Presse néerlandaise du mercredi 27 décembre 2006

Il ressort d’une enquête de l’AlgemeenDagblad que les passeurs de drogue, après avoir purgé leur peine éventuelle aux Pays-Bas, peuvent reprendre leurs activités internationales sans contrôle particulier de la part des autorités néerlandaises. La douane et la maréchaussée ne tiennent pas de listes des avaleurs de boulettes arrêtés plus tôt.
La douane fait savoir qu’elle contrôle sur la base d’"analyses de risque". "Nous examinons la provenance, le trajet parcouru et les cachets dans le passeport. Nous pouvons aussi voir si des amendes sont encore dues ou si quelqu’un est recherché. Nos systèmes ne vont pas plus loin. Nous n’avons pas de données sur les antécédents des voyageurs. Nous n’en avons pas la base légale."
Une majorité de la Deuxième Chambre s’émeut de cette situation et exige des mesures.

AD Haagsche Courant (indépendant populaire) : "Les passeurs de drogue ont le champ libre - Pas de contrôle spécial aux frontières des contrebandiers condamnés", "Cinq fois de suite les meilleurs beignets" (test national annuel du journal)

Trouw (chrétien progressiste) : "Tragédie autour d’un pipeline - Des centaines de Nigérians morts à cause d’un prélèvement illégal d’essence", "’Vendez les licences de coffee-shop aux enchères’" (idée d’une commune de Zélande)
de Volkskrant (centre gauche) : "L’Ethiopie ’en guerre’ avec les islamistes", "James Brown : Un jalon de l’histoire de la musique pop" (décès du chanteur américain, lundi), "L’arme du meurtre d’Endstra est connue" (affaire Holleeder)
De Telegraaf (populaire) : "Une maison neuve pour 100 000 euros - Plus un jardin et un grenier, à Zwolle", "Des voleurs d’essence provoquent un bain de sang", "La villa de James Brown fermée à sa veuve"

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LE DOSSIER DU JOUR :Allocution de Noël de la Reine Beatrix

L’ensemble de la presse, après les deux jours fériés de Noël, publie l’allocution que la Reine Beatrix prononce chaque année à la télévision, à l’occasion de cette fête. Lundi, elle a surtout parlé de la tolérance et de la liberté d’expression.
"La parole conforte les gens et leur permet d’exprimer ce qui les anime", a dit la souveraine après avoir évoqué comme chaque année la signification religieuse de Noël pour les chrétiens. "Cela nous paraît évident. Mais lorsqu’on nous prive de la liberté d’expression, nous nous rendons compte à quel point elle nous est chère. ’Libre et vaillant’, telle était la devise pendant la guerre [c’est toujours celle du journal d’Amsterdam Het Parool, issu de la Résistance, réd.]. La parole est une arme contre l’oppression et la tyrannie. (...) L’expression de la liberté spirituelle et politique donne de la résistance morale aux gens. A la base de chaque démocratie il y a la liberté d’expression, comme étant le bon droit de chacun. Cela signifie qu’il y a une latitude pour l’expression de sa propre tradition et identité, de ses conceptions, convictions et foi. On s’est battu pour cette liberté au fil des temps. De nos jours, les citoyens ont beaucoup de latitude pour cela - et il le faut. Mais quiconque fait usage de cette latitude doit comprendre que d’autres ont les mêmes droits. Chaque mot peut appeler une réponse."
"Il n’existe pas de droit à l’offense. Et la liberté religieuse ne veut pas dire qu’on peut offenser ou inciter à la haine. Le respect commence par le respect de soi, il faut croire en sa propre dignité. (...) Traitez les autres comme vous voulez qu’on vous traite vous-même ! Dans la pratique de la vie, ce n’est pas une tâche simple. Quand on entame le dialogue à partir de sa propre vision, on doit comprendre que d’autres ont leurs opinions. Les opinions qui se heurtent créent des tensions, mais nous ne devons pas éviter une discussion ouverte et un débat libre."
"La tolérance commence avec la reconnaissance du fait que la vérité d’une personne ne peut jamais être la vérité de tout le monde. Chaque communauté connaît ses différends et devra établir des règles pour maîtriser les accrochages. La démocratie exige une culture qui donne aussi bien latitude à la libre expression qu’aux disputes. Mais pour maîtriser les tensions il faut faire des efforts et être prêt à tenir compte des opinions mutuelles. Il n’est pas nécessaire de comprendre les motifs d’un autre pour manifester de la compréhension pour le sérieux avec lequel il vit ses sentiments."
"Heureusement, notre pays a presque toujours su traiter les contradictions de telle sorte que la paix a été préservée. (...) Cette paix est garantie dans le droit et la morale, qui forment le fondement de la liberté et de l’intégrité dans notre société. A côté de ce domaine public, il y a un domaine privé qui donne aux gens la latitude de former leur vie personnelle, selon leur propre identité, leurs amis et un entourage familier. Beaucoup se sentent en outre impliqués dans ce qui est sacré pour eux : une foi ou une spiritualité qui transcende le quotidien. Nous devons respecter mutuellement ce domaine intérieur précieux et vulnérable."
"Ce qu’on exige constamment de nous, c’est d’être sincèrement à la recherche d’une société ouverte et tolérante, dans laquelle la paix et la liberté d’expression se conjuguent."

Pour l’éditorialiste du Trouw, "cette tâche est difficile pour notre société multiculturelle, avec la venue de religions non traditionnelles". "Mais si nous voulons préserver la paix sociale, nous devrons faire un effort. Il est bon que la Reine ait encouragé la nation dans ce sens."

"On peut discuter de la remarque : ’Il n’existe pas de droit à l’offense’", selon le Volkskrant. "Car l’interdiction préalable n’existe pas non plus, heureusement. Il est caractéristique de la liberté d’expression qu’on la contrôle rétrospectivement - par le biais de la loi ou, comme dit la Reine, des ’normes de la morale et de la civilisation’. Le père de Theo van Gogh a dit un jour à propos de la sagesse qu’il rappelait à son fils : ’Tu peux bien tout dire, mais ce n’est pas nécessaire’. C’est pourquoi personne ne peut être en désaccord avec le ’respect mutuel’ que prône la Reine."

ACTUALITE INTERIEURE

Formation de gouvernement

"Le leader PvdA Bos est très déçu par le fait que les deux partis de gauche SP et GroenLinks refusent d’emblée de gouverner avec le CDA", note le Trouw (p.4). "Selon Bos, un des deux partis aurait dû participer, ’justement parce que les électeurs avaient indiqué que la politique devait devenir plus sociale et plus verte’. ’J’ai du mal à comprendre que le SP et GroenLinks ne saisissent pas l’occasion de montrer le poing ensemble.’ C’est ce que le leader PvdA écrit dans sa lettre en ligne ’Bosbode’, exactement deux semaines après que le SP a décroché et que la leader GroenLinks Halsema a refusé d’entamer ne serait-ce que des entretiens prospectifs avec le CDA et le PvdA."
"La grande déception que Bos laisse paraître maintenant est exactement l’inverse de l’attitude que le leader PvdA avait avant les élections. Bos, à l’époque, a refusé systématiquement de former un front commun contre le bloc de droite, avec le SP et GroenLinks."
"Bos va négocier maintenant sur le fond avec le CDA et la ChristenUnie, pour voir si cette combinaison peut déboucher sur ’un cap fondamentalement différent’ de celui des précédents gouvernements Balkenende. Une grande partie de la base du PvdA n’est pas favorable à cette coalition. Un tiers des électeurs du PvdA indique maintenant qu’il votera SP en cas de nouvelles élections."

Burqa

Frits Bolkestein, membre d’honneur du parti libéral VVD, estime que la Deuxième Chambre portera atteinte à la séparation de l’Eglise et de l’Etat en imposant l’interdiction du port de la burqa. Une motion du député Wilders dans ce sens a été adoptée le mois dernier, avec le soutien du CDA et du VVD. Le gouvernement démissionnaire n’a pas encore réagi, mais Bolkestein et le maire PvdA d’Amsterdam, Cohen, ont déclaré dimanche durant le programme télévisé Buitenhof qu’ils n’étaient pas favorables à l’interdiction (Trouw p.5).

AFFAIRES FRANÇAISES

Dans le Trouw (p.8), Marijn Kruk évoque l’action des Enfants de Don Quichotte en faveur des "sans domicile fixe" : "Nuitée solidaire dans une tente de clochard".

L’Algemeen Dagblad (p.11) contient une interview du docteur Devauchelle sur le suivi médical d’Isabelle Dinoire, la première personne au monde à avoir bénéficié d’une transplantation faciale.

Dernière modification : 24/02/2011

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