Presse néerlandaise du mercredi 28 mai 2003

Tous les quotidiens publient ce matin la "photo de famille"
de la Reine Beatrix et du nouveau gouvernement Balkenende II qui lui a prêté serment
hier, au palais Huis ten Bosch. Neuf membres du premier gouvernement Balkenende, y compris
le premier ministre, en font de nouveau partie, avec le même portefeuille dans la mesure
du possible.

  • NRC Handelsblad d’hier soir : "La grande influence de Zalm est visible
    dans le deuxième gouvernement Balkenende", "L’AIEA enquêtera sur le vol de
    matériaux nucléaires en Irak"

  • Algemeen Dagblad  : "Balkenende II sur les marches du palais", "La
    moitié des Pays-Bas fait des barbecues", "Un planétoïde baptisé du nom d’un
    journaliste de l’AD"


    De Telegraaf  : "’Une équipe dont on peut être fier’ – Le nouveau
    gouvernement est entré en fonction
    "


    Trouw  : "La coalition s’appuie sur les nouveaux conservateurs",
    "Révolution au sein du VVD au moment de l’élection du Sénat"


    de Volkskrant  : "Un café traditionnel sans fumée ? Impossible",
    "Des peines relativement légères pour le meurtre", "Abou Jahjah dirigera
    aussi l’AEL-NL, provisoirement"

* * *

Le dossier du jour : Balkenende II

" Sera-ce Paars III sans le PvdA ou tout de même un deuxième
Balkenende I sans la LPF ?
" s’interroge le NRC Handelsblad d’hier
soir dans son grand article à la une. "La composition du nouveau gouvernement, qui a
posé [hier] après-midi sur les marches du palais Huis ten Bosch pour la traditionnelle
photo de famille avec la Reine Beatrix, autorise une certaine ambiguïté. Certes,
Balkenende est de nouveau premier ministre, mais le leader VVD Zalm, le grand succès de
Paars, est de nouveau assis sur le coffre
. Le nouveau ministre des Finances ne le
dissimule pas : son influence est omniprésente
."

Le journal du soir juge remarquable la répartition des portefeuilles
entre chrétiens-démocrates et (sociaux-)libéraux : huit portefeuilles des deux côtés.
"On pourrait rétorquer que le poste Rénovation administrative et Relations du
Royaume de l’ancien leader D66 Thom de Graaf en est un sans portefeuille. Mais en
menaçant de rompre si le CDA et le VVD reviennent sur les rénovations promises, le
leader du groupe parlementaire D66, Dittrich, a conféré à De Graaf un statut qui n’est
pas seulement symbolique. De plus, le gouvernement tout entier tombera si le D66 lui
retire son soutien, car ce parti était justement indispensable pour avoir une majorité
à la Deuxième Chambre. C’est d’ailleurs une différence frappante entre ce gouvernement
et Paars II, dans lequel le PvdA et le VVD avaient une majorité sans le D66. Mais on peut
se demander si Balkenende doit s’en féliciter."

" Il convient en tout cas de constater qu’il peut y avoir
partage des voix au sein du conseil des ministres, le cas échéant, alors que le CDA
dispose de 44 sièges à la Chambre et le VVD et le D66, ensemble, seulement de 34
. On
reconnaît là aussi la main de Gerrit Zalm qui, après l’échec de l’aventure entre le
CDA et le PvdA, bénéficiait d’une marge de manœuvre disproportionnée dans les
négociations
. Balkenende, en effet, ne pouvait pas se permettre un nouvel
échec."

" Tout bien considéré, la position de Balkenende en tant que
premier ministre est fragile
. Son comportement d’homme politique anti-establishment,
en s’affichant en Harry Potter politique, a assuré au CDA deux victoires électorales
éclatantes successives. Cela prouve que Balkenende est populaire hors de La Haye . Mais
autour du Binnenhof, son autorité a fortement baissé durant l’année écoulée
."

"Il est significatif que, durant la dernière formation, la rumeur
voulait que le VVD veuille bien participer au gouvernement, mais sans Balkenende",
souligne le journal du soir après avoir rappelé les mauvaises prestations du premier
ministre CDA. "Le slogan lancé par le président du groupe CDA, Maxime Verhagen
– ’On ne peut pas avoir le CDA sans Balkenende’ -, prouve que le parti prenait cette
rumeur au sérieux."

" Balkenende est le maillon faible de la coalition ",
titre le Het Parool d’hier soir en page 3. " Durant les négociations sur le
premier gouvernement Balkenende, le chevronné Zalm a éclipsé l’inexpérimenté leader
CDA
. La question est de savoir s’il le fera aussi dans le nouveau gouvernement .
On sait que Zalm n’a pas une haute opinion du premier ministre. Bien qu’il leur soit
arrivé de boire un petit verre dans la Tourelle, pendant la formation, ils n’ont pas
d’atomes crochus." " Le rôle de Balkenende est un sujet dont les présidents
des groupes VVD et D66 préfèrent ne pas parler
. Dans les sondages d’opinion son
score est très faible
. Il n’a pas le prestige d’un premier ministre . Les
derniers temps, les milieux CDA invoquent volontiers les circonstances difficiles de la
période passée, mais cette excuse ne servira pas indéfiniment."

"Avec une équipe de ministres moins querelleuse, Balkenende
pourra peut-être éviter de buter sur les mêmes problèmes qu’avec la LPF. Mais il n’est
pas performant dans les débats difficiles et l’opposition ne l’épargnera pas, car elle
sait que c’est un point faible de la coalition. Si le premier ministre n’apprend pas plus
vite, le leadership et l’autorité resteront le talon d’Achille de ce gouvernement."

" La base du nouveau gouvernement recèle plus de force de
rénovation que le groupe électoral de la combinaison CDA-PvdA
", fait valoir le Trouw
à la une, ce matin. " Mais les groupes les plus faibles de la société et ceux
dont l’insatisfaction a atteint le point d’ébullition il y a un an ne se sentent pas
représentés par lui
. C’est ce qui ressort d’une étude du bureau de recherche
Motivaction. Balkenende II n’est pas précisément une réponse au fossé entre la
politique et de grands groupes d’électeurs, explique Martijn Lampert, de Motivaction. Ce
fossé, qui s’est manifesté l’an dernier, risque de s’élargir
."

"Par rapport aux valeurs de la base, Balkenende II n’est pas
vraiment une coalition cohérente : les partenaires de coalition représentent des groupes
de la population aux visions totalement différentes."

" Une heure après la prestation de serment de son gouvernement,
Jan Peter Balkenende déclarait déjà qu’il était ’fier’ de la nouvelle équipe
",
souligne le Volkskrant (p.3) dans une analyse. "Il pense sincèrement qu’il a
passé l’éponge. Après douze mois de chahut et de querelles, qui ont fait du tort à
la réputation internationale des Pays-Bas et encore plus à sa réputation personnelle,
il s’est présenté comme le premier ministre frais émoulu d’un nouveau gouvernement
."
"Il a promis que le gouvernement ouvrirait l’offensive contre le chômage,
l’insécurité, le déficit budgétaire et les points faibles de l’économie."

"Ce n’est que dans quelques années qu’on pourra dire si l’équipe
de Balkenende a la bonne réponse à la situation. La politique proposée paraît assez
dure pour cela et la compagnie semble effectivement former un club sérieux. Le nombre
record de cinq femmes que compte ce gouvernement ne dit évidemment pas plus sur la
qualité de l’équipe que la présence de onze hommes."

"L’expérience montre que les gouvernements néerlandais sont
d’autant plus appréciés que l’économie se porte bien." " Tout comme
Balkenende, un grand nombre de ceux qui sont revenus voudront sans doute prendre leur
revanche
. Ils préfèrent entrer dans les annales comme les durs assainisseurs du
début du XXIe siècle plutôt que comme une équipe de clowns
. Cet esprit de
revanche peut être une chausse-trape pour le nouveau gouvernement et sa figure de proue
.
Quand on gouverne le pays dans un tel état d’esprit, on peut être tenté de manifester
une dureté injustifiée."

 

Commentaires

L’éditorialiste du NRC Handelsblad remarque qu’il était temps
que le pays ait de nouveau un "gouvernement à part entière", plus de quatre
mois après les élections législatives anticipées
. "Des élections rendues
nécessaires par l’effondrement du précédent gouvernement après 87 jours seulement. En
dépit de cet échec des acteurs politiques concernés, les électeurs n’ont pas manqué
à l’appel le 22 janvier : le taux de participation de 79,9 % était encore élevé
que le 15 mai 2002. Qu’une formation de gouvernement de 125 jours, la troisième en durée
de l’après-guerre, ait suivi est une franche offense à l’adresse de ces
électeurs."

Le journal du soir tient le premier ministre démissionnaire Balkenende
pour principal responsable de cette situation qui a nui aux Pays-Bas
. "En Europe,
les Pays-Bas sont inexistants en ce moment."

" Balkenende devra prouver qu’il est effectivement l’homme qu’il
faut à la place qu’il faut. Il ne pourra pas se permettre de faux-pas. Sa période de
stage est vraiment finie maintenant
."

"L’accord de gouvernement CDA-VVD-D66 est surtout un accord
financier", souligne le commentateur. "Mais les électeurs n’ont pas puni les
’managers de Paars’ il y a un an pour avoir de purs comptables à la place."

"Balkenende I était le gouvernement du départ raté. Sachant que
de nouveaux échecs seront funestes, le nouveau départ ne peut presque pas rater. Mais
les ministres eux-mêmes devront en assurer le vrai succès. Ce gouvernement est loin
d’aller de soi
."

" La seule manière dont le gouvernement puisse regagner la
confiance des citoyens est d’agir avec clarté
", estime l’éditorialiste du Het
Parool
d’hier soir, " ce qui n’est pas synonyme d’économiser le plus possible ."
"Le pragmatisme que respire ce gouvernement peut s’avérer utile. Une période de
plus grande stabilité politique peut aussi s’ouvrir. Mais il y a encore suffisamment de
dangers qui guettent ce gouvernement, de l’agitation sociale à la lutte interne pour le
pouvoir entre Balkenende, le vice-premier ministre Gerrit Zalm et le petit D66. Ceux
qui pensent que nous sommes de retour à la case départ après une période houleuse se
trompent
."

En page d’opinion du journal d’affaires Het Financieele Dagblad ,
le professeur d’économie "en ligne" Roel Pieper , ancien manager de
Philips, fait valoir qu’il "aurait été bon que Balkenende II explique très
clairement à tous les Néerlandais ce qu’il faut au pays"
. " Seulement
voilà, c’est difficile avec un accord de gouvernement sans cap ni direction, pis : sans
véritable timonier
. Rien n’indique en effet que notre premier ministre quittera le
port. Il restera probablement à quai, en compagnie des anciens capitaines des
précédents gouvernements, auxquels il tient tant à montrer de quoi il est capable. Il
est dommage que Balkenende n’ait pas compris qu’il faut vraiment une politique innovatrice
pour cela."

" Le thème des années à venir ne sera pas l’innovation, mais
uniquement la réduction des coûts
. Sans stratégie, sans vision de l’avenir .
C’est justement là qu’il aurait fallu chercher la devise du nouveau gouvernement. Sur la
base des projets de ce gouvernement, attirer l’attention des citoyens sur leurs propres
responsabilités n’est qu’une phrase. En fait, il leur dit sans ambages : ’Nous ne savons
plus quoi faire, débrouillez-vous’."

 

Composition du gouvernement Balkenende II

Le gouvernement Balkenende II se compose de 16 ministres (8 CDA, 6 VVD,
2 D66) et 10 secrétaires d’Etat.

La plupart des ministres CDA et VVD du gouvernement Balkenende I ont
été reconduits dans leurs fonctions. Les trois nouveaux visages sont Rita Verdonk
(Etrangers et Intégration, VVD), Karla Peijs (Transports et Voies d’Eau, CDA) et Sybilla
Dekker (Logement et Environnement, VVD).

MINISTRES

Premier ministre Jan Peter Balkenende CDA
Vice-premier ministre, ministre des Réformes institutionnelles Thom de Graaf D66
Vice-premier ministre, ministre des Finances Gerrit Zalm VVD
Ministre de l’Intérieur Johan Remkes VVD
Ministre de la Justice Piet Hein Donner CDA
Ministre de l’Intégration et de l’Immigration Rita Verdonk VVD
Ministre des Affaires sociales et de l’Emploi Aart Jan de Geus CDA
Ministre de la Culture, de l’Enseignement et des
Sciences
Maria van der Hoeven CDA
Ministre de l’économie Laurens Jan Brinkhorst D66
Ministre des Transports et Voies d’Eau Karla Peijs CDA
Ministre des Affaires étrangères Jaap de Hoop Scheffer CDA
Ministre de la Coopération Agnes van Ardenne CDA
Ministre de la Santé, du Bien-être et des Sports Hans Hoogervorst VVD
Ministre du Logement, de l’Aménagement du
territoire et de l’Environnement
Sybilla Dekker VVD
Ministre de l’Agriculture et de la Pêche Cees Veerman CDA
Ministre de la Défense Henk Kamp VVD

SECRETAIRES D’ETAT

Finances Joop Wijn CDA
Affaires sociales et Emploi Mark Rutte VVD
Enseignement, Culture et Sciences Annette Nijs VVD
Médias et Culture Medy van der Laan D66
Affaires économiques Karien van Gennip CDA
Transports et Voies d’Eau Mélanie Schultz van Haegen VVD
Affaires étrangères Atzo Nicolaï VVD
Santé, Bien-être et Sports Clémence Ross van Dorp CDA
Logement, Aménagement du territoire et Environnement Pieter van Geel CDA
Défense Cees van der Knaap CDA

 

Actualité internationale

Convention européenne

Geert-Jan Bogaerts, dans le Volkskrant (p.4), rappelle les
positions des différents pays ou groupes de pays dans le "débat enflammé" sur
l’avenir de l’Union européenne. "L’Union européenne s’est passée de Constitution
pendant cinquante ans. Et voici que, brusquement, la proposition de Magna Charta
européenne est le thème le plus controversé à Bruxelles. Des oppositions politiques
fondamentales apparaissent."

" Comment peut-on supprimer les frontières ou introduire une
monnaie unique quand on n’est pas disposé à coopérer aussi de plus en plus étroitement
sur le plan politique ? C’est ce changement qualitatif qui tourmente les Etats membres
.
Ils constatent que les citoyens exigent de plus en plus de l’Europe, parce que leurs Etats
n’arrivent pas à résoudre les problèmes. Et l’Europe n’est pas encore prête à
répondre à ces grandes attentes. Vue sous cet angle, même la Constitution qu’on
prépare maintenant n’est qu’une étape intermédiaire. Ce ne sera pas un ’document pour
cinquante ans’, comme certains politiques veulent le faire croire. L’Europe a mis
cinquante ans pour arriver où elle en est maintenant et ce processus ne prendra pas fin
lorsqu’on signera la Magna Charta européenne, dans un an
."

Une liste des idées les plus controversées du projet de la Convention
accompagne cette analyse.

 

Economie, Finances

Innovation

"Seuls 7 pour cent des entreprises innovent", titre le Volkskrant
sur la première page de son cahier Economie. "Les petites et moyennes
entreprises sont le grand moteur à emplois des Pays-Bas. Il s’agit de plus d’une
demi-million d’entreprises de 1 à 250 travailleurs et un chiffre d’affaires global de 370
milliards d’euros. 2,3 millions de personnes y travaillent."

"Mais elles n’innovent pas assez. Certes, elles lancent 80 %
des nouveaux produits sur le marché, mais il ne s’agit que de 7 % de ces entreprises,
selon une étude de l’institut de recherche socio-économique EIM." "Il ressort
de l’étude de l’EIM que 2 % seulement des PME entretiennent des contacts actifs avec
des institutions de connaissance comme TNO, les universités et d’autres instituts de
recherche."

 

Affaires françaises

Le NRC Handelsblad (p.15) d’hier soir évoque en rubrique
économique la grève des aiguilleurs du ciel, le Trouw (p.6) et le Telegraaf
(p.45) de ce matin l’opposition à la réforme des retraites.

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