Presse néerlandaise du mercredi 28 décembre 2005

Trois jeunes musulmans haguenois portés disparus par leurs parents, qui craignaient qu’ils n’aient été recrutés pour le jihad armé, sont revenus à La Haye vendredi. Ils avaient été arrêtés en Azerbaïdjan parce que le visa de deux d’entre eux était arrivé à expiration. Selon leurs propres dires, ils étaient partis en vacances sans prévenir leurs familles.
Un certain Murat Ö, connu dans leur quartier comme "Ibrahim le Turc", fait savoir par son avocat qu’il n’a "rien à voir avec des pratiques de recrutement".

-NRC Handelsblad d’hier soir : "Ramazan Keslin est allé faire du ’shopping à Bakou’ - De jeunes musulmans de La Haye arrêtés en Azerbaïdjan, un possible recruteur dément son implication", "Le gouvernement maintient son ’intention’ concernant l’Afghanistan", "Aux Etats-Unis, les cadeaux de Noël se redonnent"
-de Volkskrant : "La Chambre exige une décision sur l’Afghanistan", "A Thialf on ne peut que perdre" (tournoi de qualification pour les épreuves olympiques de patin), "Un grand criminel surinamien abattu à Amsterdam" (liquidation de la semaine dernière)
-Trouw : "Il faut assouplir le regroupement familial - L’IND applique trop sévèrement les règles européennes", "Jan Marijnissen (SP) : Wouter Bos ne doit pas parier sur le CDA et le VVD"
-AD Haagsche Courant : "Un complément de formation pour les jeunes au volant - Le CBR prône un test pour corriger les mauvaises habitudes et les fautes", "Le Roi des Beignets" (enquête annuelle)
-De Telegraaf : "Le froid est responsable des rhumes - Une étude montre qu’un virus devient actif aux basses températures", "Déception pour Uytdehaage" (patin)

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LE DOSSIER DU JOUR :Mission néerlandaise en Afghanistan

"La Deuxième Chambre exige que le gouvernement prenne une décision très claire sur l’envoi de troupes en Afghanistan", écrit le Volkskrant dans son grand article à la une. "Une majorité PvdA, VVD et SP juge inouï que le gouvernement sonde la Deuxième Chambre avant de trancher. C’est contraire à la règle qui veut que le gouvernement gouverne et que la Chambre contrôle."
"Le gouvernement a confirmé mardi qu’il a seulement l’intention d’engager des militaires dans le Sud de l’Afghanistan, où la possibilité de morts est réelle. Suivant la position de la Chambre le gouvernement décidera alors ou non d’envoyer effectivement des troupes."
"La répétition de la position du gouvernement a suscité l’indignation de partis politiques aux positions variées (le parti gouvernemental VVD est en principe pour la mission, le SP est contre, le PvdA hésite). Ils imputent la responsabilité du ’point de vue équivoque et déroutant’ (dixit le député PvdA Koenders) aux ministres D66 Pechtold et Brinkhorst. Tous deux ont approuvé l’intention du gouvernement, bien que le groupe D66 soit contre."
"’Pechtold et Brinkhorst forment le problème. Ils doivent dire clairement oui ou non à la mission en Afghanistan. Ils en font une farce. Il s’agit de l’envoi de centaines de militaires’, explique le député VVD Van Baalen. Selon le député PvdA Koenders les ministres D66 doivent annoncer la couleur." "Le parti d’opposition SP s’en prend aussi au D66. ’Si ces deux-là, parmi lesquels il y a le vice-premier ministre Brinkhorst, avaient dit clairement non, il y aurait eu une crise ministérielle. Du fait de leur lâcheté il s’est créé une situation bizarre dans laquelle la Chambre doit résoudre un problème interne du gouvernement’, a dit Van Bommel."
"Jeudi, les spécialistes des groupes parlementaires se pencheront sur la procédure inhabituelle, pour la deuxième fois durant les vacances de Noël."
"Le ministre catholique Bot a qualifié la tentative du gouvernement de sonder d’abord la Chambre de solution ’catholique"’. ’Il faut louvoyer’, a-t-il dit dans une interview. Il trouve que c’est mieux que de constater dès maintenant au sein du gouvernement qu’il n’y a pas assez de soutien à la mission."
C’est honteux !", selon Wim van den Burg, président du syndicat militaire AFMP, cité dans un deuxième article du Trouw. "La Chambre demande au gouvernement de prendre position et le gouvernement refuse tout simplement de prendre une décision. Comment pensez-vous qu’un militaire se sent, si son propre gouvernement ne le soutient pas pleinement ?"
L’AFMP n’est pas partisan de la mission en Afghanistan, mais il condamne la position équivoque du gouvernement. "Le gouvernement doit gouverner, mais au lieu de cela, il est pris en otage par deux ministres D66."

"Aussi difficile que soit le choix à faire, il ne justifie en aucune façon la farce que La Haye joue et qui durera sans doute encore des semaines", commente l’éditorialiste du Trouw. "S’il faut en croire le ministre catholique Bot, il s’agit d’une dernière tentative de sauver la mission. Il a même parlé de ’solution catholique’. Mais la réalité est que son parti ne peut et ne veut décider que lorsque le PvdA aura décidé aussi. Et ainsi chacun tourne autour de l’autre à La Haye, si bien que l’électorat n’y comprend plus rien."

ACTUALITE INTERNATIONALE

Turquie

Plusieurs quotidiens relèvent qu’un procureur d’Istanbul a décidé d’ouvrir une instruction contre Joost Lagendijk, europarlementaire GroenLinks. Lagendijk est accusé d’avoir offensé les forces armées turques, ce qui est un délit en Turquie.
C’est l’avocat ultranationaliste Kemal Kerincsiz, qui a aussi poussé au procès contre l’écrivain turc Orhan Pamuk, qui a porté plainte contre l’europarlementaire néerlandais.
Lagendijk se trouvait en Turquie pour le début du procès de Pamuk, poursuivi pour avoir rendu la Turquie responsable du génocide de plus d’un million d’Arméniens au début du XXe siècle, lorsqu’il a fait quelques remarques sur le rôle du mouvement indépendantiste kurde PKK et l’armée turque. Il a reproché au PKK de ne pas avoir réagi à la proposition du premier ministre Erdogan d’engager un dialogue politique pour mettre fin à la lutte armée. Selon Lagendijk, le PKK fait ainsi "précisément ce que veut une partie de l’armée turque, à savoir poursuivre la confrontation". C’est ce passage qui a offusqué les nationalistes turcs (AD Haagsche Courant p.3, de Volkskrant p.5, De Telegraaf p.13).

ACTUALITE INTERIEURE

Partis de gauche

"Il est possible que la gauche, aux prochaines élections législatives, acquière la majorité absolue à la Deuxième Chambre", souligne le Trouw dans son cahier de Verdieping. "Mais le PvdA, le SP et GroenLinks gouverneront-ils alors ensemble ?"
Dans l’entretien qui suit ce chapeau, le chef de file du SP, Jan Marijnissen, raconte pourquoi il veut que Wouter Bos (PvdA) opte pour lui plutôt que pour le CDA ou le VVD. "Cela ne donnera rien", affirme Marijnissen. "Je suis convaincu qu’un gouvernement Bos sans le SP tombera déjà au bout d’un an."
Le leader socialiste radical reconnaît que les entretiens qu’il a avec Wouter Bos et la leader GroenLinks Halsema sur la formation d’une alternative de gauche à la coalition actuelle n’avancent guère. Le livre que Bos a publié récemment lui a rendu quelque espoir. Mais Bos doit commencer à bouger, selon Marijnissen. "Sinon l’alternative de gauche perdra sa force d’attraction."
Marijnissen veut donner aux Pays-Bas une alternative à la politique néolibérale anglo-saxonne. "Cette politique reprise à Thatcher a été destructive pour la société. Les différences de revenu se sont accrues, la sécurité sociale a été démolie, le secteur public est en lambeaux et la probité professionnelle est en recul. Les Néerlandais sont devenus égoïstes. Et tout cela a procédé de l’idée que les gens prennent leurs responsabilités. Mais le réflexe des citoyens a été de dire : débrouillez-vous."

Clingendael

L’Institut Clingendael pour les Relations internationales a été placé sous tutelle par le ministère des Affaires étrangères. Suite à un déficit inattendu de 400 000 euros, l’institut supprime treize postes sur cinquante-trois. Le ministère comblera le déficit avec une subvention supplémentaire unique de 600 000 euros.
Le budget total de Clingendael s’élève à sept millions d’euros, dont 2,5 millions proviennent des ministères des Affaires étrangères (75 %) et de la Défense (25 %) (AD Haagsche Courant pp.1 et 31).

ECONOMIE, FINANCES

Fonction publique

Juste avant le Nouvel An, 2005 a encore ajouté un mot au vocabulaire néerlandais, note le Volkskrant (p.3) : spookambtenaar, fonctionnaire fantôme. Les fonctionnaires fantômes touchent leur salaire mensuel et en échange il suffit qu’ils restent invisibles. "J’ai entendu parler de quelqu’un qui était fonctionnaire municipal quelque part, mais qui en réalité avait déménagé en Amérique depuis longtemps", raconte Saschsa van Vliet, de la commune de Tilburg.
La question des fonctionnaires fantômes a été soulevée par l’hebdomadaire de la fonction publique Binnenlands Bestuur. Personne ne sait de combien de salariés de la fonction publique il s’agit au juste, mais dans le cadre d’une enquête effectuée auprès de 1 700 fonctionnaires, la moitié des personnes interrogées a dit connaître un collègue invisible.
Des fonctionnaires "se perdent" parfois dans un réaménagement de services, parfois les supérieurs hiérarchiques gardent le silence sur un "cas problématique" qu’ils ont renvoyé chez lui.
Tilburg s’est attelé à la question et Saschsa van Vliet dirige le projet des surnuméraires. La commune brabançonne a ramené le nombre de fonctionnaires fantômes à dix-sept, mais Van Vliet est sûre de les retrouver et elle a la ferme intention de les remettre au travail.
Le modèle de Tilburg sert d’exemple à d’autres communes et instances publiques où l’on ignore parfois jusqu’au nombre de fonctionnaires en poste à temps partiel qui y émargent.
Binnenlands Bestuur cite le cas d’un fonctionnaire qu’on avait si souvent fait passer d’un service public à un autre qu’un service pensait qu’il était maintenant actif dans l’autre et vice-versa. Le fonctionnaire en question était chez lui depuis cinq ans, en bonne santé.

AFFAIRES FRANÇAISES

Le NRC Handelsblad (pp.1 et 4) d’hier soir annonce l’ouverture d’une enquête sur la possible implication de militaires français dans le génocide au Rwanda, en 1994.

Le Trouw (p.9) s’intéresse ce matin à la lutte contre la discrimination sur le marché du logement : "Moura ne veut plus de locataires africains".

Dernière modification : 28/12/2005

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