documents humains, entretiens
avec des personnalités du show-business et du monde des sports de compétition et des
rétrospectives en tous genres qu’ils proposent à la veille de Noël. Le populaire De
Telegraaf
revient même à l’affaire Margarita, dont il publie une grande photo
à la une, pour annoncer que la princesse dissidente a trouvé un emploi à Amsterdam,
après une "année turbulente".

  • NRC Handelsblad d’hier soir : "Anthony Godett condamné à un an de prison
    – Le leader antillais a accepté des pots-de-vin", "La confiance des
    citoyens et des entreprises dans l’économie croît", "Les Américains croient
    à la doctrine antiterroriste de Bush" (correspondance de Washington)

  • de Volkskrant  : "La foi religieuse est de retour, mais fragmentée",
    "La fréquentation des mosquées baisse – Les jeunes musulmans, surtout,
    manifestent peu d’intérêt", "Le ’zappeur religieux’ évite l’Eglise officielle
    – Les jeunes qui s’intéressent à la religion se retrouvent sur des sites
    Internet"


    Algemeen Dagblad  : "Les églises plus sévères pour la Messe de Minuit :
    plein, c’est plein", "Les patients font les frais d’une querelle sur la
    kinésithérapie", "La neige vient un peu trop tôt"


    De Telegraaf  : "Forte baisse des vols de voiture – La nouvelle approche
    marche : baisse de 20 pour cent", "Du château à la pension – Margarita
    refait sa vie à Amsterdam", "Jamaï : Je suis homosexuel" (un jeune
    chanteur néerlandais)


    Trouw  : "Verdonk accorde un répit aux familles" (de demandeurs d’asile en
    fin de procédure), "On ne prend pas un âne pour la frime" (accueil d’ânes
    maltraités, malades ou abandonnés à Zeist), "Cela fait quinze ans que Parmalat
    magouille" (correspondance de Rome)

* * *

Le dossier du jour : Islam

Le Volkskrant , qui consacre un cahier entier à la spiritualité
aux Pays-Bas, note dans son grand article à la une que " plus de 18 pour cent des
musulmans des Pays-Bas ne vont jamais à la mosquée, 27 pour cent ne se rendent dans la
maison du culte qu’à l’occasion des principales fêtes
". "51 pour cent y
vont une ou plusieurs fois par mois. C’est ce qui ressort d’une enquête que le Volkskrant
a fait effectuer par le bureau d’étude Foquz Etnomarketing auprès d’un groupe
représentatif de 445 musulmans."

" L’intérêt pour la religion est surtout faible chez les
jeunes musulmans
, déclare le professeur Pieter Sjoerd van Koningsveld, qui enseigne
l’histoire religieuse des musulmans en Europe de l’Ouest. On ferme déjà des
mosquées parce qu’elles ne servent pas’
."

"Le professeur des études sur les migrations et l’intégration
Han Entzinger affirme que les résultats de cette enquête correspondent à l’étude sur
les conceptions des jeunes musulmans de Rotterdam qu’il a faite en 2000 : les jeunes
musulmans vivent leur foi de façon de plus en plus individuelle."

"Il ressort de l’enquête que les jeunes (de 15 à 34 ans) se
trouvent moins pieux que les personnes plus âgées. 46 pour cent des jeunes musulmans
souscrivent à l’affirmation ’je suis un musulman pieux’, contre presque 54 pour cent des
personnes plus âgées. Un grand groupe de jeunes – plus de 31 pour cent –
rejette aussi la thèse selon laquelle ’un bon musulman fait ce que dit l’imam’. Ce
pourcentage est de 25 pour cent chez les personnes plus âgées. On écoute pourtant ce
que dit l’imam : plus de 38 pour cent des jeunes musulmans et 45 pour cent des musulmans
âgés approuvent la thèse. Une majorité des jeunes (57,3 pour cent) et des personnes
plus âgées (52,7 pour cent) estime cependant que l’imam doit savoir parler le
néerlandais."

" Les jeunes trouvent le port d’un foulard moins important que
leurs parents
. Presque 33 pour cent des jeunes sont en désaccord avec la thèse selon
laquelle ’une bonne musulmane doit porter un foulard’. Environ 22 pour cent des musulmans
plus âgés partagent leur opinion. Le port du foulard reste néanmoins important pour
quelque 40 pour cent des jeunes musulmans. C’est nettement moins que le pourcentage de
musulmans âgés (presque 60 pour cent). Il s’avère en outre que les hommes (50,4 pour
cent) attachent plus d’importance au foulard que les femmes (45,7 pour cent)."

" Seuls 4 pour cent des personnes interrogées estiment que la
classe politique de La Haye s’occupe suffisamment des musulmans
. Une large
majorité (presque 54 pour cent) affirme que les partis politiques ne défendent pas
suffisamment les intérêts des musulmans
. Si les Pays-Bas comptaient un parti
musulman, 39 pour cent voteraient pour lui, mais plus de 17 pour cent disent qu’ils ne le
feraient pas
."

"A la question de savoir si les écoles islamiques sont bonnes ou
mauvaises pour l’intégration, presque 47 pour cent répondent qu’elles peuvent apporter
une contribution positive. 8,6 pour cent disent qu’elles sont mauvaises pour
l’intégration. pour cent des musulmans des Pays-Bas ne se sentent pas acceptés par
les Néerlandais
, quelque 38 pour cent ont le sentiment inverse. Plus d’un quart des
musulmans néerlandais n’ont de liens d’amitié qu’avec d’autres musulmans. Environ 46
pour cent ont un cercle d’amis en majorité musulmans. Plus d’un quart disent que certains
amis sont musulmans et le reste pas."

"Il ressort de l’enquête que l’organisation de
radiotélédiffusion Nederlandse Moslim Omroep (NMO) a de bonnes chances d’accéder
au statut C [150 000 membres]. 19 pour cent des personnes interrogées disent
qu’elles sont disposées à apporter une contribution financière afin de diffuser
davantage de programmes islamiques à la télévision néerlandaise. Cela représente
beaucoup plus de membres potentiels que les cinquante mille dont la NMO a besoin pour
accéder au statut d’aspirant C."

Le journal de centre-gauche relève par ailleurs que, selon le
ministre de la Justice Donner (CDA), la discussion sur l’intégration des musulmans dans
la société néerlandaise est en train de dérailler
. "L’avenir me préoccupe
parce que la discussion risque d’être menée de façon plutôt fondamentaliste des deux
côtés. Dans ce sens qu’on considère son propre point de départ comme évident et qu’on
se contente de rétorquer aux autres : be reasonable, do it my way. Cela incite au
contre-fondamentalisme. On voit déjà qu’à cause de cette discussion le phénomène
du foulard va croître
. Il devient un signe d’identité, de combat , comme en
avait aussi l’émancipation des femmes. Certaines féministes portaient des vêtements qui
n’avaient rien à voir avec le bon goût et qui exprimaient plutôt la combativité."

"Le plus grand danger est que d’autres clivages dans la société
– économique, social, ethnique – se focalisent sur un antagonisme religieux.
C’est le moins conciliable qu’on puisse trouver, car tous les autres sont surmontables.
Les discussions qui se concentrent sur la foi sont funestes, car on ne peut pas prendre
aux gens leur foi, c’est une partie de leur identité. On n’a pas non plus le droit de
dire qu’ils doivent la réprimer."

"Cela ne signifie pas que nous devons accepter tout ce qui est
lié à la religion, qu’il s’agisse de violence au foyer ou d’excision."

S’agissant des prises de position d’Ayaan Hirsi Ali contre les écoles
islamiques, dont la députée VVD dit qu’elles entravent l’intégration, Donner dit :
"Ici, la discussion tourne à l’affrontement. Si quelque chose caractérise les
Pays-Bas, c’est que nous parlons de manière raisonnable des différences fondamentales.
Nous avons suffisamment de moyens de contrôle et de correction par le biais de
l’Inspection."

" La société doit-elle accepter la croissance du nombre
d’écoles islamiques, ou bien ces écoles sont-elles des ’prisons de retard social’ ?
"
s’interroge l’éditorialiste du Volkskrant après avoir rappelé la manifestation
contre l’interdiction des signes religieux ostensibles en France. "Les deux pays
connaissent leurs propres traditions et leurs propres évidences. La France est
attachée à la laïcité, la séparation entre l’Eglise et l’Etat qui prescrit un
enseignement neutre
. Les Pays-Bas connaissent leur liberté d’enseignement qui
permet à chaque groupe de parents de fonder leur propre école
. Pour beaucoup de
Néerlandais, l’interdiction du foulard est une mesure draconienne, alors que les
Français trouveront que le système néerlandais invite à la fragmentation de la
société
."

" Ce que les Pays-Bas peuvent en tout cas retenir de la France,
c’est que le débat sur une question difficile comme le foulard y est mené jusqu’au bout
.
Et que l’Etat de droit démocratique y adopte une position militante et active, parce
que les politiques ont conscience du danger de la ségrégation culturelle
."

" Il n’empêche que la ligne française va très loin et qu’elle
ne serait pas acceptable pour les Pays-Bas
. L’interdiction du foulard porte atteinte
à la liberté personnelle que l’Etat de droit libéral affirme justement garantir. Les
autorités doivent avoir de très bonnes raisons pour se mêler de l’habillement des
citoyens." "L’émancipation des musulmanes vaut une dure bataille, mais
l’affrontement ne semble pas être le moyen le plus efficace."

"L’Etat de droit doit se montrer ferme envers les migrants, mais
aussi faire preuve de quelque patience. Un Etat libéral qui donne l’impression de
n’accepter qu’une seule manière de vivre sape sa propre légitimité. De cette manière
on ne fait que renforcer la division de la société."

Notons pour finir que sur la même page d’opinion, Hamza Yildiz,
juriste et membre du PvdA à Amsterdam, met en garde contre le "sectarisme" et
appelle l’Etat néerlandais à "s’opposer activement à la formation d’un pilier
islamique en n’autorisant plus de nouvelles écoles confessionnelles et en contraignant
les écoles existantes à accepter tout le monde".

 

Actualité intérieure

Peter R. de Vries

Le journaliste spécialiste de la criminalité Peter R. de Vries
envisage de se manifester sur la scène politique nationale. Il a l’intention de fonder un
parti politique qui se concentrera sur les thèmes de la police, de la justice et de la
sécurité. Il a confié au Het Parool (p.1) d’hier soir son ambition de faire
entrer une forte représentation à la Deuxième Chambre : "Il faut constituer un
facteur de poids, dans les 23 sièges. La marge ne m’intéresse pas."

Le principal motif de De Vries est l’irritation que suscite chez lui la
politique actuelle en matière de police et de justice et la pratique actuelle
"d’hypocrisie et de marchandage".

De Vries dit qu’il n’a plus voté les vingt dernières années. C’est
justement cette aversion pour la politique qui le dispose à participer aux élections,
affirme-t-il. "Je ne vais pas participer, justement, je vais m’y prendre tout à fait
autrement. Si je le fais" (également Algemeen Dagblad p.6, de Volkskrant
p.12) de ce matin.

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